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Autocompassion et anxiété : un duo salvateur au quotidien

Comment s’apaiser soi-même pour réduire les crises d’angoisse.

TSThierry Sudan
28 avril 202612 min de lecture

Description : Comment s’apaiser soi-même pour réduire les crises d’angoisse.

Il y a quelques semaines, un homme d’une trentaine d’années, que j’appellerai Jérôme, est venu me consulter. Il était assis au bord du fauteuil, le dos raide, les mains serrées l’une contre l’autre. Il m’a décrit ses journées comme une course permanente contre une menace invisible. « Dès que je ralentis, mon cerveau s’emballe. Je me répète que je suis nul, que je vais craquer, que je n’y arriverai pas. Alors je force, je serre les dents, mais plus je force, plus l’angoisse monte. » Il avait tout essayé : la respiration, la méditation, les listes de choses à faire. Rien ne tenait. Parce qu’au fond, il manquait l’ingrédient principal : une manière de se parler à soi-même qui ne soit pas un coup de fouet, mais une main posée sur son épaule.

Vous reconnaissez-vous dans cette histoire ? Cette voix intérieure qui vous juge, qui vous presse, qui vous dit que vous devriez être plus fort, plus calme, plus performant ? Si oui, vous n’êtes pas seul. Et la bonne nouvelle, c’est qu’il existe une voie différente. Elle ne passe pas par le contrôle, mais par l’accueil. Elle s’appelle l’autocompassion. Et elle est probablement l’une des alliées les plus puissantes contre l’anxiété.

Pourquoi l’autocompassion n’est pas de la faiblesse (mais un muscle à entraîner)

Quand j’évoque l’autocompassion avec mes patients, beaucoup lèvent les yeux au ciel. « Ah non, moi je ne vais pas m’apitoyer sur mon sort, ça va me ramollir. » Ou encore : « Si je suis gentil avec moi-même, je vais arrêter de me battre et je vais couler. » Ce réflexe est compréhensible. Nous avons grandi avec l’idée qu’il faut être dur avec soi pour avancer. Que la critique est un moteur. Que la bienveillance est réservée aux autres, pas à soi.

Pourtant, les recherches en psychologie, notamment celles de Kristin Neff, pionnière dans ce domaine, montrent exactement le contraire. L’autocompassion, c’est la capacité à se traiter avec la même gentillesse qu’on offrirait à un ami cher qui traverse une épreuve. Ce n’est pas se plaindre, ni se justifier. C’est reconnaître que la souffrance fait partie de l’expérience humaine, et qu’au lieu de l’amplifier par la critique, on peut la contenir par la tendresse.

Imaginez un enfant qui tombe de vélo et s’écorche le genou. Si vous lui criez dessus en le traitant de maladroit, il aura peur, pleurera plus fort, et aura du mal à se relever. Si vous le prenez dans vos bras, vous dites « c’est douloureux, je suis là », et vous l’aidez à nettoyer la plaie, il repartira plus confiant. Vous ne l’avez pas rendu faible. Vous lui avez donné la sécurité dont il avait besoin pour essayer à nouveau.

Avec l’anxiété, c’est pareil. Quand vous êtes en pleine crise d’angoisse, votre système nerveux est en alerte rouge. L’amygdale, cette petite zone du cerveau qui détecte les dangers, hurle « menace ! ». Si vous vous ajoutez une couche de critique (« je suis nul de paniquer », « je devrais maîtriser ça »), vous augmentez la menace. Le corps ne fait pas la différence entre un danger extérieur et une attaque intérieure. Résultat : l’angoisse monte encore.

L’autocompassion, au contraire, envoie un signal de sécurité. Elle dit à votre cerveau : « Je suis là, je gère, tu n’es pas seul. » C’est un frein à main sur le système d’alarme. Loin de vous ramollir, elle vous permet de retrouver un équilibre plus vite, et de reprendre les rênes avec plus de lucidité.

L’autocompassion, ce n’est pas s’apitoyer. C’est s’accorder la même humanité qu’on offre à ceux qu’on aime. Et c’est souvent le seul geste qui manque pour que l’anxiété cesse de grimper.

Les trois ingrédients qui transforment une crise d’angoisse en moment d’apaisement

L’autocompassion n’est pas un concept flou. Elle repose sur trois piliers précis, identifiés par Kristin Neff : la bienveillance envers soi, l’humanité commune, et la pleine conscience. Quand vous les utilisez ensemble, vous désamorcez la mécanique de l’anxiété.

1. La bienveillance envers soi : C’est la capacité à se parler doucement, sans jugement, quand on souffre. Au lieu de dire « arrête de pleurnicher, ressaisis-toi », on peut dire « c’est dur en ce moment, je comprends que tu aies peur ». Ça paraît simple, mais c’est un changement radical. Pour beaucoup, c’est la première fois qu’ils s’adressent une parole douce. Vous pouvez le tester ici même : posez une main sur votre cœur ou sur votre ventre, et dites-vous intérieurement « je suis là pour toi ». Pas besoin de le croire. Juste le geste suffit.

2. L’humanité commune : L’anxiété isole. On se sent seul, anormal, défectueux. L’humanité commune, c’est se rappeler que tout le monde, à un moment ou un autre, souffre, doute, a peur. Vous n’êtes pas un extraterrestre de la panique. Vous êtes un humain qui vit une expérience humaine. Cette prise de conscience réduit la honte, qui est un puissant amplificateur d’angoisse. Quand vous réalisez que des millions de personnes ressentent la même chose, la menace intérieure devient moins lourde.

3. La pleine conscience : C’est la capacité à observer ce qui se passe en vous sans vous laisser submerger. Pas pour contrôler, mais pour être présent. Quand l’angoisse monte, on a tendance à vouloir fuir, dissimuler, ou au contraire à s’identifier complètement à la sensation (« je suis l’angoisse »). La pleine conscience, c’est dire : « Je remarque que mon cœur bat vite. Je remarque que ma poitrine est serrée. » Sans ajouter d’histoire. Sans jugement. Cela crée un espace entre vous et la sensation. Et dans cet espace, vous retrouvez un peu de liberté.

Ces trois ingrédients forment un cercle vertueux. La pleine conscience vous permet de voir ce qui est là. La bienveillance vous permet de l’accueillir sans violence. L’humanité commune vous permet de ne pas vous sentir seul. Ensemble, ils transforment une crise d’angoisse en une expérience difficile, certes, mais gérable.

Comment l’hypnose et l’IFS renforcent ce duo face à l’anxiété

L’autocompassion est une base, mais elle peut sembler difficile à atteindre quand l’anxiété est trop forte. C’est là que des approches comme l’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems) entrent en jeu. Je les utilise régulièrement avec mes patients, et elles sont particulièrement efficaces pour installer l’autocompassion de manière durable.

L’hypnose ericksonienne, par exemple, n’est pas un état de sommeil ou de perte de contrôle. C’est un état de conscience modifié où votre esprit critique se met en veille, et où votre inconscient devient plus réceptif à de nouvelles ressources. Imaginez que vous êtes en pleine angoisse. Votre esprit conscient tourne en boucle : « je vais mourir, je vais perdre la raison ». L’hypnose permet de glisser doucement vers un état où vous pouvez accéder à une partie de vous qui sait s’apaiser, qui a déjà connu un moment de calme profond. Vous ne luttez pas contre l’angoisse ; vous l’invitez à s’asseoir à côté de vous, sans qu’elle prenne toute la place.

Concrètement, je guide souvent mes patients vers une image de sécurité intérieure. Par exemple, une plage, un lieu d’enfance, ou même une simple lumière chaude dans la poitrine. Dans cet état, l’autocompassion n’est plus un concept à appliquer, mais une sensation incarnée. Vous la ressentez physiquement. Et cette sensation, vous pouvez la retrouver ensuite par vous-même, en fermant les yeux quelques secondes.

L’IFS, lui, propose une carte encore plus précise. Il part du principe que notre esprit est composé de différentes « parties », comme des personnalités intérieures. Il y a la partie qui critique, celle qui s’inquiète, celle qui se cache, celle qui veut tout contrôler. L’anxiété, souvent, est portée par une partie protectrice qui essaie de vous éviter un danger. Mais elle le fait maladroitement, en vous paralysant ou en vous faisant tourner en rond.

Avec l’IFS, on ne cherche pas à supprimer cette partie. On l’écoute. On lui demande : « Qu’est-ce que tu crains si tu arrêtes de t’inquiéter ? » Souvent, elle répond : « J’ai peur que tu sois submergé, que tu ne t’en sortes pas. » Et là, vous pouvez lui répondre avec douceur : « Je comprends que tu veilles sur moi. Merci. Mais je suis là maintenant, et je peux gérer. » Ce dialogue intérieur est une forme d’autocompassion active. Vous ne rejetez pas votre anxiété ; vous l’accueillez comme une partie de vous qui a besoin d’être rassurée.

Ces deux approches ne remplacent pas votre capacité à vous apaiser. Elles l’outillent. Elles vous donnent des clés concrètes pour que l’autocompassion devienne un réflexe, pas un effort de volonté.

L’autocompassion n’est pas une injonction à être gentil. C’est une permission de cesser d’être son propre bourreau. Et parfois, il faut un guide pour oser poser les armes.

Trois exercices simples pour apprivoiser l’anxiété avec douceur

Je vous propose trois exercices que vous pouvez pratiquer chez vous, sans matériel, en quelques minutes. Ils sont issus de mon travail avec des personnes comme Jérôme, et ils ont fait leurs preuves. Ne cherchez pas à les réussir parfaitement. L’important est de les essayer, même 30 secondes.

Exercice 1 : La main sur le cœur (bienveillance envers soi) Quand vous sentez l’angoisse monter, arrêtez-vous. Posez une main sur votre poitrine, à l’endroit où vous sentez votre cœur battre. L’autre main sur votre ventre. Fermez les yeux si c’est possible. Respirez normalement. À chaque inspiration, imaginez que l’air entre dans votre cœur et le réchauffe. À chaque expiration, laissez sortir un peu de tension. Dites-vous intérieurement : « C’est difficile en ce moment. Je suis là. » Restez ainsi 30 secondes à une minute. Vous pouvez répéter cette phrase : « Je mérite ma propre bienveillance. » Ce geste active le nerf vague, qui calme le système nerveux.

Exercice 2 : Le rappel d’humanité commune (lien avec les autres) Quand vous êtes pris dans une crise d’angoisse, vous pouvez vous sentir seul au monde. Asseyez-vous confortablement. Fermez les yeux. Imaginez que vous êtes entouré de milliers de personnes invisibles. Des gens qui, en ce moment même, ressentent la même peur, la même tension. Vous n’êtes pas un cas à part. Vous êtes un humain parmi d’autres. Répétez intérieurement : « Je ne suis pas seul. Cette souffrance est partagée. » Vous pouvez même visualiser une lumière douce qui vous relie à eux. Cela prend 1 minute. Cela réduit la honte et l’isolement.

Exercice 3 : L’observation sans jugement (pleine conscience) Lors d’une montée d’angoisse, au lieu de vous laisser emporter, prenez un temps d’arrêt. Observez les sensations dans votre corps comme si vous étiez un scientifique curieux. « Je remarque une pression dans la poitrine. Je remarque une chaleur dans le ventre. Je remarque que mes pensées s’accélèrent. » Ne cherchez pas à changer quoi que ce soit. Juste nommer. Si vous pouvez, donnez un nom à la sensation : « Voilà la peur. Voilà l’urgence. » Ce simple fait de nommer crée une distance. Vous n’êtes plus l’angoisse ; vous êtes celui qui observe l’angoisse. 30 secondes suffisent.

Ces exercices sont comme des grains de sable dans l’engrenage de l’anxiété. Ils ne la suppriment pas, mais ils l’empêchent de prendre toute la place. Avec la pratique, ils deviendront des réflexes.

Comment transformer la peur de l’échec en carburant de progression

Un des pièges les plus fréquents de l’anxiété, c’est la peur de l’échec. Vous avez peur de ne pas être à la hauteur, de décevoir, de rater. Et cette peur vous paralyse. Vous repoussez, vous évitez, vous vous rabaissez. L’autocompassion change complètement ce rapport.

Quand vous échouez ou que vous faites une erreur, la voix critique intérieure s’active : « Tu es nul, tu aurais dû faire mieux, tu n’y arriveras jamais. » Cette voix vous pousse à vous replier sur vous-même. Vous perdez confiance, et l’anxiété monte. L’autocompassion propose une autre voie : reconnaître l’erreur, oui, mais avec une intention d’apprentissage. « J’ai fait une erreur. C’est humain. Qu’est-ce que je peux en tirer pour avancer ? »

Prenons un exemple concret : un sportif que j’accompagne en préparation mentale. Il rate une compétition importante. La première réaction, c’est la colère contre lui-même. Il passe des heures à ressasser, à se dévaloriser. L’anxiété grimpe pour la prochaine épreuve. Avec l’autocompassion, on l’invite à un autre dialogue : « Tu as travaillé dur. Aujourd’hui, ça n’a pas marché. Ce n’est pas une preuve de ta valeur. C’est une donnée. Tu peux analyser ce qui s’est passé sans te détruire. » Résultat : il rebondit plus vite, il apprend mieux, et il aborde la suite avec moins de peur.

Dans votre vie quotidienne, que ce soit au travail, en couple, ou dans vos projets personnels, la même logique s’applique. L’autocompassion ne vous empêche pas d’avoir des exigences. Elle vous permet d’avoir des exigences sans vous écraser. Elle transforme l’échec en professeur, pas en juge.

La peur de l’échec est un feu qui brûle. L’autocompassion n’éteint pas le feu, mais elle vous apprend à danser avec les flammes sans vous brûler.

Quand l’autocompassion ne suffit pas : reconnaître les limites et oser demander de l’aide

Il serait malhonnête de vous dire que l’autocompassion est une baguette magique. Elle est un outil puissant, mais elle a ses limites. Parfois, l’anxiété est trop envahissante, trop ancienne, ou trop liée à des traumatismes. Parfois, la voix critique est si forte qu’elle étouffe toute tentative de douceur. Parfois, vous êtes simplement épuisé, et vous n’avez plus l’énergie de pratiquer quoi que ce soit.

Si vous êtes dans cette situation, ce n’est pas un échec. C’est un signal. Un signal que vous avez besoin d’un accompagnement professionnel. Un thérapeute, un hypnopraticien, un psychologue peut vous offrir un cadre sécurisé pour explorer ces mécanismes. L’autocompassion, dans ce cadre, devient plus facile à intégrer parce que vous n’êtes pas seul.

Je vois souvent des personnes qui essaient de tout gérer seules, avec une volonté de fer. Elles lisent des livres, regardent des vidéos, mais elles butent sur un mur invisible. Ce mur, c’est souvent une partie d’elles-mêmes qui ne se sent pas en sécurité pour lâcher prise. Un professionnel peut vous aider à dialoguer avec cette

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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