PsychologieAnxiete Et Depression

Pourquoi vos stratégies d'apaisement ne marchent pas sur le long terme

Les solutions rapides qui aggravent l'anxiété chronique à force.

TSThierry Sudan
26 avril 202613 min de lecture

Tu viens de passer une mauvaise nuit, encore une. Le réveil a sonné, et tu as tout de suite senti cette boule au creux du ventre, ce poids sur la poitrine. Tu te laves, tu t’habilles, et tu sors. Dans la voiture, tu mets un podcast, une musique douce, tu respires un grand coup en attendant que le feu passe au vert. Ça va un peu mieux. Puis tu arrives au bureau, et là, c’est le même scénario : un collègue te parle, ton cœur s’emballe, tu serres les mâchoires. Tu te dis : « Calme-toi, respire, ça va passer ». Et ça passe, en effet. Mais le soir, en rentrant, la fatigue est là, l’irritabilité aussi. Et le lendemain, ça recommence.

Je vois ce schéma tous les jours dans mon cabinet à Saintes. Des adultes, comme toi, qui ont développé toute une panoplie de stratégies pour gérer leur anxiété. Des techniques de respiration, des exercices de pleine conscience, des mantras, des applications de méditation, parfois même des médicaments pris en « si besoin ». Et pourtant, malgré tout cet arsenal, l’anxiété revient, tenace, sournoise. Elle change juste de visage. Aujourd’hui, on va regarder ça en face, sans jugement, et comprendre pourquoi ces stratégies d’apaisement, si utiles sur le coup, peuvent devenir des pièges qui entretiennent le problème sur la durée.

Pourquoi chercher à « se calmer » est souvent une fuite qui alimente l’anxiété

Je vais te parler de Sylvie, une patiente que j’ai reçue il y a quelques mois. Sylvie est cadre dans une entreprise de logistique. Elle venait me voir parce qu’elle se sentait « épuisée de devoir gérer son stress ». Elle me disait : « Thierry, j’ai tout essayé. Je fais de la cohérence cardiaque matin et soir, j’ai installé une appli de méditation, je prends des fleurs de Bach, et même quand je sens que ça monte, je me force à sourire et à penser à autre chose. Mais dès que je baisse la garde, l’angoisse revient, plus forte. »

Ce que Sylvie décrivait, c’est le cœur du problème. Elle avait appris à contrôler son anxiété, pas à l’accueillir. Et il y a une différence fondamentale. Quand tu utilises une technique d’apaisement pour faire taire une émotion, tu envoies à ton cerveau un message implicite : « Cette sensation est dangereuse, il faut s’en débarrasser au plus vite. » Or, le cerveau, en bon protecteur, retient deux choses : d’abord, que cette émotion est une menace (puisque tu agis en urgence pour la supprimer), et ensuite, que tu n’es pas capable de la gérer tout seul (puisque tu as besoin d’une technique externe).

Résultat ? Chaque fois que tu utilises une stratégie d’apaisement pour fuir l’inconfort, tu renforces la croyance que l’anxiété est insupportable et dangereuse. Tu apprends à ton système nerveux à avoir peur de ta propre peur. C’est ce qu’on appelle l’anxiété d’anticipation : tu n’as plus peur de la situation en elle-même, mais de la réaction anxieuse que tu vas avoir. Et donc, tu passes ton temps à guetter les signes, à scruter ton corps, à chercher la moindre tension. Tu deviens un vigile de toi-même. Et devine quoi ? Plus tu cherches, plus tu trouves, et plus l’anxiété s’installe.

L’apaisement n’est pas un problème en soi. Le problème, c’est quand il devient une évitement déguisé. Tu ne te calmes pas pour te sentir mieux, tu te calmes pour ne pas ressentir.

Prenons un autre exemple, celui de Marc, un footballeur que j’accompagne en préparation mentale. Avant un match important, il sent la pression monter. Son cœur s’accélère, ses mains deviennent moites. Il a appris une technique de respiration qu’il utilise systématiquement. Mais il me confie : « Parfois, ça marche, parfois non. Et quand ça ne marche pas, je panique encore plus parce que je me dis que même ma technique ne fonctionne plus. » Tu vois le cercle vicieux ? Marc a transformé sa stratégie d’apaisement en une béquille indispensable. Sans elle, il se sent nu et vulnérable. Son anxiété n’a pas diminué, elle s’est juste déplacée : elle porte maintenant sur l’efficacité de ses propres outils.

Ces stratégies deviennent des rituels d’apaisement conditionnés. Elles fonctionnent comme une drogue douce : un soulagement temporaire, suivi d’un besoin accru de la dose suivante. Et si tu rates la dose ? La crise de panique guette. Tu n’es plus libre, tu es esclave de tes propres techniques.

Le piège des pensées positives forcées et de la distraction à tout prix

On m’a appris très tôt, comme beaucoup, que pour aller mieux, il fallait « voir le verre à moitié plein », « se changer les idées », « penser à autre chose ». C’est ce que j’appelle la tyrannie du positif. Et c’est une autre raison majeure pour laquelle tes stratégies d’apaisement ne marchent pas sur le long terme.

Je reçois souvent des personnes qui me disent : « Je sais que je devrais arrêter de ruminer, mais je n’y arrive pas. » Alors elles se forcent à écouter un podcast, à regarder une série, à faire du sport pour se vider la tête. Et ça marche un moment. Mais dès que le stimulus cesse, la pensée revient, parfois plus insistante. Pourquoi ? Parce que la distraction, comme l’apaisement forcé, est une stratégie d’évitement expérientiel. Tu évites de ressentir ce qui est là, dans l’instant présent.

Prenons l’exemple de Claire, une passionnée de course à pied que j’accompagne. Elle court pour « évacuer le stress ». Mais un jour, elle s’est blessée, et n’a plus pu courir pendant deux mois. Elle a sombré dans une anxiété massive. Pourquoi ? Parce qu’elle n’avait pas appris à gérer son stress sans sa stratégie d’évitement. La course était devenue son seul régulateur émotionnel. Sans elle, elle était démunie.

La pensée positive forcée est encore plus pernicieuse. Quand tu te dis « Je vais bien, tout va bien, je suis fort » alors que tu es en train de trembler intérieurement, tu crées une dissonance cognitive énorme. Ton corps te dit « Alerte, danger », et ton esprit lui répond « Tais-toi, on fait comme si de rien n’était ». Le problème, c’est que le corps ne se tait pas. Il continue à envoyer des signaux d’alarme. Et toi, tu te retrouves dans un conflit intérieur permanent : entre ce que tu ressens et ce que tu penses devoir ressentir. C’est épuisant, et ça nourrit un sentiment d’inauthenticité et de honte.

« Je me souviens d’un patient qui me disait : “Je me répète ‘Je suis calme, je suis calme’ en pleine crise d’angoisse. Mais au fond, je me sens juste plus seul et plus nul parce que même ça, je n’y arrive pas.” »

La distraction et le positivisme forcé sont des pansements sur une plaie qui suppure. Ils ne traitent pas la cause, ils cachent le symptôme. Et comme tout ce qui est caché, le symptôme trouve une autre voie d’expression : insomnies, douleurs chroniques, irritabilité, ou pire, une anxiété généralisée qui contamine tous les domaines de ta vie.

Comment l’hypervigilance transforme tes outils en amplificateurs d’anxiété

Je te propose une expérience. Pendant les cinq prochaines secondes, ne pense surtout pas à un ours blanc. Surtout pas. Prêt ? Vas-y.

Alors ? Tu as pensé à un ours blanc, n’est-ce pas ? C’est le paradoxe de l’attention. Plus on lutte contre une pensée, plus elle devient présente. Et c’est exactement ce qui se passe avec tes stratégies d’apaisement.

Quand tu as une technique en tête – disons, la respiration en carré – tu passes ton temps à surveiller ton état intérieur. « Est-ce que ça va mieux ? Mon cœur ralentit-il ? Ma respiration est-elle assez profonde ? » Cette surveillance, c’est de l’hypervigilance. Tu deviens un détective de tes sensations corporelles. Et le problème, c’est que plus tu regardes, plus tu vois. Tu vas forcément détecter une petite tension, une légère accélération du pouls, une pensée parasite. Et là, tu interprètes ça comme un échec. « Ma technique ne marche pas, je suis toujours anxieux. » Tu passes alors à une autre technique, ou tu forces davantage. Et la tension monte.

C’est ce que j’appelle la boucle de l’effort. Plus tu fais d’efforts pour te calmer, plus tu es tendu, car l’effort en lui-même est une forme de tension. Tu es en train de courir après la relaxation, et cette course te stresse.

Je vois ça avec les coureurs que je prépare. Certains sont tellement focalisés sur leur fréquence cardiaque, leur allure, leur technique de respiration pendant l’effort qu’ils en oublient de courir. Ils sont dans le contrôle permanent. Et à la moindre variation, ils s’alarment. Le corps n’est plus un allié, il devient une machine à surveiller. L’anxiété ne vient pas de la course, elle vient de la relation qu’ils entretiennent avec leur propre corps.

De la même manière, dans ta vie quotidienne, si tu passes ton temps à vérifier si ton anxiété est « sous contrôle », tu lui donnes toute ton attention. Et l’attention, c’est de l’énergie. Plus tu nourris l’anxiété d’attention, plus elle grandit. Tes stratégies d’apaisement deviennent alors des amplificateurs. Elles transforment une simple gêne passagère en une crise majeure, car tu as investi toute ton énergie dans la lutte.

L’anxiété n’est pas un problème à résoudre, mais un signal à décoder

On arrive au cœur du sujet. Toutes ces stratégies qui échouent partagent un point commun : elles considèrent l’anxiété comme un problème technique à résoudre. Comme si c’était une panne mécanique, un bug dans ton système. Tu cherches la bonne technique, le bon réglage, la bonne fréquence de respiration pour « réparer » le dysfonctionnement.

Mais si l’anxiété n’était pas un bug, mais une fonctionnalité ? Si elle était un signal, un message que ton corps et ton esprit essaient de te faire passer ?

L’anxiété est une alarme. Si tu passes ton temps à débrancher l’alarme sans chercher à savoir ce qui brûle, tu risques l’incendie.

Je m’explique. L’anxiété est une émotion, comme la joie, la tristesse ou la colère. Elle a une fonction : te protéger d’un danger perçu. Le problème, ce n’est pas l’anxiété en elle-même. Le problème, c’est qu’elle s’est déclenchée pour de mauvaises raisons, ou qu’elle est devenue chronique parce que le danger est intérieur, pas extérieur.

Quand j’accompagne des personnes avec l’approche IFS (Internal Family Systems), on découvre souvent que l’anxiété est portée par une partie de soi qui a un rôle de protecteur. Cette partie a pris les commandes parce qu’elle croit sincèrement qu’elle te protège. Elle te fait ressentir de l’anxiété pour que tu restes vigilant, pour que tu ne prennes pas de risques, pour que tu ne sois pas blessé. Elle fait son boulot, du mieux qu’elle peut, avec ce qu’elle a.

Tes stratégies d’apaisement, en cherchant à faire taire cette partie, la mettent en échec. Elle se sent incomprise, attaquée. Alors elle monte le volume. C’est pour ça que l’anxiété revient plus fort après une tentative d’apaisement : la partie protectrice se sent en danger et double la mise.

Le travail, ce n’est donc pas de te calmer. C’est d’entrer en relation avec cette partie anxieuse. De lui dire : « Je te vois, je t’entends, merci d’essayer de me protéger. Dis-moi, de quoi as-tu peur ? De quoi as-tu besoin ? » Et là, quelque chose de magique se produit. La partie se détend. Elle n’a plus besoin de crier parce qu’elle est écoutée. L’anxiété diminue, non pas parce que tu l’as combattue, mais parce que tu l’as accueillie.

C’est contre-intuitif, je sais. On a tous été éduqués à fuir l’inconfort. Mais la clé de la guérison, c’est souvent d’apprendre à rester en présence de ce qui est inconfortable, sans chercher à le changer. C’est ce que j’appelle le courage de ressentir.

Ce que tu peux faire maintenant : passer du combat à l’accueil

Alors, concrètement, par où commencer ? Est-ce que je te demande d’arrêter du jour au lendemain toutes tes stratégies d’apaisement ? Non, bien sûr que non. Ce serait violent et contre-productif. On va y aller progressivement, avec douceur et curiosité.

La première chose, c’est de changer de posture intérieure. Au lieu de considérer ton anxiété comme une ennemie à abattre, vois-la comme une messagère. Une messagère un peu bruyante, fatiguée, qui essaie peut-être maladroitement d’attirer ton attention.

Voici un petit exercice que tu peux faire dès maintenant, assis là où tu es. Prends une inspiration, doucement. Et au lieu de chercher à te détendre, porte ton attention sur la sensation d’anxiété dans ton corps. Où est-elle ? Est-ce une pression dans la poitrine ? Une boule dans la gorge ? Des mains moites ? Ne cherche pas à la faire partir. Contente-toi de l’observer comme tu observerais un nuage dans le ciel. Tu peux même lui dire mentalement : « Je te sens, je suis là avec toi. »

Ensuite, pose-toi cette question, avec une vraie curiosité : « De quoi cette anxiété essaie-t-elle de me protéger ? » Peut-être de l’échec, du rejet, de la honte, d’un souvenir douloureux ? Ne cherche pas la réponse parfaite. Laisse venir ce qui vient. C’est le début d’un dialogue intérieur.

La seconde étape, c’est de réduire l’usage de tes stratégies d’évitement. Pas de les supprimer, mais de les utiliser consciemment. Par exemple, si tu as l’habitude de mettre de la musique dès que l’anxiété monte, essaie, une fois, de rester trente secondes de plus avec la sensation avant de mettre la musique. Juste trente secondes. Ressens l’inconfort, respire avec lui. Tu verras, il ne te tuera pas. Il est juste désagréable.

Se permettre de ressentir l’inconfort pendant quelques secondes, c’est comme apprendre à nager en eau peu profonde. Tu découvres que l’eau ne te noie pas, elle te porte.

Enfin, je t’invite à repenser ton rapport à la performance. Que ce soit dans le sport ou dans ta vie quotidienne, arrête de mesurer ton bien-être à l’aune de ton absence d’anxiété. Un coureur qui a une montée d’adrénaline avant un départ n’est pas « moins bien » qu’un coureur qui est parfaitement calme. Il est simplement dans un état différent. L’anxiété n’est pas un signe de faiblesse, c’est un signe que quelque chose d’important est en jeu pour toi.

Si tu es prêt à faire ce chemin, à sortir de la lutte et à entrer dans la relation avec toi-même, je suis là. Mon approche, que ce soit en cabinet à Saintes ou en visio, n’est pas de te donner des techniques pour te calmer. C’est de t’accompagner pour que tu apprennes à faire amis

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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