3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Comprendre comment fuir vos peurs les renforce, et une clé pour changer.
Tu as probablement déjà vécu ça. Un message professionnel qui attend une réponse depuis trois jours. Une conversation avec un ami que tu remets à plus tard parce qu’elle risque d’être tendue. Ou encore l’idée de t’inscrire à cette activité qui te fait envie, mais la simple perspective de devoir te présenter à un groupe te paralyse.
Alors tu laisses tomber. Pour l’instant. Tu te dis que ce n’est pas grave, que tu le feras demain, que ce n’est pas le bon moment. Et sur le moment, ça soulage. La tension retombe, la respiration redevient normale, l’angoisse s’éloigne. Mais ce que tu ne vois pas encore, c’est que ce petit geste d’évitement vient de poser une brique supplémentaire dans un mur qui te sépare de ta propre vie.
Je m’appelle Thierry Sudan, je suis praticien à Saintes depuis 2014, et je reçois chaque semaine des adultes qui viennent me parler de cette fatigue d’avoir peur. Pas une peur spectaculaire, pas une phobie qui les cloue au lit. Plutôt cette peur discrète, tenace, qui les pousse à contourner, à esquiver, à remettre à plus tard. Et qui finit par rétrécir leur monde jusqu’à ce qu’ils se sentent coincés.
Dans cet article, je vais te montrer comment fonctionne ce cercle vicieux de l’évitement, pourquoi il est si efficace pour te piéger, et surtout une clé concrète pour commencer à en sortir. Pas une baguette magique. Un levier que tu peux actionner dès maintenant.
Tu te souviens de la dernière fois où tu as évité quelque chose par peur ? Peut-être que tu as repoussé un appel important, que tu as refusé une invitation, ou que tu as choisi de ne pas dire ce que tu pensais vraiment pour éviter un conflit. Sur le moment, ça a marché : l’anxiété a baissé, tu t’es senti mieux. Mais si tu observes ce qui s’est passé ensuite, tu remarques peut-être que la peur est revenue, et qu’elle était même un peu plus forte la fois suivante.
Ce phénomène n’est pas une fatalité, c’est un mécanisme bien connu en psychologie. Quand tu évites une situation qui te fait peur, ton cerveau enregistre un message très précis : « J’ai eu peur, j’ai fui, je suis vivant. Donc fuir était la bonne stratégie. » Le problème, c’est que ce raisonnement est basé sur une erreur logique. Tu n’as pas fui parce que le danger était réel. Tu as fui parce que tu avais peur. Et en fuyant, tu n’as jamais donné à ton cerveau l’occasion de vérifier que la situation n’était pas réellement dangereuse.
Imagine que tu sois dans une pièce avec un chien qui aboie. Si tu sors en courant, tu ne sauras jamais si ce chien était simplement en train de jouer ou s’il était vraiment agressif. Ton cerveau, lui, va retenir une chose : quand un chien aboie, il faut fuir. La prochaine fois que tu entendras un aboiement, la peur sera encore plus forte, parce que ton cerveau aura ajouté une couche de mémoire traumatique à l’expérience.
C’est exactement ce qui se passe avec l’évitement. Chaque fois que tu évites, tu renforces la croyance que la situation est dangereuse. Tu n’apprends rien de nouveau. Tu ne fais que confirmer ta peur. Et comme tu ne l’affrontes jamais, elle reste figée, intacte, prête à resurgir plus forte au prochain signal.
L’évitement est un piège parfait : il te soulage sur le moment, mais il te condamne à revivre la même peur, amplifiée, chaque fois que tu t’en approches.
Je vais te décrire le processus exact qui se joue, souvent en quelques secondes, sans que tu en aies conscience. C’est utile de le reconnaître, parce que c’est la première étape pour reprendre le contrôle.
Étape 1 : Le déclencheur. Quelque chose se produit. Un email, une pensée, une situation sociale, une échéance. Ce n’est pas forcément grave, mais ça active une zone de ton cerveau qui détecte une menace potentielle. Cette menace n’est pas un lion dans la savane, c’est une menace sociale, professionnelle, ou émotionnelle. Mais ton système nerveux ne fait pas la différence : il réagit comme si ta survie était en jeu.
Étape 2 : L’inconfort monte. Ton cœur s’accélère, ta respiration devient plus courte, tu sens une tension dans le ventre ou la poitrine. Peut-être que des pensées négatives surgissent : « Je vais me ridiculiser », « Je vais échouer », « Ils vont me juger ». Cet inconfort est désagréable, parfois même insupportable. Tu veux qu’il s’arrête. C’est normal, personne n’aime se sentir mal.
Étape 3 : L’évitement ou la fuite. Tu choisis une action qui fait baisser la tension immédiatement. Tu repousses la tâche, tu annules le rendez-vous, tu évites le regard de la personne, tu te tais. Et là, soulagement. Le calme revient. Ton cerveau te récompense avec une décharge de bien-être. Ce renforcement positif est extrêmement puissant. C’est comme appuyer sur un bouton qui éteint une alarme stridente. Tu vas vouloir appuyer sur ce bouton encore et encore.
Ce qui est sournois, c’est que ce cycle se renforce à chaque répétition. Plus tu évites, plus le déclencheur devient sensible. Au début, c’était un appel téléphonique. Puis c’est devenu un message vocal. Puis une simple notification. Ton cerveau apprend à avoir peur de plus en plus tôt, et à éviter de plus en plus de choses. C’est ainsi que des semaines, des mois, des années passent, et que ton monde devient de plus en plus petit.
Je vois régulièrement des personnes qui ont commencé par éviter une seule situation sociale, et qui se retrouvent quelques années plus tard à ne presque plus sortir de chez elles. Pas parce qu’elles sont « folles » ou « faibles ». Parce que le mécanisme de l’évitement a fait son travail, méthodiquement, sans qu’elles aient les outils pour le voir venir.
Parlons concret, parce que c’est là que ça devient réel. L’évitement n’est pas juste une gêne passagère. Il a un coût, et il est souvent bien plus élevé que ce que tu imagines.
Prenons l’exemple de Julien, un coureur que j’accompagne en préparation mentale. Il avait peur de l’échec en compétition. Pour éviter cette peur, il s’entraînait de moins en moins spécifiquement, il repoussait les séances difficiles, et il trouvait des excuses pour ne pas s’inscrire aux courses. Résultat : sa condition physique a baissé, sa confiance aussi, et le jour où il a enfin couru, il a effectivement échoué. Sa peur s’est réalisée, non pas parce qu’il était incapable, mais parce que l’évitement l’avait empêché de se préparer correctement. L’évitement avait créé exactement ce qu’il redoutait.
Ou pense à Claire, une femme que j’ai reçue il y a quelques mois. Elle évitait les conversations difficiles avec son conjoint. Elle préférait se taire, dire « oui » pour avoir la paix, ou changer de sujet. Résultat : les non-dits se sont accumulés, les ressentiments ont grandi, et aujourd’hui leur relation est bien plus fragile qu’elle ne l’aurait été s’ils avaient affronté les désaccords plus tôt. L’évitement lui a coûté une partie de son couple.
L’évitement te coûte aussi en énergie. Maintenir une façade, planifier des échappatoires, surveiller constamment les situations pour éviter les déclencheurs, tout cela demande une quantité d’énergie mentale énorme. C’est épuisant. Beaucoup de personnes que je reçois me disent : « Je suis fatigué tout le temps. » Et quand on creuse, on découvre que cette fatigue vient en grande partie de cette vigilance constante pour éviter l’inconfort.
Enfin, l’évitement te prive de ce qui fait le sel de la vie : les apprentissages, les relations authentiques, les défis relevés, les fiertés. Chaque fois que tu évites, tu renonces à une opportunité de grandir, de découvrir que tu es plus capable que tu ne le crois, de créer des souvenirs qui ont du sens. Tu choisis la sécurité contre la vie. Et à force, la sécurité devient une prison.
Alors, comment on fait pour arrêter ce cercle vicieux ? La réponse, c’est l’exposition progressive. Mais attention, ce n’est pas se jeter dans le vide du haut d’une falaise en se disant « allez, je guéris ». C’est une méthode structurée, respectueuse de ton rythme, qui permet à ton cerveau d’apprendre une nouvelle information : cette situation n’est pas dangereuse, ou du moins, tu peux y faire face.
L’exposition progressive, c’est le contraire de l’évitement. Au lieu de fuir, tu t’approches. Mais tu t’approches par paliers, comme quand tu entres dans une eau froide. Tu ne plonges pas, tu y vas petit à petit, en laissant le temps à ton corps de s’habituer.
Le principe est simple : tu identifies une situation qui te fait peur, tu la décomposes en petites étapes de difficulté croissante, et tu t’exposes volontairement à la première étape, sans chercher à fuir, en restant jusqu’à ce que l’inconfort redescende naturellement.
Prenons l’exemple de la peur de parler en public. Si tu as cette peur, tu ne vas pas t’inscrire à un TEDx demain. Tu vas commencer par quelque chose de beaucoup plus petit : dire bonjour à un voisin dans l’ascenseur, poser une question à un vendeur, donner ton avis dans une conversation à deux. Chaque petite victoire envoie un message à ton cerveau : « J’ai survécu, ce n’était pas si grave, je peux le refaire. »
Le but n’est pas de ne plus avoir peur. Le but est d’apprendre à agir même quand la peur est là.
Ce qui rend l’exposition efficace, c’est la répétition et l’intention. Il ne s’agit pas de te mettre en situation et de subir. Il s’agit de choisir activement d’y aller, d’observer ce qui se passe, et de noter que la catastrophe que tu redoutais ne s’est pas produite. À force, ton cerveau met à jour sa carte du monde. La situation passe de « dangereuse » à « inconfortable mais gérable ». Et ça change tout.
Je serais malhonnête si je te disais que l’exposition progressive est une solution miracle qui fonctionne pour tout le monde, tout le temps. Dans ma pratique, j’ai vu des personnes pour qui cette approche était très efficace, et d’autres pour qui elle restait insuffisante. Pourquoi ?
Parce que parfois, la peur n’est pas seulement une peur. Elle est liée à des croyances plus profondes, des blessures anciennes, des schémas relationnels qui se rejouent sans cesse. Quand tu évites une situation, ce n’est pas toujours parce que tu as peur de l’échec. C’est parfois parce que tu as peur d’être rejeté, humilié, abandonné. Et ces peurs-là, elles ne se défont pas simplement en s’exposant à la situation.
C’est là que d’autres approches peuvent être utiles. Par exemple, l’IFS (Internal Family Systems), que j’utilise régulièrement, permet d’entrer en dialogue avec la partie de toi qui a peur, de comprendre ce qu’elle essaie de protéger, de l’apaiser de l’intérieur. L’intelligence relationnelle, elle, t’aide à décoder les dynamiques dans lesquelles tu es pris, à voir comment tes peurs s’expriment dans tes relations et comment tu peux les désamorcer.
Concrètement, si tu as une peur de l’échec, l’exposition peut t’aider à te lancer. Mais si cette peur est liée à une croyance profonde du type « je ne mérite pas de réussir », l’exposition seule risque de te confronter à un mur. Dans ce cas, il faut d’abord travailler sur la croyance, la déconstruire, lui trouver une origine, et la remplacer par une croyance plus juste.
L’exposition est un outil puissant, mais c’est un outil parmi d’autres. Ce n’est pas une baguette magique. C’est un levier que tu peux actionner, mais parfois tu as besoin de quelqu’un pour t’aider à le trouver et à l’utiliser correctement.
Tu n’as pas besoin d’attendre d’avoir un rendez-vous avec un praticien pour faire un premier pas. Voici comment tu peux commencer tout de suite, seul, en toute sécurité.
1. Identifie UN seul évitement. Ne cherche pas à tout changer. Prends une situation précise que tu évites régulièrement, qui te pourrit la vie de façon mesurable. Par exemple : « Je n’ose pas demander une augmentation à mon chef », ou « Je ne vais jamais aux soirées où je ne connais personne ».
2. Décompose-la en mini-étapes. Sois créatif. Si l’objectif final est de demander une augmentation, les étapes pourraient être :
Chaque étape doit être suffisamment petite pour que tu puisses l’envisager sans panique. Si une étape te semble encore trop grosse, découpe-la encore.
3. Choisis la première étape et engage-toi à la faire. Pas dans un mois. Pas demain. Aujourd’hui ou dans les prochaines 24 heures. Fixe-toi un moment précis. Par exemple : « Ce soir à 20h, j’ouvre mon agenda et je regarde la date de mon dernier entretien. » C’est tout. Juste ça.
4. Observe ce qui se passe. Quand tu fais l’étape, note ce que tu ressens. Est-ce que la catastrophe que tu imaginais s’est produite ? Probablement pas. Note aussi que l’inconfort était présent, mais qu’il a diminué avec le temps. C’est cette information que ton cerveau doit enregistrer.
5. Répète et augmente progressivement. Une fois que la première étape est devenue facile (tu la fais sans y penser), passe à la suivante. Toujours à ton rythme. Toujours en observant.
Ce processus n’est pas linéaire. Il y aura des jours où tu reculeras, où tu éviteras à nouveau. Ce n’est pas grave. Ce n’est pas un échec. C’est une information. Tu notes ce qui s’est passé, tu ajustes, tu recommences.
Si tu sens que tu es bloqué, que tu n’arrives pas à faire même la première étape, ou que les croyances sous-jacentes sont trop lourdes, alors c’est peut-être le moment de chercher un accompagnement. Il n’y a aucune honte à ça. Au contraire, c’est un acte de courage que de reconnaître qu’on a besoin d’un guide.
Tu vois, l’évitement n’est pas une faiblesse. C’est une stratégie de survie qui a fonctionné pour toi à un moment donné. Le problème, c’est qu’elle a pris le pouvoir et qu’elle te maintient dans une cage dont tu as les clés.
La sortie du cercle vicieux ne passe pas par l’élimination de la peur. Elle passe par l’apprentissage d’un nouveau rapport
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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