3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Accueillir et libérer les émotions bloquées avec le système familial intérieur.
Vous êtes allongé sur votre canapé, le regard fixe sur le plafond. Votre téléphone sonne, vous ne décrochez pas. Une amie vous a envoyé un message il y a trois jours, vous n’avez pas la force de répondre. Le simple fait de penser à vous lever pour prendre un verre d’eau vous semble une expédition épuisante. À l’intérieur, une voix familière répète en boucle : « À quoi bon ? Rien n’a d’importance. »
Je vois des personnes comme vous chaque semaine dans mon cabinet à Saintes. Des adultes qui ne se reconnaissent plus, qui portent une fatigue qui n’est pas seulement physique, mais viscérale. On vous a peut-être dit que vous étiez dépressif, que vous aviez un déséquilibre chimique, qu’il fallait « vous secouer ». Mais si je vous disais que cette fatigue, cette tristesse, ce vide, ne sont pas vous ? Qu’ils sont une partie de vous, une partie qui a pris le contrôle pour vous protéger, mais qui s’est emballée ?
C’est l’hypothèse de travail du Système Familial Intérieur (IFS). Une approche que j’utilise quotidiennement, que ce soit en hypnose ericksonienne ou en préparation mentale sportive. L’IFS nous apprend que notre esprit n’est pas monolithique. Il est composé de multiples « parties », chacune avec son rôle, ses émotions, ses croyances. La dépression n’est pas une maladie qui vous tombe dessus comme une grippe. C’est le signe qu’une ou plusieurs de vos parties sont bloquées, gelées dans un rôle extrême, souvent depuis l’enfance.
Dans cet article, je vais vous guider à travers un protocole IFS concret pour apaiser ces parties déprimées. Vous ne guérirez pas en une lecture, mais vous allez poser un geste radical : celui de passer de la lutte contre vous-même à la curiosité envers vous-même. C’est le premier pas hors du tunnel.
Avant d’ouvrir la boîte à outils, il faut comprendre ce que l’on manipule. Beaucoup de mes patients me disent : « Thierry, je ne veux pas être en contact avec ma dépression, je veux m’en débarrasser. » Je comprends. C’est douloureux. Mais imaginez que vous avez un enfant dans votre salon qui hurle parce qu’il a peur. Est-ce que vous l’enfermez dans le placard pour qu’il se taise ? Ou vous vous accroupissez pour lui demander ce qui se passe ?
En IFS, on ne se débarrasse pas des parties. On les écoute. Et on découvre souvent qu’une partie qui semble « déprimée » joue en réalité un rôle de protection.
Les parties dites « déprimées » sont souvent des exilées. Ce sont des parties qui portent des émotions anciennes, lourdes, que vous avez dû réprimer pour survivre : une honte écrasante, une solitude glaciale, une tristesse sans fond, une peur panique de l’abandon. Imaginez un enfant de 6 ans qui se fait gronder violemment pour une note. Il ne peut pas fuir, il ne peut pas se défendre. Alors, il gèle sa colère et sa peur. Il les enterre vivantes. Cette partie, avec sa charge émotionnelle, reste coincée dans le passé.
Pour que vous puissiez fonctionner, pour que vous alliez au travail, pour que vous teniez une conversation polie, des parties protectrices (gestionnaires) prennent le relais. Elles disent : « Ne ressens pas cette tristesse, sinon tu vas t’effondrer. » « Ne montre pas ta vulnérabilité, tu vas être rejeté. » « Reste dans le contrôle, tout le temps. » Ces parties sont épuisantes. Leur boulot est 24h/24, 7j/7.
Mais parfois, ces protecteurs sont eux-mêmes submergés. Ou bien ils utilisent des stratégies qui ressemblent trait pour trait à la dépression. La partie qui vous fait rester au lit n’est pas « paresseuse ». C’est un pompier qui vous éteint. Elle vous anesthésie pour que vous ne sentiez pas la douleur de l’exilé. Elle vous isole pour que vous ne risquiez pas d’être blessé par les autres. Elle vous vide de votre énergie pour que vous ne fassiez pas de vagues.
Voilà le paradoxe : votre partie déprimée n’est pas votre ennemie. Elle est un protecteur maladroit, un pompier qui arrose tout le bâtiment au lieu d’éteindre le feu. Et tant que vous la combattez, elle se sent attaquée et se crispe davantage. Le protocole IFS propose une autre voie : la négociation, puis le déchargement.
« Ce que vous combattez persiste. Ce que vous accueillez se transforme. En IFS, on ne guérit pas en supprimant une partie, mais en lui rendant sa liberté. »
La première étape du protocole est contre-intuitive. Elle ne consiste pas à « aller mieux », mais à changer de position intérieure. Actuellement, vous êtes probablement identifié à une partie qui juge la partie déprimée. Vous vous dites : « Je suis nul de me sentir comme ça. » « Je devrais être plus fort. » « Pourquoi je n’arrive pas à sortir de ce trou ? »
Ce jugement est une autre partie. Appelons-la le critique intérieur. Elle croit que si elle vous secoue assez fort, vous allez vous réveiller. Mais elle ne fait qu’alourdir le fardeau de la partie déprimée.
Le U-Turn, c’est le geste de se tourner vers l’intérieur avec curiosité, pas avec hostilité. Concrètement :
Vous venez de faire le U-Turn. Vous avez cessé de lutter contre la dépression pour commencer à l’accueillir comme une partie de vous. C’est un geste de leadership. Un bon manager ne crie pas sur un employé en burn-out. Il s’assoit avec lui et demande : « Qu’est-ce qui se passe ? Comment puis-je t’aider ? »
Restez dans cette position une minute ou deux. Ne cherchez pas à changer la partie. Juste, soyez avec elle. Si une vague d’émotion monte, respirez. Vous êtes en sécurité. Vous êtes en train de poser les fondations.
Une fois que vous avez créé cet espace de curiosité, vous pouvez entamer un dialogue. Ne vous attendez pas à une réponse verbale immédiate. La communication se fait par sensations, images, mots qui vous viennent, émotions.
Adressez-vous à la partie avec douceur, comme vous parleriez à un enfant apeuré. Posez les questions suivantes, l’une après l’autre, en laissant le temps à la réponse d’émerger.
1. « Veux-tu arrêter de porter ce poids ? » C’est la question la plus importante. Parfois, la partie répond « Non, c’est trop dangereux ». Parfois, elle fond en larmes de soulagement qu’on lui demande enfin. Si elle dit non, respectez cela. Demandez-lui : « De quoi as-tu peur si tu arrêtais de porter ça ? » La réponse vous mènera à une autre partie protectrice.
2. « Quel est ton rôle ? Que crois-tu devoir faire pour moi ? » La partie déprimée a une intention positive, même si ses méthodes sont destructrices. Elle croit peut-être qu’en vous ralentissant, elle vous empêche de vous blesser. Ou qu’en vous vidant de vos émotions, elle vous protège d’un effondrement total. Écoutez la réponse sans la juger.
3. « Depuis quand es-tu là ? Quel âge as-tu ? » Souvent, la réponse est un âge bien spécifique : 7 ans, 12 ans, 15 ans. Cette partie s’est formée lors d’un événement précis. Découvrir son âge, c’est comprendre qu’elle n’est pas la réalité d’aujourd’hui, mais une relique du passé.
4. « Que portes-tu exactement ? Quelle est cette émotion ? » Est-ce de la tristesse ? De la honte ? De la peur ? De la rage retournée contre soi ? Soyez précis. La partie déprimée porte souvent une émotion qui ne lui appartient pas entièrement (honte familiale, tristesse d’un parent). Demandez-lui : « Quelle est l’émotion la plus ancienne que tu portes ? »
5. « Qu’as-tu besoin que je sache ? » Laissez-la s’exprimer librement. Elle a peut-être une histoire à raconter. Un secret à dévoiler. Un besoin inassouvi : « J’ai besoin qu’on me voie. » « J’ai besoin qu’on me prenne dans les bras. » « J’ai besoin qu’on me dise que je ne suis pas un fardeau. »
6. « Que veux-tu vraiment ? Quel est ton désir le plus profond ? » Sous la dépression, il y a toujours un désir. Le désir d’être aimé, d’être en sécurité, d’être libre, d’être créatif. La partie déprimée est comme une rivière gelée. Son désir profond, c’est de couler à nouveau. Entendez ce désir. C’est la clé de la guérison.
Je me souviens d’un patient, footballeur amateur de haut niveau. Sa partie déprimée se manifestait par une fatigue écrasante avant chaque match important. En dialoguant, on a découvert qu’elle s’était formée à 11 ans, quand son père lui disait : « Si tu perds, tu n’es rien. » La partie portait la peur panique de l’anéantissement. Son désir profond ? « Juste jouer pour le plaisir, sans pression. » Cette découverte a tout changé.
Le simple fait de dialoguer a déjà commencé le travail. La partie se sent écoutée, reconnue. Mais l’émotion est encore souvent coincée dans le corps. Le déchargement est le processus de libération de cette énergie.
Ne confondez pas déchargement et « crise de larmes » ou « explosion de colère ». C’est un relâchement, souvent subtil. Cela peut prendre plusieurs formes :
Pour faciliter le déchargement, vous pouvez utiliser une technique simple que j’emprunte à l’hypnose ericksonienne :
Ce déchargement peut durer quelques secondes ou plusieurs minutes. Il ne vide pas complètement la partie du jour au lendemain. C’est un processus. Chaque fois que vous faites ce travail, vous retirez une couche de glace. La partie se sent plus légère, plus libre.
Une fois l’émotion déchargée, la partie n’est plus « exilée ». Elle est là, présente, mais allégée. C’est le moment de lui redonner une place. Imaginez un enfant qui a porté une valise trop lourde pendant des années. Maintenant qu’on l’a posée, que veut-il faire ? Il veut jouer, courir, créer.
Demandez à la partie : « Maintenant que tu es libérée de ce poids, quel est ton vrai rôle ? Quelle est ta qualité essentielle ? »
Les qualités des parties déprimées sont souvent magnifiques une fois libérées de leur charge :
Un coureur de fond que j’accompagnais en préparation mentale avait une partie déprimée qui se manifestait par un découragement total au 30e kilomètre. « Je n’y arriverai jamais », « Mon corps lâche ». En travaillant en IFS, on a découvert que cette partie portait la peur de l’échec d’un père exigeant. Après l’avoir libérée, elle est devenue sa meilleure alliée : une partie « endurance » qui lui murmurait : « Je connais la douleur, et je sais que tu peux la traverser. Je suis ta force tranquille. »
Pour intégrer ce changement :
Ce protocole n’est pas une pilule magique. C’est une pratique, un muscle que vous entraînez. Voici comment l’intégrer sans vous mettre la pression.
Ne le faites pas quand vous êtes au fond du trou. Si vous êtes en pleine crise, si l’émotion est trop forte, votre capacité à être curieux est réduite. Dans ce cas, contentez-vous de respirer, d’appeler un ami, de marcher. Le protocole est pour les moments de relative accalmie.
Choisissez un moment calme de 10 à 20 minutes. Le matin au réveil, avant de sortir du lit. Ou le soir, avant de vous endormir. Ou le week-end, dans un fauteuil.
Notez vos découvertes. Tenez un petit carnet. « Aujourd’hui, j’ai dialogué avec une partie qui se sentait lourde dans la poitrine. Elle avait 9 ans. Elle portait la honte d’avoir pleuré en classe. » L’écriture ancre le processus.
Soyez patient. Certaines parties sont très protégées. Elles ne se dévoileront pas tout de suite. Peut-être qu’au début, vous ne sentirez rien. C’est
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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