PsychologieConfiance Et Estime De Soi

Pourquoi les femmes compétentes sont plus touchées que les hommes

Les causes sociétales et psychologiques derrière ce déséquilibre.

TSThierry Sudan
26 avril 202613 min de lecture

Tu les reconnais tout de suite dans une réunion. Cette femme qui prépare ses dossiers avec une rigueur exemplaire, qui maîtrise son sujet sur le bout des doigts, mais qui, lorsqu’on lui demande son avis, hésite, minimise son propos ou le termine par un « mais je ne suis peut-être pas la mieux placée pour en parler ». Elle a trois diplômes, dix ans d’expérience et des résultats concrets. Pourtant, dans sa tête, une voix lui répète qu’elle va se faire démasquer, qu’elle n’est pas assez légitime, que les autres sont plus compétents qu’elle. Cette femme, c’est peut-être toi. Ou ta collègue, ta sœur, ta cliente.

Je reçois régulièrement dans mon cabinet à Saintes des femmes brillantes, souvent cadres, cheffes d’entreprise ou artistes, qui me disent la même chose : « Je sais que je suis compétente, mais je n’y crois pas vraiment. » Pendant ce temps, leurs homologues masculins, parfois moins qualifiés, avancent sans ce poids intérieur. Ce n’est pas une impression. Les études le confirment : les femmes souffrent davantage du syndrome de l’imposteur, et cela a des causes sociétales et psychologiques bien ancrées. Dans cet article, je vais t’expliquer pourquoi, et surtout te donner des clés pour sortir de cette spirale.

Pourquoi les femmes doutent-elles plus que les hommes dans un contexte professionnel ?

Le doute n’est pas une fatalité biologique. Si tu te sens moins légitime alors que tes résultats prouvent le contraire, ce n’est pas parce que tu es une femme « trop sensible » ou « pas assez confiante ». C’est le résultat d’un conditionnement puissant, qui commence dès l’enfance et se renforce à l’âge adulte.

Prenons un exemple concret. J’ai accompagné une ingénieure en génie civil, appelons-la Sophie. Elle gérait des chantiers complexes, avec des budgets de plusieurs millions d’euros. Lors d’une réunion avec des partenaires masculins, elle présentait ses calculs. Un collègue, pourtant moins expérimenté, interrompait, proposait une alternative hasardeuse. Sophie se taisait, laissait passer, puis revenait me voir en disant : « Je n’aurais pas dû hésiter, j’avais raison. » Son collègue, lui, n’avait pas hésité une seconde. Pourquoi ? Parce que depuis son plus jeune âge, on a appris à Sophie à être irréprochable avant de s’exprimer, alors que son collègue a appris à s’affirmer même avec des lacunes.

Les études en psychologie sociale montrent que les femmes sont socialisées pour rechercher la perfection et la validation externe, tandis que les hommes sont encouragés à prendre des risques et à revendiquer leur place. Une étude de l’Université de Stanford (2019) a révélé que les femmes postulent à une offre d’emploi seulement si elles répondent à 100 % des critères, alors que les hommes postulent dès qu’ils en remplissent 60 %. C’est mécanique. Ce n’est pas une question de compétence réelle, mais de perception conditionnée.

En tant qu’hypnothérapeute, je vois souvent cette dissonance : la partie rationnelle de mes clientes sait qu’elles sont bonnes, mais une partie plus ancienne, souvent liée à l’enfance, continue de douter. Cette partie a été formée par des messages répétés : « Sois sage », « Ne te vante pas », « Les autres d’abord ». Résultat, à l’âge adulte, ces femmes se retrouvent à faire deux fois plus pour prouver leur valeur, tout en pensant que ce n’est jamais assez.

« Le syndrome de l’imposteur n’est pas un trouble individuel, c’est un symptôme collectif. Il révèle comment une société apprend à certaines personnes à douter d’elles-mêmes pour maintenir un ordre établi. »

Le syndrome de l’imposteur : un mécanisme sociétal plus qu’un défaut personnel

Quand on parle de syndrome de l’imposteur, on imagine souvent une personne qui manque de confiance en elle. Mais c’est plus complexe. Ce syndrome a été identifié en 1978 par les psychologues Pauline Clance et Suzanne Imes. Elles l’ont d’abord observé chez des femmes brillantes, cadres et universitaires. Leur découverte ? Ces femmes attribuaient leur succès à la chance, à l’effort excessif ou à des circonstances extérieures, jamais à leur compétence.

Depuis, les études ont montré que ce mécanisme touche aussi les hommes, mais avec une intensité et une fréquence moindres. Pourquoi ? Parce que les femmes évoluent dans un environnement qui valide moins leur légitimité. Je ne parle pas de mauvaise foi ou de sexisme flagrant, mais de micro-messages quotidiens.

Pense à ces moments : tu es en réunion, tu proposes une idée. Personne ne réagit. Cinq minutes plus tard, un collègue masculin reformule exactement la même chose, et tout le monde applaudit. Ce n’est pas un complot, c’est un biais cognitif collectif appelé « biais de compétence implicite ». La société a intériorisé que l’autorité et la compétence sont masculines. Résultat, une femme doit constamment prouver qu’elle mérite sa place, alors qu’un homme est souvent crédité d’une compétence par défaut.

Dans mon cabinet, j’entends des histoires comme celle de Claire, une responsable marketing de 38 ans. Elle avait mené une campagne qui avait augmenté les ventes de 40 %. Son directeur lui a dit : « Bravo, tu as eu de la chance avec le timing. » Aucun de ses collègues masculins n’aurait reçu ce commentaire. Ce genre de message, répété des centaines de fois, finit par s’imprimer dans le cerveau. La personne commence à douter de sa propre réalité.

L’hypnose ericksonienne, que j’utilise avec mes clients, permet justement de déverrouiller ces croyances. On ne va pas simplement « se persuader » qu’on est compétente. On va aller chercher la partie de soi qui a enregistré ces messages, la comprendre, et lui donner une nouvelle perspective. Car le syndrome de l’imposteur n’est pas une vérité absolue, c’est une habitude de pensée. Et les habitudes peuvent se changer.

Pourquoi les hommes sont-ils moins touchés par ce phénomène ?

Il ne s’agit pas de dire que les hommes ne doutent jamais. Bien sûr que si. Mais la manière dont ils vivent le doute est différente. D’abord, ils sont socialisés pour externaliser l’échec. Quand un homme rate un projet, il va souvent dire : « Le contexte était difficile », « L’équipe n’a pas suivi », « Le client était exigeant ». Il protège son estime de soi en attribuant l’échec à des facteurs extérieurs.

À l’inverse, une femme va intérioriser : « Je n’ai pas été assez préparée », « Je n’ai pas les compétences », « J’aurais dû travailler plus ». C’est ce que les chercheurs appellent le « biais d’attribution ». Les femmes attribuent leurs succès à des causes externes (chance, aide) et leurs échecs à des causes internes (manque de talent). Les hommes font l’inverse.

Ce mécanisme est renforcé par le milieu professionnel. Une étude de Harvard Business Review (2020) a montré que les femmes reçoivent des feedbacks plus axés sur leur comportement (« sois plus assertive », « parle moins fort »), tandis que les hommes reçoivent des feedbacks sur leurs compétences techniques. Le message sous-jacent pour les femmes ? « Tu es évaluée sur ta personne, pas sur ton travail. » Cela génère une hypervigilance permanente.

En consultation, je vois souvent des hommes arriver avec une confiance inébranlable malgré des lacunes objectives. Ce n’est pas de l’arrogance, c’est un conditionnement. Ils ont appris que le doute est une faiblesse à cacher. À l’inverse, les femmes que je reçois sont souvent hyper-conscientes de leurs faiblesses, même infimes. Cette asymétrie n’est pas une question de nature, mais de culture.

L’IFS (Internal Family Systems), que j’intègre dans mon accompagnement, aide à repérer ces parties protectrices qui nous poussent à douter pour nous éviter une déception. Chez les femmes, il y a souvent une partie « perfectionniste » qui dit : « Si tu n’es pas parfaite, tu vas être rejetée. » Chez les hommes, c’est plus souvent une partie « compétiteur » qui dit : « Si tu montres ton doute, tu perds ta place. » Deux stratégies différentes, mais toutes deux façonnées par des attentes sociétales.

« Les femmes n’ont pas un problème de confiance, elles ont un problème de conditionnement. On leur a appris à se taire, à douter, à minimiser. Puis on leur demande d’être audacieuses et sûres d’elles. C’est une double contrainte impossible. »

Comment la charge mentale et les attentes sociales amplifient ce déséquilibre

Il y a un facteur souvent négligé : la charge mentale. Les femmes, même celles qui réussissent professionnellement, portent encore majoritairement la gestion du foyer, des enfants, des relations sociales. Ce n’est pas un jugement, c’est une réalité statistique. L’INSEE indique que les femmes consacrent en moyenne 3h26 par jour aux tâches domestiques contre 2h pour les hommes. Et cela inclut la planification mentale, cette fameuse charge invisible.

Quel est le lien avec le syndrome de l’imposteur ? La fatigue cognitive. Quand tu passes tes journées à jongler entre des dossiers professionnels exigeants et la gestion des rendez-vous médicaux, des devoirs, des courses, il te reste moins d’énergie pour te défendre en réunion, pour revendiquer une promotion, ou même pour reconnaître tes propres succès.

Je pense à une cliente, médecin généraliste à Saintes, mère de deux enfants. Elle arrivait épuisée à nos séances. Elle avait l’impression de faire « du sur-place » professionnellement, alors qu’elle gérait un cabinet complet et une famille. Sa partie imposteur lui disait : « Tu n’es pas une bonne médecin parce que tu es moins disponible que tes collègues masculins qui ont une femme à la maison. » Elle comparait sa situation à celle de ses confrères, sans voir qu’elle portait un double fardeau.

Les attentes sociales ajoutent une couche supplémentaire. On attend des femmes qu’elles soient compétentes et agréables, et disponibles, et modestes. Une femme qui s’affirme franchement est souvent perçue comme « agressive » ou « difficile », alors qu’un homme qui fait la même chose est vu comme « leader » ou « déterminé ». Ce biais de perception oblige les femmes à constamment moduler leur comportement, ce qui épuise et renforce le doute : « Si je dis ce que je pense, vais-je être jugée ? »

L’hypnose ericksonienne peut aider ici à décharger ces tensions. Pas pour « supporter » la charge mentale, mais pour permettre à la personne de se reconnecter à ses ressources profondes, sans le filtre des attentes extérieures. On travaille sur l’image de soi, sur la permission d’être imparfaite, sur le droit de dire non sans culpabilité.

Des exemples concrets pour comprendre et sortir de cette dynamique

Parlons de cas réels, anonymisés bien sûr. Il y a quelques mois, j’ai reçu une cheffe d’entreprise, appelons-la Anne. Elle dirigeait une PME de 15 salariés, avec un chiffre d’affaires en croissance. Pourtant, chaque décision importante était précédée de nuits blanches et de doutes. Elle consultait systématiquement son associé avant de trancher, même sur des sujets qu’elle maîtrisait.

En séance, nous avons exploré une scène de son enfance. À 12 ans, elle avait présenté un exposé brillant en classe. Sa mère lui avait dit : « C’est bien, mais tu aurais pu faire mieux, tu n’as pas assez travaillé. » Ce message, répété, avait créé une partie d’elle qui pensait : « Même quand je réussis, ce n’est jamais assez. » Cette partie, active à 40 ans, lui volait sa confiance.

Nous avons utilisé l’hypnose pour revisiter cette scène. Non pas pour effacer le souvenir, mais pour que la partie adulte d’Anne puisse dire à sa partie enfant : « Tu as fait de ton mieux, et c’était suffisant. » Progressivement, elle a commencé à prendre des décisions sans validation externe. Aujourd’hui, elle dirige son entreprise avec une assurance qu’elle n’avait jamais eue.

Autre exemple : Léa, une footballeuse amateur de bon niveau que j’accompagnais en préparation mentale. Elle était la meilleure buteuse de son équipe, mais avant chaque match, elle se disait : « Je vais décevoir. » Ses coéquipiers masculins, eux, avaient des rituels de confiance : « Je vais marquer, je suis le meilleur. » Léa avait intériorisé que l’humilité était une vertu féminine. Nous avons travaillé sur l’affirmation de ses compétences, non pas comme de l’arrogance, mais comme une reconnaissance factuelle. Elle a appris à se dire : « Je suis une bonne joueuse, et j’ai le droit de le savoir. »

Ces exemples montrent que le changement est possible. Il ne s’agit pas de devenir quelqu’un d’autre, mais de libérer la confiance qui est déjà là, enfouie sous des couches de conditionnements.

Ce que l’hypnose et l’IFS peuvent changer dans ce schéma

Tu te demandes peut-être : concrètement, comment ces approches aident-elles ? Je vais être honnête : l’hypnose ou l’IFS ne vont pas effacer les inégalités sociétales. Une femme continuera d’évoluer dans un monde qui la juge parfois différemment. Mais ces outils permettent de ne plus intérioriser ces jugements comme une vérité sur soi.

L’hypnose ericksonienne est un état de conscience modifié où l’on peut accéder à des ressources inconscientes. Concrètement, je guide la personne vers un état de relaxation profonde, où elle peut revisiter des souvenirs ou des croyances sans la résistance du mental critique. On ne combat pas le doute, on le transforme. Par exemple, si une partie de toi pense : « Je ne mérite pas cette promotion », on va explorer d’où vient cette partie, quel âge elle a, ce qu’elle essaie de protéger. Souvent, elle protège d’une peur plus ancienne : peur d’être rejetée, peur de ne pas être aimée si on réussit trop.

L’IFS (Internal Family Systems) est un modèle qui considère que notre psyché est composée de plusieurs « parties ». Il y a la partie « imposteur », la partie « perfectionniste », la partie « critique », mais aussi une partie « confiante » et « créative ». Le but n’est pas d’éliminer les parties qui doutent, mais de les comprendre et de les apaiser. Quand on accueille la partie qui doute avec compassion, elle se calme souvent d’elle-même.

J’utilise aussi l’Intelligence Relationnelle, qui aide à repérer les dynamiques relationnelles qui renforcent le syndrome de l’imposteur. Par exemple, apprendre à poser des limites, à dire non, à revendiquer son travail sans culpabilité. Ce sont des compétences qui se travaillent, comme un muscle.

« La confiance n’est pas l’absence de doute, c’est la capacité d’agir en présence du doute. L’hypnose t’aide à faire de la place à ce doute sans qu’il prenne le volant. »

Ce que tu peux faire dès maintenant pour briser ce cycle

Je ne veux pas te laisser avec un sentiment d’impuissance. Voici trois actions concrètes que tu peux mettre en place dès aujourd’hui, sans rendez-vous, sans matériel.

Première action : tiens un journal de succès. Chaque soir, note trois choses que tu as bien faites dans ta journée, aussi petites soient-elles. Pas des « j’ai été parfaite », mais des faits : « J’ai terminé ce dossier », « J’ai posé une question pertinente en réunion », « J’ai dit non à une tâche qui n’était pas la mienne ». Le cerveau a un biais négatif : il retient plus facilement les échecs que les succès. Ce journal rééquilibre la balance. Au bout d’une semaine, tu auras une preuve écrite de ta compétence.

Deuxième action : change ton langage intérieur. Quand tu te surprends à penser « J’ai eu de la chance », remplace par « J’ai travaillé pour ça ». Quand tu penses « Je ne suis pas

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

Prendre contact

Cet article vous a parlé ?

Parlons-en — premier échange, sans engagement.

Premier échange gratuit