PsychologieConfiance Et Estime De Soi

Comment fixer des objectifs sans se mettre la pression

Apprenez à viser juste sans vous paralyser.

TSThierry Sudan
28 avril 202613 min de lecture

Tu viens de finir une réunion. Ou peut-être une séance d’entraînement. Tu consultes ton téléphone et tu vois cette note que tu avais écrite il y a trois mois : « Objectif 2024 : courir un semi-marathon en 1h45. » Le souffle se coupe un peu. Tu regardes ton état de forme actuel, le nombre de séances que tu as loupées, les soirées où tu as choisi le canapé plutôt que les baskets. Et là, une voix intérieure s’active : « Tu es nul. Encore une promesse non tenue. »

Je vois ce scénario tous les jours dans mon cabinet à Saintes. Des adultes brillants, compétents, qui viennent me voir avec un sentiment d’échec tenace. Pas parce qu’ils manquent de talent, mais parce qu’ils se fixent des objectifs qui les écrasent. Le problème n’est pas l’ambition. Le problème, c’est la pression qu’ils mettent autour de l’objectif.

Je m’appelle Thierry Sudan, praticien en hypnose ericksonienne, IFS et Intelligence Relationnelle. J’accompagne aussi des sportifs — coureurs et footballeurs — dans leur préparation mentale. Et il y a un pattern que je retrouve partout : on confond objectif et juge intérieur. On croit qu’un bon objectif doit être tendu, difficile, presque douloureux. On pense que si on relâche la pression, on va devenir mou, paresseux, médiocre.

C’est faux. Et dangereux.

Fixer un objectif sous pression, c’est comme serrer un poing en courant. Tu te crispes, tu perds en fluidité, tu t’épuises avant la ligne d’arrivée. Alors comment viser juste sans se paralyser ? Comment garder une direction forte sans que cette direction devienne une menace ? C’est ce que je vais te montrer ici, à travers des exemples concrets et des mécanismes simples.


Pourquoi les objectifs « ambitieux » finissent souvent en source de stress

Prenons un exemple. Je reçois Jérémie, 38 ans, commercial dans une boîte d’informatique. Il vient pour une anxiété diffuse, des insomnies, une sensation de « ne jamais en faire assez ». Quand je lui demande ses objectifs professionnels, il sort un tableau Excel avec des chiffres précis : nombre de rendez-vous, chiffre d’affaires mensuel, taux de conversion. Tout est quantifié. Tout est ambitieux.

Sauf que Jérémie ne dort plus. Il passe ses soirées à ruminer : « Si je n’atteins pas ce chiffre ce mois-ci, je vais décevoir mon responsable. Je vais perdre ma prime. Je vais peut-être même perdre mon job. »

Tu vois le glissement ? L’objectif est devenu une menace. Et quand le cerveau perçoit une menace, il active le système de survie : stress, vigilance accrue, pensée en tunnel. Résultat : Jérémie est moins créatif, moins flexible, moins efficace. Il court après un chiffre qui le fuit, parce que son corps et son esprit sont en mode « fuite ou combat ».

Le mécanisme est simple : plus l’enjeu est élevé, plus la pression monte. Plus la pression monte, plus le cerveau limbique prend le dessus sur le cortex préfrontal (celui qui planifie, raisonne, innove). Tu te retrouves à faire n’importe quoi : forcer, bachoter, t’acharner. Comme un coureur qui sprinte dès le premier kilomètre parce qu’il a peur de ne pas finir dans le temps. Il explose avant la mi-course.

Blockquote : « Un objectif qui te fait trembler n’est pas un objectif, c’est une menace déguisée. Et le cerveau ne fait pas la différence entre une menace réelle et une menace imaginée. »

Ce n’est pas l’ambition qu’il faut abandonner. C’est la manière dont tu te relates à l’objectif. La pression n’est pas dans le chiffre. Elle est dans l’histoire que tu racontes autour de ce chiffre. Et cette histoire, tu peux la réécrire.


La différence entre un objectif « étau » et un objectif « boussole »

Quand je travaille avec des sportifs, je leur pose souvent cette question : « Est-ce que ton objectif te porte ou te porte ? » Un objectif étau, c’est celui qui te serre, qui te rappelle sans cesse ce que tu n’es pas encore. Il vient avec une deadline, une comparaison, un verdict. « Je dois être à 1h45 au semi, sinon je suis un raté. »

Un objectif boussole, c’est celui qui te donne une direction sans te condamner. « Je vise 1h45, mais je sais que le chemin compte autant que le résultat. Chaque séance est une information, pas un jugement. » La nuance est fine, mais elle change tout.

Prenons Marine, une coureuse amateur que j’accompagne. Elle s’était fixé un objectif de 10 km en 50 minutes. À chaque séance, elle regardait sa montre, stressait si elle était à 5’10 au kilomètre, s’énervait, forçait. Elle est venue me voir avec une tendinite au genou et une démotivation totale. On a reformulé son objectif : « Je veux courir 10 km en 50 minutes, mais je veux surtout apprendre à gérer mon allure sans m’épuiser mentalement. Si je fais 52 minutes, j’aurai appris quelque chose sur ma gestion d’effort. »

Résultat ? Elle a couru son 10 km en 51 minutes. Pas dans le temps visé, mais elle était fière. Elle avait tenu son rythme cardiaque, avait évité la blessure, et surtout, elle avait envie de recommencer. L’objectif boussole lui a permis de rester dans l’apprentissage plutôt que dans le jugement.

Alors comment savoir si ton objectif est un étau ou une boussole ? Voici un test simple : quand tu penses à ton objectif, ressens-tu une légère excitation ou une oppression dans la poitrine ? Si c’est la deuxième option, tu es probablement dans l’étau. Et tu peux le desserrer.


Définir un objectif qui respecte ton rythme (sans te comparer)

Le piège numéro un des objectifs, c’est la comparaison. On regarde les autres. Le collègue qui a été promu, le coureur qui fait un marathon en 3h30, l’ami qui a lancé sa boîte. Et on se dit : « Moi aussi, je devrais être à ce niveau. » Sauf que ton chemin n’est pas le leur. Tu n’as pas leur histoire, leur métabolisme, leur contexte familial, leur niveau de stress.

Je reçois souvent des personnes qui viennent avec un objectif calqué sur quelqu’un d’autre. « Mon frère a perdu 15 kilos en 3 mois, je veux faire pareil. » Ou : « Mon collègue a doublé son chiffre d’affaires, je dois faire la même chose. » Ce genre d’objectif est toxique, parce qu’il est déconnecté de ta réalité.

Le travail que je fais en cabinet, c’est de ramener l’objectif à la personne. Pas à un standard extérieur. On regarde ensemble : où tu en es aujourd’hui, quelles sont tes contraintes, tes forces, tes fragilités. Et on construit un objectif qui a du sens pour toi, dans ta vie.

Par exemple, pour un footballeur que j’accompagne, on a fixé un objectif de progression technique : « Améliorer ma conduite de balle du pied gauche de 20 % en 3 mois. » Ce n’est pas un chiffre abstrait. C’est basé sur son niveau actuel, son temps d’entraînement disponible, et surtout, sur son désir profond (il voulait se sentir plus complet sur le terrain). Pas de comparaison avec un autre joueur. Juste lui et son chemin.

Blockquote : « Un objectif qui te respecte, c’est un objectif qui part de là où tu es, pas de là où tu crois devoir être. »

Si tu veux appliquer ça dans ta vie, commence par une question simple : « Qu’est-ce qui est vraiment important pour moi, là, maintenant ? » Pas ce que la société, ta famille ou ton entourage attend. Ce que toi, tu veux. Et à partir de là, tu fixes un cap. Pas une prison.


L’art de diviser pour mieux avancer : micro-objectifs et progrès visibles

Un des plus grands générateurs de pression, c’est l’écart entre où tu es et où tu veux aller. Quand tu regardes le sommet de la montagne, il te semble infranchissable. Alors tu restes en bas, paralysé. Ou tu t’élances à toute vitesse et tu t’épuises. La solution, c’est de diviser.

Je travaille avec des coureurs qui préparent un marathon. Si je leur dis : « Dans 6 mois, tu dois courir 42 km », ils paniquent. Leur cerveau ne sait pas gérer une distance aussi lointaine. Par contre, si je leur dis : « Cette semaine, on fait 3 séances : une de 30 minutes en endurance, une de fractionné, une de 45 minutes en footing », ça devient gérable. Le cerveau aime les petites victoires immédiates. Il libère de la dopamine à chaque micro-objectif atteint. Et cette dopamine crée de la motivation, pas de la pression.

Prenons un exemple non sportif. Une personne que j’accompagne voulait écrire un livre. Objectif de départ : « Écrire un roman de 300 pages en un an. » Pression énorme. On a redécoupé : « Écrire 250 mots par jour, 5 jours sur 7. » C’est tout. Un micro-objectif. Au bout d’un mois, elle avait 5 000 mots. Elle était contente. Elle a continué. Au bout de 10 mois, elle avait son premier jet. Sans angoisse, sans insomnie.

Le principe est simple : plus l’objectif est proche et petit, moins il est menaçant. Et plus tu accumules de petites réussites, plus tu construis de la confiance. C’est ce qu’on appelle l’effet de progression visible. Tu vois les cases que tu coches, les kilomètres que tu accumules, les chapitres qui avancent. Ça crée un cercle vertueux.

Alors, si tu te sens écrasé par un objectif, demande-toi : « Quelle est la plus petite action que je peux faire aujourd’hui, en 10 minutes, pour avancer un tout petit peu ? » Fais ça. Demain, tu recommenceras. Et dans un mois, tu regarderas en arrière et tu verras le chemin parcouru.


Apprendre à accueillir la peur de l’échec (sans qu’elle devienne un frein)

Un autre blocage fréquent, c’est la peur de ne pas y arriver. Elle est normale. On a tous une part de nous qui veut éviter la déception, la honte, le regard des autres. Mais cette peur, si tu la combats, elle grossit. Si tu l’ignores, elle s’infiltre dans l’ombre.

En IFS (Internal Family Systems), on appelle ça une « partie protectrice ». Une partie de toi qui veut t’éviter de souffrir. Elle te dit : « Ne vise pas trop haut, comme ça tu ne seras pas déçu. » Ou : « Si tu rates, les gens vont penser que tu es nul. » Cette partie est bien intentionnée. Mais elle te coupe les ailes.

Le travail, ce n’est pas de la faire taire. C’est de l’écouter, de la remercier, et de lui montrer que tu peux gérer l’échec autrement. Par exemple, tu peux reformuler l’échec comme une donnée. « J’ai couru 52 minutes au lieu de 50. Qu’est-ce que j’apprends de ça ? » L’échec devient information, pas condamnation.

Je vois souvent des sportifs qui ont peur de rater leur compétition. On travaille ensemble sur un scénario alternatif : « Si tu rates, qu’est-ce qui se passe vraiment ? Est-ce que ta vie s’arrête ? Est-ce que les gens arrêtent de t’aimer ? » La plupart du temps, la réponse est non. Et cette prise de conscience libère une énergie énorme.

Blockquote : « La peur de l’échec n’est pas un ennemi. C’est un signal. Il te dit que tu sors de ta zone de confort. Et c’est exactement là que la croissance se produit. »

Si tu sens que la peur te paralyse, essaie cet exercice : écris sur une feuille le pire scénario possible si tu n’atteins pas ton objectif. Ensuite, écris ce que tu ferais pour t’en sortir. Tu verras que même le pire n’est pas si grave. Et ça te permettra de respirer un peu.


Quand la pression vient de l’entourage : comment rester aligné avec toi-même

Parfois, ce n’est pas toi qui te mets la pression. C’est ton entourage. Un conjoint qui te rappelle ton objectif tous les soirs. Un parent qui demande : « Alors, ce marathon, c’est pour quand ? » Un coach sportif qui te pousse « pour ton bien ». Cette pression externe peut être plus toxique que la pression interne, parce qu’elle te fait douter de toi-même.

Je reçois des personnes qui viennent avec une injonction familiale : « Mon père veut que je reprenne les études », « Ma femme veut que je perde du poids », « Mon patron veut que je sois plus performant ». Et ils se fixent des objectifs qui ne sont pas les leurs. Forcément, ça coince. Parce que la motivation n’est pas authentique. C’est une motivation extérieure, qui s’effondre dès que la pression retombe.

Le travail, c’est de faire la part des choses. Qu’est-ce que TU veux ? Pas ce que les autres attendent. Parfois, la réponse est difficile à entendre. « Je ne veux pas faire ce marathon, je veux juste courir pour le plaisir. » Ou : « Je ne veux pas changer de job, je veux juste mieux gérer mon stress. » Et c’est ok. L’important, c’est que l’objectif vienne de toi.

Si tu sens que tu portes un objectif qui n’est pas le tien, pose-toi cette question : « Si personne ne regardait, qu’est-ce que je ferais ? » La réponse est souvent un indicateur puissant. Et à partir de là, tu peux ajuster. Parfois, il faut avoir le courage de décevoir les autres pour être aligné avec soi-même. Ce n’est pas égoïste. C’est nécessaire.


Conclusion : viser juste, c’est d’abord viser pour soi

Fixer un objectif sans se mettre la pression, ce n’est pas renoncer à l’ambition. C’est mettre l’ambition au service de ta vie, pas l’inverse. C’est choisir une direction qui te fait vibrer, sans que cette direction devienne un juge impitoyable. C’est accepter que le chemin est aussi important que la destination, et que chaque pas est une victoire en soi.

Si tu as lu cet article jusqu’ici, c’est que quelque chose en toi veut changer. Peut-être que tu en as assez de cette pression qui te coupe les jambes. Peut-être que tu veux retrouver le plaisir de faire les choses, sans l’angoisse du résultat. Et c’est une belle intention.

Tu peux commencer dès maintenant. Prends un carnet, ou une note sur ton téléphone. Écris un objectif que tu as en tête. Puis, regarde-le honnêtement : est-ce un étau ou une boussole ? Si c’est un étau, reformule-le. Divise-le en micro-objectifs. Et demande-toi : « Qu’est-ce que je veux vraiment, au fond ? » La réponse est déjà en toi.

Et si tu sens que tu as besoin d’un accompagnement pour sortir de ce cercle de pression, je suis là. Dans mon cabinet à Saintes, ou en visio pour ceux qui sont plus loin. On peut travailler ensemble sur ta façon de te fixer des caps qui te portent, sans t’écraser. Un premier rendez-vous, c’est juste une conversation. Sans engagement. Sans pression. Juste toi, et la possibilité d’avancer plus léger.

Prends soin de toi. Et souviens-toi : viser juste, c’est viser avec bienveillance. Envers toi-même.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

Prendre contact

Cet article vous a parlé ?

Parlons-en — premier échange, sans engagement.

Premier échange gratuit