3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Transformez vos erreurs en preuves de votre progression.
Tu arrives en retard à cette réunion. Pas beaucoup, cinq minutes, mais assez pour que tout le monde te regarde quand tu pousses la porte. Tu murmures une excuse, tu t’assois, et pendant les quarante minutes suivantes, tu n’écoutes rien. Tu es trop occupé à rejouer la scène dans ta tête. Quel amateur. Tu as foiré. Tout le monde sait maintenant que tu n’es pas à la hauteur.
Ou alors, tu viens de rendre un projet. Ton client est content, ton chef aussi. Mais toi, tu passes la soirée à chercher l’erreur qui va tout faire s’effondrer. Tu relis chaque mail, chaque chiffre, chaque virgule. Tu ne trouves rien, mais ça ne te rassure pas. Tu te dis juste que tu as eu de la chance, que la prochaine fois, ils verront bien que tu n’y connais rien.
Je vois ça tous les jours dans mon cabinet à Saintes. Des adultes compétents, parfois brillants, qui vivent avec une conviction sourde : je suis un imposteur. Pas parce qu’ils échouent, mais parce qu’ils réussissent. Et à l’inverse, quand ils échouent, ça ne fait que confirmer ce qu’ils pensaient déjà.
Alors on fait quoi ? On essaie de ne jamais échouer ? On vise la perfection absolue pour que personne ne découvre notre prétendue incompétence ? Bon courage. C’est épuisant, et ça ne marche pas.
Je vais te proposer quelque chose de différent. Et si l’échec n’était pas la preuve que tu es un imposteur, mais au contraire, l’outil le plus puissant pour t’en libérer ? Pas de la méthode Coué. Pas de pensée positive à deux balles. Je parle d’un changement de regard concret, étayé par ce que je vois en séance, sur les terrains de foot et dans les têtes des coureurs que j’accompagne.
Accroche-toi, on va déconstruire ensemble cette histoire que tu te racontes.
Le syndrome de l’imposteur, ce n’est pas un manque de confiance. C’est un système de croyances. Un petit programme qui tourne en boucle et qui interprète tout ce qui t’arrive à travers un filtre : tu n’es pas légitime.
Quand tu réussis, le programme te dit : C’est de la chance, ils se sont trompés, tu as bien caché ton jeu. Quand tu échoues, le programme te dit : Tu vois, je te l’avais dit. Tu es nul. C’était juste une question de temps.
Tu es coincé. Dans les deux cas, tu perds. La réussite ne te rassure pas, et l’échec te confirme dans ta peur.
Alors ton cerveau, pour te protéger, met en place une stratégie : éviter l’échec à tout prix. Ne pas prendre de risques. Ne pas postuler à ce poste. Ne pas donner ton avis en réunion. Ne pas t’inscrire à ce marathon. Ne pas lancer ce projet. Rester dans l’ombre, là où personne ne pourra te démasquer.
Le problème, c’est que cette stratégie est un piège. Plus tu évites l’échec, plus tu évites les situations qui pourraient prouver que tu es compétent. Et plus tu restes dans ta zone de confort, plus l’imposteur grandit. Il se nourrit de ton inaction.
L’imposteur n’est pas vaincu par la réussite. Il est vaincu par l’expérience. Et l’expérience, elle passe par l’échec.
C’est contre-intuitif, je sais. Mais réfléchis une seconde. La seule chose qui peut vraiment démonter la croyance je suis nul, c’est de faire l’expérience répétée que tu survis à tes erreurs, que tu apprends, que tu progresses, et que les autres ne te jugent pas aussi durement que tu le crois.
L’imposteur déteste l’échec parce que l’échec, bien utilisé, est une preuve de réalité. Et la réalité, c’est que tout le monde échoue. Tout le temps. Même les meilleurs. Surtout les meilleurs.
Alors oui, c’est une bonne nouvelle. Parce que ça signifie que tu n’as pas à être parfait pour être légitime. Tu as juste à être en mouvement.
Ce qui fait mal dans l’échec, ce n’est pas l’échec lui-même. C’est l’histoire que tu te racontes à propos de cet échec.
Prenons un exemple concret. Tu travailles dans le commercial. Tu prépares un appel important pendant trois jours. Tu connais ton produit sur le bout des doigts. Tu as répété tes arguments. Tu décroches ton téléphone, tu fais ton pitch, et le prospect te dit non. Sec. Pas de discussion possible.
Dans ta tête, le scénario démarre immédiatement : Je suis nul en vente. Je n’aurais jamais dû faire ce métier. Ils vont voir que je ne sais pas faire. Je vais me faire virer.
C’est un verdict. Tu es jugé, condamné, exécuté. L’échec devient une identité.
Maintenant, imaginons que tu changes de logiciel. Tu fais le même appel, tu obtiens le même non. Mais cette fois, tu te dis : Intéressant. Qu’est-ce que je peux apprendre de ce non ? Est-ce que j’ai bien cerné son besoin ? Est-ce que je suis allé trop vite ? Est-ce que mon offre était adaptée ?
L’échec devient une donnée. Une information. Un feedback sur ta stratégie, pas sur ta valeur en tant qu’être humain.
Tu vois la différence ? Dans le premier cas, tu es ton échec. Dans le second, tu observes ton échec.
En hypnose ericksonienne, on appelle ça la dissociation. C’est la capacité à prendre du recul par rapport à une expérience pour ne pas être totalement identifié à elle. Et en IFS (Internal Family Systems), on dirait que tu as une partie de toi qui est terrorisée à l’idée d’être nulle, et une autre partie qui peut observer calmement la situation.
Le travail, ce n’est pas d’arrêter d’échouer. C’est d’arrêter de transformer chaque échec en preuve de ton imposture.
Je reçois un patient, appelons-le Julien. Ingénieur, trente-cinq ans, brillant. Il vient me voir parce qu’il stagne dans sa carrière. Il refuse les promotions. À chaque entretien, il trouve une raison : pas assez d’expérience, pas le bon diplôme, trop de concurrence. La vérité, c’est qu’il a peur d’être démasqué.
On travaille sur un projet précis qu’il doit présenter à son comité de direction. Il est terrorisé. On prépare, on répète, on fait de l’hypnose pour calmer les parties qui paniquent. Le jour J, ça se passe bien. Très bien même. Son projet est validé.
Vous pensez que ça l’a rassuré ? Pas du tout. Le soir même, il m’envoie un message : Ils ont dit oui, mais je suis sûr qu’ils ont des doutes. Ils ont accepté parce que mon chef était là. Sans lui, ils auraient dit non.
Son cerveau a immédiatement trouvé une explication pour annuler la réussite. L’imposteur est un champion de la contre-argumentation.
La séance d’après, on n’a pas travaillé sur la réussite. On a travaillé sur un échec. Un petit. Un mail qu’il avait mal envoyé la veille. Rien de grave, une incompréhension avec un collègue. On a disséqué cet échec comme une donnée. Qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce que tu aurais pu faire différemment ? Qu’est-ce que tu as appris ?
Pour la première fois, Julien a souri. Il a dit : C’est con, mais ça me rassure. Je peux me tromper, et je suis toujours là.
Exactement.
Je travaille avec des sportifs. Des coureurs, des footballeurs. Et c’est là que j’ai le plus appris sur l’échec.
Un coureur de marathon, il ne gagne pas une course. Il gère des kilomètres. Il gère la douleur. Il gère le moment où son corps lui dit d’arrêter. Et parfois, il abandonne. Il n’atteint pas la ligne d’arrivée.
Dans le sport, l’échec fait partie du protocole. Personne ne devient champion sans avoir perdu. Sans avoir connu la défaite, la blessure, le contre-temps. Les sportifs que j’accompagne ne me disent jamais : Je suis nul. Ils disent : Je n’ai pas encore trouvé la bonne stratégie. Ou : Mon corps n’a pas tenu, il faut que je travaille ma récupération. Ou : Ce jour-là, l’adversaire était meilleur, je dois analyser pourquoi.
Tu vois ? Jamais un verdict sur leur identité. Toujours un feedback sur leur performance.
Et ce n’est pas parce qu’ils sont plus forts que toi. C’est parce qu’ils ont appris, souvent à leurs dépens, que l’échec est un passage obligé. Qu’il n’y a pas de progression sans erreur. Qu’on n’apprend pas dans la réussite, on apprend dans l’ajustement.
Je me souviens d’un footballeur que j’ai suivi il y a quelques années. Jeune, talentueux, mais il sortait d’une saison catastrophique. Il avait raté un penalty décisif en fin de match, son équipe avait perdu, et il s’était fait insulter sur les réseaux sociaux. Pendant des mois, il n’arrivait plus à tirer un penalty à l’entraînement. Il tremblait. Il se dérobait.
On a travaillé en hypnose sur la dissociation. L’idée, c’était de l’aider à voir ce penalty comme un événement, pas comme une identité. Ce n’est pas je suis un rateur de penalty. C’est j’ai raté un penalty dans des conditions spécifiques, et je peux apprendre de cette expérience.
On a aussi travaillé sur le scénario idéal. En hypnose, tu peux rejouer mentalement une situation en modifiant les paramètres. Pas pour effacer l’échec, mais pour créer une nouvelle mémoire, une nouvelle ressource.
Au bout de quelques semaines, il a retiré un penalty. Pas en match, à l’entraînement. Mais il l’a retiré. Et il l’a mis.
Il m’a dit après : Ce n’est pas que j’ai réussi. C’est que j’ai accepté de pouvoir rater.
C’est ça, la clé. Accepter l’échec comme une possibilité, pas comme une fatalité. Et ça, c’est accessible à tout le monde, pas seulement aux sportifs de haut niveau.
Accepter l’échec, ce n’est pas baisser les bras. C’est enlever le poids de la perfection pour pouvoir avancer.
Le syndrome de l’imposteur et le perfectionnisme sont des jumeaux toxiques. Ils se nourrissent l’un l’autre.
Le perfectionnisme te dit : Si ce n’est pas parfait, ça ne vaut rien. L’imposteur te dit : Comme tu n’es pas parfait, tu ne vaux rien.
Tu passes ta vie à courir après une cible qui n’existe pas. Et tu es épuisé.
Je vois des patients qui passent trois heures sur un mail qui en mérite vingt minutes. Des patients qui n’envoient jamais leur travail parce qu’ils trouvent toujours quelque chose à améliorer. Des patients qui refusent des opportunités parce qu’ils ne se sentent pas prêts.
La question que je leur pose souvent, c’est : Est-ce que tu exigerais le même niveau de perfection de la part de quelqu’un d’autre ?
La réponse est toujours non. Ils sont indulgents avec les autres, impitoyables avec eux-mêmes.
En hypnose ericksonienne, on ne combat pas le perfectionnisme. On le contourne. On utilise des métaphores, des histoires, des suggestions indirectes pour permettre au cerveau de trouver une nouvelle voie.
Par exemple, je raconte parfois l’histoire d’un jardinier qui plante une graine. Il ne lui demande pas d’être un arbre en un jour. Il l’arrose, il laisse le temps, il accepte que certaines pousses soient plus lentes que d’autres. Et il ne juge pas la graine parce qu’elle n’est pas encore un chêne.
C’est une image simple, mais elle parle à des parties de toi que la logique n’atteint pas. Le perfectionnisme, ce n’est pas un problème rationnel. C’est un problème émotionnel, ancré dans des croyances anciennes. Et l’hypnose, ça permet d’aller toucher ces croyances sans passer par la bagarre.
Un patient m’a dit un jour : Je sais que je suis trop exigeant avec moi-même. Je le sais intellectuellement. Mais ça ne change rien.
Bien sûr que non. Savoir quelque chose ne suffit pas à le changer. Sinon, tout le monde arrêterait de fumer, de stresser, de se sous-estimer.
Le changement, il passe par l’expérience. Par le corps. Par la sensation. Et l’hypnose, c’est un outil pour créer cette expérience. Pour permettre à ton cerveau de vivre une situation autrement, et d’enregistrer une nouvelle possibilité.
L’une des grandes peurs de l’imposteur, c’est le regard des autres. Que vont-ils penser de moi ? Ils vont voir que je ne suis pas à la hauteur. Je vais perdre leur respect.
Cette peur te pousse à l’isolement. Tu ne demandes pas d’aide. Tu ne poses pas de questions. Tu ne partages pas tes doutes. Tu joues la comédie de la compétence, et tu es seul avec ton stress.
L’Intelligence Relationnelle, c’est l’art de naviguer dans les relations humaines avec conscience et authenticité. Et c’est une arme redoutable contre l’imposteur.
Pourquoi ? Parce que l’imposteur se nourrit du secret. Plus tu caches tes doutes, plus ils grossissent. Plus tu prétends être parfait, plus tu as peur d’être démasqué.
À l’inverse, quand tu oses dire à un collègue : Là, je suis un peu perdu, tu peux m’aider ? ou J’ai fait une erreur sur ce dossier, comment on rattrape ça ?, deux choses se produisent.
D’abord, tu découvres que la plupart des gens sont bienveillants. Ils ne te jugent pas. Ils se souviennent de leurs propres erreurs. Parfois, ils te disent même : Ah, moi aussi j’ai fait la même chose.
Ensuite, tu brises le mythe de l’expert infaillible. Tu montres que tu es humain, et ça te rend plus accessible, plus crédible. Les gens ne respectent pas celui qui ne se trompe jamais. Ils respectent celui qui sait reconnaître ses erreurs et les réparer.
Je travaille régulièrement avec des équipes sur l’Intelligence Relationnelle. Un exercice simple, c’est le retour d’expérience sans jugement. Chacun raconte une erreur qu’il a faite dans la semaine, et les autres écoutent sans commenter, sans conseiller. Juste en accueillant.
La première fois, c’est très inconfortable. Les gens veulent se justifier, expliquer pourquoi ce n’est pas grave. Petit à petit, ils apprennent à poser leur erreur, sans la défendre, sans s’y identifier. Et ils découvrent que ça ne les détruit pas. Au contraire, ça les allège.
L’imposteur ne supporte pas la vulnérabilité. Parce que la vulnérabilité, c’est la preuve que tu es humain, et que tu n’as rien à cacher.
Je ne vais pas te laisser avec des concepts et des histoires. Voici trois choses concrètes que tu peux mettre en place dès aujourd’hui.
1. Le rituel de l’erreur du jour
Chaque soir, pendant une semaine, prends cinq minutes pour
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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