3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
L’histoire inspirante d’une reconquête de soi.
Je n’ai pas dormi de la nuit. Encore une fois. Le réveil affichait 4 h 17, et mon cœur battait si fort que j’entendais le sang cogner contre mes tempes. J’avais déjà vécu ça une dizaine de fois ces dernières semaines. Une boule au creux du ventre, une oppression thoracique, et cette certitude absurde que j’allais mourir là, dans mon lit, sans raison apparente.
Je m’appelle Claire (j’ai changé mon prénom pour cet article), j’ai 34 ans, et je suis commerciale dans une entreprise de services. En apparence, tout allait bien : un job stable, un appartement sympa à Saintes, des amis, des projets. Mais à l’intérieur, c’était le chaos. Chaque sortie en voiture devenait une expédition. Chaque réunion d’équipe un supplice. Je redoutais les supermarchés, les files d’attente, les conversations téléphoniques imprévues. Mon monde rétrécissait comme une peau de chagrin.
Quand j’ai poussé la porte de votre cabinet, Thierry, en novembre dernier, je n’y croyais plus vraiment. J’avais déjà consulté deux médecins généralistes, un cardiologue (pour être sûre que mon cœur tenait le choc), et même tenté une séance chez une sophrologue qui m’avait donné des exercices de respiration que je n’arrivais pas à faire sans avoir l’impression d’étouffer. On m’avait prescrit un anxiolytique que je prenais en dose homéopathique, terrifiée à l’idée de devenir dépendante. Le verdict était tombé : « trouble panique avec agoraphobie ».
Mais ce jour-là, quelque chose a changé. Pas magiquement, non. Plutôt comme une porte qui s’entrouvre. Vous m’avez dit : « On ne va pas faire disparaître les crises tout de suite. D’abord, on va apprendre à les connaître. » Et ça, c’était nouveau. Personne ne m’avait proposé de faire connaissance avec ma peur. On avait toujours voulu la chasser, la neutraliser, la faire taire. Vous, vous me proposiez de l’écouter.
Cet article, c’est l’histoire de ces trois mois. Pas une méthode miracle, ni une liste de recettes toutes faites. Juste le récit sincère d’une reconquête, pas à pas, avec ses avancées et ses rechutes. Si vous vivez la même chose, si ces crises vous pourrissent la vie, sachez une chose : ce n’est pas une fatalité. On peut apprivoiser la tempête. Je l’ai fait. Et je vais vous raconter comment.
« La peur n’est pas l’ennemie. C’est une sentinelle qui a mal appris son métier. Apprivoiser la panique, ce n’est pas la faire taire, c’est lui apprendre à parler une autre langue. »
Avant de comprendre comment j’ai pu sortir de ce tourbillon, il faut que je vous explique ce que j’ai découvert sur les crises elles-mêmes. Parce que, comme beaucoup, je pensais que c’était un signe de fragilité. Que j’étais « trop sensible », « pas assez solide », ou même que je fabriquais tout ça dans ma tête. La honte, vous savez, cette petite voix qui dit « arrête de faire l’enfant, ressaisis-toi », elle était mon invitée permanente.
La première chose que vous m’avez apprise, Thierry, c’est que la crise de panique est un mécanisme de survie qui a déraillé. Imaginez votre cerveau comme un système d’alarme ultrasensible. Normalement, il se déclenche face à un danger réel : un prédateur, une voiture qui arrive trop vite, une chute imminente. Mais chez certaines personnes, ce système se dérègle. Il se met à sonner pour un rien : un battement de cœur un peu plus rapide, une sensation d’étouffement bénigne, une pensée intrusive. L’alarme se déclenche à vide.
Et ce qui est terrible, c’est que plus on a peur de la crise, plus on l’attend, plus on la redoute, et plus on entretient le cercle vicieux. C’est ce qu’on appelle l’anxiété anticipatoire. Je passais mes journées à scanner mon corps : « Est-ce que mon cœur bat normalement ? Est-ce que je sens une oppression ? Et si ça commençait maintenant, dans ce magasin, devant tout le monde ? » Cette hypervigilance épuisante était devenue mon quotidien.
Vous m’avez expliqué que physiologiquement, la crise de panique est une tempête parfaite. Le système nerveux sympathique (celui qui prépare à l’action, à la lutte ou à la fuite) s’emballe. Il libère une décharge d’adrénaline et de cortisol. Le cœur s’accélère, la respiration devient haletante (hyperventilation), les muscles se tendent, la digestion se met en pause. Tout ça pour préparer l’organisme à affronter un danger immédiat. Sauf que le danger n’existe pas. C’est un faux incendie.
Et dans cette tempête, la pensée la plus terrifiante surgit : « Je vais mourir, devenir fou, perdre le contrôle. » Ces trois peurs sont les archétypes de la panique. J’ai connu les trois. La première fois, j’ai appelé les urgences. On m’a rassurée : « Ce n’est qu’une crise d’angoisse. » Mais « qu’une crise », pour celui qui la vit, c’est l’équivalent d’une mort imminente. On ne peut pas minimiser ça.
Comprendre ce mécanisme a été ma première libération. Parce que si la crise est un dysfonctionnement de l’alarme, et non une preuve de ma faiblesse, alors je pouvais agir sur le système. Je n’étais pas brisée, juste mal calibrée. Et un système, ça se recalibre.
Je dois vous avouer que j’étais sceptique au début. L’hypnose, pour moi, c’était un spectacle de foire ou une méthode pour arrêter de fumer. Je n’imaginais pas qu’on puisse l’utiliser pour des crises de panique. Mais vous m’avez proposé une première séance, et j’ai accepté, un peu comme on accepte un dernier recours.
Ce que j’ai découvert, c’est que l’hypnose ericksonienne n’a rien à voir avec le contrôle ou la perte de conscience. C’est un état de conscience modifié, très proche de la rêverie ou de l’instant juste avant de s’endormir. On est parfaitement conscient, mais l’attention se déplace. Au lieu d’écouter la voix de la panique qui crie « danger ! », on apprend à écouter d’autres voix, plus calmes, plus anciennes.
La première séance, vous m’avez guidée vers un souvenir agréable : un après-midi d’été sur une plage de l’île d’Oléron, quand j’avais douze ans. Le soleil, le bruit des vagues, le sable chaud. Vous m’avez demandé de ressentir chaque détail : la texture du sable entre mes doigts, l’odeur de l’iode, la chaleur sur ma peau. Et pendant ce temps, mon corps s’est apaisé. Ma respiration, qui était courte et haute, est devenue plus ample. Mes épaules, que je portais comme des sacs de ciment, ont lâché prise.
Je ne vous cache pas que ça n’a pas été magique tout de suite. Les premières semaines, je continuais à avoir des crises. Mais quelque chose avait changé : je savais désormais qu’il existait un espace en moi où la panique n’existait pas. Un refuge. Et vous m’avez appris à y retourner par moi-même, avec un enregistrement audio que vous m’aviez préparé.
« L’hypnose ne supprime pas la peur. Elle creuse un espace à côté d’elle. Un espace où l’on peut respirer, observer, choisir. Et parfois, choisir de ne pas suivre la panique. »
Le vrai tournant, c’est quand vous m’avez proposé de travailler sur mon « enfant intérieur », comme vous dites. Cette partie de moi, jeune, vulnérable, qui avait appris très tôt à être en alerte. Je me suis souvenue d’un jour, à l’école primaire, où j’avais eu très peur lors d’une alerte incendie. Les sirènes, la foule, l’enseignante qui criait… Mon petit corps avait enregistré que le monde était dangereux. Et depuis, il jouait les sentinelles, prêt à sonner l’alarme au moindre bruit suspect.
En hypnose, j’ai pu « parler » à cette petite Claire. La rassurer. Lui dire que maintenant, elle était en sécurité. Que je veillais sur elle. Ça peut sembler étrange, dit comme ça, mais c’est d’une puissance inouïe. Parce que la panique, souvent, c’est la voix d’un enfant qui a eu peur et qui n’a jamais été consolé.
Après quelques séances d’hypnose, vous avez introduit une autre approche : l’IFS, ou Internal Family Systems. Traduit en français, ça donne « Systèmes Familiaux Intérieurs ». Mais ne vous laissez pas impressionner par le nom. C’est d’une simplicité déconcertante.
L’idée de base, c’est que notre psychisme n’est pas un bloc monolithique. Il est composé de plusieurs « parties » ou « sous-personnalités », chacune avec sa propre perspective, ses émotions, ses croyances et ses intentions. Et ces parties, même celles qui nous font souffrir, essaient toujours de nous protéger. Le problème, c’est qu’elles le font souvent avec des méthodes archaïques ou disproportionnées.
Vous m’avez proposé de dialoguer avec ma « partie panique ». Je me souviens de cette séance. Vous m’avez dit : « Si la panique était une partie de toi, quel âge aurait-elle ? Quelle serait son intention ? » J’ai fermé les yeux. Une image est venue : une petite fille d’environ six ans, vêtue d’un imperméable jaune, debout sous une pluie battante. Elle tenait une lampe torche et scrutait l’horizon, prête à signaler le moindre danger.
J’ai dialogué avec elle. Elle m’a dit qu’elle avait très peur que quelque chose de grave arrive si elle baissait la garde. Qu’elle se sentait responsable de ma sécurité. Qu’elle ne pouvait pas se reposer, parce que « si elle s’endormait, le loup viendrait ». Cette partie, que j’avais toujours haïe, que je voulais arracher de moi, n’était pas mon ennemie. Elle était une veilleuse épuisée, qui ne savait pas faire autrement.
L’IFS m’a appris à la remercier. Sérieusement. À lui dire : « Merci d’avoir veillé sur moi toutes ces années. Mais aujourd’hui, je suis adulte. Je peux gérer les dangers. Tu peux te reposer. » C’est ce qu’on appelle le « déchargement » d’une partie. On ne la supprime pas, on la libère de son rôle, comme on remercie un gardien de nuit qui a fait son temps.
Et là, quelque chose de prodigieux s’est produit. La fréquence de mes crises a commencé à diminuer. Pas parce que je les combattais, mais parce que j’avais cessé de lutter contre une partie de moi-même. Je l’accueillais. Je la comprenais. Et elle pouvait enfin se détendre.
J’ai découvert d’autres parties : une « contrôleuse » qui voulait tout planifier pour éviter les imprévus, une « perfectionniste » qui me poussait à en faire toujours plus, et une « critique intérieure » qui me disait que je n’étais pas à la hauteur. Toutes ces voix avaient une bonne intention : me protéger de la honte, de l’échec, du rejet. Mais elles tournaient en boucle, épuisantes, sans jamais s’arrêter.
L’IFS, c’est un peu comme devenir le chef d’orchestre de sa propre psyché. On n’élimine pas les instruments, on les harmonise. Et quand la musique devient plus douce, la panique n’a plus besoin de jouer si fort.
J’ai longtemps cru que je devais guérir seule. Que montrer mes faiblesses aux autres, c’était risquer d’être jugée, rejetée, ou pire, de devenir un fardeau. Alors je souriais en réunion, je disais « tout va bien » à mes amis, et je rentrais chez moi épuisée par ce double jeu.
Vous m’avez proposé un exercice qui m’a terrifiée au début : parler de mes crises à une personne de confiance. Pas pour qu’elle me sauve, mais pour que je sorte de l’isolement. La première personne à qui j’ai osé en parler, c’est ma sœur. Je lui ai envoyé un message, un soir de panique : « Je fais des crises d’angoisse, ça va, mais j’avais besoin de le dire à quelqu’un. »
Sa réponse a été un simple : « Merci de me faire confiance. Je suis là. Tu veux qu’on s’appelle ? » Ce soir-là, je n’ai pas appelé. Mais le simple fait d’avoir partagé mon secret a enlevé un poids immense. La honte, quand on la dit à voix haute, perd de son pouvoir.
L’Intelligence Relationnelle, c’est tout un pan de votre travail, Thierry, qui m’a appris à mieux communiquer mes besoins sans tomber dans la plainte ou l’exigence. J’ai appris à dire : « J’ai besoin de cinq minutes pour respirer », au lieu de disparaître sans explication. J’ai appris à poser des limites : « Non, je ne peux pas venir à cette soirée bondée, mais je serai ravie de te voir en tête-à-tête demain. »
Le plus important, c’est que j’ai appris à recevoir de l’aide sans me sentir redevable ou faible. Avant, si quelqu’un me proposait de m’accompagner faire des courses parce que j’avais peur, je refusais, par fierté. Aujourd’hui, j’accepte. Parce que je sais que c’est aussi un cadeau que je fais à l’autre : lui permettre d’être présent, de m’aider, de tisser un lien plus vrai.
Cette dimension relationnelle a été cruciale. La panique isole. L’isolement aggrave la panique. Briser ce cercle, c’est déjà guérir à moitié. Et ce n’est pas un signe de faiblesse, c’est un acte de courage.
Je ne voudrais pas donner l’impression que tout a été simple et linéaire. Il y a eu des rechutes. Des jours où je me suis réveillée avec l’angoisse au ventre, sans raison. Des nuits blanches. Des moments où j’ai douté de tout ce processus. Mais j’avais désormais une boîte à outils, et c’est ça qui a fait la différence.
Voici ceux qui ont été les plus efficaces pour moi :
La respiration 4-7-8. Je sais, on parle beaucoup de respiration. Mais celle-ci est particulière. Inspirez par le nez en comptant jusqu’à 4. Retenez votre souffle en comptant jusqu’à 7. Expirez lentement par la bouche en comptant jusqu’à 8. Je le fais trois fois de suite. Ça force le système nerveux parasympathique à s’activer, celui qui calme. Je l’ai utilisé en pleine crise, et ça a réduit l’intensité de 7/10 à 3/10 en quelques minutes.
L’ancrage dans le présent. Quand la panique monte, mon esprit part dans le futur : « Et si je fais un malaise ? Et si je ne peux plus sortir ? » Vous m’avez appris à ramener mon attention sur le moment présent. Je pose mes deux pieds à plat sur le sol. Je regarde autour de moi et je nomme mentalement cinq choses que je vois, quatre que je peux toucher, trois que j’entends, deux que je sens, une que je goûte. Ça semble simple,
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
Prendre contactDes techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Des routines anodines qui renforcent l'anxiété sans que vous le réalisiez.
Des micro-actions pour briser la léthargie dès le réveil.
Parlons-en — premier échange, sans engagement.