3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Comment accueillir cette voix sans la laisser vous dominer.
Vous êtes là, à relire pour la troisième fois un message que vous venez d’écrire. Rien d’important, une simple réponse à un collègue. Mais cette voix, elle est déjà là : « Tu es sûr que c’est bien formulé ? Ça sonne faux. Et si on se rendait compte que tu n’as pas le niveau ? » Vous effacez, vous recommencez. Puis vous effacez encore. Au bout d’un moment, vous laissez tomber et vous dites que vous répondrez plus tard.
Cette voix, je la connais bien. Je la connais chez moi, et je la connais chez la plupart des personnes qui viennent me voir à Saintes. Les sportifs de haut niveau, les cadres qui gèrent des équipes, les artistes qui créent : presque tout le monde a une version de cette voix. La psychologie moderne l’appelle le « syndrome de l’imposteur ». Mais en dix ans de pratique, j’ai appris une chose : ce n’est pas un syndrome à guérir. C’est une partie de vous qui a un rôle précis, souvent mal compris.
Aujourd’hui, je vais vous montrer comment l’IFS – l’Internal Family Systems – permet de dialoguer avec cette partie imposteur, non pas pour la faire taire, mais pour l’apaiser et reprendre votre place.
Avant d’apprendre à dialoguer avec elle, il faut comprendre ce qu’elle est vraiment. Beaucoup de personnes se disent : « Je n’ai pas confiance en moi, c’est un manque d’estime. » Mais ce n’est pas si simple. La partie imposteur n’est pas une absence de confiance. C’est un mécanisme de protection hyperactif.
Imaginez un détecteur de fumée qui se déclenche dès que vous faites griller une tartine. Le détecteur fait son travail : il détecte une possible menace. Sauf que dans votre vie, la menace n’est pas un incendie. C’est une promotion, une reconnaissance publique, une réussite. Et pourtant, l’alarme sonne aussi fort.
En IFS, on considère que notre psyché est composée de nombreuses « parties », chacune avec une intention positive, même celles qui semblent nuisibles. La partie imposteur est une partie protectrice. Son job, c’est de vous éviter l’humiliation, le rejet, ou la honte. Elle a été formée à un moment de votre vie – souvent dans l’enfance ou l’adolescence – où il était effectivement dangereux de se montrer trop confiant ou trop compétent.
« La partie imposteur ne cherche pas à vous détruire. Elle cherche à vous protéger d’un danger qu’elle a appris à reconnaître il y a longtemps. Le problème, c’est qu’elle utilise une carte du monde qui date de vos 8 ans. »
Quand vous réussissez un examen, que vous obtenez une promotion, ou que vous recevez un compliment, cette partie ne voit pas la réussite. Elle voit le risque : « Maintenant qu’on t’a remarqué, on va voir que tu es une fraude. » Et elle active la peur, le doute, l’autocritique. C’est épuisant, parce que vous passez votre temps à lutter contre elle, ou à la fuir en vous sous-estimant.
Un exemple concret : un coureur amateur que j’accompagne en préparation mentale. Il a gagné un trail régional. Son temps était excellent. Le lendemain, il m’appelle. Il est en panique. Il me dit : « C’était un coup de chance. Le parcours était facile. Les autres n’étaient pas en forme. » Il ne peut pas accepter sa victoire. Sa partie imposteur a immédiatement trouvé des explications pour annuler la réussite. Pourquoi ? Parce que si la réussite est réelle, alors il y a une pression à reproduire. Et la pression, c’est dangereux pour cette partie.
Comprendre cela, c’est déjà faire un pas de côté. Ce n’est pas vous qui manquez de confiance. C’est une partie de vous qui fait son travail, avec les moyens du bord. Et comme elle est puissante, elle a pris le contrôle de votre dialogue intérieur. L’IFS va vous permettre de reprendre la place du conducteur.
La première étape pour dialoguer avec elle, c’est de la reconnaître. Pas intellectuellement, mais dans votre vécu immédiat. Quand je reçois quelqu’un dans mon cabinet à Saintes, je ne lui demande pas : « Avez-vous le syndrome de l’imposteur ? » Je lui demande : « Quand cette voix arrive, où la sentez-vous dans votre corps ? »
La partie imposteur n’est pas une idée abstraite. C’est une expérience sensorielle. Pour certaines personnes, c’est une boule dans le ventre. Pour d’autres, une tension dans la mâchoire, ou une sensation d’oppression dans la poitrine. Et souvent, elle s’accompagne d’un discours intérieur très spécifique.
Je vais vous donner quelques exemples de phrases que cette partie peut prononcer. Lisez-les et voyez si l’une d’elles résonne :
Ces phrases, vous les connaissez par cœur. Mais ce qui est intéressant, c’est la tonalité. Est-ce une voix dure et méprisante ? Ou plutôt une voix anxieuse, pressée, qui essaie de vous protéger en vous faisant fuir ? En IFS, on ne juge pas la partie. On l’écoute.
Prenons un cas typique. Un footballeur que j’accompagne – appelons-le Lucas. Il a 22 ans, il joue en National. Il est titulaire, mais il vit chaque match comme une menace. Avant chaque rencontre, il passe la journée à douter. Il me dit : « Je n’arrive pas à me concentrer sur le match. Je pense à toutes les erreurs que je vais faire. » Sa partie imposteur est hyperactive. Quand on a exploré ensemble, on a découvert qu’elle s’était formée à l’âge de 14 ans, quand son entraîneur lui avait crié dessus devant toute l’équipe après une erreur. Depuis ce jour, sa partie s’est dit : « Il ne faut plus jamais que ça arrive. Pour être sûr, on va anticiper l’échec en permanence. » Le résultat ? Lucas jouait pour ne pas perdre, pas pour gagner.
Identifier la partie, c’est la localiser dans le corps, écouter ses phrases, et comprendre son histoire. Ce n’est pas un exercice de diagnostic. C’est une enquête intérieure, avec curiosité.
La réaction la plus naturelle face à cette voix d’imposteur, c’est de la combattre. Vous vous dites : « Je dois arrêter de douter. Je dois avoir confiance. » Vous essayez de vous répéter des affirmations positives : « Je suis compétent. Je mérite ma place. » Et ça marche… pendant dix minutes. Ensuite, la voix revient, plus forte qu’avant.
Pourquoi ? Parce que la lutte alimente la partie. En IFS, on observe que quand vous essayez de supprimer une partie, elle se raidit. Elle se sent attaquée, et elle monte le volume pour se faire entendre. C’est comme si vous disiez à un enfant qui a peur : « Arrête d’avoir peur, c’est ridicule. » L’enfant n’arrête pas d’avoir peur. Il se sent incompris et sa peur augmente.
Un autre piège courant, c’est la comparaison. Vous regardez les autres, et vous vous dites : « Eux, ils ont confiance. Ils ne doutent pas. » C’est faux. Les personnes qui semblent les plus confiantes ont aussi une partie imposteur. Simplement, elles ont appris à ne pas la laisser conduire. Elles ne l’ont pas tuée. Elles l’ont accueillie.
« La confiance n’est pas l’absence de doute. C’est la capacité à agir malgré le doute. Et pour agir malgré le doute, il faut d’abord arrêter de se battre contre lui. »
Alors, que faire à la place ? L’IFS propose une approche radicalement différente : au lieu de lutter, on accueille. On dit à la partie : « Je te vois. Je sais que tu es là. Dis-moi ce que tu crains. » Et on écoute vraiment, sans vouloir la changer.
Je me souviens d’une femme que j’ai reçue, cadre dans une entreprise de logistique. Elle était brillante, reconnue, mais elle vivait chaque réunion comme une épreuve. Elle se préparait des heures, anticipait toutes les questions, et si quelqu’un la contredisait, elle passait le reste de la journée à ruminer. Sa partie imposteur était épuisante. Elle avait essayé la méditation, les livres de développement personnel, la thérapie cognitive. Rien n’y faisait. Quand on a commencé à travailler en IFS, elle a découvert que cette partie était apparue à l’adolescence, quand son père lui disait : « Tu es trop sûre de toi, ça va te retomber dessus. » La partie avait pris ça au pied de la lettre. Elle l’avait protégée pendant des années en la faisant douter. Mais à 35 ans, la protection était devenue une prison.
L’accueil, ce n’est pas de la résignation. C’est un acte de courage. C’est dire : « Je ne vais pas te chasser. Je vais t’écouter. » Et c’est à partir de là que le changement peut vraiment commencer.
Maintenant, entrons dans le vif du sujet. Comment dialoguer concrètement avec cette partie ? Je vais vous donner une séquence que j’utilise régulièrement avec mes clients. Elle est simple, mais puissante si vous la pratiquez avec sincérité.
Étape 1 : Créez un espace de calme.
Asseyez-vous, fermez les yeux, respirez. Ne cherchez pas à faire taire la voix. Juste, observez-la. Où est-elle dans votre corps ? Dans la poitrine ? Le ventre ? La gorge ? Notez la sensation. Est-ce une pression, une chaleur, un froid ? Prenez le temps de la sentir sans vouloir la changer.
Étape 2 : Intéressez-vous à elle.
Dans votre esprit, adressez-vous à cette partie avec curiosité. Pas de jugement. Dites-lui simplement : « Je vois que tu es là. Je ne veux pas te chasser. Je veux juste te connaître. » Et écoutez la réponse. Elle peut venir sous forme de mots, d’images, de sensations. Souvent, la partie va dire quelque chose comme : « Je suis là pour te protéger. »
Étape 3 : Demandez-lui ce qu’elle craint.
C’est la question clé. « Qu’est-ce qui se passerait si tu n’étais pas là ? » La réponse est souvent surprenante. La partie imposteur a peur que, sans elle, vous deveniez arrogant, que vous échouiez publiquement, que vous soyez rejeté. Écoutez sans argumenter. Elle a ses raisons.
Étape 4 : Remerciez-la.
C’est l’étape la plus difficile, mais la plus transformante. Vous remerciez la partie d’avoir essayé de vous protéger, même si sa méthode est devenue contre-productive. Vous dites : « Je comprends que tu as fait de ton mieux. Merci. » Cela ne signifie pas que vous êtes d’accord avec elle. Cela signifie que vous reconnaissez son intention positive.
Étape 5 : Négociez un nouveau rôle.
Une fois que la partie se sent entendue, elle peut accepter de prendre du recul. Vous pouvez lui dire : « J’ai besoin de toi, mais pas tout le temps. Peux-tu me laisser prendre les décisions importantes, et rester en retrait pour me rappeler à l’humilité quand c’est nécessaire ? » La plupart des parties acceptent, parce qu’elles se sentent respectées.
Un exemple avec un sportif que j’accompagne en préparation mentale. Il était coureur de fond. Avant chaque course, sa partie imposteur lui disait : « Tu n’as pas assez travaillé. Les autres sont meilleurs. Tu vas craquer. » Il passait ses courses à lutter contre cette voix, ce qui le fatiguait mentalement. On a fait l’exercice. Il a découvert que cette partie était apparue à 16 ans, après une course où il avait abandonné. Elle s’était juré que ça n’arriverait plus jamais. Quand il l’a remerciée, elle s’est adoucie. Il a pu lui dire : « Je te permets de me rappeler que je dois rester humble, mais pendant la course, je suis le capitaine. » Depuis, il court avec moins de poids.
Dialoguer avec sa partie imposteur, ce n’est pas un long fleuve tranquille. Il y a des pièges dans lesquels on tombe facilement. Je vais vous en citer trois, parce que je les vois souvent.
Piège n°1 : Vouloir qu’elle disparaisse.
C’est le plus fréquent. Vous faites l’exercice, vous l’écoutez, et vous espérez qu’elle s’en aille pour toujours. Ce n’est pas comme ça que ça marche. Les parties ne disparaissent pas. Elles se transforment. Votre partie imposteur ne va pas s’éteindre. Elle va devenir plus calme, plus raisonnable. Elle va passer d’un cri d’alarme à un murmure. Mais si vous attendez son absence totale, vous serez déçu. Et vous risquez de retomber dans la lutte.
Piège n°2 : La confondre avec votre identité.
Beaucoup de gens disent : « Je suis un imposteur. » Non. Vous avez une partie qui se sent comme un imposteur. C’est une nuance fondamentale. Quand vous dites « je suis », vous fusionnez avec la partie. Vous êtes dans le rôle. En IFS, on distingue le Soi (votre essence calme, curieuse, confiante) des parties. La partie imposteur est une partie, pas votre identité. Plus vous vous rappelez que vous êtes celui ou celle qui observe la partie, plus vous reprenez du pouvoir.
Piège n°3 : Négliger les autres parties.
La partie imposteur n’est jamais seule. Elle est souvent liée à d’autres parties : une partie perfectionniste qui exige l’excellence, une partie qui cherche à plaire, une partie qui a peur du conflit. Si vous ne travaillez qu’avec l’imposteur, les autres parties peuvent prendre le relais. Par exemple, vous apaisez l’imposteur, mais la partie perfectionniste monte d’un cran et vous met une pression encore plus forte. L’idéal, c’est d’avoir une vue d’ensemble. Mais pour commencer, l’imposteur est un bon point d’entrée.
Un client m’a raconté qu’après avoir dialogué avec sa partie imposteur, il s’est senti mieux pendant trois jours. Puis, une nouvelle voix est apparue : « Tu vois, tu es trop détendu. Tu vas perdre ta rigueur. » C’était sa partie perfectionniste qui s’inquiétait. Il a dû dialoguer avec elle aussi. C’est un processus, pas une solution miracle.
Quand vous apprenez à dialoguer avec votre partie imposteur, les changements ne sont pas théoriques. Ils se voient dans vos journées.
Prenons un exemple concret. Avant, quand vous receviez un compliment, vous aviez deux réactions possibles : soit vous le minimisiez (« Oh, c’était rien »), soit vous le refusiez intérieurement tout en souriant poliment. Après le travail avec l’IFS, vous pouvez accueillir le compliment. Vous pouvez dire : « Merci, ça me touche. » Et le laisser entrer, même si la partie imposteur grimace un peu. Vous ne la croyez pas forcément, mais vous ne la laissez plus voler le moment.
Dans le sport, c’est flagrant. Les athlètes que j’accompagne en préparation mentale me disent : « Avant, je jouais pour ne pas perdre. Maintenant, je joue pour gagner. » La différence, c’est que la partie imposteur n’est plus aux commandes. Elle est dans le public, elle peut s’
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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