3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Retrouver votre propre boussole intérieure.
Vous entrez dans mon cabinet, vous vous asseyez, et souvent, avant même que j’aie posé une question, vous me dites quelque chose comme : « Je sais que je devrais m’en ficher de ce que les gens pensent, mais… » Et ce « mais » pèse des tonnes. Il contient des années d’ajustements, de silences, de sourires forcés et de nuits à ressasser une phrase maladroite prononcée trois ans plus tôt.
Ce n’est pas un caprice. Ce n’est pas de la faiblesse. C’est un mécanisme de survie qui s’est emballé. Pendant des millénaires, être rejeté du groupe signifiait la mort. Votre cerveau archaïque ne fait pas la différence entre un regard désapprobateur au bureau et une exclusion de la tribu dans la savane. Alors il active l’alarme. Et vous obéissez.
Mais voici la bonne nouvelle : vous n’êtes pas programmé pour rester coincé là-dedans. Vous pouvez apprendre à discerner le signal d’alarme du vrai danger. Vous pouvez récupérer votre propre boussole, celle qui sait où vous voulez aller, sans demander la permission.
Asseyons-nous ensemble et regardons ça en face.
La première chose que nous devons faire, c’est arrêter de nous culpabiliser. Chercher l’approbation n’est pas un défaut moral. C’est un réflexe. Et comme tout réflexe, il a été conditionné.
Un jour, vous avez appris que votre valeur dépendait de quelque chose d’extérieur. Peut-être qu’enfant, on vous aimait « parce que » vous étiez sage, parce que vous rapportiez de bonnes notes, parce que vous ne faisiez pas de vagues. Peut-être que l’amour était conditionnel. Alors vous avez développé un radar hyper-sensible : « Que dois-je faire pour être accepté ? Que dois-je taire pour ne pas décevoir ? »
Ce radar, je l’appelle le « détecteur de menace sociale ». Il scanne en permanence l’environnement pour repérer les signes de désapprobation : un silence, un sourcil froncé, une réponse laconique. Et dès qu’il capte quelque chose, il envoie une décharge d’adrénaline. Vous vous mettez en mode survie. Vous voulez réparer, expliquer, vous excuser, disparaître ou au contraire briller encore plus fort pour compenser.
Je vois souvent des personnes brillantes, compétentes, qui passent leur temps à s’épuiser à essayer d’être « assez bien ». Un cadre commercial qui prépare ses réunions comme des exposés de thèse, non pas pour servir ses clients, mais pour ne pas subir le regard de son patron. Une maman qui organise des anniversaires dignes d’un wedding planner, non pas pour le plaisir de son enfant, mais pour prouver aux autres mamans qu’elle assure.
Le problème, ce n’est pas de vouloir bien faire. Le problème, c’est que votre boussole intérieure s’est déréglée. Vous ne savez plus si vous faites les choses parce que vous les avez choisies ou parce que vous voulez être aimé. Et à force, vous ne savez même plus ce que vous voulez, vraiment.
Imaginez une petite bouteille en plastique. Chaque fois que quelqu’un vous dit « Bravo, c’est parfait », « Tu as raison », « Je suis fier de toi », vous obtenez une petite dose. Vous vous sentez bien, léger, validé. Le problème, c’est que cette dose s’épuise vite. Très vite. Alors il vous en faut une autre. Et une autre.
Vous devenez dépendant. Vous organisez votre vie autour de ces recharges. Vous choisissez vos mots, vos vêtements, vos opinions, votre carrière, parfois même votre conjoint, en fonction de ce qui est le plus susceptible de vous rapporter une dose d’approbation.
Mais il y a un revers terrible à ce mécanisme. Plus vous en cherchez, plus vous devenez vulnérable à son absence. Un seul commentaire négatif peut annuler dix compliments. Un seul silence peut vous faire douter de tout. Vous êtes comme un navire dont le gouvernail est tenu par des inconnus sur la rive. Chaque coup de vent vous fait changer de cap.
Et puis, il y a un autre effet pervers : plus vous cherchez à plaire, moins les autres vous respectent. Ce n’est pas de la méchanceté, c’est un biais humain. Nous respectons instinctivement ceux qui ont une colonne vertébrale, ceux qui savent dire non, ceux qui osent déplaire. En cherchant désespérément à être aimé, vous devenez transparent. Vous perdez votre densité.
Un patient, un jour, m’a dit : « J’ai passé ma vie à être gentil. Résultat : tout le monde m’aime, mais personne ne me voit. » C’est douloureux, cette phrase. Elle résume tout. La quête d’approbation vous rend invisible à force d’être malléable.
Voici une question que je pose souvent : « Qui êtes-vous quand personne ne regarde ? »
La plupart des gens bloquent. Ils ne savent pas. Parce qu’ils ont passé tellement de temps à jouer un rôle qu’ils ont oublié qu’ils jouaient. Le costume est collé à la peau.
Ce n’est pas de votre faute. On nous apprend très tôt à nous diviser. Il y a le « moi privé » (celui qui doute, qui a des envies étranges, qui n’a pas envie d’être poli tout le temps) et le « moi public » (celui qui sourit, qui dit oui, qui fait bonne figure). Plus l’écart entre les deux est grand, plus vous souffrez.
C’est ce que j’appelle la « dissonance identitaire ». Vous passez votre énergie à maintenir une façade. C’est épuisant. Et à la longue, vous ne savez plus ce qui est vrai.
En hypnose ericksonienne, je travaille souvent avec ce que j’appelle la « partie qui cherche à plaire ». Ce n’est pas l’ennemi. C’est une partie de vous qui, à un moment, a fait du très bon boulot. Elle vous a protégé. Elle vous a permis d’être accepté quand vous en aviez besoin. Mais aujourd’hui, elle est devenue un manager tyrannique. Elle ne sait pas que vous avez grandi, que vous avez des ressources que vous n’aviez pas à six ans.
Nous allons lui parler. Nous allons la remercier. Et nous allons lui demander de prendre un peu de recul. Parce que vous n’avez plus besoin d’être parfait pour être en sécurité. Vous pouvez être imparfait et survivre. Mieux : vous pouvez être imparfait et être aimé quand même. Mais pour ça, il faut d’abord apprendre à vous aimer imparfait.
« Ce que les autres pensent de vous ne vous regarde pas. Ce que vous pensez de vous, c’est votre seul territoire. Et c’est là que tout se joue. »
Beaucoup de personnes qui cherchent l’approbation confondent « être gentil » et « être aimable ». Ce n’est pas la même chose.
L’intelligence relationnelle, c’est cette capacité à danser avec l’autre sans perdre son centre. Vous pouvez écouter, comprendre, compatir, sans pour autant être d’accord, sans pour autant vous sacrifier.
Un exemple concret : votre collègue vous demande de l’aider sur un dossier alors que vous êtes déjà surchargé. L’approbateur dit oui, rage intérieurement, puis passe sa soirée à travailler. Il pense gagner de la reconnaissance. Il gagne en réalité du ressentiment et de l’épuisement.
La personne qui a retrouvé sa boussole dit : « Je comprends que tu sois en difficulté, c’est vraiment le rush pour toi. Malheureusement, je ne peux pas t’aider aujourd’hui, je suis à bloc. On peut voir ça demain matin si ça t’arrange, ou tu peux demander à [autre personne]. »
Vous voyez la différence ? Vous ne rejetez pas l’autre. Vous ne l’abandonnez pas. Mais vous ne vous abandonnez pas non plus. Vous posez une limite claire, avec bienveillance, sans vous justifier pendant dix minutes.
C’est un muscle. Au début, ça tremble. Vous aurez l’impression d’être méchant. Vous entendrez peut-être des remarques. Mais progressivement, quelque chose de magique se produit : vous commencez à vous respecter vous-même. Et quand vous vous respectez, les autres vous respectent aussi. Pas toujours, mais suffisamment pour que cela en vaille la peine.
L’IFS (Internal Family Systems) est une approche que j’utilise beaucoup. Elle part d’une idée simple : votre esprit n’est pas monolithique. Il est composé de « parties », des sous-personnalités qui ont chacune leur rôle, leur histoire, leur stratégie.
La partie qui cherche l’approbation, je l’appelle souvent la « partie manager ». C’est celle qui anticipe, qui contrôle, qui lisse les angles. Elle est hyper-vigilante. Elle a peur. Peur du rejet, peur du conflit, peur d’être abandonnée.
Quand vous lui parlez, ne lui dites pas de se taire. Elle ne vous écoutera pas. Au lieu de ça, posez-lui des questions : « Qu’est-ce que tu crains vraiment si je dis non ? Qu’est-ce qui se passerait de terrible si je déçois cette personne ? »
Souvent, la réponse est une peur archaïque : « Je serai seul. Je ne vaudrai rien. On ne m’aimera plus. »
Et là, vous pouvez faire un travail magnifique. Vous pouvez aller voir l’enfant ou l’adolescent qui a construit cette croyance. Vous pouvez lui dire : « Je suis là maintenant. Je suis adulte. Je peux gérer. Tu n’as plus besoin de porter cette charge tout seul. »
C’est un processus, pas une formule magique. Mais c’est profond. Et ça libère.
Je travaille avec des coureurs et des footballeurs. Eux aussi sont confrontés au regard des autres. Le public, les sponsors, les coéquipiers, les réseaux sociaux. La pression est énorme.
Ce que j’apprends à mes sportifs, c’est une compétence que vous pouvez aussi utiliser : la distinction entre l’information et l’émotion.
Quand un entraîneur crie, quand un adversaire vous fixe, quand un spectateur siffle, vous recevez une information. C’est un fait. Mais ce que vous en faites, c’est votre choix. Vous pouvez laisser cette information vous traverser comme une flèche, ou vous pouvez la laisser glisser comme de l’eau sur une feuille de lotus.
Je leur apprends des protocoles de recentrage. Par exemple, avant un match ou une présentation importante, au lieu de penser « Il faut que je sois parfait pour qu’ils m’approuvent », vous pouvez penser « Je suis ici pour faire de mon mieux avec ce que j’ai aujourd’hui. Le résultat ne dépend pas entièrement de moi. »
Ce n’est pas de la résignation. C’est de la lucidité. Vous contrôlez votre intention, votre préparation, votre effort. Vous ne contrôlez pas l’avis des autres. Alors pourquoi investir toute votre énergie mentale dans ce que vous ne contrôlez pas ?
Un exercice simple que je donne : imaginez que l’opinion des autres est une météo. Vous pouvez la consulter, mais vous ne pouvez pas la changer. Vous pouvez prendre un parapluie, vous pouvez rester chez vous, ou vous pouvez sortir et danser sous la pluie. Le choix vous appartient. Mais inutile de supplier le ciel d’être bleu pour être heureux.
L’hypnose ericksonienne n’est pas un tour de magie. C’est un outil pour accéder à des ressources que vous avez déjà, mais que vous n’utilisez pas. Elle permet de contourner le mental analytique, celui qui ressasse « Je devrais m’en ficher mais je n’y arrive pas », pour aller parler directement à votre inconscient, le grand ordonnateur de vos habitudes.
Je ne vais pas vous faire arrêter de chercher l’approbation en un claquement de doigts. Je vais plutôt vous aider à créer une nouvelle association. Par exemple, au lieu que le regard d’un supérieur déclenche automatiquement « Je dois me plier », vous pouvez apprendre à déclencher « Je respire, je vérifie ce que je ressens, je choisis ma réponse ».
L’hypnose permet de reprogrammer ces automatismes. Elle offre un espace de sécurité où vous pouvez expérimenter de nouvelles façons d’être, sans jugement. Où vous pouvez rencontrer cette partie de vous qui a peur et lui offrir une nouvelle perspective.
Un jour, une patiente m’a dit après une séance : « J’ai réalisé que la personne dont j’attends le plus l’approbation, c’est moi. Et je suis la seule à pouvoir me la donner. » Ce n’était pas une révélation intellectuelle. C’était une sensation, une certitude intérieure. C’est ça, l’hypnose bien faite : elle ne vous dit pas quoi penser, elle vous fait ressentir ce qui est vrai pour vous.
Vous n’avez pas besoin d’être guéri pour commencer. Vous n’avez pas besoin d’avoir confiance en vous pour poser un acte. La confiance vient après l’action, pas avant.
Alors voici ce que vous pouvez faire, maintenant, en sortant de votre lecture.
1. Observez-vous sans vous juger pendant 24 heures. Notez (mentalement ou sur un carnet) les moments où vous modifiez votre comportement en fonction du regard des autres. Ce n’est pas pour vous critiquer. C’est pour cartographier le terrain. « Tiens, j’ai dit oui à cette invitation alors que j’étais crevé. Tiens, j’ai ri à une blague qui ne m’a pas fait rire. » La conscience est le premier pas du changement.
2. Posez-vous cette question avant chaque décision sociale : « Est-ce que je fais ça parce que je le veux vraiment, ou parce que j’ai peur de ce qu’ils vont penser ? » Si c’est la peur, vous avez le droit de choisir autre chose. Même si c’est inconfortable.
3. Entraînez-vous à dire non, sur des petites choses. Refusez un café que vous ne voulez pas. Dites que vous ne pouvez pas rendre service tout de suite. Ne vous justifiez pas. Un simple « Non, merci, pas cette fois » suffit. Vous verrez : le ciel ne vous tombe pas sur la tête.
4. Récupérez votre regard. Quand vous parlez à quelqu’un, au lieu de scruter son visage pour y lire de l’approbation, regardez-le dans les yeux, mais sans chercher à y trouver votre valeur. Soyez juste présent. Écoutez vraiment ce qu’il dit, au lieu d’écouter ce qu’il pourrait penser de vous.
5. Donnez-vous la permission d’être imparfait. Répétez-vous, comme un mantra : « Je n’ai pas besoin d’être parfait pour être aimable. Je n’ai pas besoin d’être parfait pour être aimable. » Et laissez cette phrase infuser. Elle fait son chemin, même si vous n’y croyez pas encore.
Arrêter de chercher l’approbation des autres ne signifie pas devenir froid, distant ou insensible. Cela signifie cesser de vous oublier dans la relation. C’est un acte de souveraineté intérieure. Vous reprenez le gouvernail de votre propre vie.
Vous pouvez continuer à être gentil, attentionné, généreux. Mais cette fois, ce sera un choix, pas une obligation. Et ça change tout. Parce qu’une gentillesse choisie est lumineuse, tandis qu’une gentillesse forcée est grise et lourde.
Vous méritez de vivre une vie qui vous ressemble, pas une vie qui ressemble à ce que les autres attendent de vous. Vous méritez de dire ce que vous pensez
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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