PsychologieConfiance Et Estime De Soi

Les croyances qui alimentent votre sévérité envers vous-même

Identifiez les pensées qui renforcent votre autocritique.

TSThierry Sudan
28 avril 202613 min de lecture

Vous vous levez le matin, et avant même d’avoir posé un pied par terre, une petite voix intérieure a déjà commencé son office. Elle vous rappelle ce dossier que vous n’avez pas terminé hier, cette phrase un peu maladroite que vous avez dite lors de la réunion, ou ce kilo que vous n’avez pas perdu cette semaine. Cette voix, vous la connaissez bien. Peut-être même que vous pensez qu’elle vous est utile, qu’elle vous maintient dans le droit chemin, qu’elle vous empêche de devenir paresseux ou négligent. Mais à force de l’écouter, vous sentez bien qu’elle pèse lourd. Elle vous coupe l’élan, elle vous vole votre énergie, et elle vous empêche de goûter aux petites fiertés du quotidien.

Je vois souvent des personnes comme vous dans mon cabinet à Saintes. Des adultes compétents, appréciés de leurs collègues et de leurs proches, mais qui vivent dans une relation d’extrême sévérité avec eux-mêmes. Ils s’épuisent à courir après une perfection qu’ils ne s’autorisent jamais à atteindre. Et derrière cette sévérité, il y a toujours des croyances. Pas des vérités absolues, non. Des croyances, justement. Des pensées que vous avez acceptées comme vraies à un moment de votre vie, et qui aujourd’hui alimentent votre autocritique sans que vous en ayez pleinement conscience.

Alors, comment identifier ces croyances ? Comment comprendre ce qui se joue dans cette voix intérieure qui vous juge si durement ? Et surtout, comment alléger ce poids pour retrouver un rapport plus juste, plus apaisé avec vous-même ? C’est ce que nous allons explorer ensemble dans cet article. Je vais vous parler de ce que j’observe en séance, des mécanismes que l’hypnose ericksonienne, l’IFS (Internal Family Systems) et l’Intelligence Relationnelle permettent de dénouer. Et je vais vous proposer des pistes concrètes, parce que je sais que vous n’êtes pas venu ici pour des discours vagues, mais pour des outils qui changent vraiment quelque chose.

D’où vient cette voix intérieure qui vous juge sans cesse ?

Avant de nommer les croyances, il faut comprendre d’où elles viennent. Cette voix sévère, ce n’est pas vous. En tout cas pas tout à fait. Dans l’approche IFS, on appelle cela une « partie » de vous. Une partie qui a pris un rôle spécifique : celui de critique interne, de manager, de gardien du contrôle. Elle est apparue à un moment de votre histoire pour vous protéger. Oui, vous avez bien lu : pour vous protéger.

Prenons un exemple. Je reçois un jour un homme d’une quarantaine d’années, cadre dans une entreprise de services. Appelons-le Laurent. Laurent est venu me voir parce qu’il n’arrivait plus à dormir. Chaque soir, il repassait en boucle les erreurs de sa journée : un chiffre mal arrondi, un email envoyé trop tard, une plaisanterie qui n’avait pas fait rire son chef. Il se traitait de « bon à rien », d’« incapable ». En séance, on a exploré d’où venait cette partie critique. Laurent s’est souvenu de son père, exigeant, qui ne commentait jamais ses réussites mais relevait systématiquement ses échecs. À l’époque, cette voix intérieure s’est construite pour anticiper les critiques du père. « Si je me critique le premier, je contrôle la situation, je ne suis pas pris au dépourvu. » Cette stratégie a permis au petit Laurent de survivre émotionnellement. Mais aujourd’hui, elle est devenue un tyran qui l’empêche de dormir.

C’est le paradoxe de la sévérité envers soi-même : elle est née d’une intention positive. Elle voulait vous protéger du rejet, de la honte, de l’abandon. Mais avec le temps, elle est devenue automatique, disproportionnée, et surtout, elle s’est déconnectée de la réalité présente. Vous n’avez plus besoin de cette protection. Pourtant, la partie critique continue son office, comme un vieux logiciel qui tourne en arrière-plan.

En hypnose ericksonienne, on travaille souvent avec cette partie. On ne la combat pas. On l’écoute, on la remercie pour son service, et on lui propose un nouveau rôle. Parce que cette partie n’est pas votre ennemie. Elle est simplement devenue maladroite dans sa manière de vous aider.

Les croyances les plus fréquentes qui nourrissent votre autocritique

Maintenant que vous comprenez le mécanisme, entrons dans le vif du sujet : quelles sont ces croyances qui alimentent votre sévérité ? J’en ai identifié six qui reviennent systématiquement dans mon cabinet. Lisez-les, et voyez si l’une d’elles résonne en vous.

« Si je ne suis pas parfait, je suis un échec. » C’est la croyance reine du perfectionnisme. Elle fonctionne en tout ou rien. Soit vous réussissez parfaitement, soit vous avez échoué. Le gris n’existe pas. Cette croyance vous pousse à des exigences irréalistes, et elle vous empêche de reconnaître vos progrès, même réels. Vous avez travaillé trois heures sur un rapport ? Oui, mais il manque une virgule. Échec.

« Les autres jugent tout ce que je fais. » C’est la croyance de l’hypervigilance sociale. Vous êtes convaincu que chaque regard, chaque silence, chaque sourire en coin est une évaluation négative de votre personne. En réalité, les autres sont bien trop occupés par leurs propres préoccupations pour vous juger autant que vous le pensez. Mais cette croyance vous maintient dans un état d’alerte permanent, épuisant.

« Je dois mériter d’exister / d’être aimé. » Celle-ci est plus profonde. Elle touche à votre valeur fondamentale. Vous avez l’impression que l’amour ou l’estime des autres ne vous sont pas acquis, qu’ils doivent être gagnés par des performances, des efforts, des sacrifices. Vous vous sentez en dette permanente. Cette croyance est souvent liée à une enfance où l’affection était conditionnelle : « Je t’aime si tu es sage, si tu as de bonnes notes. »

« Montrer mes faiblesses, c’est dangereux. » Vous pensez que si vous laissez paraître une vulnérabilité, vous serez rejeté, moqué, exploité. Alors vous maintenez une façade de contrôle et de compétence. Mais cette façade vous isole et vous empêche de recevoir du soutien. L’autocritique devient alors le seul espace où vous vous autorisez à voir vos imperfections – mais en les jugeant sévèrement.

« Je dois être utile pour avoir de la valeur. » Votre estime de vous repose entièrement sur ce que vous faites, pas sur ce que vous êtes. Si vous ne produisez pas, si vous ne résolvez pas des problèmes, si vous ne rendez pas service, vous vous sentez inexistant. Cette croyance vous pousse au surmenage et à la culpabilité dès que vous prenez du temps pour vous.

« Je n’ai pas le droit de me tromper. » L’erreur est vécue comme une faute morale, pas comme une étape d’apprentissage. Vous avez intégré très tôt que l’erreur est inacceptable, qu’elle révèle une déficience de votre personne. Cette croyance vous paralyse, vous empêche d’essayer des choses nouvelles, et renforce votre autocritique à chaque faux pas.

Prenez un moment. Notez sur un papier celle qui vous parle le plus. Pas pour la juger. Juste pour l’observer. C’est déjà un premier pas.

« Ce n’est pas parce qu’une croyance est ancienne qu’elle est vraie. Elle a juste été répétée assez longtemps pour que vous l’acceptiez sans la questionner. »

Comment ces croyances se renforcent-elles au quotidien ?

Les croyances ne vivent pas dans un vide. Elles se nourrissent de vos habitudes mentales et de vos comportements. C’est ce que j’appelle le cycle de l’autocritique. Et si vous ne le reconnaissez pas, il peut tourner en boucle pendant des années.

Voici comment il fonctionne. Vous avez une croyance : « Je dois être parfait. » Un événement déclencheur survient : vous faites une petite erreur dans un email. Immédiatement, votre voix critique s’active : « Tu vois, tu es nul, tu n’aurais pas dû envoyer ça sans relire. » Cette pensée déclenche une émotion : honte, culpabilité, anxiété. Pour gérer cette émotion inconfortable, vous adoptez un comportement : vous vous jurez de vérifier trois fois le prochain email, vous travaillez plus tard, vous vous privez de pause. Ce comportement vous donne un soulagement temporaire, mais il renforce la croyance initiale : « J’avais raison d’être sévère avec moi-même, puisque ça m’a poussé à mieux faire. » Et le cycle repart.

Ce qui est insidieux, c’est que la sévérité semble marcher. Elle vous pousse à être plus exigeant, plus performant. Mais à quel prix ? Le stress chronique, la fatigue, l’anxiété, la perte de plaisir dans ce que vous faites. Et surtout, elle vous empêche de développer une véritable confiance en vous, parce que celle-ci ne repose jamais sur vos forces réelles, mais sur l’évitement de l’échec.

En Intelligence Relationnelle, on travaille sur la manière dont vous vous parlez à vous-même. Le langage intérieur n’est pas anodin. Les mots que vous utilisez créent votre réalité émotionnelle. Quand vous dites « Je suis nul », vous ne décrivez pas un fait, vous posez un jugement global qui vous définit entièrement. En réalité, vous avez simplement fait une erreur sur un point précis. Mais la croyance transforme une action ponctuelle en identité négative.

Un autre mécanisme de renforcement est la comparaison sociale. Vous regardez les réussites des autres sur les réseaux sociaux ou dans votre entourage professionnel, et vous vous mesurez à eux. Problème : vous comparez votre réalité (avec vos doutes, vos échecs, vos imperfections) à leur vitrine (ce qu’ils choisissent de montrer). La comparaison est toujours biaisée, et elle nourrit votre sévérité.

Enfin, il y a le phénomène de la rumination. Vous ressassez un événement passé, vous le repassez en boucle, vous imaginez ce que vous auriez dû dire ou faire autrement. La rumination donne l’illusion de contrôler la situation, mais en réalité, elle vous enferme dans le passé et renforce les croyances négatives. Plus vous ruminez, plus vous prouvez à votre critique interne qu’elle a raison.

Pourquoi ces croyances résistent-elles au changement ?

Vous avez peut-être déjà essayé de « penser positif » ou de vous répéter des affirmations. Et vous avez constaté que ça ne marche pas, ou très peu. C’est normal. Les croyances qui alimentent votre sévérité ne sont pas des idées superficielles qu’on peut remplacer par un simple mantra. Elles sont ancrées dans votre système nerveux, dans votre histoire, dans des protections que vous avez mises en place depuis l’enfance.

En hypnose ericksonienne, on considère que le changement véritable passe par l’inconscient, pas par la volonté consciente. Votre conscient peut décider de ne plus être sévère avec vous-même. Mais si votre inconscient continue d’associer la sévérité à la sécurité, il va saboter vos efforts. C’est pour ça que les injonctions du type « Sois plus gentil avec toi-même » peuvent sembler vides, voire agaçantes. Elles ne prennent pas en compte la fonction protectrice de la sévérité.

Un autre obstacle est ce que j’appelle la loyauté familiale. Les croyances que vous avez héritées ne sont pas seulement les vôtres. Elles viennent souvent de vos parents, de vos grands-parents, de votre milieu. Se défaire de la croyance « Je dois être irréprochable pour être aimé » peut être vécu inconsciemment comme une trahison envers vos figures d’attachement. C’est un travail délicat, qui demande de la douceur et du temps.

Enfin, il y a la peur du vide. Si vous arrêtez de vous critiquer, que reste-t-il ? Qui êtes-vous sans cette voix qui vous pousse ? Pour beaucoup de personnes, l’autocritique est devenue une compagne familière, presque rassurante dans sa constance. L’idée de s’en défaire peut générer une angoisse : « Et si je devenais paresseux ? Et si je perdais toute motivation ? » Cette peur est légitime. Mais elle repose sur une confusion entre la sévérité et l’exigence saine. On peut être exigeant, ambitieux, rigoureux, sans se détruire intérieurement.

« La sévérité n’est pas une condition de la réussite. Elle est un frein déguisé en moteur. »

Comment l’hypnose et l’IFS permettent de dénouer ces croyances ?

Je vais vous parler concrètement de ce que je fais en séance. Pas pour vous vendre une méthode miracle, mais pour vous montrer qu’il existe des chemins pour sortir de ce cycle.

Avec l’hypnose ericksonienne, on travaille en état modifié de conscience. C’est un état naturel, celui que vous vivez quand vous êtes absorbé dans un film ou quand vous rêvassez. Dans cet état, votre critique interne est moins active, et votre inconscient est plus accessible. On peut alors aller rencontrer la croyance, non pas pour la combattre, mais pour la transformer de l’intérieur. Par exemple, je peux guider une personne à revisiter la scène où elle a « appris » qu’elle devait être parfaite, et lui permettre de vivre une nouvelle expérience, plus sécurisante, qui va modifier l’ancrage émotionnel de la croyance.

L’IFS, que j’utilise souvent en complément, est une approche extrêmement précise. On identifie les différentes « parties » qui composent votre psyché : la partie critique, mais aussi la partie qui se sent honteuse, celle qui se rebelle, celle qui cherche à protéger. On entre en dialogue avec elles. On découvre leur histoire, leur intention positive. Et progressivement, on libère ce que l’IFS appelle le « Self » : votre essence, votre centre calme, confiant, curieux. C’est à partir de ce Self que vous pouvez accueillir vos parties sévères sans leur donner le pouvoir de diriger votre vie.

Je me souviens d’une patiente, Sarah, qui avait une croyance très forte : « Je dois être forte tout le temps, sinon je vais m’effondrer. » En séance, on a rencontré la partie qui la poussait à être forte. C’était une adolescente de 14 ans, qui avait dû gérer seule une situation familiale difficile. Cette partie avait pris le contrôle pour protéger Sarah de la vulnérabilité. En la remerciant et en lui montrant qu’aujourd’hui, Sarah adulte avait des ressources, des soutiens, des capacités que l’adolescente n’imaginait pas, la partie a accepté de lâcher prise. Sarah a pu pleurer, pour la première fois depuis des années, sans se juger. La sévérité s’est transformée en compassion.

L’Intelligence Relationnelle vient compléter ce travail en vous apprenant à vous parler différemment. C’est une compétence qui se développe : reconnaître quand vous êtes dans une croyance, choisir un mot plus juste, reformuler une pensée. Par exemple, remplacer « Je suis nul » par « J’ai fait une erreur sur ce point, et je peux la corriger. » Ça paraît simple, mais c’est un entraînement quotidien. Avec le temps, cela devient automatique.

Ce que vous pouvez faire dès maintenant pour alléger votre sévérité

Je ne veux pas vous laisser avec des concepts sans application concrète. Voici trois exercices que vous pouvez mettre en place dès aujourd’hui. Ils ne remplacent pas un accompagnement personnalisé, mais ils sont un premier pas.

1. L’observation sans jugement. Pendant les trois prochains jours, prenez un carnet. Chaque fois que vous vous surprenez à être sévère avec vous-même, notez la phrase exacte que vous vous dites. Ne cherchez pas à la changer, ne la jugez pas. Notez-la simplement. Puis ajoutez une émotion : qu’est-ce que vous ressentez en disant cette phrase ? Le simple fait d’observer interrompt le cycle automatique. Vous créez un espace entre la pensée et la réaction.

2. La question qui fait bouger. Quand vous vous entendez penser « Je devrais être

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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