3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Un parcours concret avec l’hypnose et la préparation mentale.
Tu te reconnais dans ce qui suit ?
Je vais te raconter l’histoire de Julien. Ce n’est pas son vrai prénom, mais tout le reste est vrai. Il est arrivé dans mon cabinet un matin de novembre, le ciel gris de Saintes collé aux fenêtres. Il avait 34 ans, une carrière commerciale qui roulait toute seule, une femme qu’il aimait, deux gamins qu’il adorait. Et pourtant, depuis six mois, il avait l’impression de traverser la vie en pilote automatique, avec un filtre gris posé sur chaque seconde.
« Je ne pleure même plus, Thierry. C’est ça le pire. Avant, au moins, je ressentais quelque chose. Là, je suis juste… éteint. »
Il avait consulté son médecin traitant, qui lui avait parlé de dépression et proposé un antidépresseur. Julien avait accepté l’ordonnance, était allé à la pharmacie, avait posé la boîte sur la table de la cuisine. Il l’avait regardée trois jours avant de m’appeler. Il ne voulait pas prendre ce chemin – pas par idéologie, pas par méfiance des médicaments, mais parce qu’au fond de lui, il sentait que son problème n’était pas d’abord chimique. Il sentait que quelque chose s’était cassé dans sa manière d’être au monde, et qu’il avait besoin de comprendre quoi, et de le réparer avec ses propres outils.
Ce jour-là, je ne lui ai pas promis que l’hypnose guérirait sa dépression. Je ne promets jamais ça. La dépression est une maladie sérieuse, et les médicaments sauvent des vies. Mais je lui ai dit ceci : « On peut travailler ensemble pour retrouver du mouvement là où tout est figé. Et ce mouvement, c’est toi qui le créeras. Je suis juste celui qui t’aide à enlever les freins. »
Il est resté sept mois. Il n’a jamais pris la boîte. Aujourd’hui, il court des trails de 30 km, il a changé de poste pour un job qui a du sens à ses yeux, et il dit que la dépression a été, paradoxalement, le plus grand enseignant de sa vie.
Voici comment il a fait. Et voici comment toi aussi, peut-être, tu peux commencer à envisager un chemin différent.
Avant de parler de solutions, il faut qu’on soit clairs sur le problème. Pendant des décennies, on a vendu au grand public une version simpliste de la dépression : vous avez un déséquilibre chimique dans le cerveau, un manque de sérotonine, prenez ce médicament et tout rentrera dans l’ordre.
Cette histoire est confortable, mais elle est scientifiquement bancale. Les études récentes – y compris une vaste méta-analyse publiée dans Molecular Psychiatry en 2022 – montrent qu’il n’y a pas de preuve solide que la dépression soit causée par un simple déficit de sérotonine. Le modèle est infiniment plus complexe. La dépression implique l’inflammation chronique, la dysrégulation de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (ton système de gestion du stress), des altérations de la neuroplasticité, et surtout, des patterns de pensée et de comportement qui s’auto-entretiennent.
Julien, comme beaucoup de mes patients, n’avait pas un « problème chimique ». Il avait un problème de sens. Sa vie extérieure était réussie, mais sa vie intérieure était en jachère. Il courait après des objectifs qui n’étaient pas les siens, il avait appris très tôt à réprimer ses émotions ( « un homme ne pleure pas » ), et il s’était progressivement déconnecté de tout ce qui le rendait vivant.
La dépression, dans son cas, n’était pas un bug. C’était un signal d’alarme. Un arrêt maladie de l’âme.
Quand tu comprends ça, tu arrêtes de voir la dépression comme un ennemi à abattre à coups de molécules. Tu commences à la voir comme une invitée indésirable mais porteuse d’un message. Et ce message, si tu acceptes de l’écouter, peut te transformer en profondeur.
Les médicaments ont leur place – je le répète, ils sauvent des vies, notamment dans les dépressions sévères avec risque suicidaire, ou quand la personne est trop épuisée pour entamer un travail psychologique. Mais pour les dépressions légères à modérées, les approches non médicamenteuses – thérapie, hypnose, préparation mentale, activité physique, nutrition – montrent des résultats au moins aussi bons, et souvent plus durables, parce qu’elles t’apprennent à pêcher plutôt qu’à recevoir du poisson.
Julien avait besoin d’apprendre à pêcher.
La première chose que j’ai faite avec Julien, ce n’était pas de l’hypnose. C’était de l’écoute. Pendant les deux premières séances, on a parlé. De son enfance, de son père exigeant, de cette fois où il avait 8 ans et qu’il avait pleuré après avoir perdu un match de foot, et que son père lui avait dit : « Arrête de faire ta fille. » De son premier emploi, où on lui avait appris que la performance passait avant tout. De son mariage, qu’il aimait mais où il jouait un rôle.
Julien était un excellent acteur. Mais l’acteur était fatigué.
C’est à la troisième séance que j’ai proposé une première séance d’hypnose. Je lui ai expliqué le principe : l’hypnose ericksonienne, ce n’est pas du sommeil, ce n’est pas de la perte de contrôle, ce n’est pas un spectacle de scène. C’est un état d’attention focalisée où ton inconscient devient plus réceptif aux suggestions. C’est comme si tu laissais ton esprit conscient faire une pause, et que tu donnais la parole à cette partie de toi qui sait des choses que tu ignores consciemment.
Julien était sceptique. « Je suis trop rationnel pour ça », m’a-t-il dit. Je lui ai souri et répondu : « Tant mieux. Les rationnels font souvent les meilleurs hypnotisés, parce qu’ils arrêtent de lutter quand ils comprennent le mécanisme. »
On a commencé par une induction simple : la respiration, la focalisation sur une sensation de chaleur dans les mains, la suggestion de laisser les paupières devenir lourdes. En moins de cinq minutes, Julien était dans un état modifié de conscience. Pas endormi, pas inconscient. Juste… disponible.
« Dans cet état, tu n’es pas obligé de faire quoi que ce soit. Tu n’es pas obligé de guérir, pas obligé de comprendre, pas obligé de changer. Tu peux simplement laisser ton inconscient trier ce qui doit être trié, ranger ce qui doit être rangé, et jeter ce qui ne te sert plus. » – Ce que j’ai dit à Julien lors de sa première séance.
Le travail avec Julien a duré plusieurs mois. On n’a pas « effacé » sa dépression d’un coup de baguette magique. On a fait trois choses concrètes :
1. On a apaisé son système nerveux. La dépression maintient le corps dans un état de stress chronique bas niveau. L’hypnose permet de descendre en dessous du seuil d’alerte, de donner au système parasympathique (le frein) une chance de s’activer. Julien a appris à auto-déclencher cet état chez lui, avec un enregistrement que je lui avais fait.
2. On a travaillé sur les croyances limitantes. En hypnose, on peut dialoguer avec les parties de soi qui bloquent le changement. Julien avait une partie de lui qui croyait profondément que « si je ne suis pas parfait, je ne suis rien ». Cette croyance le poussait à l’épuisement. On n’a pas « supprimé » cette partie – en IFS, on ne supprime jamais – mais on l’a rassurée, on lui a montré qu’elle pouvait lâcher prise.
3. On a installé des ressources. L’hypnose ne sert pas qu’à enlever du négatif. Elle sert aussi à planter du positif. On a créé un « lieu sûr » mental où Julien pouvait se réfugier quand l’angoisse montait. On a installé un « interrupteur » symbolique pour couper la rumination. On a renforcé son sentiment de valeur personnelle, indépendamment de ses performances.
Après deux mois, Julien m’a dit : « Je ne suis pas guéri, mais je ne suis plus noyé. Je vois la surface. »
C’était énorme.
L’hypnose a aidé Julien à sortir la tête de l’eau. Mais pour ne pas replonger, il avait besoin d’un cadre. C’est là qu’est intervenue la préparation mentale.
Je travaille avec des sportifs – des coureurs de trail, des footballeurs – depuis plusieurs années. La préparation mentale, c’est un ensemble d’outils pour optimiser la performance sous pression. Mais ces outils sont tout aussi efficaces pour gérer une dépression. Pourquoi ? Parce que la dépression, c’est une performance inversée : c’est la difficulté à agir quand tout ton être te dit de rester immobile.
J’ai proposé à Julien un programme en quatre piliers :
Pilier 1 : La routine matinale non-négociable. Julien avait perdu toute structure. Il se levait à des heures variables, traînait au lit, attrapait son téléphone dès le réveil. On a mis en place une routine de 20 minutes : lever à heure fixe, verre d’eau, 5 minutes de respiration (cohérence cardiaque : 5 secondes inspiration, 5 secondes expiration), 10 minutes de marche sans téléphone, et une phrase d’intention pour la journée. « Aujourd’hui, je choisis une action qui me rapproche de qui je veux être. »
Pilier 2 : La micro-exposition à l’inconfort. La dépression rétrécit ta zone de confort. Tout devient difficile. Julien avait arrêté le sport, repoussait les appels professionnels, évitait les sorties sociales. On a pris le problème à l’envers : au lieu d’attendre d’avoir la motivation pour agir, on a agi pour créer la motivation. Chaque jour, une micro-action inconfortable : appeler un client difficile, monter les escaliers au lieu de l’ascenseur, dire non à une sollicitation. Rien de spectaculaire. Juste un petit pas hors de la zone de confort.
Pilier 3 : La réattribution des pensées. Julien avait des pensées automatiques négatives : « Je suis nul », « Ça ne sert à rien », « Je n’y arriverai jamais ». En préparation mentale, on appelle ça le « dialogue interne ». On a travaillé à remplacer ces pensées par des formulations plus neutres et factuelles. « Je me sens nul en ce moment » devient « Je ressens une émotion de découragement. Cette émotion est temporaire. Qu’est-ce que je peux faire, maintenant, qui soit aligné avec mes valeurs ? »
Pilier 4 : La visualisation de la version guérie. Chaque soir, avant de s’endormir, Julien fermait les yeux et se voyait dans six mois, vivant pleinement sa vie. Il visualisait les sensations, les odeurs, les émotions. Pas pour fuir le présent, mais pour donner à son cerveau une carte routière. Le cerveau ne fait pas bien la différence entre une expérience vécue et une expérience visualisée intensément. En visualisant la guérison, Julien activait les mêmes circuits neuronaux que s’il était déjà guéri.
Au bout de quatre mois, Julien a repris la course à pied. Pas pour la performance, mais pour la sensation. Il m’a dit un jour : « Quand je cours, je n’ai plus le temps de ruminer. Je suis juste dans mes jambes, dans mon souffle. C’est la seule fois de la journée où mon cerveau se tait. »
La préparation mentale ne lui a pas donné une vie sans difficultés. Elle lui a donné une méthode pour traverser les difficultés sans se noyer.
Je veux être très clair ici. Je ne suis pas anti-médicaments. J’ai accompagné des patients qui prenaient des antidépresseurs, et pour certains, c’était la bouée qui leur a permis de ne pas couler avant de pouvoir apprendre à nager. Dans les dépressions sévères, avec perte de poids, insomnie sévère, idées noires, les médicaments sont souvent indispensables.
Mais pour Julien, et pour beaucoup de personnes avec une dépression légère à modérée, les médicaments auraient probablement atténué les symptômes sans toucher aux causes. Pire, ils auraient peut-être masqué le signal d’alarme. Julien aurait pu se sentir « mieux » chimiquement, sans jamais comprendre pourquoi il s’était éteint, sans jamais apprendre à écouter ses émotions, sans jamais remettre en question les croyances qui l’avaient mené là.
Ce que l’hypnose et la préparation mentale lui ont donné, c’est une autonomie. Aujourd’hui, si Julien sent les premiers signes d’un repli – la fatigue qui revient, l’envie de s’isoler, la perte de plaisir – il a des outils. Il sait quoi faire. Il ne dépend ni de moi, ni d’une molécule. Il dépend de sa pratique.
Et il a quelque chose de plus précieux encore : il a transformé sa relation à lui-même. Avant, il se traitait comme une machine à performer. Quand la machine tombait en panne, il cherchait un réparateur (médicament, thérapeute, etc.). Maintenant, il se traite comme un être vivant, avec des cycles, des besoins, une sensibilité. Il s’écoute. Il s’accorde des pauses sans culpabilité. Il a appris que prendre soin de soi n’est pas une faiblesse, mais la condition de toute vraie force.
Tu te demandes peut-être si son chemin est reproductible. La réponse est oui et non. Oui, les principes sont les mêmes pour tout le monde : apaiser le système nerveux, identifier les croyances limitantes, installer des routines, s’exposer progressivement à l’inconfort, visualiser la guérison. Non, parce que chaque parcours est unique. Ce qui a marché pour Julien – la course à pied, les visualisations du soir, le dialogue avec ses parties – ne marchera pas forcément pour toi. Mais la logique sous-jacente, elle, est universelle.
Peut-être que tu es en train de lire ces lignes et que tu te reconnais dans l’histoire de Julien. Peut-être que tu es dans ce brouillard depuis des semaines ou des mois, que tu as une boîte de médicaments qui traîne sur ta table de nuit, et que tu hésites.
Voici comment tu peux savoir si une approche non médicamenteuse est envisageable pour toi :
1. Évalue la sévérité. Si tu as des idées suicidaires, si tu perds plus de 10% de ton poids en un mois, si tu ne arrives plus à te lever ou à te laver, si tu es en danger immédiat : consulte un médecin et ne refuse pas les médicaments. La priorité, c’est ta sécurité.
2. Évalue ta motivation. Travailler sans médicaments demande plus d’engagement au début. Il faut venir en séance, faire les exercices, tenir les routines. Si tu es trop épuisé pour ça, les médicaments peuvent te donner l’énergie nécessaire pour entamer le travail thérapeutique ensuite.
3. Cherche un bon praticien. Tous les hypnotherapeutes ne se valent pas. Cherche quelqu’un de formé en hypnose ericksonienne, idéalement avec une expérience en psychopathologie. Pose des questions sur son approche. Un bon praticien t’expliquera ce qu’il fait et pourquoi, et ne te promettra jamais de résultats miracles.
4. Donne-toi du temps. Julien a mis sept mois avant de se sentir véritablement « sorti ». Les premiers progrès sont subtils : une nuit moins agitée, une matinée sans rumination, un moment de vrai rire. Ne juge pas le processus trop tôt.
5. Accepte l’idée que tu pourrais avoir besoin des deux. Certaines personnes combinent médicaments et thérapie. Ce n’est pas un échec. C’est une stratégie intelligente. Le médicament stabilise, la thérapie transforme.
*La dépression n’est pas une fin. C’est une invitation à tout réapp
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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