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Autocritique au travail : 3 astuces pour arrêter de se saboter

Des conseils pratiques pour être plus indulgent au bureau.

TSThierry Sudan
28 avril 202613 min de lecture

Tu arrives au bureau, tu poses ton café, tu ouvres ton ordinateur. Et là, avant même d’avoir lu le premier mail, une petite voix s’allume dans ta tête : « Tu aurais dû préparer ce dossier hier soir. », « Tu vas encore être en retard sur cette réunion. », « Les autres, ils gèrent tellement mieux que toi. »

Cette voix, tu la connais bien. Elle est là depuis des années. Parfois, elle te pousse à en faire plus, à vérifier trois fois chaque détail. Mais le plus souvent, elle te freine, te vide de ton énergie, et te fait douter de tout ce que tu produis. Tu passes des heures à ruminer une phrase que tu as dite en réunion, à te demander si ton chef a froncé les sourcils, à comparer ton rythme avec celui de ton collègue.

Et si je te disais que cette autocritique n’est pas une fatalité ? Que tu peux apprendre à la reconnaître, à la désamorcer, et même à en faire une alliée ?

Je m’appelle Thierry Sudan, je suis praticien à Saintes depuis 2014. Dans mon cabinet, je reçois chaque semaine des adultes qui viennent me voir parce qu’ils n’en peuvent plus de se saboter au travail. Des cadres qui n’osent pas postuler à une promotion. Des managers qui se réveillent la nuit en repensant à une erreur vieille de six mois. Des indépendants qui repoussent sans cesse leurs rendez-vous commerciaux parce qu’ils se sentent imposteurs.

Dans cet article, je vais te partager trois astuces concrètes que j’utilise avec eux. Elles sont nées de l’hypnose ericksonienne, de l’IFS (Internal Family Systems) et de l’Intelligence Relationnelle. Pas de théorie abstraite : des choses que tu peux essayer dès aujourd’hui.

Avant de commencer, une chose importante : ces astuces ne vont pas faire disparaître ton autocritique comme par magie. Ce n’est pas le but. Le but, c’est d’apprendre à la connaître, à l’écouter sans lui obéir, et à reprendre le contrôle de ta journée.


Pourquoi ton autocritique est-elle si tenace ?

Tu t’es peut-être déjà dit : « Si j’arrêtais de me critiquer, je deviendrais paresseux. » Ou : « Sans cette pression intérieure, je ne serais jamais arrivé là où je suis. »

C’est une croyance très répandue. Et elle n’est pas complètement fausse : ton autocritique a probablement joué un rôle dans ta réussite. Elle t’a poussé à travailler plus dur, à anticiper les erreurs, à être fiable. Mais à quel prix ?

Prenons un exemple. Je reçois Sophie, 38 ans, responsable marketing dans une boîte de taille moyenne. Elle est brillante, reconnue par ses pairs, mais elle passe ses soirées à ressasser ses échecs du jour. Un mail parti avec une faute d’orthographe ? Elle n’arrive pas à dormir. Un client mécontent ? Elle se sent nulle pendant une semaine.

Quand je lui demande ce que son autocritique essaie de faire pour elle, elle me répond : « M’empêcher de faire des erreurs. » C’est une intention positive. Le problème, c’est que cette stratégie est devenue toxique. Elle ne l’empêche pas de faire des erreurs, elle l’empêche de vivre.

En IFS, on appelle ça un « protecteur ». C’est une partie de toi qui a pris un rôle très tôt (peut-être à l’école, ou dans une famille exigeante) et qui continue à appliquer la même méthode, même si elle n’est plus adaptée à ta vie d’adulte. Cette partie croit sincèrement qu’elle te protège. Mais elle te coûte ton énergie, ta confiance et ta joie.

Alors oui, ton autocritique est tenace parce qu’elle a été utile à un moment donné. Mais aujourd’hui, tu as le choix de lui trouver une nouvelle place.


Astuce n°1 : La technique du « journal de bord intérieur »

La première astuce est simple, mais redoutable. Elle consiste à tenir un journal de bord… de ton autocritique.

Pas un journal où tu écris tes émotions dans le vague. Un journal spécifique, avec un cadre précis. Voici comment faire :

  1. Choisis un moment de la journée : le matin avant d’ouvrir tes mails, ou le soir avant de quitter le travail. Deux minutes suffisent.
  2. Note la phrase exacte que ton autocritique t’a dite. Pas « j’ai eu une pensée négative », mais la phrase brute : « Tu es nul, tu n’aurais jamais dû envoyer ce devis sans relecture. »
  3. Note la sensation dans ton corps. Où est-ce que ça résonne ? Estomac serré ? Nuque tendue ? Poitrine lourde ?
  4. Note l’intention derrière. Si cette partie de toi pouvait parler, que dirait-elle pour se justifier ? « Je veux t’éviter de passer pour un incompétent. » ou « Je veux que tu sois parfait pour qu’on t’aime. »

Pourquoi ça marche ? Parce que tu passes du statut de « victime de ton autocritique » à celui d’« observateur de ton autocritique ». C’est ce qu’on appelle en hypnose la dissociation. Tu n’es plus la voix qui te critique, tu es celui qui écoute la voix.

Je l’ai testé avec Marc, un commercial de 45 ans. Au début, il trouvait ça ridicule. « Écrire ce que je me dis ? Je le sais déjà. » Je lui ai proposé de le faire pendant une semaine, juste le soir, sur son téléphone. Au bout de trois jours, il m’a dit : « Je ne savais pas que je me parlais aussi durement. Je ne ferais jamais ça à un collègue. » Ce constat a été le début de son changement.

Essaie maintenant : Prends ton téléphone, ouvre une note, et écris la dernière critique que tu t’es adressée aujourd’hui. Pas de jugement, pas de correction. Juste la phrase. Respire une fois, et referme la note. Tu viens de faire le premier pas.


Astuce n°2 : Le dialogue avec ton « critique intérieur » (sans violence)

Tu as peut-être déjà entendu parler du « critique intérieur ». Certaines approches te disent de le combattre, de le faire taire, de le remplacer par des affirmations positives. Je ne suis pas fan de cette méthode. Pourquoi ? Parce que si tu essayes de faire taire une partie de toi, elle va crier plus fort. C’est comme dire à quelqu’un de ne pas penser à un ours blanc : tu vas immédiatement penser à un ours blanc.

En IFS, on fait exactement l’inverse : on entre en dialogue avec cette partie. Pas pour lui obéir, mais pour la comprendre.

Voici la technique en trois étapes, que tu peux faire à ton bureau, en fermant les yeux 30 secondes :

  1. Identifie la partie critique. Quand tu sens monter l’autocritique (« Ce dossier est une catastrophe », « Tu vas te planter en réunion »), dis-toi : « Ah, voilà ma partie critique. » Pas de lutte, juste une reconnaissance.
  2. Demande-lui : « Que veux-tu pour moi ? » La réponse va peut-être te surprendre. Elle ne va pas dire « Je veux te détruire », mais plutôt « Je veux que tu sois en sécurité » ou « Je veux que tu sois respecté ». Accueille cette réponse sans la juger.
  3. Remercie-la. Oui, tu as bien lu. Remercie cette partie pour son intention, même si sa méthode est destructrice. Tu peux lui dire mentalement : « Merci d’essayer de me protéger. Je comprends. Maintenant, je peux gérer ça autrement. »

Cette technique est puissante parce qu’elle désamorce le conflit intérieur. Tu passes d’une guerre civile à une négociation diplomatique.

J’ai travaillé avec Julien, un ingénieur de 50 ans, qui se flagellait chaque fois qu’il faisait une erreur de calcul dans ses plans. Il passait des heures à vérifier et revérifier, au point de ne plus dormir. Quand il a commencé à dialoguer avec son critique, il a découvert que cette partie était apparue à l’âge de 12 ans, quand son père lui avait dit : « Un ingénieur ne se trompe pas. » Cette partie avait pris cette phrase au pied de la lettre et le protégeait encore de la honte qu’il avait ressentie ce jour-là. En reconnaissant son histoire, Julien a pu la remercier et lui dire : « Maintenant, je peux me tromper et survivre. »

« Ton critique intérieur n’est pas un ennemi à abattre. C’est un gardien fatigué qui ne sait pas que la guerre est finie. »

Essaie maintenant : La prochaine fois que tu te surprends à t’autocritiquer, arrête-toi une seconde. Respire. Et pose-lui la question : « Qu’est-ce que tu veux pour moi, vraiment ? » Écoute la réponse. Elle vient souvent du ventre, pas de la tête.


Astuce n°3 : Le rituel de « clôture de journée » pour ne pas ramener le travail à la maison

L’autocritique ne s’arrête pas à 18h. Elle s’invite dans ta voiture, dans ta douche, dans ton lit. Tu repenses à cette phrase maladroite, à ce chiffre qui cloche, à ce regard de ton chef. Tu rumines.

C’est épuisant. Et ça ne sert à rien. La rumination ne résout pas les problèmes, elle les aggrave.

La troisième astuce est un rituel que j’ai emprunté à l’Intelligence Relationnelle et à l’hypnose. Je l’appelle la « clôture de journée ». C’est un protocole de 5 minutes, à faire avant de quitter ton bureau (physique ou mental, si tu télétravailles).

Voici les étapes :

  1. Arrêt physique : Ferme la porte de ton bureau, ou éteins ton ordinateur. Fais un geste symbolique : range ton stylo, ferme ton carnet, souffle trois fois.
  2. Scan mental rapide : Passe en revue ta journée en 30 secondes. Pas pour critiquer, juste pour constater. « J’ai fait ça, ça, et ça. »
  3. Choix d’une chose réussie : Identifie UNE chose, même minuscule, que tu as bien faite. « J’ai répondu à ce mail difficile. » ou « Je suis resté calme pendant cette réunion tendue. »
  4. Ancrage corporel : Pose ta main sur ton cœur ou sur ton ventre. Répète-toi la phrase : « Ma journée de travail est terminée. Je peux la laisser derrière moi. Demain, je reprendrai ce qui est important. »

Ce rituel a un effet neurologique réel. Il signale à ton cerveau que la zone « travail » est fermée, et que tu passes en mode « repos ». Sans ce signal, ton cerveau continue à tourner en boucle sur les problèmes non résolus.

Catherine, une cadre dans la fonction publique, venait me voir parce qu’elle ne décrochait jamais. Le soir, elle se réveillait à 3h du matin en pensant à des dossiers. Elle a commencé à faire ce rituel tous les soirs, systématiquement, pendant 21 jours. Au bout d’une semaine, elle m’a dit : « Je ne me réveille plus la nuit. Et le matin, je suis plus claire sur ce que j’ai à faire. » Ce n’est pas magique, c’est de la neurobiologie appliquée.

Essaie maintenant : Ce soir, avant de quitter ton travail, fais ce rituel. Même si tu es en télétravail. Éteins ton ordinateur, pose ta main sur ton ventre, et dis-toi : « Ma journée est finie. Je peux la laisser. »


Comment l’hypnose peut t’aider à ancrer ces changements

Ces trois astuces sont efficaces, mais elles demandent de la répétition. Le problème, c’est que ton autocritique est une habitude. Elle est ancrée dans des circuits neuronaux que tu as empruntés des milliers de fois. Pour les modifier, il faut un peu plus qu’une intention.

C’est là que l’hypnose ericksonienne peut être un accélérateur puissant. Elle ne va pas te « guérir » de ton autocritique, mais elle va t’aider à créer un état intérieur où ces nouvelles pratiques deviennent naturelles.

En séance, je ne te dirai pas « arrête de te critiquer ». Je vais plutôt t’aider à accéder à une partie de toi qui est déjà calme, confiante, et qui sait gérer les situations sans se flageller. Cette partie existe, même si tu ne la connais pas bien. L’hypnose, c’est comme un chemin pour aller la retrouver.

Tu n’as pas besoin d’être « réceptif » ou « de croire » pour que ça marche. L’hypnose, c’est juste un état d’attention focalisée, comme quand tu es absorbé par un film ou une musique. Tout le monde peut y entrer.

Pour les sportifs que j’accompagne (coureurs, footballeurs), l’hypnose est un outil quotidien pour gérer la pression et le doute. Les mêmes mécanismes s’appliquent au bureau. Tu es ton propre athlète.


Ce que ces astuces ne feront pas (et c’est important)

Je veux être honnête avec toi. Ces trois astuces ne vont pas :

  • Faire disparaître ton stress au travail. Le stress est parfois une information utile. Il te dit que tu as une échéance, un enjeu, un défi. Le but n’est pas de le supprimer, mais de ne pas le laisser se transformer en autocritique toxique.
  • Rendre tout le monde gentil avec toi. Tu vas peut-être continuer à avoir un chef difficile, des collègues passifs-agressifs, des clients exigeants. Le changement est à l’intérieur, pas à l’extérieur.
  • Te transformer en une personne parfaitement sereine. Tu auras toujours des moments de doute. C’est humain. L’objectif, c’est que ces moments durent quelques minutes au lieu de quelques jours.

Ces astuces te donnent une boîte à outils. Mais l’outil le plus important, c’est la conscience que tu as le choix. Tu n’es pas obligé d’écouter cette voix. Tu n’es pas obligé de la croire. Tu peux l’écouter, la remercier, et faire ce qui est juste pour toi.


Conclusion : tu n’es pas ton autocritique

Si tu es arrivé jusqu’ici, c’est que cette question te touche. Peut-être que tu te reconnais dans les exemples de Sophie, Marc, Julien ou Catherine. Peut-être que tu es fatigué de porter ce fardeau intérieur.

Je ne peux pas te promettre que tout va changer du jour au lendemain. Mais je peux te dire ceci : la simple lecture de cet article a déjà commencé à modifier quelque chose en toi. Tu as pris conscience que ton autocritique n’est pas toi. Elle est une partie de toi, et tu peux apprendre à dialoguer avec elle.

Alors, qu’est-ce que tu peux faire maintenant ?

  1. Essaie la première astuce : note la critique du jour. Juste une phrase.
  2. Demain, teste la deuxième : quand elle reviendra, demande-lui ce qu’elle veut pour toi.
  3. Ce soir, pratique la troisième : fais le rituel de clôture.

Et si tu sens que tu as besoin d’un accompagnement plus profond, sache que je suis là. Mon cabinet à Saintes est ouvert, et je propose aussi des séances en visio pour ceux qui sont loin. On peut travailler ensemble sur ton autocritique, ta confiance, ou tout ce qui te freine au travail.

Tu n’es pas seul avec cette voix. Et tu n’es pas obligé de la laisser diriger ta vie.

Un pas après l’autre. Une respiration après l’autre.

Thierry

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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