3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Le parcours d’une personne qui a retrouvé la paix mentale.
Je n’ai pas encore ton numéro en tête, mais je vois défiler ton prénom sur l’écran de mon téléphone. Trois fois, quatre fois, cinq fois dans la même soirée. Tu relis ses mots, tu décortiques chaque silence entre les lignes, tu imagines ce que tu aurais dû dire, ce que tu n’as pas dit, ce qu’il ou elle a voulu dire par ce « ça va » un peu sec. Et le scénario repart en boucle, comme une vidéo que tu ne peux pas mettre sur pause. Le sommeil n’arrive pas, ou alors il est haché, peuplé de rêves où tu es en retard, où tu cherches quelque chose sans le trouver. Le matin, tu es déjà fatigué, et la journée n’a même pas commencé.
C’est exactement là qu’elle en était, il y a six mois. Appelons-la Sophie. Elle est venue me voir en consultation à Saintes, un mardi de novembre. Elle avait 43 ans, un poste à responsabilités dans une collectivité territoriale, deux ados à la maison, et une tête qui tournait 24 heures sur 24. « Je rumine tout le temps, Thierry. Tout le temps. Je n’en peux plus. » Elle ne pleurait pas encore, mais ça se lisait dans la crispation de ses mâchoires. Elle avait déjà lu des articles, essayé la méditation, téléchargé des applis de respiration. Ça marchait cinq minutes, puis la machine redémarrait.
Je lui ai proposé un cadre simple : on se voyait une fois par semaine pendant un mois, et on travaillait avec l’hypnose ericksonienne, l’IFS (Internal Family Systems) et un peu d’intelligence relationnelle. Pas de promesse de guérison miracle, mais un engagement : à la fin des 30 jours, on ferait le point ensemble. Elle a accepté. Et ce qui s’est passé ensuite mérite qu’on s’y arrête, parce que ce n’est pas un cas isolé. C’est le chemin que beaucoup de personnes empruntent quand elles décident de ne plus être le jouet de leurs pensées.
Avant de raconter le parcours de Sophie, il faut comprendre ce qui se cache derrière la rumination. Parce que si tu es là, en train de lire ces lignes, il y a de fortes chances que tu te reconnaisses dans cette histoire. La rumination, ce n’est pas simplement « réfléchir trop ». C’est un processus mental où tu ressasses les mêmes pensées, souvent négatives, sans avancer d’un centimètre vers une solution. C’est comme marcher dans une pièce sans porte : tu fais des allers-retours, tu t’épuises, mais tu ne sors pas.
Sophie, par exemple, ressassait sans cesse une conversation avec son chef de service. Il avait dit : « On verra pour ta demande de formation. » Elle avait passé trois jours à analyser ce « on verra ». Est-ce que c’était un non poli ? Un oui qui ne disait pas son nom ? Un test ? Elle avait même imaginé qu’il était fâché contre elle, qu’elle allait perdre son poste, qu’elle devrait chercher un autre travail. Tout ça à partir de deux mots.
En hypnose ericksonienne, on considère que la rumination n’est pas un bug de ton cerveau. C’est une tentative de ton inconscient de te protéger. Il essaie de résoudre un problème en le passant et le repassant en revue, comme un chien qui tourne en rond avant de se coucher. Seulement, dans le cas de Sophie, le problème n’était pas résoluble par la pensée. Il relevait de l’incertitude, de la relation, de l’émotion. Et son mental, aussi brillant soit-il, ne pouvait pas le traiter comme une équation mathématique.
C’est là que l’IFS entre en jeu. L’IFS, ou Internal Family Systems, c’est une approche qui dit que ta psyché est composée de plusieurs « parties » – des sous-personnalités qui ont chacune une fonction, une histoire, une stratégie. La partie qui rumine, chez Sophie, ce n’était pas « elle ». C’était une partie protectrice, hypervigilante, qui avait pris le pouvoir pour éviter qu’elle ne soit surprise, blessée, rejetée. Cette partie était née d’une vieille blessure : à 16 ans, Sophie avait été larguée par son premier amour sans explication, et elle avait passé des mois à ressasser « qu’est-ce que j’ai fait de mal ? » pour tenter de contrôler l’incontrôlable. La rumination était devenue son bouclier. Un bouclier fatiguant, mais familier.
« La rumination, c’est la tentative d’un mental qui croit pouvoir tout résoudre avec des mots. Mais certains problèmes ne se résolvent pas en y pensant : ils se résolvent en les traversant. »
Sophie a compris ça le jour où je lui ai demandé, en séance, de ne pas essayer d’arrêter de ruminer. « Je te propose l’inverse, lui ai-je dit. Pendant la semaine qui vient, tu vas t’asseoir dix minutes par jour, et tu vas ruminer exprès, consciemment, sans culpabilité. Tu vas même noter ce que la partie qui rumine te dit. Tu vas la remercier de faire son boulot. Et ensuite, tu iras faire autre chose. » Elle m’a regardé comme si j’étais tombé sur la tête. Mais elle a essayé. Et c’est là que le déclic a commencé.
L’hypnose ericksonienne, ce n’est pas un spectacle de scène avec une montre à balancier. C’est un état de conscience modifié, une sorte de rêve éveillé où ton inconscient devient plus réceptif aux suggestions. Contrairement à l’hypnose classique, où le thérapeute impose des ordres, Milton Erickson (le père de cette approche) considérait que chaque personne a déjà en elle les ressources pour guérir. Le rôle du praticien, c’est de créer un espace où ces ressources peuvent émerger.
Quand j’ai reçu Sophie pour la deuxième séance, elle était déjà un peu plus légère. Elle avait tenu son journal de rumination, et elle avait découvert quelque chose : la partie qui ressassait n’était pas méchante. Elle était juste épuisée. « Elle me dit tout le temps “fais attention”, m’a confié Sophie. “Si tu baisses la garde, tu vas souffrir.” » C’était une partie qui avait été formée à une autre époque, à un autre âge, et qui ne savait pas que Sophie, aujourd’hui, était une femme solide, entourée, capable de gérer un désaccord.
En hypnose, je ne lui ai pas demandé de « chasser » cette partie. Je lui ai proposé de l’écouter autrement. Je l’ai guidée dans un état de relaxation profonde, où elle pouvait visualiser cette partie comme une forme – pour elle, c’était une petite fille assise dans un coin, qui tricotait nerveusement. « Demande-lui ce dont elle a besoin, Sophie. Pas ce qu’elle veut, mais ce dont elle a vraiment besoin. » Après un silence, Sophie a murmuré : « Elle a besoin qu’on lui dise que tout va bien. Qu’on peut respirer. »
L’hypnose ericksonienne utilise beaucoup la métaphore et le langage indirect. Je lui ai suggéré que, comme un arbre qui plie sous le vent sans casser, elle pouvait laisser passer les pensées sans s’y accrocher. Je lui ai parlé d’un fleuve : les pensées sont des feuilles qui flottent à la surface. On peut les regarder passer sans plonger pour les rattraper. Elle a souri. « J’ai toujours voulu arrêter de les rattraper, mais je ne savais pas comment. »
Après trois séances, le changement était visible. Sophie ne se réveillait plus en pleine nuit avec le scénario de la veille. Elle pouvait entendre une critique sans la transformer en procès intérieur de trois heures. Elle disait : « Je sens encore la petite fille tricoter, mais elle est plus calme. Parfois même, elle s’arrête et elle regarde par la fenêtre. » La rumination n’avait pas disparu complètement – ce n’était pas le but. Mais elle n’était plus au volant. Sophie avait repris le contrôle.
L’IFS est souvent décrit comme une « thérapie des parties ». L’idée est simple : tu n’es pas un bloc monolithique. Tu es une famille intérieure, avec des membres qui ont des rôles différents. Certaines parties sont des protecteurs (elles te poussent à être parfait, à contrôler, à éviter les conflits). D’autres sont des exilés (des parties plus jeunes, blessées, qu’on a mises de côté pour survivre). Et au centre, il y a le Self – ta essence, calme, curieuse, compatissante. Le travail, c’est de libérer le Self pour qu’il puisse prendre soin de toute la famille.
Dans le cas de Sophie, la partie rumineuse était un protecteur. Elle était en première ligne, hyperactive, à scruter l’horizon pour détecter le moindre danger relationnel. Mais derrière elle, il y avait une exilée : une adolescente de 16 ans qui s’était sentie abandonnée, incomprise, et qui avait conclu que si elle n’était pas assez vigilante, elle serait rejetée. Cette adolescente vivait encore dans le corps de Sophie. Chaque fois que son chef disait « on verra », c’était elle qui paniquait.
En séance, j’ai invité Sophie à dialoguer avec cette adolescente. Pas depuis sa tête, mais depuis son corps – en hypnose, on peut accéder à des sensations, des images, des souvenirs. Sophie a vu la scène du premier amour, le silence au téléphone, les larmes. Elle a pu dire à cette adolescente : « Je suis là maintenant. Je ne suis plus toute seule. Tu peux lâcher. » C’est un moment fort, souvent émouvant. Parce que ce n’est pas une technique. C’est une réconciliation.
« Quand tu fais la paix avec les parties qui te protègent, elles n’ont plus besoin de faire autant de bruit. La rumination s’apaise d’elle-même, comme un enfant qui sait qu’on veille sur lui. »
Sophie a continué ce dialogue chez elle. Elle a appris à reconnaître quand la partie rumineuse prenait le micro : une tension dans les épaules, une respiration courte, un sentiment d’urgence. À ce moment-là, au lieu de se laisser embarquer, elle posait une main sur son sternum et disait intérieurement : « Je t’entends. Merci. On va y arriver. » C’est un geste simple, mais il change tout. Parce qu’il sort de la lutte. La rumination est une lutte contre soi-même. La paix, c’est d’arrêter le combat.
La rumination n’est pas qu’un problème intérieur. Elle a souvent une dimension relationnelle. On rumine parce qu’on n’a pas dit ce qu’on avait sur le cœur, parce qu’on a peur du conflit, parce qu’on interprète les silences des autres sans vérifier. Sophie était experte dans ce domaine. Elle passait des heures à décoder les intentions des autres, mais elle ne leur posait jamais les questions directes.
L’intelligence relationnelle, c’est la capacité à gérer les relations humaines avec clarté, authenticité et bienveillance. Ça inclut des compétences comme formuler une demande, exprimer un ressenti, poser une limite, ou simplement dire « je ne sais pas » sans paniquer. Pour Sophie, c’était un territoire inconnu. Elle avait grandi dans une famille où on ne parlait pas des émotions. On les taisait, on les ruminait, on les transformait en maux de ventre.
Je lui ai proposé un exercice concret. La prochaine fois qu’elle aurait une interrogation sur quelqu’un (son chef, son mari, une amie), elle devait noter trois interprétations possibles, puis choisir la plus neutre, et enfin – si la situation le permettait – poser une question ouverte à la personne concernée. Par exemple, au lieu de passer trois jours à analyser « on verra pour ta formation », elle pouvait demander : « J’ai entendu “on verra”. Est-ce que ça signifie que tu as besoin de plus d’infos, ou que c’est différé ? » Simple, direct, non-violent.
Elle a testé. La première fois, elle a tremblé en posant la question à son chef. Et il a répondu : « Ah, désolé, j’étais dans mon truc. Oui, la formation est validée, je t’envoie le papier demain. » Elle a mis du temps à réaliser. Trois jours de rumination pour ça. Elle a ri, mais c’était un rire libérateur. Elle avait découvert que la plupart du temps, les autres ne sont pas aussi compliqués qu’on le croit. C’est notre mental qui fabrique des scénarios à partir de rien.
L’intelligence relationnelle, c’est aussi apprendre à dire non sans culpabilité, à exprimer un désaccord sans rupture, à demander de l’aide sans se sentir faible. Sophie a commencé à le faire, d’abord avec des petites choses. Elle a dit à son mari qu’elle avait besoin de 20 minutes de silence après le travail avant d’enchainer sur les devoirs des enfants. Elle a dit à une collègue qu’elle ne pouvait pas reprendre son dossier ce soir. Chaque fois, elle s’attendait à une catastrophe. Chaque fois, l’autre a dit « d’accord, pas de souci ». Son cerveau a commencé à enregistrer de nouvelles données : les relations peuvent être claires. On peut dire les choses. La rumination n’est pas obligatoire.
Au bout du mois, Sophie est revenue pour la cinquième séance. Elle avait un visage différent. Moins tendu, plus présent. Elle m’a dit : « Thierry, je ne rumine plus. Enfin, si, un peu, mais c’est comme un bruit de fond. Je l’entends, et je passe à autre chose. Avant, c’était un cri. Maintenant, c’est un murmure. »
Concrètement, voici ce qui avait changé.
Ce qui est frappant, c’est que ces changements ne sont pas venus d’un effort héroïque. Ils sont venus d’un relâchement. Sophie a arrêté de lutter contre ses pensées, elle a arrêté de se juger de ruminer, elle a arrêté de vouloir tout contrôler. Et dans cet espace de non-lutte, son système nerveux a pu se réguler. L’hypnose a facilité ce lâcher-prise. L’IFS a permis de dialoguer avec les parties. L’intelligence relationnelle a donné des outils concrets pour le monde extérieur. Mais le vrai moteur, c’était sa décision de ne plus être en guerre contre elle-même.
« Arrêter de ruminer, ce n’est pas vider sa tête. C’est apprendre à ne plus nourrir les pensées qui ne méritent pas qu’on s’y attarde. C’est un acte de tri, pas d’extinction. »
Bien sûr, tout n’est pas parfait. Sophie a des rechutes, surtout en période de stress intense. Mais elle les gère différemment. Elle ne s’effondre plus en se disant « ça y est, je retombe, je n’y arriverai jamais ». Elle se dit : « OK, la petite fille tricote. Je vais lui offrir un thé. » C’est une métaphore qu’elle a inventée, et qui fonctionne pour elle. Parce que la clé, c’est de trouver son propre langage, sa propre image, sa propre porte
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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