3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Passer de la rumination à une solution concrète.
Tu viens de passer la matinée à ressasser cette phrase qui te trotte dans la tête depuis trois jours. « Je n’y arriverai jamais. » Ou peut-être : « Je ne suis pas à la hauteur. » Ou encore : « Tout le monde voit que je suis nul(le). » Tu as déjà essayé de te raisonner, de te dire que ce n’est pas vrai, de faire des listes de tes qualités. Mais ça n’a pas marché. La pensée est revenue, plus forte, comme une mauvaise herbe qui repousse toujours.
Je reçois beaucoup de personnes dans mon cabinet à Saintes qui vivent ça. Des adultes, actifs, responsables, qui se réveillent avec un poids sur la poitrine. Ils me disent : « Je sais que c’est irrationnel, mais je n’arrive pas à m’arrêter. » Et c’est normal. Le cerveau humain n’est pas conçu pour se taire sur commande. Mais il peut apprendre à transformer cette pensée en quelque chose d’utile. Pas en la chassant, pas en la niant, mais en la faisant travailler pour toi.
Cet article n’est pas une promesse de bonheur instantané. C’est une méthode en plusieurs étapes, que j’utilise avec mes patients, pour passer de la rumination à une action concrète. Tu vas voir, ce n’est pas une question de volonté. C’est une question de mécanisme.
Tu es peut-être comme ce patient que j’appellerai Julien, un commercial de 38 ans. Il venait me voir parce qu’avant chaque rendez-vous important, il entendait une voix lui dire : « Tu vas te planter. » Il avait essayé de la contredire : « Non, je suis bon, j’ai préparé, j’ai réussi les dix derniers rendez-vous. » Résultat ? La voix devenait plus forte. Il passait ses soirées à ressasser, à perdre le sommeil.
Ce que Julien ne savait pas, c’est que son cerveau ne fonctionne pas comme un ordinateur. Quand tu reçois une information inquiétante, ton système limbique – la partie émotionnelle – s’active en premier. Il ne raisonne pas. Il cherche à te protéger. Donc quand tu te dis « je n’y arriverai pas », ton cerveau interprète ça comme un danger réel. Il libère du cortisol, du stress. Et plus tu luttes contre, plus il se raidit.
C’est ce qu’on appelle le paradoxe de la suppression. Des études en neurosciences montrent que tenter de supprimer une pensée active les mêmes zones cérébrales que l’obsession. Plus tu pousses, plus ça revient. C’est comme essayer de maintenir un ballon sous l’eau : à un moment, il te saute à la figure.
« La résistance à une pensée négative est comme une lutte contre son propre ombre. Plus tu te bats, plus elle s’épaissit. L’astuce n’est pas de l’éliminer, mais de la faire marcher dans la bonne direction. »
Alors, on fait quoi ? On arrête de lutter. On change de stratégie. On ne cherche pas à faire taire la pensée. On cherche à la transformer en action.
La plupart des gens que je reçois essaient de « penser positif » trop tôt. Ils veulent remplacer une croyance négative par une affirmation positive. « Je suis capable », « Je suis fort », « Je vais réussir ». Mais si ton cerveau ne croit pas à ces affirmations, elles sonnent faux. Et ton inconscient les rejette.
Je me souviens de Sophie, une enseignante de 45 ans, qui se répétait chaque matin : « Je suis une bonne prof. » Mais au fond d’elle, elle entendait : « Tu n’es pas assez, tes élèves s’ennuient. » Elle passait plus d’énergie à se convaincre qu’à agir. Résultat : épuisement, culpabilité.
Le cerveau est un organe de survie. Il ne croit que ce qu’il peut vérifier. Une affirmation positive non ancrée dans l’expérience, c’est comme dire à quelqu’un qui a faim : « Tu es rassasié. » Ça ne marche pas.
L’astuce, c’est d’inverser l’ordre. Ne cherche pas à changer la pensée d’abord. Commence par une action minuscule, concrète, que tu peux vérifier. La pensée suivra.
Par exemple, si tu penses « je suis nul(le) en réunion », ne te dis pas « je suis brillant(e) ». Demande-toi plutôt : « Quelle est la plus petite action que je peux faire dans les cinq prochaines minutes pour améliorer ma prochaine réunion ? » Peut-être relire l’ordre du jour. Peut-être écrire une question. Peut-être respirer trois fois avant d’entrer.
L’action crée une preuve. La preuve nourrit une nouvelle pensée. Pas l’inverse.
Je pratique l’hypnose ericksonienne depuis des années. Ce qui me fascine, c’est qu’elle ne cherche pas à contrôler l’esprit. Elle utilise ses propres ressources. Milton Erickson, le fondateur, disait que chaque problème contient déjà sa solution. Il suffit de la débusquer.
Imagine une pensée négative comme une cassette qui tourne en boucle dans ta tête. L’hypnose, ce n’est pas couper la bande. C’est ralentir la cassette, puis l’écouter autrement. Peut-être que la voix qui te dit « tu n’y arriveras pas » porte une information utile. Peut-être qu’elle te dit, en réalité : « Tu tiens à ce projet. Tu as peur d’échouer parce que ça compte pour toi. » C’est une nuance énorme.
En séance, je guide souvent les personnes vers un état de relaxation légère. Pas un sommeil profond, juste une attention flottante. Puis je les invite à observer la pensée négative comme s’ils regardaient un nuage passer. Sans jugement, sans lutte. Et là, quelque chose se produit : la pensée perd de sa force. Elle devient une information parmi d’autres, pas une vérité absolue.
Tu peux essayer ça chez toi, en version simple. Assieds-toi confortablement. Ferme les yeux. Prends trois respirations lentes. Puis, sans forcer, laisse la pensée négative venir. Ne la repousse pas. Regarde-la comme si tu regardais un film. Note sa couleur, sa texture, son volume. Puis, toujours sans forcer, imagine que tu la fais glisser sur le côté, comme une fenêtre qu’on déplace sur un écran d’ordinateur. Elle est encore là, mais elle n’occupe plus tout l’espace.
Ça ne la fait pas disparaître. Mais ça te donne un peu de recul. Et ce recul, c’est le début de l’action.
L’IFS (Internal Family Systems) est une approche que j’utilise beaucoup. Elle part d’une idée simple : nous ne sommes pas une seule personnalité, mais une famille intérieure de « parties ». Il y a la partie qui veut tout contrôler, la partie qui a peur, la partie qui critique. Et il y a un « Soi » calme et compétent, qui peut les écouter.
La pensée négative – « je suis nul(le) », « je n’y arriverai pas » – c’est souvent une partie protectrice. Elle essaie de t’éviter la déception. Elle te dit : « N’essaie pas, comme ça tu ne seras pas déçu(e). » Ou : « Reste petit(te), c’est plus sûr. »
Le problème, c’est qu’on confond cette partie avec nous-mêmes. On dit « je suis nul(le) » comme si c’était une vérité absolue. En IFS, on apprend à dire : « Une partie de moi pense que je suis nul(le). » Juste ça, ça change tout. Tu n’es plus identifié à la pensée. Tu deviens celui ou celle qui l’observe.
Ensuite, on peut dialoguer avec cette partie. Pas pour la chasser, mais pour comprendre ce qu’elle veut. « Qu’est-ce que tu essaies de me protéger ? Qu’est-ce qui se passerait si je ne t’écoutais pas ? » Parfois, la réponse est surprenante : « J’ai peur que tu te fasses humilier. » Ou : « Je veux que tu restes en sécurité. »
Une fois que tu as compris le besoin derrière la pensée, tu peux le prendre en compte. Pas en obéissant aveuglément, mais en trouvant une action qui rassure cette partie tout en te permettant d’avancer. Par exemple : « D’accord, je comprends que tu aies peur. Je vais préparer ce rendez-vous, mais je vais aussi prendre cinq minutes pour respirer avant. »
« Quand tu traites une pensée négative comme un allié maladroit plutôt que comme un ennemi, elle cesse de se battre. Elle se met à coopérer. »
Les pensées négatives adorent l’isolement. Plus tu restes seul(e) avec elles, plus elles prennent de place. C’est pour ça que l’Intelligence Relationnelle est un outil puissant. Elle repose sur une idée : les émotions et les pensées se régulent dans la relation. Quand tu partages ce qui te traverse, sans filtre, avec quelqu’un qui t’écoute vraiment, la charge émotionnelle diminue.
Je ne parle pas de se plaindre ou de chercher des solutions. Je parle de dire : « Voilà ce que je me raconte en ce moment. » Sans attendre de réponse. Juste le fait de mettre des mots dehors, dans une relation de confiance, change la donne.
J’ai un patient, Marc, un chef d’entreprise de 52 ans, qui ruminait sans cesse sur une décision difficile. Il me disait : « Je tourne en rond, je n’arrive pas à trancher. » Je lui ai proposé un exercice simple : appeler un ami, pas pour demander conseil, mais pour dire : « Voilà où j’en suis. Je ne te demande rien, juste de m’écouter cinq minutes. » Au bout de deux appels, il avait pris sa décision. Pas parce que l’ami avait donné la solution, mais parce que le fait de verbaliser avait libéré de l’espace mental.
Tu peux faire ça avec un proche, un collègue de confiance, ou même un professionnel. L’important, c’est que la relation soit sécurisée. Pas de jugement, pas de conseil non sollicité. Juste de la présence.
Si tu es seul(e), tu peux aussi écrire. Écris la pensée telle qu’elle vient, sans la censurer. Puis relis-la à voix haute. Parfois, entendre sa propre voix dire une chose absurde suffit à en réduire le pouvoir.
Voici un protocole que j’ai développé au fil des années, que j’utilise avec mes patients sportifs et mes patients en souffrance. Il s’appelle la méthode des trois portes. Il te prendra entre 5 et 10 minutes. Tu peux le faire maintenant, assis(e) où tu es.
Porte 1 : Accueillir sans lutter (2 minutes) Prends la pensée négative qui te tourmente. Note-la sur un papier ou dans ton téléphone. Ne la juge pas. Écris-la exactement comme elle vient : « Je suis un(e) incapable. » « Je vais échouer. » « Tout le monde va voir que je ne sais pas faire. » Puis, ajoute cette phrase : « Une partie de moi pense ça. » Relis-la. Respire.
Porte 2 : Trouver l’action minimale (5 minutes) Demande-toi : « Quelle est la plus petite action que je peux faire dans les 5 prochaines minutes qui va dans la direction opposée à cette pensée ? » Pas une grande action. Pas un projet. Quelque chose de ridiculement petit.
Si la pensée est « je n’y arriverai jamais », l’action minimale pourrait être : ouvrir le dossier, relire la première page, écrire un mot, envoyer un mail, boire un verre d’eau en pensant à la tâche.
Si la pensée est « je suis nul(le) en relation », l’action minimale pourrait être : envoyer un message à un ami, sourire à un inconnu, dire bonjour à un collègue.
Porte 3 : Faire et observer (3 minutes) Fais cette action. Vraiment. Maintenant. Puis observe ce qui se passe. Pas pour juger si c’était bien ou mal. Juste pour constater : « J’ai agi. » Note ce que tu ressens, même si c’est juste un infime changement. Parfois, c’est une légère baisse de tension. Parfois, c’est une pensée qui dit : « Bon, ce n’était pas si terrible. »
Répète ce cycle chaque fois que la pensée revient. Avec le temps, tu vas créer une habitude : la pensée déclenche non plus de la rumination, mais une action minuscule.
« Une action minuscule vaut mieux qu’une grande intention. Parce qu’elle existe. Elle est réelle. Elle crée un précédent. »
Attention à un piège : transformer l’action en nouvelle obligation. J’ai vu des personnes qui, après avoir réussi à agir, se mettent une pression énorme. « Maintenant, je dois toujours agir. » « Si je n’agis pas, je suis faible. » Ça, c’est une nouvelle pensée négative déguisée.
L’idée n’est pas de devenir un robot de l’action. C’est de te donner une option. Parfois, tu n’agiras pas. Parfois, tu resteras dans la rumination. C’est humain. L’important, c’est de revenir à la méthode quand tu en as la force. Pas de te juger.
Je conseille souvent à mes patients de noter leurs petites actions dans un carnet. Pas pour se vanter. Pour voir le chemin. Une ligne par jour : « Aujourd’hui, j’ai ouvert le dossier. » « J’ai envoyé le mail. » « J’ai dit non à une réunion inutile. » Au bout d’un mois, tu as trente preuves que tu peux agir, même quand la pensée négative est là.
Je vais être honnête avec toi : cette méthode ne va pas faire disparaître toutes tes pensées négatives. Certaines sont tenaces, liées à des histoires anciennes, à des blessures profondes. Parfois, un accompagnement professionnel est nécessaire pour les dénouer. C’est pour ça que je suis là.
Mais ce que je veux que tu retiennes, c’est que tu n’as pas besoin d’attendre d’aller bien pour agir. Tu peux agir avec la pensée négative à côté de toi. Comme un passager bruyant dans une voiture. Tu ne le fais pas taire. Tu continues à conduire.
Alors, si cette pensée te tourmente en ce moment, prends 5 minutes. Fais la méthode des trois portes. Note la pensée. Trouve l’action minimale. Fais-la. Et reviens vers moi si tu veux creuser.
Je reçois à Saintes, en consultation individuelle ou en visio pour ceux qui sont loin. On peut travailler sur ces mécanismes ensemble, à ton rythme. Pas de jugement, pas d’injonction. Juste un espace pour comprendre comment ton esprit fonctionne et lui donner des outils pour avancer.
Tu peux me contacter via mon site thierrysudan.com. Je réponds toujours personnellement.
Prends soin de toi. Et souviens-toi : une pensée négative n’est jamais qu’une partie de toi qui essaie de t’aider, même si elle le fait mal. Tu peux lui apprendre un nouveau rôle.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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