3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Comment la quête de perfection alimente votre anxiété chronique.
Vous ne lisez pas cet article par hasard. Peut-être que vous êtes en train de le parcourir entre deux tâches, avec cette petite voix intérieure qui vous dit que vous devriez être en train de faire autre chose de plus productif. Ou peut-être que vous l’avez ouvert parce que vous vous reconnaissez dans ce titre, mais une partie de vous hésite : « Est-ce que je suis vraiment perfectionniste ? Je ne suis pas aussi exigeant que certains, je rate souvent des choses. »
C’est justement ce genre de pensée qui m’a donné envie d’écrire ce texte. Depuis que j’ai commencé à accompagner des personnes en hypnose et en IFS (Internal Family Systems) à Saintes, je retrouve un schéma récurrent chez beaucoup d’adultes qui viennent me voir pour de l’anxiété : un perfectionnisme discret, souvent nié, rarement reconnu comme tel. Pas le perfectionnisme flamboyant du manager qui exige tout de ses équipes, mais celui, plus sournois, qui s’installe dans votre tête sous forme d’attentes silencieuses, de standards que vous vous imposez sans même vous en rendre compte.
Ce duo – anxiété et perfectionnisme – fonctionne comme un moteur diesel qui tournerait en permanence, même à l’arrêt. Il vous épuise, vous vole votre énergie, et vous laisse avec une sensation persistante de ne jamais en faire assez. Pourtant, vous avez l’impression de courir sans cesse. Alors, comment sortir de cette boucle ? On va décortiquer ça ensemble, simplement, sans jargon.
La première chose que j’entends souvent, c’est : « Mais je ne suis pas perfectionniste, je suis juste exigeant avec moi-même. » Ou encore : « Le perfectionnisme, c’est pour les gens qui veulent que tout soit parfait tout le temps. Moi, je sais que rien n’est parfait, je me fixe juste des objectifs élevés. »
Je comprends cette réaction. Le mot « perfectionnisme » a une connotation presque flatteuse dans notre société : il évoque le travailleur acharné, l’artiste méticuleux, l’étudiant qui vise la mention. Mais en réalité, le perfectionnisme dont je parle ici n’a rien à voir avec la recherche d’excellence. C’est un mécanisme de défense, une tentative de contrôler l’incertitude pour éviter la critique, l’échec ou le rejet.
Prenons un exemple concret. Je reçois un jour un homme d’une trentaine d’années, cadre dans une entreprise de services. Il vient pour des crises d’angoisse qui surviennent le dimanche soir, systématiquement, avant la reprise du travail. En discutant, on découvre qu’il passe ses soirées à vérifier trois fois ses emails, à relire ses rapports, à anticiper les questions de son chef. Pas parce qu’il adore ça, mais parce qu’il a une peur panique qu’on découvre une erreur. Une seule erreur, pense-t-il, et tout son travail sera jugé nul. Sa réputation s’effondrera.
Ce n’est pas de l’exigence saine. C’est une stratégie pour gérer une anxiété sous-jacente : celle de ne pas être à la hauteur. Le perfectionnisme, dans ce cas, agit comme un bouclier. Vous vous dites : « Si je fais tout parfaitement, je serai en sécurité. » Mais ce bouclier est lourd. Il vous oblige à tout contrôler, à tout prévoir, à ne jamais lâcher prise. Et comme la perfection n’existe pas, vous êtes dans une quête impossible, ce qui alimente encore plus l’anxiété.
Ce qui est intéressant, c’est que cette dynamique est souvent inconsciente. Vous ne vous levez pas le matin en vous disant : « Aujourd’hui, je vais être perfectionniste pour me protéger. » Non. Vous vous levez, vous avez une to-do list longue comme le bras, vous vous mettez à travailler, et vous ressentez une tension dans les épaules, une boule au ventre. C’est votre système nerveux qui est en alerte, parce qu’il perçoit une menace : celle de ne pas être à la hauteur.
Le perfectionnisme n’est donc pas une qualité. C’est un symptôme. Et comme tout symptôme, il mérite d’être écouté plutôt que combattu.
« Le perfectionnisme n’est pas la quête de l’excellence. C’est la peur déguisée de ne jamais être assez. Et cette peur, elle se nourrit de l’anxiété qu’elle crée. »
Si vous êtes perfectionniste, vous avez probablement un petit juge intérieur très actif. Ce juge, il compare en permanence. Il regarde ce que fait votre collègue, ce que poste votre ami sur les réseaux sociaux, ce que raconte votre voisin. Et il en conclut que vous êtes en retard, que vous n’en faites pas assez, que les autres réussissent mieux.
Je pense à une jeune femme que j’ai accompagnée, professeure des écoles. Elle passait ses soirées à préparer des séances, à créer des supports, à répondre aux parents par email à 22 heures. Elle était épuisée, mais elle ne pouvait pas s’arrêter. Quand on a creusé, on a trouvé une croyance : « Si je ne donne pas tout, si je ne suis pas la meilleure prof, mes élèves vont échouer et ce sera de ma faute. »
Cette croyance, elle la comparait constamment à ses collègues. Elle regardait leurs fiches de préparation, leurs évaluations, et elle se sentait inférieure. Sauf qu’elle ne voyait pas ce qui se passait dans leur vie privée, leur niveau d’énergie, leur propre rapport au travail. Elle comparait son « intérieur » (son doute, ses efforts, sa fatigue) à l’« extérieur » des autres (ce qu’ils montrent).
C’est un piège classique. Les réseaux sociaux amplifient ce phénomène : vous voyez les vacances parfaites, les corps parfaits, les carrières parfaites. Mais ce sont des images retouchées, des moments choisis. Votre cerveau, lui, enregistre ces images comme des réalités et les compare à votre quotidien, qui lui est brut, avec ses doutes, ses lessives, ses journées où tout va de travers.
Cette comparaison constante alimente l’anxiété de deux façons. D’abord, elle crée un sentiment d’urgence : il faut rattraper, faire plus, être mieux. Ensuite, elle renforce l’idée que vous n’êtes pas acceptable tel que vous êtes. Et pour compenser, vous vous mettez encore plus de pression. C’est un cercle vicieux.
La solution, ce n’est pas de vous forcer à arrêter de comparer. C’est de comprendre ce que cette comparaison vous apporte. Parfois, elle vous donne un sentiment de contrôle : « Si je me compare, je sais où j’en suis. » Parfois, elle vous permet d’éviter de ressentir une peur plus profonde : celle de ne pas être aimé si vous n’êtes pas parfait.
En hypnose, on travaille souvent avec ces parties de vous qui comparent. On ne les juge pas, on les écoute. On leur demande : « Qu’est-ce que tu essaies de protéger ? » Et souvent, la réponse est surprenante : une peur de l’abandon, un souvenir d’enfance où vous avez été critiqué, une croyance que votre valeur dépend de vos résultats.
Le perfectionnisme et l’anxiété partagent un point commun fondamental : ils tentent de contrôler l’incontrôlable. Vous voulez contrôler votre performance, votre image, le regard des autres, l’avenir. Mais plus vous essayez de contrôler, plus vous êtes vulnérable à l’imprévu. Et plus l’imprévu vous angoisse.
Je vois cela très souvent chez les sportifs que j’accompagne en préparation mentale. Un coureur, par exemple, peut être obsédé par ses temps, ses allures, ses statistiques. Il planifie chaque séance, chaque récupération, chaque repas. Mais un jour, il se blesse. Ou il pleut le jour de la course. Et là, tout s’effondre. Son anxiété monte en flèche, parce que son système de contrôle est mis en échec.
Dans la vie quotidienne, c’est pareil. Vous avez peut-être des routines très strictes : vous devez répondre aux emails dans l’heure, votre bureau doit être rangé d’une certaine façon, vos projets doivent avancer selon un planning précis. Si quelque chose dévie, vous ressentez une tension, de l’irritation, de l’angoisse. Cette rigidité est épuisante, parce qu’elle vous demande une vigilance constante.
Ce que j’appelle « l’épuisement du contrôle », c’est cette fatigue mentale qui vient du fait que vous êtes toujours en mode « pilotage manuel ». Vous ne pouvez pas déléguer, vous ne pouvez pas lâcher prise, vous ne pouvez pas faire confiance à l’imprévu. Votre cerveau est en alerte permanente, comme un vigile qui surveille un bâtiment 24h/24.
En IFS, on dirait que vous avez une partie « manager » très active. Cette partie a été créée pour vous protéger, pour que vous ne fassiez pas d’erreur, pour que vous soyez accepté. Mais elle travaille sans relâche, et elle vous épuise. Le problème, c’est qu’elle ne peut pas s’arrêter, parce qu’elle croit que sans elle, tout va s’effondrer.
Pourtant, lâcher du contrôle, ce n’est pas abandonner. C’est reconnaître que vous ne pouvez pas tout maîtriser, et que c’est okay. C’est apprendre à tolérer l’incertitude, petit à petit. Par exemple, laisser un email sans réponse pendant une heure, ou accepter qu’une réunion ne se passe pas exactement comme prévu. Ce sont des micro-expériences qui disent à votre cerveau : « On peut survivre à l’imprévu. »
Il n’est pas toujours facile de reconnaître que le perfectionnisme est un problème, surtout quand il est présent depuis longtemps. Voici quelques signes qui peuvent vous alerter. Si vous en reconnaissez plusieurs, il est possible que ce duo anxiété-perfectionnisme soit en train de gruger votre énergie.
D’abord, la procrastination. Oui, le perfectionnisme peut pousser à remettre les choses à plus tard. Pas par fainéantise, mais par peur de ne pas réussir du premier coup. Vous attendez le moment parfait, l’humeur parfaite, les conditions parfaites pour commencer. Résultat : vous stressez en amont, et vous vous dépêchez au dernier moment, ce qui augmente encore l’anxiété.
Ensuite, la difficulté à déléguer. Vous avez du mal à confier une tâche à quelqu’un d’autre, parce que vous pensez que personne ne le fera aussi bien que vous. Même pour des choses simples, vous préférez tout faire vous-même, au prix de votre temps et de votre énergie. Cela vous isole et vous surcharge.
Un autre signe : l’incapacité à recevoir des critiques. Pas parce que vous êtes orgueilleux, mais parce que la critique est vécue comme une attaque personnelle. Une remarque sur votre travail, c’est une remise en question de votre valeur. Vous la ruminez pendant des jours, vous la retournez dans tous les sens.
Enfin, l’épuisement chronique. Vous êtes fatigué le matin au réveil, vous avez du mal à vous détendre le soir, vos week-ends ne vous reposent pas. Parce que même en congé, votre mental continue de planifier, d’anticiper, de s’inquiéter. Vous n’êtes jamais vraiment en pause.
Si vous vous reconnaissez, ne vous inquiétez pas. Ce ne sont pas des défauts, ce sont des signaux. Votre corps et votre esprit vous disent que le mode de fonctionnement actuel n’est plus tenable. Et c’est une bonne nouvelle, parce que cela ouvre la porte à un changement.
Je ne vais pas vous promettre que l’hypnose va faire disparaître votre perfectionnisme comme par magie. Ce n’est pas un interrupteur qu’on éteint. Mais c’est un outil puissant pour travailler sur les racines de ce mécanisme, plutôt que de lutter contre les symptômes.
En hypnose ericksonienne, on utilise l’état de conscience modifié pour accéder à des ressources que vous avez déjà en vous, mais que vous n’utilisez pas. Par exemple, vous avez peut-être une partie de vous qui sait lâcher prise, mais elle est étouffée par la partie perfectionniste. L’hypnose permet de créer un dialogue entre ces parties, de les rééquilibrer.
Concrètement, je peux vous guider vers un état de relaxation profonde, où votre critique intérieur se calme un peu. Dans cet espace, on peut travailler sur les croyances limitantes : « Je dois être parfait pour être aimé », « Si je rate, je suis nul ». On peut les remplacer par des croyances plus souples, plus réalistes, sans les imposer de l’extérieur, mais en les faisant émerger de votre propre vécu.
L’IFS (Internal Family Systems) va encore plus loin. Cette approche part du principe que votre esprit est composé de plusieurs « parties », chacune avec une intention positive. La partie perfectionniste, par exemple, a été créée pour vous protéger. Elle croit sincèrement qu’en vous poussant à être parfait, elle vous évite la souffrance du rejet ou de l’échec. Le problème, c’est qu’elle a pris trop de place et qu’elle vous épuise.
Avec l’IFS, on ne cherche pas à éliminer cette partie. On l’écoute, on la remercie, on lui montre qu’elle peut se détendre un peu parce que vous êtes adulte maintenant, et que vous pouvez gérer les imprévus sans elle. On libère aussi les parties plus vulnérables, celles qui portent la peur ou la honte, et qui sont souvent cachées derrière le perfectionnisme.
Je me souviens d’une patiente qui avait une partie perfectionniste très active. En séance, on a dialogué avec elle. Cette partie disait : « Si je ne le pousse pas, il va tout laisser tomber, il va devenir un bon à rien. » En creusant, on a découvert que cette partie avait été créée à l’âge de 8 ans, après un divorce parental difficile. L’enfant s’était dit : « Si je suis parfait, peut-être que mes parents resteront ensemble. » Évidemment, ça n’avait pas marché. Mais la partie était restée, fidèle, à son poste. En reconnaissant son histoire et en la remerciant, la patiente a pu lui demander de prendre un peu de recul. Et l’anxiété a commencé à diminuer.
Ce travail n’est pas rapide, mais il est profond. Il ne s’agit pas de vous « guérir » du perfectionnisme, mais de retrouver une relation plus apaisée avec vous-même.
Avant de conclure, je veux vous donner quelques pistes que vous pouvez essayer dès aujourd’hui, sans rendez-vous, sans matériel. Ce sont des petits pas, mais ils comptent.
Identifiez votre « seuil de suffisance ». Prenez une tâche que vous devez faire aujourd’hui. Demandez-vous : quel est le niveau minimum acceptable pour que ce soit fait correctement ? Pas parfaitement, correctement. Par exemple, répondre à un email : est-ce que vous devez le relire cinq fois, ou une seule fois suffit ? Essayez de vous arrêter à ce seuil, et observez ce qui se passe. L’anxiété monte peut-être, mais elle redescend souvent après quelques minutes.
Pratiquez l’arrêt conscient. Plusieurs fois par jour, posez-vous une question : « Est-ce que ce que je fais en ce moment me sert vraiment, ou est-ce que je le fais par peur de ne pas être à la hauteur ? » Cette simple conscience peut casser le pilote automatique.
Accueillez l’imperfection en petit. Choisissez un domaine où vous pouvez volontairement faire moins bien. Par exemple, laissez un plat de pâtes sans sauce parfaite, ou envoyez un texto sans le relire. Vous verrez que le monde ne s’effondre pas. Cela envoie un signal à votre cerveau : l’imperfection n’est pas une catastrophe.
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À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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