PsychologieConfiance Et Estime De Soi

Pourquoi les affirmations positives ne suffisent pas toujours

Les limites des mantras face aux blocages profonds.

TSThierry Sudan
26 avril 202613 min de lecture

Tu les as répétées, ces phrases. Devant le miroir, le matin, en te brossant les dents. « Je suis capable », « Je mérite le succès », « Je suis assez bien ». Tu les as écrites sur des post-it collés à ton écran d’ordinateur. Peut-être même les as-tu écoutées en boucle, enregistrées par une voix douce sur une appli de méditation. Et pourtant, quelque chose coince. Une petite voix intérieure, plus discrète mais tenace, continue de chuchoter le contraire. Comme si ces belles phrases glissaient sur toi sans pénétrer. Tu n’es pas seul ou seule. Beaucoup de personnes viennent me voir à Saintes en me disant : « J’ai tout essayé, les affirmations, la pensée positive… mais ça ne marche pas sur moi. » Alors aujourd’hui, je veux t’expliquer pourquoi, et surtout te proposer une autre voie.

Pourquoi ton cerveau refuse-t-il d’avaler ces affirmations ?

La première chose à comprendre, c’est que ton cerveau n’est pas une page blanche. Il est rempli de croyances, de souvenirs, d’expériences. Quand tu lui dis « Je suis confiant », il va immédiatement chercher des preuves dans ta mémoire. Et si ton vécu contient surtout des situations où tu as douté, où tu as échoué, où tu t’es senti nul, alors ton cerveau va faire « bip : incohérence détectée ». Il va rejeter l’affirmation comme un organisme rejette un organe étranger.

C’est ce qu’on appelle la dissonance cognitive. Plus l’écart est grand entre ce que tu affirmes et ce que tu crois profondément, plus le rejet est fort. Les affirmations positives, dans ce cas, ne font que souligner le fossé. Au lieu de te sentir mieux, tu te sens encore plus imposteur. Tu te dis : « Je ne suis même pas capable de croire en ces phrases, je suis vraiment nul(le). » La boucle infernale est en place.

Imagine un instant que tu essaies de planter une graine de rosier dans un sol complètement saturé de cailloux et de racines de chiendent. Tu peux répéter « pousse, belle rose » autant que tu veux, la graine ne poussera pas tant que tu n’auras pas retourné la terre, enlevé les cailloux, et désherbé. Les affirmations sont la graine. Mais ton inconscient est le sol. Si le sol est toxique, la graine pourrit.

Les mantras fonctionnent parfois, je te l’accorde. Quand la croyance sous-jacente est déjà un peu fragile, un peu vacillante. Une petite piqûre de rappel peut suffire à la renforcer. Mais face à un blocage profond, une blessure d’enfance, une humiliation répétée, une phrase gentille ne fait pas le poids. C’est comme mettre un pansement sur une fracture ouverte. Ça cache, mais ça ne répare pas.

« Les affirmations positives sont une tentative de repeindre le mur de l’extérieur, alors que l’humidité vient de l’intérieur. »

Alors, concrètement, que se passe-t-il dans ta tête quand tu répètes « Je suis fort(e) » alors qu’une partie de toi se sent faible ? Une partie de toi, que j’appelle une « partie protectrice » dans l’approche IFS (Internal Family Systems), va se manifester. Elle va dire : « Attention danger ! On ne va pas se raconter d’histoires, on sait ce qui est arrivé la dernière fois qu’on a pris confiance. » Cette partie va activer des mécanismes de défense : anxiété, procrastination, auto-sabotage. Elle ne cherche pas à te nuire, elle cherche à te protéger. Mais elle bloque l’affirmation.

La fausse promesse de la pensée magique

On vit dans une culture qui adore les slogans simples. « Pense positif, et ta vie changera. » « Tout est dans ton mindset. » C’est séduisant, parce que ça te donne l’impression que tu as le contrôle. Si ça ne marche pas, c’est de ta faute : tu n’as pas assez visualisé, pas assez cru, pas assez répété. C’est une forme de violence douce, mais c’est une violence quand même. Tu ajoutes de la culpabilité à la souffrance initiale.

La pensée positive, poussée à l’extrême, devient une pensée magique. Elle nie la réalité de ta douleur. Elle te dit que si tu es triste, anxieux, en colère, c’est que tu n’as pas assez travaillé sur toi. Or, la tristesse, la colère, la peur sont des émotions humaines, normales, légitimes. Elles ont une fonction. Les nier, c’est se couper d’une partie de soi-même. C’est comme essayer de faire le plein d’une voiture en ignorant qu’elle a un pneu crevé. Tu peux mettre tout l’essence que tu veux, tu n’avanceras pas droit.

J’ai reçu un jour un jeune homme, appelons-le Maxime. Il était venu pour une « perte de confiance ». Il avait un job stable, une copine, un appart. Sur le papier, tout allait bien. Mais il se sentait vide, incapable de prendre des décisions, terrorisé à l’idée de décevoir. Il avait passé des mois à écouter des affirmations sur la confiance. Il m’a dit : « Je les connais par cœur, je les répète, mais je les ressens comme des mensonges. » En explorant avec l’hypnose ericksonienne, on a découvert qu’à 8 ans, son père lui avait dit, sur un ton froid : « Tu ne seras jamais à la hauteur, arrête de rêver. » Cette phrase s’était gravée dans son système nerveux. Elle était devenue une vérité. Les affirmations « Je suis à la hauteur » venaient percuter ce rocher. Elles ne pouvaient pas gagner.

Les affirmations, dans ce cas, fonctionnent comme un cache-misère. Elles occupent le devant de la scène, pendant que la vraie blessure continue de saigner dans l’ombre. Et comme tu ne vois pas de résultat, tu te sens encore plus impuissant(e). Tu peux même te dire : « Je suis un cas désespéré, même la positive attitude ne marche pas sur moi. » C’est exactement l’inverse qu’il faudrait comprendre : ce n’est pas toi qui es en échec, c’est l’outil qui n’est pas adapté au problème.

L’hypnose et l’IFS : aller à la rencontre de ce qui résiste

Alors, comment faire si les affirmations ne suffisent pas ? La réponse, c’est d’arrêter de vouloir forcer le changement par le haut, et d’aller creuser en profondeur. C’est là que l’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems) deviennent des alliés puissants. Ces approches ne cherchent pas à contrer la partie de toi qui résiste. Au contraire, elles l’invitent à s’asseoir à la table, à prendre la parole.

Je te propose une image. Imagine que tu es un chef d’orchestre. Les affirmations, c’est comme si tu criais à tout l’orchestre : « Jouez tous la même note ! » Mais certains musiciens (tes parties) jouent une musique complètement différente, parce qu’ils ont leur propre partition, écrite par des expériences passées. Au lieu de les faire taire, l’hypnose et l’IFS consistent à se tourner vers ces musiciens, à écouter leur mélodie, à comprendre pourquoi ils jouent cette note-là. Et une fois que tu les as entendus, que tu as reconnu leur souffrance ou leur peur, alors tu peux doucement réécrire la partition ensemble.

En séance, je ne vais pas te dire : « Maintenant, répète après moi : je suis fort(e) ». Je vais plutôt te dire : « Laisse venir une partie de toi qui doute. Où la sens-tu dans ton corps ? Si elle avait une forme, une couleur, un âge, ce serait quoi ? Qu’est-ce qu’elle a besoin que tu saches ? » On entre dans un dialogue. Et c’est là que la magie opère. La partie qui résistait, qui sabotait, se révèle souvent être une partie blessée, qui a besoin d’être rassurée, aimée, intégrée.

Par exemple, une partie qui te dit « Tu es nul(le) » peut en réalité être une partie qui a pris ce rôle pour te protéger. Peut-être qu’elle a appris, dans ton enfance, qu’il valait mieux que tu te critiques toi-même avant que les autres ne le fassent. C’était une stratégie de survie. Aujourd’hui, elle est devenue un tyran intérieur. Mais si tu l’écoutes avec compassion, elle peut se détendre. Elle peut laisser la place à une autre partie, une partie plus confiante, plus créative, qui était étouffée.

L’hypnose ericksonienne, elle, va travailler de manière indirecte. Elle va utiliser des métaphores, des histoires, des suggestions qui contournent les résistances conscientes. Ton mental critique, celui qui rejette les affirmations, va être mis en veille. Pendant ce temps, ton inconscient, ce vaste réservoir de ressources, va pouvoir intégrer de nouvelles perspectives, de nouvelles possibilités. Ce n’est pas une bagarre, c’est une négociation. Une redirection douce.

L’Intelligence Relationnelle : quand la confiance se construit à deux

Un autre angle mort des affirmations positives, c’est qu’elles sont un acte solitaire. Tu es seul(e) face à ton miroir. Or, la confiance en soi, l’estime de soi, se construisent et se réparent avant tout dans la relation à l’autre. C’est ce que j’explore avec l’Intelligence Relationnelle.

Pense à la façon dont un enfant apprend qu’il a de la valeur. Ce n’est pas en se répétant « je suis aimable ». C’est parce que ses parents, ses éducateurs, le regardent, le touchent, lui sourient, le félicitent. Son sentiment de valeur se construit dans le regard de l’autre. Si ce regard a été absent, critique, ou conditionnel, une blessure s’installe. Une croyance du type « je ne suis pas assez bien pour être aimé(e) ». Les affirmations ne peuvent pas réparer cette blessure relationnelle parce qu’elles ne viennent pas de l’autre. Elles viennent de toi, et elles sont contaminées par le doute.

L’Intelligence Relationnelle, c’est l’art de créer des espaces sécurisés dans la relation. C’est apprendre à exprimer tes besoins, à poser tes limites, à recevoir de l’autre sans te sentir redevable ou menacé(e). C’est aussi apprendre à voir l’autre tel qu’il est, sans projeter tes peurs sur lui.

En préparant des sportifs, des coureurs ou des footballeurs, j’observe la même chose. Un athlète peut se répéter « je suis fort mentalement » avant une compétition. Mais s’il n’a pas construit une relation de confiance avec son corps, avec son entraîneur, avec ses coéquipiers, cette affirmation s’effondre au premier obstacle. La vraie force mentale, elle se nourrit de la sécurité relationnelle. Savoir qu’on peut compter sur un soutien, qu’on a le droit de faillir, que l’erreur n’est pas une honte. C’est ça qui permet d’encaisser les coups durs.

Tu vois, les affirmations te renvoient à une image idéale de toi-même, une image que tu dois atteindre tout(e) seul(e). L’Intelligence Relationnelle te rappelle que tu es un être de lien. Que ta confiance peut se réparer dans un regard bienveillant, dans une parole vraie, dans un silence partagé. C’est beaucoup plus puissant qu’un mantra.

« La confiance ne se décrète pas dans la solitude du mental. Elle se cultive dans la chaleur d’une présence. »

Que faire concrètement quand les mantras échouent ?

Alors, tu es peut-être en train de te dire : « D’accord, je comprends les limites. Mais concrètement, qu’est-ce que je fais ? Je jette mes post-it ? » Non, ne les jette pas tout de suite. Mais change de stratégie. Voici quelques pistes que tu peux expérimenter dès aujourd’hui, seul(e) ou accompagné(e).

1. Passe de l’affirmation à la question. Au lieu de dire « Je suis confiant(e) », demande-toi : « Qu’est-ce qui, en moi, empêche la confiance de s’installer ? » ou « Comment pourrais-je accueillir un tout petit peu plus de confiance aujourd’hui ? » La question ouvre un espace de curiosité. Elle ne force pas une réponse toute faite. Elle invite ton inconscient à chercher, à explorer. C’est une posture plus humble et plus efficace.

2. Accueille la partie qui résiste. Quand tu sens une voix intérieure te dire « ça ne marchera pas », ne la combat pas. Au contraire, remercie-la. Dis-lui : « Je t’entends, je sais que tu veux me protéger. Qu’est-ce qui te fait peur ? » Tu peux même lui donner une forme, un nom. « Tiens, voilà la partie sceptique qui revient. Bonjour. » En la reconnaissant, tu cesses de la nourrir par la lutte. Tu lui donnes un espace, et souvent, elle se calme.

3. Ancre une ressource corporelle. Les mots ne suffisent pas. Il faut passer par le corps. Souviens-toi d’un moment où tu t’es senti(e) compétent(e), en sécurité, fier(e) de toi. Pas besoin que ce soit un grand moment. Un petit instant. Ferme les yeux, revis le lieu, les sons, les odeurs. Et surtout, sens où cette sensation se niche dans ton corps. Dans la poitrine ? Le ventre ? Les mains ? Pose ta main à cet endroit. Respire. Puis, associe cette sensation à un geste simple (serrer le poing, toucher ton épaule). Tu viens de créer une ancre. Tu pourras l’utiliser dans un moment de doute. C’est plus concret qu’une phrase.

4. Cherche une relation qui te soutient. Parle à quelqu’un de confiance. Pas pour qu’il te répète des affirmations, mais pour qu’il t’écoute vraiment. Dis-lui : « J’ai une partie de moi qui croit que je ne suis pas à la hauteur. Je ne te demande pas de me convaincre du contraire. Juste de m’entendre. » Le simple fait d’être entendu(e) sans jugement peut désamorcer la charge émotionnelle de la croyance.

Conclusion : une invitation à arrêter de lutter seul(e)

Tu l’as compris, mon intention n’est pas de diaboliser les affirmations positives. Elles ont leur place, pour entretenir une dynamique, pour se rappeler une intention. Mais quand tu fais face à un blocage profond, quand tu sens que tu tournes en rond, il est temps de changer d’outil. Il est temps d’arrêter de te battre contre toi-même.

Les approches que j’utilise – l’hypnose ericksonienne, l’IFS, l’Intelligence Relationnelle – ne te promettent pas de transformer ta vie en un conte de fées en trois séances. Elles te proposent quelque chose de plus précieux : une trêve. Une trêve avec tes parties en guerre. Une possibilité de te rencontrer vraiment, avec tes blessures et tes ressources. Et à partir de cette rencontre, un changement durable peut émerger, non pas parce que tu t’es forcé(e) à croire, mais parce que tu as accueilli ce qui était là.

Si tu te reconnais dans ce que je viens de décrire, si tu sens que les mantras ne suffisent plus et que tu as besoin d’un espace pour écouter ce qui se joue vraiment en toi, je suis là. Mon cabinet à Saintes est un lieu où tu peux venir poser ce qui pèse, sans avoir à faire semblant. On peut travailler sur la confiance, l’estime de soi, la préparation mentale, ou tout simplement sur cette sensation d’être bloqué(e).

Tu n’as pas à traverser cela seul(e). Prendre contact, ce n’est pas un aveu de faiblesse. C’est un acte de courage. Celui de dire : « Je mérite une approche qui me respecte vraiment, dans toute ma complexité. » Alors, si le cœur t’en dit, fais le premier pas. Envoie-moi un message, appelle. On se rencontrera sans jugement, avec une tasse de thé et une vraie écoute. Parce que tu vaux bien plus qu’une phrase collée sur un

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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