PsychologieAnxiete Et Depression

Témoignage : de l'épuisement à la dépression, mon histoire vraie

Un parcours authentique pour vous aider à voir clair.

TSThierry Sudan
26 avril 202613 min de lecture

Je l’ai vu arriver de loin. Pourtant, je n’ai rien fait pour l’éviter.

Pendant des mois, je me suis convaincu que tout allait bien. Je me levais chaque matin avec la même phrase en tête : « Tiens bon, ça va passer. » Je buvais mon café en regardant mon téléphone, déjà submergé par les messages et les mails. Je filais au travail, je voyais des patients, j’enchaînais les réunions, je répondais aux sollicitations. Le soir, je m’effondrais sur le canapé, vidé. Mais je me relevais. Parce qu’il fallait bien.

Je suis Thierry, praticien à Saintes. Ce que je vais vous raconter ici, ce n’est pas un cas clinique. C’est mon histoire. Celle d’un homme qui a cru que l’épuisement était normal, jusqu’à ce que son propre corps et son propre esprit lui disent stop. Je vous la partage parce que je sais que beaucoup d’entre vous vivent la même chose en ce moment, et que parfois, il suffit d’un récit pour poser les mots sur ce qui nous arrive.

Pourquoi j’ai cru que l’épuisement était une preuve de valeur

Pendant longtemps, j’ai associé la fatigue à la réussite. Être fatigué, c’était la preuve que je donnais tout. Que je ne lâchais rien. Que j’étais un bon professionnel, un bon père, un bon mari. J’avais intériorisé cette idée que plus on en fait, plus on vaut. Et je n’étais pas seul à penser ça. Autour de moi, on valorisait les gens qui « tiennent », qui « assurent », qui « ne se plaignent pas ».

Alors je ne me plaignais pas. Je serrais les dents.

Au début, les signes étaient discrets. Une irritabilité un peu plus présente. Un sommeil moins réparateur. Une tendance à remettre au lendemain des choses qui me faisaient plaisir — lire un livre, appeler un ami, sortir courir. Je mettais ça sur le compte des saisons, du stress passager, d’un mauvais cycle. Je me disais : « C’est normal, tout le monde est fatigué en ce moment. »

Sauf que ce n’était pas normal. Pas quand ça dure des mois. Pas quand le réveil devient une épreuve. Pas quand votre cerveau semble fonctionner au ralenti, comme si quelqu’un avait baissé le volume de votre vie.

Je faisais partie de ces gens qui disent « je suis fatigué » sans jamais ajouter « et j’ai besoin d’aide ». Parce que demander de l’aide, c’était reconnaître que je n’y arrivais pas tout seul. Et ça, c’était inacceptable dans ma tête.

Ce mécanisme, je l’ai vu chez des dizaines de patients. Des cadres, des parents, des sportifs, des soignants. Des gens qui portent tout sur leurs épaules parce qu’ils croient que c’est leur rôle. On vous a appris à être fort. On ne vous a pas appris à écouter votre fatigue.

Le piège, c’est de croire que l’épuisement est une étape obligatoire vers la réussite. En réalité, c’est le premier pas vers l’effondrement.

Le moment où j’ai su que ce n’était plus de la fatigue

Il y a un jour précis où j’ai basculé. C’était un mardi, je m’en souviens parce que je devais recevoir un patient à 14h. Je me suis assis dans mon fauteuil, j’ai ouvert mon carnet, et je n’ai pas réussi à me souvenir de son prénom. Pourtant, je l’avais vu trois fois. Je le connaissais. Je savais tout de son histoire. Mais son prénom s’était envolé.

J’ai eu un blanc de plusieurs secondes. J’ai souri, j’ai fait comme si de rien n’était, j’ai improvisé. Le patient n’a rien vu. Mais moi, j’ai senti un vide. Un trou noir dans ma tête.

Ce jour-là, j’ai compris que ce n’était plus de la fatigue. C’était autre chose. Quelque chose qui ressemblait à une panne.

Les jours suivants, d’autres signes sont apparus. Je pleurais sans raison. Pas de grosses crises, juste des larmes qui coulaient pendant que je préparais le dîner ou que je conduisais. Je n’arrivais plus à me concentrer sur une conversation de plus de cinq minutes. Tout me semblait lourd, y compris des gestes simples comme me brosser les dents ou choisir une tenue.

Et surtout, j’avais perdu le goût. Le goût de voir des gens. Le goût de mes passions. Le goût de la vie, tout simplement. Ce n’était pas de la tristesse au sens classique. C’était une absence. Un gris permanent.

Je me souviens avoir regardé une photo de moi deux ans plus tôt, souriant, détendu, et ne pas reconnaître cet homme. Il me semblait appartenir à une autre vie. Je me suis dit : « C’est ça, la dépression. » Mais je n’ai pas prononcé le mot à voix haute. Pas tout de suite.

Ce qui est terrible avec l’épuisement qui se transforme en dépression, c’est que ça se fait en douceur. On ne passe pas d’un coup de la forme au trou noir. On glisse. On s’enfonce centimètre par centimètre, en se disant toujours que ce n’est pas si grave. Jusqu’au jour où on ne voit plus le bord.

Ce que personne ne vous dit sur la dépression (et que j’ai appris dans ma chair)

Quand on parle de dépression, on imagine souvent une tristesse immense, des larmes, une souffrance criante. Mais ce qu’on ne dit pas, c’est que la dépression peut être silencieuse. Elle peut ressembler à un engourdissement. Une absence de sensations.

Pendant des semaines, je n’ai pas été triste. J’ai été vide. Je ne ressentais plus la joie, mais je ne ressentais pas non plus la colère ou la peur. C’était comme si mes émotions avaient été mises sous anesthésie. Les gens me parlaient, je répondais, mais je n’étais pas là. Mon corps était présent, mon esprit était ailleurs, dans un brouillard épais.

On ne dit pas non plus à quel point la dépression est physique. J’avais des douleurs dans le dos, des tensions dans la nuque, une sensation de boule dans la gorge. Mon corps encaissait ce que ma tête refusait de traiter. Je dormais douze heures par nuit et je me réveillais aussi fatigué qu’en me couchant. Le sommeil n’était plus réparateur, il était juste une pause dans l’épuisement.

Un autre aspect qu’on cache, c’est la honte. La honte de ne pas y arriver. La honte de voir les autres continuer alors que vous, vous êtes au bord du chemin. Je regardais mes collègues, mes amis, mes patients, et je me demandais : « Pourquoi eux y arrivent et pas moi ? » Je me sentais faible. Je me sentais coupable. Comme si j’avais choisi de tomber malade.

Cette culpabilité est l’un des pires symptômes. Elle vous isolé. Vous vous éloignez des gens parce que vous ne voulez pas qu’ils voient votre fragilité. Vous annulez les sorties, vous évitez les appels, vous répondez par des messages courts. Vous construisez une prison autour de vous, et vous en êtes à la fois le gardien et le prisonnier.

La dépression ne vous enlève pas seulement la joie. Elle vous enlève la capacité d’imaginer qu’un jour, vous pourrez à nouveau ressentir de la joie.

Comment j’ai accepté de consulter (et pourquoi ce fut le plus grand soulagement)

Le déclic est venu d’un ami. Un ami qui n’est pas thérapeute, qui n’a pas de formation en psychologie, mais qui m’a dit une phrase simple : « Thierry, tu n’es pas obligé de porter ça tout seul. »

Cette phrase, je l’avais dite moi-même à des centaines de patients. Mais je ne pouvais pas l’entendre pour moi. C’était trop difficile. Trop vulnérable.

Pourtant, ce jour-là, quelque chose a cédé. Peut-être parce que j’étais à bout. Peut-être parce que mon ami avait mis assez de douceur dans ses mots. J’ai accepté de prendre rendez-vous. Pas avec un psy — c’était trop tôt, trop symbolique — mais avec un médecin généraliste. Je lui ai dit : « Je suis fatigué. Fatigué tout le temps. Je n’arrive plus à rien. »

Le médecin m’a écouté. Il m’a posé des questions simples : mon sommeil, mon appétit, mon humeur, mes relations. Il ne m’a pas jugé. Il m’a dit que ce que je vivais s’appelait un burn-out qui avait glissé vers un épisode dépressif. Et que c’était fréquent. Très fréquent chez les personnes qui, comme moi, avaient poussé le moteur sans jamais faire de révision.

Il m’a prescrit un arrêt de travail. Un vrai arrêt. Pas trois jours pour souffler, mais plusieurs semaines. Et il m’a recommandé de consulter un psychologue. Cette fois, j’ai écouté.

Ce qui m’a le plus surpris, c’est le soulagement immédiat que j’ai ressenti en posant le mot sur ce que je vivais. « Dépression ». Ce n’était plus une ombre informe. C’était un nom. Et un nom, ça se soigne.

Je ne vais pas vous mentir : les premières séances ont été dures. Parce que j’ai dû arrêter de faire semblant. J’ai dû arrêter de jouer le rôle du thérapeute qui va bien, du père qui assure, du mari qui gère. J’ai dû laisser voir mes failles. Et ça m’a terrifié.

Mais peu à peu, quelque chose s’est détendu. En parlant, j’ai compris que je n’étais pas seul. Que mon histoire n’était pas unique. Que des milliers de personnes passent par là. Et que, contrairement à ce que je croyais, la dépression n’est pas une faiblesse. C’est une réaction du corps et de l’esprit à une surcharge prolongée.

Les outils qui m’ont aidé à sortir du trou (et ceux qui ne m’ont servi à rien)

Pendant ma reconstruction, j’ai testé beaucoup de choses. Certaines m’ont aidé, d’autres pas du tout. Je vais être honnête avec vous, parce que je pense qu’il est important de ne pas idéaliser le processus.

Ce qui ne m’a pas aidé :

  • Les injonctions à « penser positif ». Quand on est en dépression, le « positif » est inaccessible. Se forcer à sourire ou à répéter des affirmations ne fait qu’ajouter de la culpabilité.
  • Le sport intensif. On m’a dit de courir, de me défouler. Mais je n’avais pas l’énergie. Forcer m’a épuisé davantage.
  • Les solutions « miracles ». Régimes détox, compléments alimentaires, stages de développement personnel… J’ai dépensé de l’argent et du temps pour des choses qui n’ont rien changé au fond du problème.

Ce qui m’a vraiment aidé :

  1. L’arrêt total. Accepter de ne rien faire. Littéralement. Pendant plusieurs semaines, je me suis autorisé à rester au lit, à ne pas répondre aux messages, à ne pas avoir de projets. Mon seul objectif était de me reposer. Pas de guérir. Pas de m’améliorer. Juste me reposer.
  2. L’hypnose ericksonienne. Paradoxalement, c’est en arrêtant de vouloir contrôler mon esprit que j’ai commencé à aller mieux. L’hypnose m’a permis de retrouver un espace de calme intérieur sans effort. J’ai redécouvert des sensations oubliées : la chaleur du soleil, le bruit du vent, la texture d’un fruit.
  3. L’IFS (Internal Family Systems). Cette approche m’a aidé à comprendre que la partie de moi qui poussait toujours plus fort n’était pas mon ennemi. C’était une partie qui essayait de me protéger, à sa manière. En dialoguant avec elle, j’ai pu apaiser cette exigence intérieure.
  4. Les petites routines. Pas de grandes révolutions. Juste des micro-engagements : boire un verre d’eau au réveil, ouvrir les volets, m’habiller (même pour rester chez moi). Chaque petit geste était une victoire.

Guérir d’un épuisement dépressif, ce n’est pas sauter du trou d’un seul bond. C’est poser une main sur le bord, puis l’autre, puis un pied, et recommencer le lendemain.

Et aujourd’hui, comment je fais pour ne pas y retourner

Aujourd’hui, je vais bien. Pas parfaitement, pas tout le temps, mais bien. Je peux dire ça sans crainte. La dépression n’est plus là, mais son souvenir est resté. Et ce souvenir est utile.

J’ai dû réapprendre à m’écouter. Avant, j’ignorais mes signaux d’alerte. Maintenant, je les connais : une mâchoire serrée, une envie de tout contrôler, une difficulté à lâcher prise le soir. Dès que je les sens, je ralentis. Je ne me force plus à « tenir ». Je m’autorise à dire non.

Mon métier a changé aussi. Je ne reçois plus six patients par jour sans pause. J’ai aménagé mes horaires, je prends du temps pour marcher, pour lire, pour ne rien faire. J’ai appris que la productivité n’est pas une valeur en soi. Que je peux être un bon thérapeute en travaillant moins, tant que je travaille mieux.

Avec les sportifs que j’accompagne, j’insiste beaucoup sur la récupération. Pas seulement physique, mais mentale. Le burn-out ne touche pas que les cadres : les athlètes aussi tombent, quand ils poussent trop fort sans jamais descendre du tapis roulant.

Ce que j’aimerais vous dire, c’est que la dépression n’est pas une fin. C’est un signal. Un signal qui dit : « Arrête-toi. Écoute-toi. Change quelque chose. » Et si on l’écoute, on peut en sortir plus solide. Pas plus dur. Plus solide, dans le sens où l’on connaît ses limites et où on les respecte.

Je ne suis pas devenu un homme zen qui ne stresse jamais. Je reste quelqu’un d’exigeant, de passionné, qui a tendance à s’investir à 200%. Mais j’ai appris à mettre des garde-fous. J’ai appris à demander de l’aide avant que la panne arrive.

Ce que vous pouvez faire maintenant, concrètement

Je ne vais pas vous dire que tout va s’arranger tout seul. Ce serait mentir. Mais je vais vous proposer une chose simple, à faire tout de suite, après avoir lu ces lignes.

Prenez un carnet ou une feuille. Notez trois choses :

  1. Quels sont les signes qui vous disent que vous êtes en train de vous épuiser ? (tensions physiques, irritabilité, troubles du sommeil, perte de plaisir…)
  2. Depuis combien de temps durent-ils ? (si c’est plus de deux ou trois semaines, c’est un signal fort)
  3. Quelle est la première chose que vous pourriez faire demain pour alléger votre charge ? (pas une révolution, juste un petit pas : refuser une réunion, déléguer une tâche, prendre une après-midi pour vous)

Si vous vous reconnaissez dans ce que j’ai décrit, si vous sentez que le gris s’installe, si vous avez peur de craquer, ne restez pas seul. Parlez-en. À un ami, un médecin, un thérapeute. La honte n’a pas sa place ici. Ce qui arrive à votre corps et votre esprit est une réponse à une pression trop forte. Ce n’est pas un échec.

Moi, j’ai eu besoin de quelqu’un pour me tendre la main. Aujourd’hui, je tends la mienne. Si vous êtes à Saintes ou dans les environs, si vous avez besoin d’un espace pour poser ce qui vous pèse, sachez que mon cabinet est ouvert. Pas pour que je vous « guérisse » — vous seuls pouvez faire ce chemin —

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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