3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Comment les souvenirs activent votre système d'alarme.
Vous arrive-t-il de sursauter au moindre bruit ? D’avoir l’impression que votre corps est en alerte, même quand vous êtes chez vous, dans votre canapé ? Peut-être que vous scrutez les visages autour de vous lors d’un repas entre amis, ou que vous vérifiez trois fois que la porte est fermée avant de dormir. Cette sensation d’être constamment « sur le qui-vive », comme si un danger pouvait surgir à tout instant, n’est pas de la paranoïa ni un simple trait de caractère. C’est ce qu’on appelle l’hypervigilance, et elle est souvent le signe silencieux d’un traumatisme passé.
Je reçois régulièrement dans mon cabinet à Saintes des adultes qui ne comprennent pas pourquoi ils sont épuisés, irritables ou incapables de se détendre. Ils me disent : « Je ne sais pas ce qui m’arrive, je suis toujours tendu. » Puis, en creusant, on découvre qu’ils ont vécu un événement marquant – un accident, une agression, une enfance chaotique, ou même une série de micro-traumatismes répétés. Leur système nerveux, comme un gardien fatigué, est resté en mode « alerte rouge » bien après que le danger soit passé. Dans cet article, je vais vous expliquer pourquoi et comment les souvenirs activent votre système d’alarme, et surtout, ce que vous pouvez faire pour désamorcer ce mécanisme.
Imaginez que vous avez un détecteur de fumée dans votre maison. Un jour, il se déclenche à cause d’un vrai incendie. Vous éteignez le feu, vous aérez, tout va bien. Mais le détecteur, lui, reste déréglé : il se déclenche maintenant pour une simple vapeur de douche, une odeur de grillade, ou même un changement de température. C’est exactement ce qui se passe dans votre cerveau après un traumatisme.
Votre système nerveux possède une structure ancienne, appelée système limbique, qui agit comme un radar de survie. Sa mission : détecter les menaces et déclencher une réponse de combat, de fuite ou de figement. Quand vous vivez un événement traumatique, ce radar est sur-stimulé. Il enregistre en mémoire non seulement l’événement lui-même, mais aussi tous les indices sensoriels qui l’accompagnent : un son, une odeur, une lumière, une sensation corporelle. Le problème, c’est qu’il ne fait pas la différence entre un vrai danger et un simple rappel du passé. Pour lui, tout ce qui ressemble de près ou de loin à l’expérience traumatique est une menace réelle.
Prenons un exemple concret : une patiente, appelons-la Sophie, avait été victime d’une agression dans une rue sombre, un soir d’hiver, alors qu’elle rentrait du travail. Aujourd’hui, plusieurs années après, elle ne peut plus marcher seule à la tombée de la nuit sans que son cœur s’emballe, ses paumes ne transpirent, et ses yeux ne scrutent chaque ombre. Ce n’est pas « dans sa tête ». C’est son système d’alarme qui a été programmé pour associer la pénombre à un danger mortel. Son cerveau ne lui fait pas une blague : il essaie de la protéger, mais avec des données obsolètes.
« L’hypervigilance n’est pas un défaut de personnalité. C’est une stratégie de survie qui a dépassé sa date de péremption. »
Ce dérèglement a un nom : la sensibilisation. Votre seuil de détection de la menace s’est abaissé. Là où une personne non traumatisée passerait son chemin sans y penser, vous, vous êtes en état d’hyper-éveil. Et ce n’est pas de votre faute. C’est une adaptation biologique. Mais elle devient problématique quand elle persiste, car elle pompe toute votre énergie et vous empêche de vivre pleinement.
Vous pensez peut-être que pour qu’un souvenir active votre hypervigilance, il faut que vous y pensiez consciemment. « Je ne pense pas à mon accident tous les jours, donc ça ne devrait pas m’affecter. » C’est une erreur courante. Les souvenirs traumatiques ne fonctionnent pas comme des souvenirs ordinaires. Ils sont stockés dans une partie du cerveau appelée l’amygdale, qui est le centre de la peur, et non dans l’hippocampe, qui gère la mémoire narrative et le contexte.
Concrètement, cela signifie que votre corps peut réagir à un déclencheur sans que votre esprit conscient ait le temps de se dire : « Ah, c’est juste un bruit de pétard, pas un coup de feu. » Le signal part directement de vos sens vers l’amygdale, qui envoie l’ordre de mobiliser le corps : accélération du rythme cardiaque, tension musculaire, dilatation des pupilles, libération de cortisol et d’adrénaline. Tout cela se produit en quelques millisecondes, bien avant que votre cortex préfrontal – la partie rationnelle de votre cerveau – puisse analyser la situation.
Prenons le cas de Marc, un footballeur que j’accompagne en préparation mentale. Il avait vécu un tacle violent qui lui avait causé une fracture ouverte. Physiquement, il était guéri. Mais dès qu’il entendait le bruit d’un duel au sol lors d’un match, son corps se figeait. Il ne comprenait pas pourquoi. Il se disait : « Je ne pense plus à ma blessure. » Pourtant, son système d’alarme, lui, n’avait pas oublié. Le son du choc était devenu un déclencheur automatique, une clé qui ouvrait la porte du traumatisme sans préavis.
Ces déclencheurs peuvent être très subtils : une intonation de voix, une odeur de parfum, une lumière fluorescente, une sensation de chaleur ou de froid. Parfois, c’est une sensation interne, comme une accélération du cœur après un effort, que le cerveau interprète à tort comme un signe de panique. C’est ce qu’on appelle une boucle de rétroaction : le corps réagit, le cerveau interprète cette réaction comme un danger, ce qui amplifie la réaction, et ainsi de suite. Vous vous retrouvez dans un état d’alerte permanent, sans savoir exactement ce qui l’a déclenché.
L’hypervigilance ne se manifeste pas toujours par une crise d’angoisse spectaculaire. Elle peut être plus sournoise, s’infiltrer dans votre quotidien sous des formes que vous attribuez à autre chose. Beaucoup de personnes que je reçois me disent : « Je suis juste stressé par mon travail », ou « Je suis un peu anxieux de nature. » Mais quand on gratte un peu, on découvre un pattern d’hypervigilance bien installé.
Voici quelques signes courants :
Si vous vous reconnaissez dans plusieurs de ces signes, il est possible que votre hypervigilance soit liée à un traumatisme non résolu. Et ce n’est pas une fatalité. Vous n’êtes pas condamné à vivre en état d’alerte.
L’hypnose ericksonienne, que j’utilise quotidiennement dans ma pratique à Saintes, est particulièrement adaptée pour travailler sur l’hypervigilance. Pourquoi ? Parce qu’elle s’adresse directement à la partie non-consciente de votre cerveau – celle qui a enregistré le traumatisme et qui maintient l’alarme active.
Contrairement à une approche purement verbale, où vous essayez de raisonner votre peur (« Je sais que ce n’est pas dangereux »), l’hypnose permet de modifier le codage du souvenir au niveau du système nerveux. Concrètement, en état d’hypnose, vous êtes dans un état de relaxation profonde mais de conscience focalisée. Votre esprit critique est mis de côté, et votre cerveau devient plus réceptif à de nouvelles associations.
Je vais vous donner une image : imaginez que votre souvenir traumatique est un fichier informatique corrompu. Votre ordinateur (votre cerveau) essaie de l’ouvrir en boucle, et ça fait planter le système. En hypnose, on ne supprime pas le fichier – il a peut-être une valeur d’apprentissage – mais on le réencode. On lui ajoute des ressources, de la sécurité, une nouvelle perspective.
Par exemple, avec une personne qui a vécu un accident de voiture, je peux l’amener à revivre la scène en hypnose, mais en lui proposant d’observer la situation depuis un point de vue différent – comme si elle regardait un film sur un écran, avec la possibilité de mettre le son moins fort, de modifier les couleurs, ou d’ajouter une musique apaisante. Le cerveau, dans cet état, peut intégrer que le danger est passé tout en gardant la mémoire de l’événement. Le souvenir n’est plus un déclencheur d’alerte, mais une simple information.
L’hypnose ericksonienne est douce. Elle ne vous force pas à revivre le traumatisme de manière brutale. Elle travaille par métaphores, par suggestions indirectes, en respectant votre rythme. L’objectif n’est pas de vous faire oublier, mais de permettre à votre système nerveux de revenir à un état de base plus calme. Petit à petit, le détecteur de fumée se recalibre.
L’IFS, ou Système Familial Intérieur, est un autre pilier de mon accompagnement. Cette approche part d’une idée simple mais révolutionnaire : votre esprit n’est pas monolithique. Il est composé de différentes « parties », chacune avec sa propre personnalité, ses émotions, ses croyances, et son rôle. Vous avez une partie critique, une partie qui cherche à contrôler, une partie vulnérable… et une partie hypervigilante.
Cette partie hypervigilante, je l’appelle parfois le « gardien » ou le « sentinelle ». Elle n’est pas votre ennemie. Elle a une intention positive : vous protéger. Elle a pris ce rôle à un moment de votre vie où il était nécessaire – après le traumatisme, pour vous maintenir en sécurité. Mais aujourd’hui, elle continue à faire son travail avec zèle, sans se rendre compte que le danger a disparu. Elle est comme un parent surprotecteur qui ne laisse jamais son enfant sortir jouer.
En IFS, on ne cherche pas à se débarrasser de cette partie. On l’accueille, on la remercie, on comprend son histoire. Puis, on négocie avec elle. On lui demande : « Est-ce que tu peux me faire un peu plus confiance ? Est-ce que tu peux baisser la garde de 10 % pendant cinq minutes ? » Et progressivement, cette partie accepte de lâcher prise, parce qu’elle se sent écoutée et respectée.
Prenons l’exemple de Claire, une coureuse que j’accompagne en préparation mentale. Après une chute violente lors d’un trail, elle avait développé une hypervigilance à chaque descente technique. Sa partie protectrice lui disait : « Ralentis, tu vas tomber, c’est dangereux. » En IFS, nous avons dialogué avec cette partie. Elle nous a raconté qu’elle avait été créée pour éviter une nouvelle fracture, pour la protéger de la douleur. Une fois que Claire a reconnu son rôle et l’a remerciée, la partie a accepté de se détendre un peu. Claire a pu reprendre les descentes avec prudence, mais sans panique.
L’IFS vous apprend à ne plus être en guerre contre vous-même. Vous cessez de vous dire : « Je suis trop anxieux, je devrais arrêter. » Vous vous dites : « Une partie de moi est anxieuse, et elle a besoin que je l’écoute. » Ce changement de perspective est libérateur.
L’hypervigilance ne touche pas que votre rapport à vous-même. Elle infecte aussi vos relations avec les autres. Quand vous êtes constamment en alerte, vous interprétez les gestes, les silences, les regards comme des menaces potentielles. Un conjoint qui ne répond pas tout de suite à un message ? « Il est fâché. » Un collègue qui parle à voix basse ? « Elle complote contre moi. » Votre radar est en surrégime, et il voit des dangers là où il n’y a que des malentendus.
L’Intelligence Relationnelle, que j’intègre dans mon accompagnement, vous aide à sortir de ce cercle vicieux. Elle repose sur quelques principes simples : apprendre à communiquer ce que vous ressentez sans accuser l’autre, poser des limites claires, et surtout, distinguer les faits de vos interprétations. Quand vous êtes hypervigilant, votre esprit invente des scénarios catastrophes. L’Intelligence Relationnelle vous offre des outils pour vérifier la réalité avant de réagir.
Par exemple, je propose à mes patients un exercice simple : quand vous sentez monter une réaction de méfiance ou de colère, prenez une respiration, et demandez-vous : « Qu’est-ce que je sais avec certitude ? Qu’est-ce que j’imagine ? » Puis, si possible, allez vérifier. Dites à l’autre : « J’ai ressenti ça, est-ce que c’est juste ? » La plupart du temps, vous découvrez que l’autre n’avait aucune intention malveillante. Petit à petit, votre cerveau apprend à faire confiance, et l’hypervigilance relationnelle s’apaise.
Je ne vais pas vous promettre que vous allez guérir en lisant un article. Ce serait malhonnête. Mais il y a des choses concrètes que vous pouvez mettre en place aujourd’hui pour amorcer un changement.
Ancrez-vous dans le présent : L’hypervigilance vous projette dans un futur de danger ou dans un passé de douleur. Revenez à l’instant présent. Une technique simple : regardez autour de vous et nommez mentalement cinq choses que vous voyez, quatre que vous entendez, trois que vous touchez, deux que vous sentez, une que vous goûtez. Cela force votre cerveau à quitter le mode alerte pour le mode observation.
Respirez en allongeant l’expiration : Votre souffle est un accélérateur et un frein de votre système nerveux. Inspirez sur 4 secondes, expirez sur 6 ou 8. L’expiration longue active le nerf vague, qui calme le système d’alarme. Faites-le plusieurs fois par jour, surtout quand vous sentez la tension monter.
Tenez un journal de vos déclencheurs : Notez pendant une semaine les moments où vous vous sentez en alerte. Qu’est-ce qui s’est passé juste avant ? Un bruit, une odeur, une parole ? Vous commencerez à repérer des schémas, et la prise de conscience est déjà un premier pas vers
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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