3 exercices concrets pour calmer votre critique intérieur
Des outils simples pour apaiser la voix sévère en vous.
Démêlez le vrai du faux pour oser vous accorder de la douceur.
Quand je reçois une nouvelle personne dans mon cabinet à Saintes, il y a un moment qui revient souvent. C’est celui où elle me dit, après m’avoir décrit des semaines ou des mois de lutte intérieure : « Je sais qu’il faudrait que je sois plus gentil avec moi-même, mais… » Et là, la phrase reste en suspens. Parfois c’est un rire gêné. Parfois un regard qui fuit. Parfois une liste d’arguments bien rodés, comme si l’autocompassion était une faiblesse qu’il fallait justifier de ne pas avoir.
Je comprends cette hésitation. Pendant longtemps, moi aussi j’ai cru que la bienveillance envers soi était un luxe réservé à ceux qui avaient déjà réussi, ou une forme de mollesse qui empêche d’avancer. J’ai grandi avec cette idée que pour être performant, il fallait être dur, exigeant, impitoyable avec ses propres erreurs. Et puis j’ai vu les limites de ce modèle : l’épuisement, la rumination, la honte qui bloque tout mouvement.
Aujourd’hui, je travaille avec des adultes qui viennent pour des souffrances variées — anxiété, manque de confiance, difficultés relationnelles, blocages sportifs. Et presque systématiquement, derrière la plainte, il y a un rapport à soi très sévère. L’autocompassion n’est pas une option « en plus », c’est souvent le levier qui permet de sortir de l’impasse. Mais pour ça, il faut d’abord déconstruire les idées reçues qui l’entourent.
Voici les six que j’entends le plus souvent, et ce que j’ai appris en les observant chez les personnes que j’accompagne.
C’est l’objection numéro un. Chaque fois que j’évoque l’idée de poser un regard plus doux sur une difficulté, quelqu’un me répond : « Mais si je fais ça, je vais rester dans mon problème, je vais m’apitoyer. » Comme si la bienveillance était un arrêt sur image, une autorisation à ne rien faire.
Prenons un exemple concret. Un coureur que j’accompagne rate une compétition importante. Il a mal géré son allure, il s’est effondré dans le dernier kilomètre. La réaction habituelle, celle qu’il connaît depuis des années, c’est de se dire : « Je suis nul, je n’aurais pas dû partir si vite, je ne mérite pas d’être là. » Cette voix intérieure le pousse à s’entraîner plus dur la semaine suivante, mais elle le vide aussi. Elle l’empêche d’analyser calmement ce qui s’est passé. Elle installe une honte qui le fait éviter de reparler de sa course avec son coach.
L’autocompassion, dans ce même scénario, ce n’est pas dire « C’est pas grave, je suis quand même un bon coureur ». C’est plutôt : « Là, je ressens de la déception et de la frustration. C’est humain après un échec. Qu’est-ce que je peux apprendre de cette expérience sans me détruire ? » C’est une pause pour reconnaître l’émotion, pas pour s’y vautrer.
La différence entre l’apitoiement et l’autocompassion, c’est que l’un vous enferme dans le problème, l’autre vous tend une main pour en sortir.
Ce que j’observe, c’est que les personnes qui osent cette pause sont souvent plus lucides sur ce qui n’a pas fonctionné. Elles n’ont pas besoin de se défendre contre une voix intérieure agressive. Elles peuvent regarder la situation en face, avec moins de peur. Et de là, elles ajustent vraiment. L’autocompassion ne supprime pas la responsabilité, elle crée un espace où on peut l’assumer sans s’anéantir.
Celle-ci, je l’entends particulièrement chez les sportifs et les professionnels très engagés. L’idée sous-jacente, c’est que la motivation fonctionne comme un muscle : si on relâche la pression, on se ramollit. Que pour avancer, il faut une forme de mécontentement permanent, un « jamais assez » qui pousse à se dépasser.
Je vais être honnête : j’ai longtemps fonctionné comme ça. Et ça a marché un temps. Jusqu’au moment où le moteur a calé. Pas par manque d’exigence, mais parce que la pression constante finit par user. Le burn-out ne vient pas d’un excès de bienveillance, il vient d’un déficit.
Ce que la recherche montre, et que je vérifie chaque jour dans mon cabinet, c’est que l’autocompassion est corrélée à une meilleure capacité à rebondir après un échec, pas à une baisse de performance. Les personnes qui se parlent avec douceur après une erreur recommencent plus vite, avec moins d’anxiété. Elles ne perdent pas leur exigence, elles changent simplement de moteur : au lieu d’être poussées par la peur de ne pas être à la hauteur, elles sont tirées par l’envie de grandir.
Prenons le cas d’un footballeur amateur que je suis. Il rate un penalty décisif. Pendant des années, il s’est dit : « Tu es nul, tu n’as pas assuré, les autres comptent sur toi et tu les as déçus. » Résultat : au penalty suivant, il est tétanisé. Le scénario se répète. Quand on a commencé à travailler sur l’autocompassion, il a appris à se dire : « Là, je suis déçu, c’est normal. Je peux ressentir ça sans que ça définisse qui je suis. Qu’est-ce que je veux faire de cette expérience ? » Il n’a pas arrêté de vouloir marquer. Il a juste arrêté de se mettre une pression qui le paralysait. Et ses penaltys se sont améliorés.
L’exigence sans compassion, c’est un coureur qui s’entraîne sur une fracture. L’exigence avec compassion, c’est un coureur qui sait quand accélérer et quand récupérer.
C’est une confusion fréquente. On assimile l’attention portée à soi avec l’égoïsme. Comme si prendre soin de ses propres émotions, c’était forcément se désintéresser des autres. Je vois ça souvent chez des personnes très investies dans leur rôle de parent, de conjoint ou de soignant. Elles disent : « Je n’ai pas le temps de m’écouter, j’ai trop de responsabilités. »
Ce que j’observe, c’est l’inverse. Les personnes les plus épuisées, les plus à cran, sont souvent celles qui s’ignorent le plus. Et dans leur fatigue, elles deviennent moins disponibles pour les autres. Leur patience s’effrite, leur écoute se réduit. L’autocompassion, ce n’est pas un détournement de ressources vers soi, c’est un réapprovisionnement.
Quand une mère de famille que j’accompagne a commencé à s’accorder cinq minutes par jour pour reconnaître sa fatigue sans se juger, elle a cru que ce serait du temps volé à ses enfants. En réalité, elle est devenue plus présente dans les moments partagés, moins irritable, plus capable de poser des limites claires sans culpabilité. Ses enfants n’y ont rien perdu. Ils ont gagné une mère moins tendue.
L’autocompassion, c’est comme le masque à oxygène dans l’avion : vous le mettez d’abord sur vous non pas par égoïsme, mais parce que sinon vous ne pourrez aider personne.
C’est aussi valable dans le travail. Le manager qui s’autorise à reconnaître sa propre difficulté sera plus à même d’entendre celle de ses collaborateurs. L’athlète qui prend soin de sa santé mentale sera plus disponible pour son équipe. L’autocompassion n’isole pas, elle connecte. Parce qu’elle nous rend plus humains, plus capables d’accueillir nos fragilités et, par extension, celles des autres.
Je comprends ce scepticisme. Quand on souffre, on cherche des solutions concrètes, pas des concepts qui semblent flous. On veut des outils, des techniques, des protocoles. L’autocompassion peut sonner comme une invitation à « être gentil », ce qui paraît vague et peu opérant.
Pourtant, c’est une compétence qui s’apprend et qui a des effets mesurables. Dans mon travail, je l’utilise souvent en complément de l’hypnose ericksonienne et de l’IFS (Internal Family Systems). Ce n’est pas une philosophie molle, c’est une pratique qui modifie concrètement la relation à soi.
Prenons un exemple avec un patient qui lutte contre des ruminations anxieuses. Il se réveille la nuit avec des scénarios catastrophes. La stratégie habituelle, c’est de lutter contre les pensées, de se dire « arrête, c’est idiot, pense à autre chose ». Ça ne marche pas, parce que la lutte alimente l’anxiété. L’autocompassion propose autre chose : accueillir la pensée sans la juger, reconnaître que c’est difficile d’être dans cet état, placer une main sur son cœur ou son ventre pour ancrer la sensation de sécurité. Ce n’est pas magique, mais ça réduit l’intensité de la rumination. Et ça, c’est un outil concret.
Dans le sport, je l’utilise comme un levier de préparation mentale. Avant une compétition, au lieu de se dire « ne stresse pas », on apprend à se dire « le stress est là, c’est normal, je peux composer avec ». Les études montrent que les athlètes qui pratiquent l’autocompassion gèrent mieux la pression et récupèrent plus vite après une défaite. Ce n’est pas un gadget, c’est un facteur de performance durable.
Alors oui, ce n’est pas un médicament qu’on avale et qui fait effet en vingt minutes. C’est un entraînement, comme un geste technique qu’on répète. Mais ceux qui s’y mettent sérieusement voient des changements réels dans leur quotidien.
Celle-ci, je l’entends souvent de la part de personnes débordées, en situation de surcharge. Elles me disent : « Entre le travail, les enfants, les courses, les obligations, je n’ai déjà pas une minute pour moi, alors en plus devoir être gentil avec moi-même… » C’est une objection qui part d’un constat réel : on est saturé.
Mais c’est aussi un malentendu sur ce qu’est l’autocompassion. On l’imagine comme une activité supplémentaire : s’asseoir vingt minutes, méditer, se parler dans un miroir. Pour quelqu’un qui court déjà après le temps, c’est une charge de plus.
En réalité, l’autocompassion, ça peut être une micro-pause de trois secondes. Un moment où vous vous arrêtez au milieu d’une tâche pour reconnaître : « Là, c’est dur. » Sans rien changer, sans résoudre, juste constater. Ou bien un geste, comme poser votre main sur votre poitrine quand vous sentez la tension monter. Ou encore une phrase mentale rapide : « Je fais ce que je peux avec ce que j’ai. »
Ce n’est pas une nouvelle case à cocher dans votre planning. C’est une manière différente de traverser ce que vous faites déjà. Vous pouvez être autocompassionné en préparant le dîner, en conduisant, en attendant à la caisse du supermarché. L’idée, ce n’est pas d’ajouter une pratique, c’est d’infuser une qualité d’attention dans ce qui existe déjà.
L’autocompassion n’est pas une activité de plus, c’est une façon différente de vivre ce que vous faites déjà.
J’ai accompagné une personne qui disait ne pas avoir une minute à elle. On a travaillé sur un geste simple : quand elle sentait la frustration monter au travail, elle prenait une inspiration en plaçant sa main sur son ventre, et elle se disait intérieurement « C’est difficile pour moi maintenant ». Ça lui prenait cinq secondes. Au début, elle trouvait ça ridicule. Au bout d’une semaine, elle m’a dit que ça changeait sa façon d’aborder les moments de tension. Pas parce que le problème disparaissait, mais parce qu’elle ne s’ajoutait plus une couche de jugement par-dessus.
C’est peut-être l’idée reçue la plus tenace, et celle qui empêche le plus de personnes d’essayer. On se dit : « Pour être gentil avec moi-même, il faudrait que je m’aime un peu, et ce n’est pas le cas. » Comme si l’autocompassion était un privilège réservé à ceux qui ont déjà une bonne estime d’eux-mêmes.
Je vais être clair : c’est l’inverse. L’autocompassion n’est pas le résultat d’une bonne estime de soi, c’est le chemin pour y arriver. Et c’est particulièrement utile quand on se sent mal, justement parce qu’on ne s’aime pas.
Prenons le cas d’une personne qui se dévalorise en permanence. Elle se dit : « Je suis nul, je n’y arriverai jamais, les autres sont meilleurs. » La tentation, c’est de vouloir remplacer ces pensées par des affirmations positives du genre « Je suis formidable ». Mais quand on est convaincu du contraire, ça sonne faux, ça ne passe pas. L’autocompassion propose un chemin plus accessible : reconnaître la souffrance sans l’amplifier.
Au lieu de dire « Je suis nul », on peut dire : « Là, je ressens de l’insécurité. C’est difficile. Beaucoup de personnes ressentent ça. » Ce n’est pas une déclaration d’amour à soi-même, c’est une simple reconnaissance de ce qui est. Et de là, on peut commencer à construire.
Dans l’IFS, on appelle ça « avoir de la compassion pour la partie qui souffre ». Ce n’est pas fusionner avec elle, c’est l’écouter sans la juger. Et cette écoute, même imparfaite, même hésitante, crée un espace de sécurité qui permet à la confiance de revenir progressivement.
Alors non, il ne faut pas être déjà bien dans sa peau pour pratiquer l’autocompassion. C’est exactement le contraire. C’est quand on a mal qu’on en a le plus besoin. Et ce n’est pas une question de mérite. C’est une question de nécessité.
Si vous avez lu jusqu’ici, il y a des chances que vous reconnaissiez au moins une de ces idées reçues. Peut-être même plusieurs. Ce n’est pas grave. Ces croyances ne sont pas des défauts, ce sont des protections qu’on a construites pour tenir, pour avancer, pour ne pas s’effondrer. Elles ont eu leur utilité.
Mais elles ont aussi un coût. Celui de vous priver d’une ressource essentielle : la capacité à être de votre côté, même dans les moments difficiles. L’autocompassion n’est pas une solution miracle à tous les problèmes. Elle ne fera pas disparaître les épreuves, les échecs ou les douleurs. Mais elle change votre rapport à eux. Elle vous permet de traverser la tempête sans vous noyer dans le jugement.
Dans mon cabinet, je vois des personnes qui, après avoir intégré ces principes, retrouvent une fluidité qu’elles avaient perdue. Des sportifs qui cessent de se saboter mentalement. Des professionnels qui arrêtent de se brûler à force d’exigence. Des parents qui respirent un peu plus. Ce n’est pas une transformation spectaculaire du jour au lendemain. C’est un changement de cap, une direction nouvelle.
Si vous sentez que ce sujet résonne avec quelque chose en vous, je vous propose une chose simple pour aujourd’hui. Pas un programme en dix étapes, pas une résolution ambitieuse. Juste une expérience : la prochaine fois que vous vous surprendrez à être dur avec vous-même, faites une pause de trois secondes. Posez votre main là où vous sentez la tension, et dites-vous, à voix basse ou dans votre tête : « C’est
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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