3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Les limites des techniques de relaxation et ce qu'il faut ajouter.
Tu as tout essayé. La respiration abdominale, la cohérence cardiaque, les applications de méditation, les bains chauds le soir, les tisanes à la camomille, les huiles essentielles dans le diffuseur. Peut-être même des séances de sophrologie ou de relaxation musculaire progressive. Et pourtant, dès que tu poses ta tête sur l’oreiller, ou le matin au réveil, cette pression revient. Cette boule au ventre. Cette impression que quelque chose de grave va arriver, sans que tu saches quoi. Parfois, tu arrives à t’apaiser dix, vingt minutes. Mais l’effet retombe aussi vite qu’il est venu. Et tu te demandes ce qui cloche.
Je vois régulièrement des personnes qui sont venues me voir après des mois, voire des années, à essayer de « se relaxer » pour sortir de l’anxiété. Elles ont suivi des protocoles parfaitement exécutés. Elles ont été disciplinées. Mais le résultat ne tient pas. Ce n’est pas de leur faute. C’est que la relaxation seule, aussi bénéfique soit-elle pour un coup de stress passager, ne fait pas le poids face à une anxiété qui s’est installée dans la durée. Dans cet article, je vais t’expliquer pourquoi, et surtout ce que tu peux ajouter à ta boîte à outils pour que ça change vraiment.
Quand tu fais un exercice de relaxation, tu actives le système nerveux parasympathique. C’est le frein. Celui qui ralentit le cœur, détend les muscles, abaisse la pression artérielle. C’est très utile après une journée stressante, ou avant un moment important. Mais le problème, avec l’anxiété chronique, c’est que le système d’alarme (le système nerveux sympathique) est en mode « on » en permanence. Il ne s’arrête pas parce que tu lui demandes gentiment de le faire.
Imagine ton système nerveux comme une voiture dont l’alarme s’est déclenchée. La relaxation, c’est comme appuyer sur le bouton « silence » de l’alarme. Pendant quelques secondes, le bruit s’arrête. Tu souffles. Puis l’alarme se redéclenche, parce que le problème de fond n’a pas été traité. L’anxiété chronique n’est pas un simple excès de tension. C’est un mode de fonctionnement du cerveau et du corps qui s’est auto-entretenu. Il y a des croyances, des habitudes de pensée, des émotions coincées qui alimentent le feu en continu.
La relaxation essaie d’éteindre les flammes avec un verre d’eau. C’est mieux que rien, mais ça ne suffit pas. Ce qu’il faut, c’est couper l’arrivée de gaz. Et pour ça, il faut comprendre ce qui entretient l’anxiété dans ton quotidien. Ce n’est pas toujours spectaculaire. Parfois ce sont des micro-habitudes : vérifier ton téléphone le matin avant de te lever, scroller les actualités anxiogènes, ruminer un échange de la veille, anticiper le pire pour la journée à venir. La relaxation arrive après, pour calmer les dégâts. Mais elle n’empêche pas l’incendie de reprendre.
La relaxation sans travail sur les causes de l’anxiété, c’est comme vider l’eau d’un bateau qui prend l’eau sans reboucher le trou. Tu peux écoper toute la journée, le niveau ne baissera jamais vraiment.
Avant d’aller plus loin, il faut qu’on soit clairs sur ce dont on parle. L’anxiété chronique, ce n’est pas le stress normal avant un examen ou une présentation. C’est un état d’alerte permanent, même en l’absence de danger réel. Ton cerveau fonctionne comme s’il y avait un prédateur derrière chaque buisson. Il scanne l’environnement à la recherche de menaces. Il interprète des signaux neutres (un battement de cœur un peu rapide, un message qui tarde à arriver) comme des signes de catastrophe imminente.
Cet état a des conséquences physiques : tensions musculaires, troubles digestifs, fatigue chronique, insomnie. Et des conséquences mentales : difficulté à se concentrer, irritabilité, sensation d’être débordé, évitement des situations qui pourraient déclencher l’anxiété. Petit à petit, ta vie se rétrécit. Tu évites les sorties, les appels, les projets. Tu restes dans une zone de confort qui n’a rien de confortable, mais qui te semble plus sûre.
Ce qui entretient cette anxiété, c’est un cercle vicieux. Tu ressens une sensation physique désagréable (par exemple, une oppression thoracique). Tu l’interprètes comme dangereuse (« je vais faire une crise cardiaque » ou « je vais perdre le contrôle »). Cette interprétation augmente ta peur, ce qui amplifie la sensation physique. Et ainsi de suite. La relaxation peut calmer un peu la sensation physique, mais elle ne change pas l’interprétation. Tant que ton cerveau croit qu’il y a un danger, il va continuer à produire de l’anxiété.
Pour sortir de ce cercle, il faut intervenir à plusieurs niveaux. Pas seulement sur le corps, mais aussi sur les pensées, les émotions, et les comportements. La relaxation est une pièce du puzzle. Mais elle n’est ni la plus importante, ni la seule.
Quand tu es anxieux, ton cerveau est en mode « biais de négativité ». Il filtre la réalité pour ne retenir que ce qui confirme que tout va mal. Tu reçois un compliment, et tu penses « il est gentil, mais il ne pense pas ce qu’il dit ». Tu rates un détail au travail, et tu conclus « je suis nul, je vais me faire virer ». Ce filtre, on l’appelle parfois le « cerveau reptilien » ou le « système de survie ». Il est très efficace pour nous protéger des dangers immédiats, mais il est inadapté à la vie moderne où les dangers sont rarement des lions.
La relaxation ne touche pas à ces pensées automatiques. Elle peut te calmer suffisamment pour que tu aies un peu de recul, mais elle ne t’apprend pas à repérer ces schémas, à les questionner, à les remplacer par des pensées plus réalistes. C’est comme si tu prenais un cachet pour la douleur sans jamais regarder la blessure. Tu ne guéris pas, tu anesthésies.
Prenons un exemple. Un patient, appelons-le Laurent, vient me voir pour une anxiété généralisée. Il est cadre commercial, plutôt performant, mais il passe ses soirées à ressasser ses échecs de la journée. Il a appris la cohérence cardiaque, il la pratique matin et soir. Ça lui fait du bien sur le moment, mais dès qu’il pose son téléphone, les ruminations repartent. Pourquoi ? Parce que son cerveau a une croyance profonde : « si je ne suis pas parfait, je vais être rejeté ». Cette croyance n’est pas apparue par hasard. Elle s’est construite dans son enfance, dans un environnement où l’amour était conditionné à la performance. La relaxation ne peut pas défaire cette croyance. Il faut un travail plus en profondeur.
Ce travail, c’est ce que j’appelle l’intelligence relationnelle. C’est la capacité à comprendre comment tes relations passées ont façonné ta manière de penser et de ressentir aujourd’hui. Et à apprendre à te relier à toi-même et aux autres d’une façon plus apaisée. Ce n’est pas un truc de « développement personnel superficiel ». C’est un vrai levier de changement.
Il y a un aspect dont on parle peu, mais qui est crucial. La relaxation peut devenir une stratégie d’évitement. Tu te sens anxieux, donc tu fais un exercice de respiration. Tu te sens mieux, tu arrêtes. Mais tu n’as pas affronté la situation qui a déclenché l’anxiété. À court terme, c’est confortable. À long terme, ça renforce l’anxiété.
Pourquoi ? Parce que ton cerveau apprend que la seule façon de gérer l’inconfort, c’est de s’en détourner. Il n’apprend pas à tolérer l’incertitude, à faire face à une situation inconfortable, à découvrir que tu peux survivre à une émotion désagréable sans qu’elle te détruise. Au contraire, il consolide le message : « cette situation est dangereuse, il faut l’éviter ». Résultat : la prochaine fois que tu seras confronté à une situation similaire, l’anxiété sera encore plus forte, parce que ton cerveau aura ajouté une couche de peur : la peur de la peur elle-même.
Je vois ça souvent avec des personnes qui ont des phobies sociales. Elles utilisent la relaxation avant une réunion ou un repas entre collègues. Ça les aide à tenir le coup. Mais elles ne travaillent pas sur la peur du jugement, sur la croyance qu’elles vont dire une bêtise, sur la difficulté à supporter le regard des autres. La relaxation devient une béquille. Et la béquille, si tu ne fais pas de rééducation, elle t’empêche de remuscler ta jambe.
Si tu utilises la relaxation pour éviter de ressentir, tu ne guéris pas l’anxiété. Tu l’entraînes à devenir plus forte.
Depuis plusieurs années, j’utilise l’IFS (Internal Family Systems) dans mon accompagnement. C’est une approche qui part du principe que notre psyché est composée de plusieurs « parties » ou sous-personnalités. Tu as peut-être une partie perfectionniste, une partie anxieuse, une partie critique, une partie qui veut tout contrôler. Ces parties ne sont pas des ennemis. Ce sont des stratégies de protection que tu as développées pour survivre à des situations difficiles, souvent dans l’enfance.
La relaxation, dans ce cadre, peut aider à calmer une partie anxieuse. Mais elle ne dialogue pas avec elle. Elle ne cherche pas à comprendre pourquoi cette partie est là, ce qu’elle craint, ce qu’elle essaie de protéger. L’IFS, au contraire, t’invite à entrer en contact avec cette partie, à l’écouter avec curiosité, à reconnaître son rôle et à la remercier pour son service. Et progressivement, à libérer la partie plus jeune, vulnérable, qui est protégée par cette anxiété.
Prenons une patiente, appelons-la Sophie. Elle a une anxiété sociale très forte. Elle utilise la relaxation avant chaque interaction sociale. Ça l’aide un peu, mais elle reste tendue, elle bégaye parfois, elle évite de prendre la parole. En travaillant avec l’IFS, on découvre qu’elle a une partie « petite Sophie » qui a été humiliée en classe à l’âge de 8 ans. Une institutrice l’a ridiculisée devant tout le monde. Depuis, une partie protectrice s’est mise en place : elle surveille tout ce que Sophie dit, elle anticipe le jugement, elle la pousse à se taire pour éviter de revivre cette honte. La relaxation ne peut pas toucher à ça. Mais en accueillant cette petite Sophie, en lui donnant de la compassion, en la rassurant avec la force de l’adulte d’aujourd’hui, quelque chose se libère. L’anxiété n’a plus besoin d’être aussi forte.
L’IFS ne remplace pas la relaxation. Il l’intègre, mais il va bien plus loin. Il te donne une carte pour naviguer dans ton monde intérieur. Il te permet de devenir le leader bienveillant de ta propre psyché, plutôt que d’être gouverné par des parties automatiques.
Alors, est-ce que je te dis de jeter tes exercices de relaxation à la poubelle ? Pas du tout. Ils ont leur place. Mais à condition de les utiliser intelligemment, comme un outil parmi d’autres, et surtout pas comme une fin en soi. Voici comment je vois les choses.
D’abord, utilise la relaxation pour créer une fenêtre de calme. Pas pour fuir l’anxiété, mais pour avoir un état d’esprit plus clair avant de faire un travail plus profond. Par exemple, avant une séance d’IFS ou avant d’écrire dans un journal sur tes pensées anxieuses. La relaxation devient un sas, pas un refuge.
Ensuite, apprends à distinguer le stress aigu de l’anxiété chronique. Si tu as une journée particulièrement tendue, un conflit, une échéance, la relaxation est parfaite pour redescendre. Mais si tu te sens anxieux tous les jours, sans raison claire, ne te contente pas de ça. Cherche ce qui alimente le feu en continu. Parfois, ce sont des habitudes de vie : trop de café, pas assez de sommeil, une alimentation déséquilibrée, un manque d’activité physique, une exposition constante aux écrans et aux informations anxiogènes. La relaxation ne compensera pas un mode de vie qui entretient l’anxiété.
Enfin, et c’est le plus important, ajoute un travail sur les causes. Ça peut passer par :
Je donne souvent cet exercice à mes patients : la prochaine fois que tu te sens anxieux, au lieu de faire immédiatement un exercice de respiration, arrête-toi une minute. Demande-toi : « Qu’est-ce qui est en train de se passer ? Quelle partie de moi est active en ce moment ? Qu’est-ce qu’elle essaie de me dire ou de me protéger ? » Parfois, la réponse est surprenante. Et elle ouvre une porte que la relaxation seule ne peut pas ouvrir.
Tu as peut-être l’impression que je te demande de tout changer. Non. Je te propose juste d’ajouter une couche. Si tu utilises déjà la relaxation, garde-la. Mais arrête de croire qu’elle va tout résoudre. Et commence à regarder ce qu’il y a derrière l’anxiété.
Voici trois choses que tu peux faire dès aujourd’hui, sans matériel, sans RDV :
Pose-toi cette question : « Si mon anxiété était une partie de moi, que dirait-elle si je l’écoutais vraiment ? » Écris la réponse. Ne la juge pas. Juste écoute.
Identifie une situation que tu évites à cause de l’anxiété (un appel, une sortie, une conversation). Ne fonce pas tête baissée, mais note-la. Demain, expose-toi un tout petit peu. Pas pour te prouver quelque chose, juste pour voir ce qui se passe. Sans relaxation préalable. Avec ta simple présence.
Réserve un moment pour toi, 10 minutes, sans écran. Pas pour te relaxer. Pour être avec toi. Pour ressentir ce qu’il y a dans ton corps, dans ton cœur. Sans chercher à le changer. Juste pour faire connaissance avec ce qui est là.
L’anxiété chronique n’est pas une fatalité. Mais elle ne se soigne pas avec des techniques de surface. Elle demande un vrai travail d’exploration intérieure, souvent accompagné. Si tu sens que tu tournes en rond avec la relaxation, si tu as l’impression que ça ne suffit plus, je te propose qu’on en parle. Pas pour que je te donne une solution miracle, mais pour qu’ensemble on comprenne ce qui se joue vraiment pour toi.
Je reçois à Saintes, et je propose aussi des consultations à distance. Tu peux me contacter sans engagement. Juste pour poser ta situation, sans pression. Parfois, le premier pas, c’est juste d’être entendu. Le reste vient après.
Prends soin de toi.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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