3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Ces gestes quotidiens qui entretiennent le mal-être sans le savoir.
Je reçois souvent des personnes qui me disent : « Je n’ai pas une grosse dépression, c’est juste que je ne vais pas très bien en ce moment. » Elles minimisent. Elles comparent leur état à des souffrances plus visibles. Et pourtant, elles viennent me voir parce qu’elles sentent bien que quelque chose coince, que leur énergie baisse, que le plaisir s’estompe, que les matins sont plus lourds. Ce n’est pas une crise majeure, non. Mais c’est un mal-être qui s’installe, qui dure, et qui grignote petit à petit leur qualité de vie.
Ce que j’observe dans mon cabinet à Saintes, c’est que cette dépression légère – on parle parfois de dysthymie ou d’épisode dépressif modéré – est souvent entretenue par des habitudes tellement ordinaires qu’on ne les voit même plus. Ce ne sont pas des comportements spectaculaires. Ce sont des gestes quotidiens, des réflexes de survie émotionnelle, des petites choses que l’on fait « pour tenir le coup » ou « pour s’occuper l’esprit ». Sauf que ces mêmes gestes, à force, deviennent le carburant du problème.
Alors je vais être honnête avec vous : je ne vais pas vous dire qu’il suffit de changer ces habitudes pour guérir. Ce serait menteur. Mais ce que je sais, c’est que si vous les identifiez, vous pouvez arrêter de nourrir la dépression sans le savoir. Et ça, c’est la première marche pour sortir de la spirale.
Vous rentrez chez vous après une journée qui vous a demandé beaucoup d’énergie sociale ou intellectuelle. Vous êtes fatigué, un peu vaseux, peut-être même irritable. Alors vous vous asseyez, vous prenez votre téléphone, et vous commencez à faire défiler les réseaux sociaux, les vidéos, les actualités. Dix minutes, vingt minutes, parfois une heure. Vous vous dites que vous décompressez, que vous vous changez les idées.
Je comprends complètement ce réflexe. Il est humain. Quand on est en souffrance légère, la recherche de distraction est une tentative de régulation émotionnelle. Le problème, c’est que cette régulation est inefficace, et même contre-productive.
Sur le plan neurologique, le scrolling sollicite votre système de récompense de manière très particulière. Chaque nouvelle publication, chaque like, chaque notification crée une micro-dose de dopamine. Mais cette dopamine est de courte durée. Elle vous laisse immédiatement sur votre faim, ce qui vous pousse à scroller encore plus pour retrouver cette micro-satisfaction. C’est exactement le même mécanisme que celui des machines à sous. Vous n’êtes pas en train de vous reposer : vous êtes en train d’épuiser vos réserves attentionnelles tout en renforçant un circuit de dépendance.
Pire : le contenu que vous consommez – les vies parfaites des autres, les informations anxiogènes, les comparaisons implicites – alimente directement les pensées négatives typiques de la dépression légère. « Lui il réussit, moi je stagne. » « Le monde va mal, à quoi bon ? » « Je suis seul à vivre ça. » Votre cerveau capte ces messages même si vous ne les formulez pas consciemment.
Je ne vous demande pas de supprimer tous vos écrans. Mais je vous invite à observer ce qui se passe après une session de scrolling : êtes-vous plus reposé, plus clair, plus apaisé ? Ou êtes-vous plus vide, plus lourd, plus triste ? Si c’est la deuxième option, cette habitude est en train d’entretenir votre dépression.
Ce qui semble être une pause est parfois une fuite. Et la fuite ne soigne pas, elle épuise.
C’est l’un des raisonnements les plus fréquents que j’entends en consultation. « Je sais que je devrais faire du sport, mais je n’ai pas la motivation. » « Je devrais rappeler des amis, mais je ne me sens pas assez bien. » « Je devrais ranger mon appartement, mais je suis trop fatigué pour ça. »
Et vous attendez. Vous attendez que l’énergie revienne, que l’envie pointe le bout de son nez, que le moral remonte un peu. Sauf que dans une dépression légère, l’énergie et l’envie ne reviennent pas toutes seules. Elles sont souvent la conséquence de l’action, pas sa cause.
C’est un mécanisme que j’explique beaucoup avec l’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems). Il y a une partie de vous qui veut protéger l’autre. Cette partie vous dit : « Ne bouge pas, tu es fragile, repose-toi encore, tu n’es pas prêt. » C’est une partie protectrice, bien intentionnée. Mais elle vous maintient dans une immobilité qui aggrave la dépression. Parce que l’inaction prolongée diminue votre sentiment d’efficacité personnelle, renforce la croyance que vous êtes incapable, et réduit les sources de stimulation positive.
Concrètement, que se passe-t-il quand vous attendez d’aller mieux ? Vous restez dans votre lit ou votre canapé. Vous ruminez. Vous perdez le contact avec les petites réussites du quotidien. Et votre cerveau, qui n’a pas de preuve du contraire, continue de penser que vous êtes vraiment en train de décliner.
Je propose souvent un petit exercice à mes patients. Je leur demande de noter, sur une échelle de 0 à 10, leur humeur avant et après avoir fait une toute petite action : boire un verre d’eau en pleine conscience, marcher 5 minutes autour du pâté de maisons, écrire trois choses vues dans la journée. Dans la majorité des cas, l’humeur monte d’au moins un point. Parfois deux. Ce n’est pas miraculeux, mais c’est un signal. L’action précède l’envie, pas l’inverse.
Vous êtes dans votre voiture, sous la douche, ou en train de préparer le dîner. Et sans que vous le décidiez, votre esprit repart sur les mêmes sujets : ce que vous auriez dû dire, ce qui ne va pas dans votre vie, pourquoi les choses ne s’améliorent pas. Vous avez l’impression de réfléchir, de chercher des solutions. Mais en réalité, vous ruminez.
La rumination, c’est cette boucle de pensées répétitives, souvent négatives, qui tourne en rond sans aboutir à une résolution. Elle est particulièrement insidieuse dans la dépression légère parce qu’elle donne l’illusion d’être productif. « Je réfléchis à mon problème, donc je suis en train de le régler. » Sauf que non. Vous n’êtes pas en train de résoudre quoi que ce soit. Vous êtes en train de consolider des connexions neuronales qui renforcent votre tristesse, votre anxiété, votre sentiment d’impuissance.
En hypnose, on travaille beaucoup avec l’idée que le cerveau a besoin de signaux clairs pour changer. Quand vous ruminez, vous envoyez à votre système nerveux un signal répété : « Il y a un danger, un problème non résolu, reste en alerte. » Votre corps répond en maintenant un état de stress chronique, avec du cortisol qui circule, un sommeil perturbé, une digestion ralentie. La dépression légère devient alors aussi une affaire physiologique.
La difficulté, c’est que la rumination est souvent automatique. Vous ne choisissez pas de ruminer, ça vous tombe dessus. Mais vous pouvez choisir d’interrompre le cycle. Pas en vous forçant à penser positif – ça ne marche pas – mais en déplaçant votre attention. Une technique simple que j’enseigne : quand vous vous surprenez à ruminer, posez votre main sur votre ventre, prenez trois respirations lentes, et nommez mentalement trois objets que vous voyez dans la pièce. Ça dure trente secondes. Ça coupe le flux. Et à force, vous créez un nouveau réflexe.
Je ne vais pas vous faire un cours sur l’hygiène du sommeil. Vous savez déjà qu’il faut dormir suffisamment, que les écrans avant le lit sont nocifs, que la régularité est importante. Mais dans une dépression légère, il y a un pattern spécifique que je vois très souvent : le décalage progressif des horaires.
Vous vous couchez un peu plus tard chaque soir, parce que vous n’êtes pas fatigué, ou parce que vous avez besoin de « temps pour vous » après une journée qui ne vous a pas satisfait. Vous vous levez un peu plus tard le matin, parce que le réveil est difficile, ou parce que vous n’avez pas d’urgence. Et doucement, votre rythme circadien se décale. Vous finissez par vous endormir à 2h ou 3h du matin, et par vous lever à 11h ou midi.
Ce décalage n’est pas anodin. Votre horloge biologique régule bien plus que votre sommeil : elle régule votre humeur, votre appétit, votre température corporelle, la production de mélatonine et de sérotonine. Quand vous la déphasez, vous perturbez l’ensemble de votre métabolisme émotionnel. La dépression légère devient plus lourde, plus tenace, plus résistante aux tentatives d’amélioration.
Je ne vous demande pas de devenir un lève-tôt militant. Mais je vous propose une expérience : pendant une semaine, essayez de vous coucher et de vous lever à des horaires fixes, même si vous dormez moins. Pas de grasse matinée le week-end. Pas de nuit blanche pour « rattraper le temps perdu ». Observez si votre humeur matinale change, si vos pensées sont moins lourdes. Beaucoup de personnes constatent une amélioration notable, simplement en stabilisant leur rythme.
Vous ne fuyez pas les autres. Vous ne refusez pas toutes les invitations. Mais vous avez développé une stratégie discrète d’évitement. Vous dites oui à un café, mais vous annulez au dernier moment. Vous acceptez une sortie, mais vous partez tôt. Vous répondez aux messages, mais avec retard et de manière laconique. Vous êtes là, mais pas vraiment présent.
Cet isolement doux est particulièrement dangereux pour la dépression légère parce qu’il est difficile à identifier. Vous pouvez vous dire : « Mais si, je vois du monde, je ne suis pas asocial. » Sauf que la qualité de vos interactions a baissé. Vous ne partagez plus vraiment. Vous ne vous exposez plus à la chaleur relationnelle. Vous restez dans une zone de confort où vous contrôlez tout – y compris la distance avec les autres – mais où vous ne recevez plus ce dont vous avez besoin : de la connexion authentique.
En IFS, on dirait qu’une partie de vous s’est installée comme gardienne. Elle vous protège du rejet, de la déception, de l’effort social. Elle vous dit : « Reste chez toi, c’est plus sûr. » Mais cette protection a un coût : elle vous prive des interactions qui pourraient justement alléger votre humeur. Le contact humain, même imparfait, même inconfortable, est un régulateur émotionnel puissant. Il stimule l’ocytocine, réduit le cortisol, et vous sort de votre bulle de pensées négatives.
Je ne vous dis pas de forcer des interactions sociales longues et épuisantes. Mais je vous invite à repérer vos micro-évitements. Quand vous annulez un rendez-vous, est-ce vraiment par fatigue légitime, ou parce qu’une partie de vous a peur de ne pas être à la hauteur ? Quand vous ne répondez pas, est-ce par manque de temps, ou par crainte de déranger ? Parfois, accepter une invitation en sachant que vous pouvez partir au bout de 30 minutes, c’est déjà une victoire.
Protéger votre solitude peut sembler sage. Mais dans une dépression légère, c’est souvent un piège qui se referme doucement.
Je ne suis pas nutritionniste, et je ne vais pas vous faire la leçon sur ce qu’il faut mettre dans votre assiette. Mais je vois régulièrement un schéma chez les personnes en dépression légère : une alimentation qui devient un outil de régulation émotionnelle, sans que la personne en ait pleinement conscience.
Ce n’est pas forcément le classique grignotage de chips devant la télé. Parfois, c’est plus subtil. Vous sautez un repas parce que vous n’avez pas faim, puis vous mangez n’importe quoi plus tard. Vous buvez un peu plus de café ou de thé pour compenser la fatigue. Vous prenez un verre d’alcool le soir pour « décompresser ». Vous mangez rapidement, sans goût, sans plaisir, juste pour remplir un vide.
Ce qui se joue ici, c’est une déconnexion d’avec les signaux de votre corps. La dépression légère émousse vos sensations internes. Vous ne sentez plus clairement la faim, la satiété, le besoin d’eau ou de repos. Vous fonctionnez en mode automatique, et l’alimentation devient un geste machinal, parfois même une punition déguisée.
Sur le plan biochimique, une alimentation irrégulière ou déséquilibrée aggrave la dépression. Les variations de glycémie influencent directement votre humeur et votre énergie. Un déficit en certains nutriments – magnésium, vitamines B, oméga-3 – peut entretenir les symptômes dépressifs. Et l’alcool, même en petite quantité, perturbe la qualité du sommeil et amplifie les ruminations le lendemain.
Je ne vous demande pas de suivre un régime strict. Je vous propose juste une chose : avant de manger, prenez trois secondes pour vous demander ce que vous ressentez dans votre ventre. Avez-vous vraiment faim ? Ou cherchez-vous autre chose : une pause, une récompense, un apaisement ? Cette simple question crée un espace entre l’impulsion et l’action. Et parfois, cet espace suffit à faire un choix différent.
C’est une habitude que je vois souvent chez les personnes qui ont une dépression légère mais qui continuent à fonctionner – parfois même très bien – en apparence. Vous êtes quelqu’un de fiable, consciencieux, exigeant avec vous-même. Vous ne laissez rien passer. Vous vérifiez trois fois vos emails. Vous préparez vos réunions dans les moindres détails. Vous vous assurez que tout est parfait, parce que vous avez peur que la moindre erreur soit interprétée comme une preuve de votre incompétence.
Ce perfectionnisme est une stratégie de compensation. Vous sentez au fond de vous que vous êtes fragile, que vous tenez à un fil, alors vous redoublez d’efforts pour garder le contrôle. Mais cette hypervigilance est épuisante. Elle vous maintient dans un état de tension constant. Et elle vous empêche de lâcher prise, de vous reposer vraiment, de tolérer l’imperfection.
En hypnose, on travaille souvent avec l’idée que le perfectionnisme est une protection contre la honte ou le jugement. Mais cette protection vous coûte cher. Elle consomme votre énergie, réduit votre capacité à ressentir du plaisir, et vous prive de la satisfaction simple d’avoir fait de votre mieux.
Je vous invite à expérimenter le « assez bien ». Pas le parfait. Pas le bâclé non plus. L’entre-deux, tolérable, humain. Envoyer un email sans le relire trois fois. Laisser un plat un peu moins présentable. Accepter que votre maison ne soit pas immaculée. Ces petits gestes de lâcher-prise envoient un message à votre cerveau : « Je suis en sécurité même si tout n’est pas parfait. » Et ça, c’est un antidote puissant à la dépression légère.
Je vous ai parlé de plusieurs habitudes. Peut-être en avez-vous reconnu deux ou trois. Peut-être même que vous vous êtes dit : « Oui, c’est moi, ça. » Et maintenant, vous vous demandez comment changer tout ça. Ma réponse risque de vous surprendre : ne changez pas tout.
Si vous essayez de modifier simultanément votre utilisation des écrans, votre sommeil, votre alimentation, votre perfectionnisme et votre isolement, vous allez vous épuiser en trois jours. Et vous allez vous sentir encore plus en échec. Ce n’est pas le but.
Le but, c’est de choisir UNE habitude, une seule, et de travailler sur elle pendant une
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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