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Comment l'IFS identifie vos parties bloquantes

Découvrez les voix intérieures qui vous freinent.

TSThierry Sudan
26 avril 202613 min de lecture

Les voix qui vous freinent : comment l’IFS identifie vos parties bloquantes

Vous arrive-t-il d’avoir l’impression qu’une partie de vous veut avancer, tandis qu’une autre vous retient ? Vous avez peut-être déjà ressenti ce tiraillement intérieur : vous voulez vous lancer dans un projet, mais une voix intérieure vous dit « tu n’es pas assez compétent ». Vous souhaitez être plus présent avec vos proches, mais une autre partie vous pousse à vous isoler. Ces conflits intérieurs ne sont pas un signe de faiblesse. Ils révèlent simplement que différentes « parties » de vous-même tentent de vous protéger, parfois avec des méthodes qui vous freinent.

L’IFS (Internal Family Systems) – que je traduis souvent par « Système Familial Intérieur » – est une approche qui m’aide, dans mon cabinet à Saintes, à comprendre ces dynamiques internes. Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, il ne s’agit pas de thérapie familiale. L’idée est simple : nous sommes tous composés de multiples parties, comme une famille intérieure. Certaines sont blessées, d’autres protectrices, et d’autres encore sont des leaders bien intentionnés mais parfois maladroits. L’IFS permet de les identifier, de comprendre leur rôle, et de restaurer une harmonie intérieure.

Dans cet article, je vais vous montrer comment l’IFS peut vous aider à repérer ces « parties bloquantes » – celles qui vous empêchent d’avancer, de vous sentir en paix, ou de réaliser ce qui compte pour vous. Je vais m’appuyer sur des situations concrètes, des anonymisations de personnes que j’ai accompagnées, pour que vous puissiez reconnaître ces mécanismes chez vous.

Qu’est-ce qu’une partie bloquante exactement ?

Avant d’aller plus loin, posons une définition claire. Une partie bloquante, dans l’IFS, n’est pas un ennemi à éliminer. C’est une sous-personnalité – une voix intérieure, une émotion, une réaction automatique – qui a été formée pour vous protéger, mais qui, dans le contexte actuel, vous limite. Elle peut prendre la forme d’un critique intérieur, d’un perfectionniste, d’un sauveur, ou même d’une partie qui vous pousse à procrastiner.

Prenons un exemple. Je reçois souvent des adultes qui viennent pour une baisse de confiance en eux. L’un d’eux, que j’appellerai Marc, est un cadre commercial de 42 ans. Il réussit professionnellement, mais il vit dans une angoisse constante : avant chaque réunion importante, une voix intérieure lui répète : « Tu vas échouer, tu n’es pas à la hauteur. » Cette voix le pousse à travailler deux fois plus, à vérifier chaque détail, à anticiper toutes les objections. Résultat : il est épuisé, mais cette partie le maintient dans une hypervigilance.

Cette voix, c’est une partie bloquante. Elle n’est pas « mauvaise » : elle essaie de le protéger d’un échec potentiel, d’une humiliation. Mais elle le fait en générant un stress chronique, en l’empêchant de profiter de ses succès, et en limitant sa capacité à prendre des risques mesurés. L’IFS ne cherche pas à la faire taire, mais à comprendre pourquoi elle agit ainsi, et à lui redonner une place plus juste.

Ce qui est fascinant, c’est que ces parties bloquantes ne sont pas des anomalies. Tout le monde en a. Vous pouvez les reconnaître à des signes simples : une réaction émotionnelle disproportionnée (colère, peur, tristesse) face à une situation anodine ; des pensées récurrentes qui vous jugent ; des comportements automatiques que vous regrettez ensuite (comme vous isoler alors que vous voulez être entouré). L’IFS offre un cadre pour les approcher avec curiosité plutôt qu’avec rejet.

Pourquoi ces parties se sont-elles formées ?

Pour comprendre une partie bloquante, il faut remonter à son origine. L’IFS postule que ces parties se forment souvent dans l’enfance, en réaction à des expériences difficiles. Imaginez un enfant qui se fait gronder sévèrement pour une erreur. Pour se protéger de la douleur de cette humiliation, une partie peut décider : « Il faut être parfait pour ne plus jamais revivre ça. » Cette partie devient alors un perfectionniste exigeant. À l’âge adulte, ce perfectionniste continue de veiller, mais il devient contre-productif : il vous empêche de vous lancer dans un projet par peur de l’imperfection, ou vous pousse à l’épuisement.

Un autre exemple courant est celui du « protecteur » qui vous pousse à éviter les conflits. Une patiente, Sophie, 35 ans, venait pour une anxiété sociale. Elle évitait les réunions d’équipe et les soirées entre collègues. En explorant avec elle, nous avons découvert une partie qui s’était formée à l’adolescence : elle avait été humiliée devant toute sa classe pour une réponse jugée idiote. Cette partie avait décidé que la sécurité était dans l’invisibilité. Aujourd’hui, même si l’environnement professionnel est bienveillant, cette partie continue de l’alerter : « Si tu parles, tu risques de te faire ridiculiser. » Résultat : Sophie se sentait isolée et sous-estimée.

Ces parties ne sont pas « folles » ou « irrationnelles » : elles sont logiques par rapport au passé. Le problème, c’est qu’elles fonctionnent avec des données obsolètes. L’IFS permet de les « mettre à jour », non pas en les supprimant, mais en leur montrant que la menace a disparu, ou qu’elles peuvent adopter un nouveau rôle.

« Une partie bloquante n’est pas un ennemi. C’est un gardien fatigué qui continue de monter la garde alors que le danger est passé. »

Cette phrase, je la répète souvent à mes patients, parce qu’elle change la relation qu’ils entretiennent avec leurs voix intérieures. Au lieu de lutter contre elles, vous pouvez apprendre à les écouter, à les remercier pour leur protection, et à les aider à se détendre.

Comment l’IFS distingue-t-il vos parties de votre Soi ?

L’un des concepts clés de l’IFS est la distinction entre les parties et le Soi. Le Soi, c’est votre essence centrale – calme, confiante, curieuse, compatissante, courageuse, créative, connectée. Quand vous êtes dans votre Soi, vous vous sentez aligné, vous prenez des décisions avec clarté, et vous interagissez avec les autres sans réactivité émotionnelle excessive.

Le problème, c’est que les parties bloquantes peuvent « prendre le contrôle » de votre système interne. Quand Marc, le cadre commercial, est en réunion, c’est sa partie perfectionniste qui parle à sa place : elle le fait bégayer, elle le pousse à se justifier, elle génère de l’anxiété. Marc n’est plus dans son Soi ; il est « fusionné » avec cette partie.

L’IFS propose une méthode pour se « défusionner » : reconnaître la partie, la nommer, et lui demander de s’écarter un peu pour laisser place à votre Soi. Cela ne veut pas dire l’ignorer, mais plutôt l’observer avec distance. Par exemple, je peux guider un patient : « Prenez conscience de cette voix qui vous dit que vous n’êtes pas à la hauteur. Remarquez où elle se situe dans votre corps. Maintenant, demandez-lui : ‘Qu’est-ce que tu essaies de me protéger ?’ »

Cette question ouvre un dialogue. La partie peut répondre : « Je te protège de l’humiliation. Sans moi, tu ferais des erreurs et tout le monde se moquerait de toi. » À ce moment-là, le patient peut ressentir de la compassion pour cette partie, plutôt que de la rejeter. C’est le début de la guérison.

Un exemple marquant pour moi, c’est celui d’un patient – appelons-le Laurent – qui venait pour une dépression masquée par une hyperactivité professionnelle. Il était incapable de s’arrêter. En séance, nous avons identifié une partie « manager » qui le poussait sans cesse : « Si tu t’arrêtes, tu es inutile. Tu dois produire pour exister. » En explorant son histoire, Laurent a compris que cette partie s’était formée après le divorce de ses parents, alors qu’il avait 8 ans. Il avait alors décidé que s’il était parfait et productif, ses parents le remarqueraient et l’aimeraient. Aujourd’hui, même marié et père de famille, cette partie continuait de le pousser, le privant de repos et de plaisir.

L’IFS l’a aidé à voir que cette partie n’était pas son identité. Il pouvait lui dire : « Je te remercie de m’avoir protégé pendant toutes ces années, mais aujourd’hui, je peux être aimé même si je ne produis pas. » Progressivement, le manager a accepté de prendre du recul, et Laurent a retrouvé une capacité à se reposer sans culpabilité.

Identifier vos parties bloquantes : les questions qui révèlent tout

Vous vous demandez sûrement comment repérer ces parties chez vous. Voici une méthode simple que j’utilise en séance, et que vous pouvez expérimenter seul. L’idée est de porter attention à vos réactions émotionnelles et à vos pensées automatiques.

Commencez par une situation récente qui vous a contrarié ou frustré. Par exemple, vous avez envoyé un message à un ami et il n’a pas répondu immédiatement. Une partie de vous a peut-être pensé : « Il m’ignore, je dois avoir fait quelque chose de mal. » Posez-vous ces questions :

  • Qui parle en moi ? Essayez de nommer cette voix. Est-ce un critique, un inquiet, un sauveur ?
  • Qu’essaie-t-elle de faire pour moi ? La réponse est souvent protectrice : éviter le rejet, prévenir une erreur, maintenir la paix.
  • Depuis quand est-elle là ? Remontez dans votre histoire. Cette voix existait-elle dans votre enfance ? À quel âge ?
  • Que ressent-elle si je l’écoute sans jugement ? Souvent, la partie se détend quand on la reconnaît.

Je me souviens d’une patiente, Claire, 29 ans, qui venait pour une difficulté à s’affirmer au travail. Elle se faisait constamment marcher sur les pieds par un collègue. En séance, nous avons identifié une partie « pacificatrice » qui lui disait : « Si tu te fâches, tu vas créer un conflit et tout le monde va te détester. » Cette partie s’était formée après une enfance où elle devait apaiser les disputes entre ses parents. En la questionnant, Claire a réalisé que cette partie la protégeait d’une peur ancienne : celle d’être abandonnée si elle exprimait ses besoins.

« Quand vous identifiez une partie, ne cherchez pas à la changer. Cherchez d’abord à la comprendre. La compréhension est déjà un premier pas vers la transformation. »

Ce travail d’identification n’est pas un exercice intellectuel. Il passe par le ressenti corporel. Une partie bloquante se manifeste souvent par une tension dans la poitrine, une boule dans la gorge, une oppression dans le ventre. En vous connectant à ces sensations, vous pouvez entrer en dialogue avec elle. Par exemple, vous pouvez placer une main sur la zone de tension et lui demander : « Qu’est-ce que tu veux que je sache ? » Vous serez surpris de la réponse qui émerge.

Les pièges à éviter quand on explore ses parties

L’IFS est une approche puissante, mais elle comporte des pièges, surtout si on la pratique seul sans accompagnement. Le premier piège, c’est de vouloir « éliminer » une partie une fois qu’on l’a identifiée. Je vois parfois des patients qui disent : « Maintenant que je sais que j’ai un perfectionniste, je vais le faire taire. » C’est une erreur. Les parties ne se laissent pas dominer ; elles réagissent en s’activant davantage. Le perfectionniste, si vous le rejetez, deviendra plus exigeant pour se faire entendre.

Le deuxième piège, c’est de confondre une partie avec votre Soi. Par exemple, une partie peut se faire passer pour le Soi en disant « Je suis calme et détaché », alors qu’en réalité elle est un protecteur qui vous coupe de vos émotions. C’est ce qu’on appelle un « manager » en IFS – une partie qui gère votre vie pour éviter les débordements émotionnels. Distinguer le vrai Soi d’un faux calme demande de la pratique et parfois l’aide d’un praticien.

Un patient, Olivier, m’a raconté qu’il se sentait « en paix » après avoir identifié une partie. Mais en creusant, j’ai senti que cette « paix » était en fait un engourdissement. Sa partie « dissociante » le protégeait d’une douleur profonde en le coupant de ses émotions. L’IFS ne vise pas à vous faire sentir bien immédiatement ; il vise à vous reconnecter à toutes vos parties, y compris celles qui souffrent. Parfois, cela implique de traverser une phase inconfortable.

Le troisième piège, c’est de croire qu’on peut tout faire seul. L’IFS est conçu pour être pratiqué avec un guide, surtout quand on aborde des parties blessées (qu’on appelle des « exilés » en IFS). Ces parties portent des souvenirs douloureux – rejet, humiliation, abandon – et les rouvrir sans soutien peut être déstabilisant. Si vous sentez une résistance forte ou une détresse en explorant une partie, n’hésitez pas à consulter un professionnel formé.

Ce que l’IFS peut (et ne peut pas) faire pour vous

Je veux être honnête avec vous. L’IFS n’est pas une baguette magique. Il ne va pas effacer vos difficultés du jour au lendemain. Ce qu’il peut faire, c’est vous offrir une carte pour naviguer dans votre monde intérieur. Il peut réduire l’intensité des conflits internes, vous aider à prendre du recul face à vos réactions automatiques, et restaurer une relation plus douce avec vous-même.

Ce qu’il ne fait pas, c’est vous donner des solutions toutes faites ou vous éviter de ressentir des émotions inconfortables. Par exemple, si vous avez une partie qui vous pousse à fuir les conflits, l’IFS ne va pas vous transformer en personne assertive du jour au lendemain. Mais il va vous aider à comprendre pourquoi cette partie fuit, à la rassurer, et à lui donner la permission d’essayer autre chose. Le changement est progressif, et il demande de la pratique.

Un exemple concret : une patiente, Hélène, 52 ans, souffrait d’un sentiment d’échec chronique. Elle avait une partie « juge » qui lui rappelait sans cesse ses erreurs passées. En travaillant avec l’IFS, elle a appris à ne pas se laisser submerger par ce juge. Elle a pu lui dire : « Je t’entends, je sais que tu veux m’aider à ne pas répéter les erreurs, mais aujourd’hui, je peux apprendre de mes expériences sans me punir. » Le juge n’a pas disparu, mais il a perdu de son pouvoir. Hélène a pu se lancer dans un nouveau projet professionnel sans être paralysée par la peur de l’échec.

L’IFS peut aussi améliorer vos relations. En identifiant vos parties, vous devenez moins réactif. Quand votre conjoint dit quelque chose qui vous blesse, au lieu de réagir avec votre partie « colérique » ou « victime », vous pouvez faire une pause et reconnaître : « Ah, c’est ma partie ‘rejetée’ qui s’active. » Cette simple prise de conscience change la dynamique. Vous pouvez répondre depuis votre Soi, avec plus de clarté et de compassion.

Un exercice pratique pour commencer dès maintenant

Je vous propose un exercice simple que vous pouvez faire chez vous, en 10 minutes. Asseyez-vous confortablement, fermez les yeux, et prenez trois respirations profondes. Rappelez-vous une situation récente où vous vous êtes senti bloqué – par exemple, une tâche que vous repoussez, une conversation que vous évitez, ou une décision que vous n’arrivez pas à prendre.

  1. Identifiez la sensation : Où cette situation résonne-t-elle dans votre corps ? Peut-être une tension dans la nuque, une oppression dans la poitrine, ou un vide dans le ventre.
  2. Accueillez la partie : Portez votre attention sur cette sensation. Imaginez que c’est une présence intérieure. Vous pouvez lui dire mentalement : « Je te vois, je te sens. »

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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