3 exercices concrets pour calmer votre critique intérieur
Des outils simples pour apaiser la voix sévère en vous.
Un protocole pas à pas pour lâcher prise et avancer léger.
Tu passes tes journées à essayer d’avancer, de regarder devant, de te dire que le passé est derrière. Et pourtant, il y a cette scène qui revient. Cette phrase que tu aurais aimé ne pas dire. Cette décision que tu regrettes. Ce moment où tu n’as pas été à la hauteur, selon toi. Tu crois que le temps efface, mais il ne fait qu’étouffer. Alors tu fais comme tout le monde : tu t’épuises à tourner la page sans l’avoir lue.
Je reçois des adultes comme toi depuis plus de dix ans à Saintes. Des gens qui ont tout pour être bien, mais qui portent un poids invisible. Leur passé n’est pas un drame hollywoodien. C’est une accumulation de petits échecs, de honte ordinaire, de moments où ils se sont sentis nuls. Et ils viennent me voir parce que ça les empêche de dormir, de se sentir libres, de s’autoriser à être heureux.
Tu veux faire la paix avec ton passé ? Bonne nouvelle : ce n’est pas en l’oubliant que tu y arriveras. C’est en apprenant à poser un regard différent sur lui. L’autocompassion n’est pas une technique de développement personnel fleur bleue. C’est un levier neurologique et relationnel concret. Et je vais te montrer comment l’utiliser pas à pas.
Tu t’es peut-être déjà dit : « C’est bon, c’est vieux, je devrais passer à autre chose. » Et pourtant, ça revient. Pourquoi ? Parce que ton cerveau n’est pas fait pour oublier ce qui a déclenché une émotion forte. Il est programmé pour apprendre de l’expérience, surtout si elle a été douloureuse. C’est un mécanisme de survie.
Quand tu as vécu une situation où tu t’es senti humilié, rejeté, coupable ou impuissant, ton cerveau a stocké cette information comme une menace potentielle. Pas une menace extérieure, mais une menace pour ton identité. Chaque fois que tu repenses à cet événement, ton système nerveux réagit comme s’il se reproduisait. Tu ressens la même honte, la même colère, la même tristesse. Parfois même physiquement : noeud dans le ventre, tension dans les épaules, souffle court.
Le problème, c’est que tu as probablement essayé de contrôler ça par la volonté. Tu t’es dit : « Je vais arrêter d’y penser. » Mais plus tu tries de ne pas penser à quelque chose, plus tu y penses. C’est le paradoxe de la suppression mentale. Demande à quelqu’un de ne pas penser à un ours blanc pendant trente secondes. Résultat : l’ours blanc occupe toute la place. C’est pareil avec tes souvenirs douloureux.
Tu as aussi peut-être essayé de tout réinterpréter, de te convaincre que ce n’était pas si grave, de relativiser par la pensée positive. Mais cette approche a un défaut : elle te demande de mentir à une partie de toi-même. La partie qui a souffert n’est pas convaincue. Elle reste là, elle continue à alerter. Le passé ne passe pas parce que tu ne l’as pas accueilli. Tu l’as combattu, ignoré, déguisé. Jamais écouté.
L’autocompassion, c’est l’inverse. Ce n’est pas une technique pour faire disparaître la douleur, c’est une manière de changer ta relation avec elle. Au lieu de te juger d’avoir mal, tu apprends à être celui ou celle qui se tourne vers cette partie de toi avec une intention bienveillante. Et là, quelque chose change.
« Ce n’est pas le passé qui te fait souffrir, c’est la façon dont tu le portes. L’autocompassion ne change pas l’histoire, elle change ce que tu ressens en la racontant. »
Avant d’entrer dans le protocole, je dois lever un malentendu. Beaucoup de personnes qui viennent me voir ont une image floue de l’autocompassion. Elles l’imaginent comme une forme de faiblesse, de complaisance ou d’auto-apitoiement. Un patient m’a dit un jour : « Si je suis gentil avec moi-même, je vais arrêter de progresser, non ? » C’est une croyance tenace.
Alors clarifions. L’autocompassion n’est pas :
L’autocompassion, c’est la capacité à reconnaître ta souffrance sans la juger, à te rappeler que tu n’es pas seul à vivre ça (c’est l’humanité commune), et à agir avec bienveillance envers toi-même comme tu le ferais avec un ami cher.
Kristin Neff, la chercheuse qui a popularisé ce concept, distingue trois piliers :
Quand tu appliques ça à un souvenir douloureux, tu ne changes pas le fait qu’il a eu lieu. Mais tu changes l’impact qu’il a sur toi aujourd’hui. La honte se dissout, la culpabilité s’allège, la peur perd de son intensité. Ce n’est pas magique, c’est neurobiologique. La compassion active le système d’apaisement de ton cerveau, celui qui libère de l’ocytocine et calme l’amygdale. Tu passes d’un état d’alerte à un état de sécurité.
Je vais te proposer un protocole que j’utilise régulièrement en séance avec mes patients. Il s’inspire de l’hypnose ericksonienne et de l’IFS (Internal Family Systems), deux approches que je pratique. L’idée est simple : au lieu de lutter contre le souvenir, tu vas apprendre à le regarder avec une présence différente.
Étape 1 : Choisis un souvenir, pas trop fort Ne prends pas le plus traumatique tout de suite. Si tu as une mémoire précise qui te gêne modérément – une dispute, une erreur professionnelle, un moment de honte sociale – c’est parfait. L’objectif est de t’entraîner sur une difficulté gérable. Tu pourras ensuite appliquer la méthode à des couches plus profondes.
Étape 2 : Installe-toi physiquement Assieds-toi confortablement, les pieds au sol, les mains posées sur les cuisses ou croisées sur le ventre. Ferme les yeux si tu le peux. Prends trois respirations lentes. L’idée n’est pas de te détendre absolument, mais de créer un contenant pour ce qui va venir. Tu es en sécurité, ici et maintenant.
Étape 3 : Laisse venir le souvenir Sans forcer, laisse le souvenir émerger. Tu n’as pas besoin de revivre toute la scène en détail. Contente-toi de noter ce qui apparaît : une image, une sensation corporelle, une émotion. Peut-être une boule dans la gorge, une pression dans la poitrine, une chaleur dans le visage. Reste avec ça. Si c’est trop fort, ralentis la respiration. Tu es témoin, pas acteur.
Étape 4 : Nomme ce qui est présent Dans ta tête, ou à voix basse, formule ce que tu ressens. Par exemple : « Je sens de la honte dans mon ventre. » Ou : « Il y a une tristesse dans ma poitrine. » Pas de jugement, pas d’analyse. Juste une constatation. C’est la pleine conscience.
Étape 5 : Rappelle-toi que tu n’es pas seul Ajoute une phrase qui connecte à l’humanité commune : « Beaucoup de personnes ressentent ça après une erreur. » Ou : « C’est humain d’avoir honte parfois. » Cela peut sembler artificiel au début, mais c’est essentiel. La honte te fait croire que tu es seul, anormal. L’humanité commune te ramène au collectif.
Étape 6 : Pose une main sur la zone douloureuse Si tu sens une tension quelque part, pose doucement ta main dessus. C’est un geste physique de bienveillance. Tu peux aussi poser une main sur ton coeur. Ensuite, dis-toi une phrase de douceur, comme tu le ferais pour un enfant qui a peur : « C’est difficile, je sais. » Ou : « Tu as le droit de ressentir ça. » Ou simplement : « Je suis là. »
Étape 7 : Observe ce qui change Reste encore trente secondes. Puis rouvre doucement les yeux. Note ce qui a bougé. Parfois la sensation s’atténue, parfois elle se transforme, parfois elle reste identique. Ce n’est pas un échec si elle ne disparaît pas. Le but n’est pas de faire disparaître, c’est de changer ta relation avec la sensation.
Ce protocole, tu peux le faire seul, chez toi, deux à trois fois par semaine. Mais je te conseille de le faire d’abord avec un professionnel si le souvenir est lourd. L’autocompassion est puissante, mais elle ouvre parfois des vannes. Mieux vaut être accompagné.
Tu pourrais te dire : « Poser ma main sur mon ventre et me dire des mots gentils, ça va changer quoi au passé ? » C’est une question légitime. Alors je vais te dire ce qui se passe dans ton système nerveux.
Quand tu évoques un souvenir douloureux, ton cerveau active ce qu’on appelle le réseau du mode par défaut – celui qui rumine, qui juge, qui compare. En même temps, ton amygdale envoie un signal d’alarme. Tu es en mode survie, même si tu es assis dans ton salon. Le problème, c’est que ce mode bloque l’accès à la partie de ton cerveau qui peut intégrer l’expérience, la mettre en perspective, l’apaiser.
L’autocompassion, c’est un interrupteur. Le geste de poser la main, la respiration lente, la phrase bienveillante : tout ça active le système vagal ventral. C’est le nerf de la connexion sociale et de l’apaisement. Quand il est activé, ton corps comprend qu’il n’y a pas de danger immédiat. L’amygdale baisse la garde. Le souvenir n’est plus une menace, il devient une information.
C’est exactement ce qui se passe en hypnose ericksonienne ou en IFS. On ne combat pas les parties, on les accueille. On leur dit : « Je te vois, je te reconnais, tu as le droit d’exister. » Et quand une partie se sent écoutée, elle se détend. Elle n’a plus besoin de crier pour attirer l’attention. Le passé cesse d’être une obsession parce qu’il a enfin été entendu.
J’ai accompagné un coureur amateur qui ne pouvait plus concourir sans revivre mentalement une chute humiliante lors d’un marathon. Chaque départ ravivait la honte. On a travaillé avec l’autocompassion sur ce souvenir précis. Il a appris à poser une main sur son estomac et à dire : « Je sais que tu as eu peur. C’était dur. » Au bout de trois semaines, la scène avait perdu son pouvoir. Il ne l’avait pas oubliée, mais elle ne le paralysait plus. Il a pu recourir.
L’autocompassion semble simple, mais elle comporte des pièges. Le premier, c’est de vouloir forcer la bienveillance. Si tu te dis « Je dois être gentil avec moi », mais que tu ressens de la résistance, tu ajoutes une couche de jugement. Tu transformes l’autocompassion en injonction. Le secret, c’est d’être authentique. Si tu te sens en colère contre toi, commence par reconnaître cette colère. « Je suis en colère contre moi, c’est humain. » Parfois, l’autocompassion commence par valider le fait que tu n’arrives pas à être compatissant.
Deuxième piège : croire que ça marche instantanément. Certaines personnes essaient une fois, ne ressentent pas de soulagement immédiat, et abandonnent. L’autocompassion est un muscle. Si tu n’as jamais été doux avec toi, ton cerveau n’a pas l’habitude. Il faut répéter, dans la durée. Un patient m’a dit : « Au début, j’avais l’impression de me parler à moi-même comme à un étranger. Puis un jour, ça a sonné juste. »
Troisième piège : confondre autocompassion et passivité. Être compatissant ne signifie pas que tu renonces à changer. Au contraire. Quand tu arrêtes de te battre contre toi-même, tu libères de l’énergie pour agir. Les footballeurs que j’accompagne en préparation mentale le savent bien : un joueur qui se pardonne une erreur en match joue mieux la minute suivante. Celui qui rumine et se critique rate le prochain geste. L’autocompassion n’est pas un frein à la performance, c’est un carburant.
« Tu ne peux pas guérir ce que tu refuses de ressentir. L’autocompassion n’est pas la solution, c’est la porte d’entrée. »
Le protocole que je t’ai donné est une pratique formelle. Mais l’autocompassion devient puissante quand elle infiltre ton quotidien. Voici comment.
D’abord, crée un petit rituel. Chaque jour, prends trente secondes pour poser une main sur ton coeur et te dire une phrase de bienveillance. Pas besoin d’attendre d’être en crise. Fais-le le matin, avant de te lever, ou le soir, avant de dormir. « Je suis content d’être en vie. » « Je mérite d’être bien. » « Je fais de mon mieux. » Ça peut te sembler artificiel au début. Persévère.
Ensuite, utilise les moments difficiles comme des opportunités. La prochaine fois que tu fais une erreur – tu oublies un rendez-vous, tu dis une bêtise, tu te trompes dans une tâche – au lieu de t’engueuler, essaie autre chose. Prends une respiration. Dis-toi : « C’est humain. Je peux réparer. » C’est un micro-entraînement.
Tu peux aussi écrire. Prends un carnet, et chaque soir, note un moment où tu as été dur avec toi-même. Puis réécris-le comme si tu parlais à un ami. Par exemple : « J’ai oublié d’appeler ma mère, je suis nul. » Deviens : « Tu as oublié, c’est frustrant, mais tu peux l’appeler demain. Ce n’est pas grave. » Ce simple décalage change la chimie de ton cerveau.
Enfin, accepte que ce soit un chemin. Il y aura des jours où tu y arriveras, d’autres non. L’autocompassion, c’est aussi ça : accepter que tu n’es pas parfait dans cette pratique. Tu as le droit de rater. Tu as le droit de rechuter dans l’autocritique. Quand tu t’en rends compte, tu peux simplement dire : « Ah, je recommence. Ce n’est pas grave. Je reprends. »
Je ne vais pas te mentir : certaines blessures du passé sont trop profondes pour être traitées seul. Si tu ressens régulièrement des flashbacks envahissants, des attaques de panique, une tristesse qui ne passe pas, ou si tu as des pensées de mort ou de suicide, ce n’est pas le moment de faire de l’autocompassion en solo. Consulte un professionnel. L’hypnose, l’IFS ou une thérapie classique peuvent t’aider à créer un cadre sécurisé.
Dans mon cabinet à Saintes, je vois régulièrement des personnes qui ont essayé de tout gérer seules, et qui se sont épuisées. L’autocompassion est un outil, pas une baguette magique. Parfois, tu as
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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