3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
L'histoire de Marie, et comment elle a changé sa vision.
« Je suis nulle. Je ne sais pas pourquoi ils m’ont embauchée. Un jour, ils vont se rendre compte que je ne maîtrise rien, et je serai virée. »
C’est par ces mots que Marie, 34 ans, s’est présentée à mon cabinet il y a quelques mois. Elle venait de décrocher un poste de chef de projet dans une PME dynamique, après deux années de recherche et une reconversion professionnelle courageuse. Sur le papier, tout était parfait : un parcours solide, des compétences techniques reconnues, un employeur qui l’avait choisie parmi une trentaine de candidats. Pourtant, chaque matin, elle vivait un calvaire. Son ventre se nouait dès qu’elle ouvrait sa boîte mail. Elle relisait trois fois chaque message avant d’oser l’envoyer. Elle passait des heures à vérifier des détails insignifiants, terrifiée à l’idée qu’une erreur ne révèle son « incompétence fondamentale ».
Marie souffrait de ce qu’on appelle couramment le syndrome de l’imposteur, mais ce nom ne décrit qu’une partie du problème. Derrière cette peur de ne pas être à la hauteur se cache un mécanisme bien plus profond, une relation intérieure toxique qu’on peut apaiser. Son histoire, je vais vous la raconter en détail. Pas pour vous apitoyer, mais parce qu’elle ressemble à celle de nombreuses personnes que je reçois. Et surtout, parce qu’elle illustre une voie concrète pour en sortir.
Marie n’avait pas toujours été ainsi. Enfant, elle était une élève brillante, mais exigeante avec elle-même. Ses parents, bien intentionnés, ne la félicitaient que pour les résultats parfaits. Le 18/20 était accueilli par un « Tu aurais pu faire mieux, non ? ». À 12 ans, elle avait déjà intégré un message : ma valeur dépend de ma performance. Si je ne suis pas parfaite, je ne mérite pas l’amour ou la reconnaissance.
Ce conditionnement précoce s’était transformé en une voix intérieure qui, à chaque nouveau défi, chuchotait : « Attention, tu vas te planter. » Puis, au fil des années, cette voix était devenue plus forte et plus cruelle. Elle s’était installée comme un juge permanent, un commentateur impitoyable qui analysait chaque action, chaque mot, chaque silence.
Ce que vivait Marie n’est pas une « faiblesse de caractère » ou un manque de confiance en soi ordinaire. C’est un mode de survie émotionnel que notre cerveau a mis en place pour nous protéger. Le paradoxe, c’est que cette voix qui vous rabaisse croit sincèrement vous aider. Elle vous dit : « Si tu te critiques en premier, tu ne seras pas surpris par la critique des autres. Si tu anticipes l’échec, tu ne seras pas déçu. Si tu te prépares à être rejeté, tu ne souffriras pas quand cela arrivera. »
Mais ce mécanisme de protection, aussi bien intentionné soit-il, devient une prison. Il vous empêche de prendre des risques, d’oser, de goûter à la fierté d’un travail accompli. Il vous maintient dans une vigilance constante, épuisante, qui finit par saboter ce que vous voulez construire.
« Ce n’est pas un manque de compétence qui vous freine, c’est une partie de vous qui a appris à survivre en se protégeant. Et cette partie mérite de l’écoute, pas de la honte. »
Marie avait un rituel destructeur. Chaque soir, elle passait en revue les profils LinkedIn de ses collègues. Elle regardait leurs diplômes, leurs réalisations, leurs certifications. Elle se comparait systématiquement à ceux qui semblaient « meilleurs » qu’elle. Ce faisant, elle activait un biais cognitif bien connu : le biais de négativité. Notre cerveau retient plus facilement ce qui nous manque que ce que nous possédons. Il est programmé pour détecter les menaces, pas les opportunités.
En se comparant, Marie ne voyait que ce qu’elle n’avait pas : l’aisance en public de son collègue Paul, la maîtrise technique de sa collègue Sophie, le réseau de son responsable. Elle oubliait ce qu’elle apportait : sa rigueur, sa capacité d’écoute, sa créativité dans la résolution de problèmes. Elle ignorait que Paul, justement, passait ses nuits à stresser avant chaque réunion, que Sophie avait changé trois fois de poste parce qu’elle ne trouvait jamais sa place, et que le responsable avait failli faire un burn-out l’année précédente.
La comparaison est un miroir déformant. Elle vous montre une version idéalisée des autres, souvent construite à partir de leurs moments de gloire, et une version impitoyable de vous-même, basée sur vos doutes intimes. C’est un jeu où vous êtes perdant avant même de commencer.
Marie a mis plusieurs semaines à reconnaître ce piège. Au début, elle le justifiait : « C’est normal de se comparer pour progresser. » Mais c’était un leurre. La comparaison ne la faisait pas progresser, elle la paralysait. Elle la maintenait dans un état d’infériorité artificiel, où elle n’osait plus poser de questions, plus proposer d’idées, plus prendre la parole en réunion. Elle se taisait, et son silence renforçait l’idée qu’elle n’avait rien à apporter.
Quand Marie est arrivée, elle cherchait une « solution rapide », une méthode pour faire taire cette voix intérieure. Elle avait déjà essayé des livres de développement personnel, des affirmations positives, des techniques de respiration. Rien n’avait fonctionné durablement. Parce que ces approches s’adressent à la partie consciente de votre esprit, celle qui peut entendre des arguments logiques. Mais la voix qui vous dit que vous n’êtes pas compétent ne répond pas à la logique. Elle répond à l’émotion, à l’histoire, à des expériences anciennes encodées dans votre corps et votre inconscient.
L’hypnose ericksonienne, que j’utilise depuis des années, ne cherche pas à « effacer » cette voix ou à la combattre. Elle invite plutôt à entrer en relation avec elle. Milton Erickson, le fondateur de cette approche, disait que l’inconscient est un allié puissant, pas un adversaire. En état d’hypnose, on ne perd pas le contrôle, on ne devient pas « manipulable ». On accède simplement à un état de conscience modifié, un peu comme lorsqu’on est absorbé par un film ou plongé dans une rêverie. Dans cet état, les défenses habituelles s’assouplissent, et on peut rencontrer les parties de soi qui souffrent avec une qualité d’écoute différente.
Avec Marie, nous avons commencé par un exercice simple. Je lui ai proposé de fermer les yeux, de se recentrer sur sa respiration, et d’imaginer que cette voix intérieure était une personne assise en face d’elle. « À quoi ressemble-t-elle ? » lui ai-je demandé. Marie a souri, un peu gênée. « C’est une petite fille. Elle est toute petite, elle porte une robe bleue froissée, et elle a les mains tremblantes. Elle a peur. »
Cette découverte a été un tournant. Marie avait passé des années à se battre contre cette voix, à la haïr, à vouloir l’écraser. Mais devant cette enfant apeurée, la colère a laissé place à une émotion inattendue : de la compassion. Car cette partie critique, aussi agaçante soit-elle, n’était pas une ennemie. C’était une gardienne. Elle était apparue à l’époque où Marie avait besoin de se protéger du regard exigeant de ses parents. Elle avait pris son rôle très au sérieux, et elle continuait de le faire, même si le danger avait disparu.
« Quand vous cessez de haïr la partie de vous qui doute, vous cessez de lui donner du pouvoir. Vous l’écoutez, vous la remerciez, et vous lui montrez que l’adulte d’aujourd’hui peut prendre le relais. »
L’hypnose a ouvert une porte, mais c’est l’IFS (Internal Family Systems) qui a permis à Marie de vraiment transformer sa relation avec elle-même. L’IFS, ou « Système Familial Intérieur », est un modèle thérapeutique qui considère que notre psyché est composée de différentes « parties », comme une famille intérieure. Certaines parties sont protectrices (comme celle qui critique pour éviter l’échec), d’autres sont exilées (comme la partie blessée qui porte la honte ou la peur), et il existe un « Self » central, une essence calme, confiante et compatissante qui peut orchestrer l’ensemble.
Marie a découvert que sa voix critique était une « manager », une partie qui tentait de contrôler son environnement pour éviter les surprises désagréables. Derrière elle se cachait une « exilée » : la petite fille qui avait intériorisé qu’elle n’était aimable que si elle était parfaite. Cette exilée portait une lourde charge émotionnelle de honte et de peur de l’abandon.
L’IFS ne cherche pas à éliminer les parties, mais à les « décharger » de leurs rôles extrêmes. Pour Marie, cela a signifié apprendre à dialoguer avec sa critique intérieure non pas en la combattant, mais en la remerciant pour son travail, tout en lui montrant que l’adulte d’aujourd’hui est capable de gérer les situations autrement.
Concrètement, je lui ai proposé un protocole en plusieurs étapes :
Ce processus n’est pas magique. Il demande de la pratique et de la patience. Marie a tenu un journal pendant trois mois. Elle notait chaque fois qu’elle se surprenait à douter, et elle appliquait ces étapes. Au début, elle le faisait mécaniquement, sans ressenti. Puis, progressivement, elle a commencé à percevoir un changement : la voix critique était moins stridente, plus hésitante. Parfois, elle l’entendait encore, mais elle ne la suivait plus. Elle pouvait lui répondre : « Je t’entends, mais je vais envoyer ce mail quand même. »
Un jour, Marie m’a dit : « Thierry, je comprends mieux mes mécanismes intérieurs, mais concrètement, au travail, je fais comment ? » C’est là que l’Intelligence Relationnelle est entrée en jeu. L’Intelligence Relationnelle, c’est la capacité à naviguer dans les relations humaines avec conscience, authenticité et efficacité. Elle repose sur quatre piliers : la conscience de soi, la gestion de ses émotions, l’empathie et la communication adaptée.
Marie avait un immense besoin de reconnaissance, et elle cherchait cette reconnaissance à l’extérieur. Chaque regard, chaque silence, chaque absence de feedback devenait une source d’angoisse. L’Intelligence Relationnelle lui a appris à cultiver une validation interne. Elle a commencé par un petit rituel : chaque soir, elle notait trois choses qu’elle avait bien faites dans sa journée, même infimes. « J’ai répondu à un client avec clarté. J’ai posé une question en réunion. J’ai délégué une tâche sans la vérifier trois fois. »
Ce n’était pas de l’auto-persuasion naïve. C’était une manière de rééquilibrer le regard qu’elle portait sur elle-même. En s’entraînant à voir ses compétences, elle a lentement modifié son filtre attentionnel. Elle a aussi appris à demander du feedback de manière constructive, sans se mettre en position de victime. Au lieu de demander : « Est-ce que j’ai bien fait ? », elle a commencé à demander : « Qu’est-ce qui a fonctionné dans cette présentation, et qu’est-ce que je pourrais améliorer pour la prochaine fois ? »
Cette reformulation change tout. Elle place la personne en posture d’apprentissage, pas de jugement. Elle ouvre un dialogue, pas une évaluation.
« La compétence n’est pas un état figé. C’est une danse entre ce que vous savez faire aujourd’hui et ce que vous pouvez apprendre demain. Le doute n’est pas l’ennemi de la compétence, c’est son gardien maladroit. »
Après six mois d’accompagnement, Marie n’est pas devenue une personne « sans peur ». Elle ne s’est pas transformée en superwoman imperturbable. Mais elle a changé sa relation avec sa peur. Elle a appris à l’écouter sans la suivre, à la respecter sans lui obéir.
Aujourd’hui, elle peut envoyer un mail sans le relire cinq fois. Elle ose prendre la parole en réunion, même si sa voix tremble parfois. Elle a accepté de co-animer un projet important avec un collègue qu’elle admirait, et elle a même été surprise de recevoir des compliments sincères. Elle m’a dit récemment : « Je ne me sens pas encore toujours compétente. Mais j’ai cessé de me convaincre que je ne l’étais pas. Et ça change tout. »
Le chemin n’est pas linéaire. Il y a des rechutes, des jours où le vieux juge intérieur revient en force. Mais Marie sait maintenant que ce juge n’est pas la vérité. C’est une partie d’elle qui a besoin d’être rassurée, pas combattue. Et elle a appris à le faire.
Si vous vous reconnaissez dans l’histoire de Marie, si cette voix intérieure vous murmure régulièrement que vous n’êtes pas assez compétent, voici une proposition concrète, à faire dès aujourd’hui, sans attendre un rendez-vous ou un livre.
Identifiez un moment précis où cette voix s’est manifestée aujourd’hui. Peut-être après avoir envoyé un message, avant une réunion, ou en regardant le travail d’un collègue. Notez-le sur un post-it ou dans un carnet.
Donnez-lui une forme : Imaginez cette voix comme un personnage. Quel âge a-t-elle ? Quelle est son expression ? Que porte-t-elle ? Ne cherchez pas à la juger, juste à la décrire.
Demandez-lui ce qu’elle veut : « Qu’essaies-tu de protéger en me disant cela ? » La première réponse qui vient, même si elle semble absurde, est souvent la bonne. Notez-la.
Remerciez-la : Dites intérieurement ou à voix haute : « Merci d’avoir veillé sur moi. Je comprends que tu veux m’éviter la souffrance. » Cela peut sembler étrange, mais essayez.
Rappelez-vous une compétence réelle : Pensez à une chose que vous avez faite récemment et qui a demandé une compétence, même petite. Un plat réussi, un email clair, un problème technique résolu, une écoute attentive. Reconnaissez-la.
Ces cinq étapes ne résoudront pas tout en un jour. Mais elles installent une brèche dans le mur de la critique intérieure. Elles vous rappellent que vous n’êtes pas cette voix. Vous êtes celui ou celle qui peut l’entendre, la reconnaître, et choisir d’agir autrement.
Ce que je partage ici est le fruit de dix années de pratique à Saintes, à accompagner des adultes comme vous, qui portent le poids de doutes anciens. L’hypnose ericksonienne, l’IF
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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