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Pourquoi nos croyances limitantes nous bloquent dans le sport

Le mental qui sabote vos performances, décryptage.

TSThierry Sudan
26 avril 202613 min de lecture

Tu passes tes séances à répéter le même geste, et pourtant, en compétition, ça coince. Ou alors, tu es ce coureur qui, à chaque kilomètre 30, sent une fatigue qui n’a rien de physique, une espèce de mur invisible qui te freine. Peut-être que tu te reconnais dans ce footballeur qui, devant le but, hésite une fraction de seconde, et le ballon file à côté. Ce n’est pas un manque d’entraînement, ni une faiblesse technique. C’est quelque chose de plus sourd, de plus profond : une voix intérieure qui te dit « tu n’y arriveras pas », « ce n’est pas pour toi », « tu vas décevoir ». Ces petites phrases, tu les as entendues tellement souvent qu’elles sont devenues une partie de toi. On appelle ça des croyances limitantes. Et dans le sport, elles sont les ennemies silencieuses de la performance.

Je suis Thierry Sudan, praticien à Saintes, et depuis 2014, j’accompagne des sportifs – coureurs, footballeurs, mais aussi des adultes qui, dans leur vie quotidienne, se heurtent à ces mêmes blocages. Aujourd’hui, je veux te parler de ces croyances qui sabotent tes performances. Pas pour te donner une formule magique, mais pour que tu comprennes comment elles fonctionnent, d’où elles viennent, et surtout, comment tu peux commencer à les désamorcer. Parce que le mental, ce n’est pas un truc abstrait : c’est un muscle que tu peux entraîner.

Qu’est-ce qu’une croyance limitante, et pourquoi elle s’accroche à toi ?

Une croyance limitante, c’est une pensée que tu as répétée tellement de fois qu’elle est devenue une vérité absolue. Ce n’est pas une opinion, c’est une certitude. « Je ne suis pas un bon finisseur », « je manque de vitesse », « je n’ai pas le mental pour les gros événements ». Ces phrases, tu les as peut-être entendues d’un coach, d’un parent, ou d’un adversaire. Ou alors, tu te les es dites toi-même après un échec. Le problème, c’est que ton cerveau ne fait pas la différence entre une réalité objective et une histoire que tu te racontes. Si tu te convaincs que tu es lent, ton système nerveux va s’organiser pour confirmer cette croyance. Tu vas courir moins vite, non pas parce que tes jambes ne peuvent pas, mais parce que ton mental a déjà verrouillé la porte.

Prenons un exemple concret. J’ai accompagné un coureur semi-marathonien, appelons-le Marc. Il avait un chrono correct sur 10 km, mais dès qu’il passait les 15 km, il ralentissait inexorablement. Il disait : « Je ne suis pas fait pour les longues distances, je manque d’endurance mentale. » En discutant, on a découvert qu’à 16 ans, un entraîneur lui avait dit qu’il n’avait pas le gabarit pour le fond. Cette phrase, il l’avait gardée comme un tatouage intérieur. Pendant des années, il a programmé son corps pour s’arrêter à 15 km. Ce n’est pas une fatigue physique qui le freinait, c’était la peur de confirmer cette prédiction. Une fois qu’on a travaillé sur cette croyance avec l’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems), il a couru son premier semi en 1h35, sans sensation de mur.

Les croyances limitantes s’accrochent parce qu’elles te donnent une fausse sécurité. Elles te disent : « Si tu n’essaies pas vraiment, tu ne risques pas d’échouer. » C’est un mécanisme de protection. Mais dans le sport, cette protection te coûte cher. Elle te maintient dans une zone de confort où tu n’exploites jamais ton plein potentiel.

Blockquote : « Une croyance limitante n’est pas une vérité sur toi, c’est une vieille histoire que tu as acceptée sans la remettre en question. La changer, ce n’est pas trahir ton passé, c’est libérer ton avenir. »

Comment ces croyances se nichent dans ton corps et ton mental ?

Tu penses peut-être que les croyances sont juste des pensées. Mais en réalité, elles s’ancrent dans tout ton être. Si tu as la croyance « je ne suis pas assez fort », ton corps va se tendre avant un effort. Tes épaules remontent, ta respiration devient courte, ta mâchoire se serre. Ce sont des réponses automatiques, des réflexes conditionnés. Et ton mental suit : tu doutes, tu te compares, tu anticipes l’échec.

J’ai travaillé avec un footballeur, Lucas, qui était excellent à l’entraînement mais catastrophique en match. Il disait : « Je perds mes moyens, je ne suis pas un joueur de compétition. » En l’observant, j’ai vu que dès qu’il entrait sur le terrain le dimanche, sa posture changeait. Il courbait légèrement le dos, regardait le sol, et ses gestes devenaient saccadés. Son corps racontait l’histoire de son manque de confiance. Avec l’Intelligence Relationnelle (IR), on a exploré la relation qu’il avait avec son propre « joueur compétiteur ». Il s’est rendu compte qu’une partie de lui (ce qu’on appelle une « partie » en IFS) avait peur de décevoir son père, qui était un ancien joueur. Cette partie s’activait en match, et le corps suivait.

Les croyances limitantes ne sont pas juste dans ta tête. Elles sont dans tes muscles, dans ta posture, dans ta respiration. C’est pour ça que les simples affirmations positives (« je suis fort, je suis fort ») ne marchent pas toujours. Ton corps n’y croit pas. Il faut un travail plus profond, qui passe par l’hypnose ou l’IFS, pour aller chercher la racine de cette croyance, là où elle s’est formée. Et souvent, cette racine est bien plus vieille que ta carrière sportive.

IFS : dialoguer avec la partie de toi qui bloque

L’IFS (Internal Family Systems), c’est une approche qui considère que ton esprit est composé de plusieurs « parties », comme une famille intérieure. Certaines parties sont protectrices, d’autres sont blessées. La croyance limitante, c’est souvent une partie protectrice qui essaie de t’éviter une souffrance. Elle dit : « Si tu ne t’engages pas à fond, tu ne risques pas d’être déçu. » Ou alors : « Si tu restes dans l’ombre, personne ne te critiquera. »

Quand un sportif vient me voir avec un blocage, je ne cherche pas à supprimer cette partie. Je cherche à la comprendre. Pourquoi est-elle là ? Depuis quand ? Qu’est-ce qu’elle essaie de protéger ? Un jour, un coureur m’a dit : « Je me sens paralysé avant chaque départ. Ce n’est pas du stress, c’est de la peur. » En IFS, on a invité cette partie « peur » à s’exprimer. Elle a dit : « Je veux qu’il reste en sécurité. La dernière fois qu’il a pris un risque, il s’est blessé. » Cette partie avait une bonne intention : le protéger. Mais elle le faisait mal, en l’empêchant de performer.

Le travail, c’est de remercier cette partie pour son rôle, et de lui montrer que tu es maintenant capable de gérer les risques autrement. C’est une négociation intérieure, pas un combat. Et ça marche. Ce coureur a appris à dire à sa peur : « Je t’entends, merci de veiller sur moi, mais aujourd’hui, je choisis de courir libéré. » Résultat : il a battu son record personnel sur marathon trois mois plus tard.

L’IFS, c’est un outil puissant parce qu’il ne te demande pas de nier ce que tu ressens. Au contraire, il t’invite à accueillir chaque partie avec curiosité. Et quand tu fais ça, la croyance limitante perd de son pouvoir. Elle n’est plus un mur, elle devient juste une voix parmi d’autres.

Blockquote : « La partie de toi qui dit “je n’y arriverai pas” n’est pas ton ennemie. Elle est ton protecteur maladroit. Apprends à la connaître, et elle cessera de te freiner. »

Hypnose ericksonienne : reprogrammer le pilote automatique

Si l’IFS est une conversation avec tes parties, l’hypnose ericksonienne, c’est une porte d’entrée vers l’inconscient. Ton inconscient, c’est ce qui gère ta respiration, ta fréquence cardiaque, mais aussi tes automatismes. Quand tu dribbles, tu ne réfléchis pas à chaque appui de pied. C’est ton inconscient qui fait le boulot. Mais si une croyance limitante est intégrée dans cet inconscient, elle va saboter ces automatismes.

Avec l’hypnose, on ne te met pas dans un état de sommeil ou de contrôle. On t’emmène dans un état de relaxation profonde où ton esprit critique s’apaise. C’est là que tu peux accéder à ces vieux programmes. Par exemple, un footballeur que j’ai suivi avait une croyance : « Je rate les penaltys importants. » Il avait raté un penalty décisif en finale de coupe trois ans plus tôt. Depuis, à chaque penalty, son inconscient rejouait cette scène. En hypnose, on a revisité ce souvenir, non pas pour l’effacer, mais pour lui donner un nouveau sens. On a installé une ressource : l’image de lui réussissant ce penalty, la sensation de confiance, la respiration calme. Progressivement, son inconscient a intégré cette nouvelle donnée.

L’hypnose ericksonienne est particulièrement efficace pour les sportifs parce qu’elle travaille avec les métaphores et les symboles. Tu n’as pas besoin de « comprendre » intellectuellement pourquoi tu bloques. Tu peux juste laisser ton inconscient faire le tri. Un coureur m’a dit un jour : « Pendant la séance, j’ai vu une porte qui s’ouvrait. Depuis, je cours plus léger. » C’est ça, l’hypnose : elle te donne accès à des ressources que tu ne savais pas avoir.

Mais attention : l’hypnose n’est pas une baguette magique. Elle ne change pas ta technique si tu ne t’entraînes pas. Elle ne te donne pas une condition physique que tu n’as pas bâtie. Elle libère le chemin, mais c’est toi qui marches dessus.

Préparation mentale : un entraînement comme un autre

Tu passes des heures à travailler ta technique, ton endurance, ta force. Mais ton mental, tu l’entraînes combien de fois par semaine ? Si tu es comme la plupart des sportifs amateurs ou semi-professionnels, la réponse est : peu, ou pas du tout. Pourtant, le mental, ça se travaille. Et ce n’est pas réservé aux champions olympiques.

La préparation mentale, c’est un ensemble d’outils concrets. Des routines de concentration, des techniques de respiration, des visualisations, des dialogues intérieurs positifs. Mais ça ne sert à rien si tu n’as pas d’abord identifié les croyances qui te bloquent. C’est comme repeindre un mur sans enlever la moisissure. La préparation mentale devient efficace quand elle s’appuie sur un socle nettoyé.

Prenons le cas de Sophie, une coureuse de trail. Elle avait une croyance : « Je ne suis pas assez rapide en descente. » Elle perdait du temps à chaque descente, même si techniquement elle était bonne. On a travaillé sur cette croyance avec l’IFS (une partie d’elle avait peur de tomber, depuis une chute à l’adolescence). Ensuite, on a mis en place une routine : avant chaque descente, elle prend trois respirations, visualise ses appuis, et se dit « je suis fluide, je suis légère ». Au bout d’un mois, elle a gagné 10 minutes sur un parcours de 25 km. Pas parce qu’elle courait plus vite, mais parce qu’elle n’hésitait plus.

La préparation mentale, c’est aussi apprendre à gérer la pression. Beaucoup de sportifs se disent : « Je stresse, donc je vais échouer. » Mais le stress n’est pas l’ennemi. C’est une énergie. Le problème, c’est quand tu le juges. Avec l’Intelligence Relationnelle, j’apprends aux sportifs à changer leur relation au stress. Au lieu de le combattre, ils l’accueillent. « Bonjour stress, je sais que tu es là pour me donner de l’énergie. Merci. » Ça paraît simple, mais ça change tout.

Blockquote : « Le stress n’est pas un frein, c’est un moteur mal réglé. Apprends à le connaître, et il te portera au lieu de te paralyser. »

Comment identifier tes propres croyances limitantes ? Trois indices concrets

Tu te demandes peut-être : « Et moi, quelles sont mes croyances limitantes ? » Voici trois indices pour les repérer.

1. Les phrases que tu répètes. Écoute-toi parler de ton sport. Qu’est-ce que tu dis souvent ? « Je ne suis pas bon en fin de course », « je manque de explosivité », « je n’ai pas de chance ». Ces phrases sont des indices. Écris-les. Ce sont tes croyances.

2. Les situations qui te font réagir fort. Si tu ressens une émotion intense avant ou pendant un effort – peur, colère, honte – il y a une croyance derrière. Par exemple, si tu paniques avant un départ, la croyance pourrait être : « Je ne suis pas à ma place parmi ces gens. »

3. Les schémas qui se répètent. Tu rates toujours le même type de geste ? Tu ralentis toujours au même kilomètre ? Tu perds toujours contre le même type d’adversaire ? Ce n’est pas une coïncidence. C’est un pattern. Et derrière chaque pattern, il y a une croyance.

Prends un carnet et note ces trois choses pendant une semaine. Ne juge pas, observe. Tu verras émerger un portrait de tes croyances. Ce n’est pas agréable, je te préviens. Mais c’est le premier pas pour les transformer.

Ce que ces approches font et ne font pas

Je veux être honnête avec toi. L’IFS, l’hypnose, l’Intelligence Relationnelle, ce ne sont pas des solutions miracles. Elles ne remplacent pas l’entraînement. Elles ne te donneront pas une technique que tu n’as pas construite. Elles ne feront pas disparaître la fatigue ou la douleur.

Ce qu’elles font, en revanche, c’est libérer ce qui est déjà là. Elles enlèvent les freins. Si tu as le potentiel pour courir un marathon en 3h30, mais qu’une croyance te bloque à 4h, ces approches peuvent t’aider à dépasser ce blocage. Elles ne te feront pas courir en 2h30 si tu n’as pas la condition physique. Mais elles te permettront d’exprimer pleinement ce que tu es capable de faire.

Elles ne sont pas non plus une thérapie longue. Certains sportifs voient des changements en 3 ou 4 séances. D’autres ont besoin de plus de temps, surtout si les croyances sont anciennes ou liées à des blessures émotionnelles profondes. Et ce n’est pas un problème. Ce qui compte, c’est que tu avances.

Enfin, ces approches ne te demandent pas de croire en quelque chose. Tu n’as pas besoin d’être « réceptif » ou « ouvert d’esprit ». Il suffit d’être curieux. Viens avec ton doute, ton scepticisme, tes questions. C’est souvent avec ceux qui doutent le plus que le travail est le plus puissant.

Un pas que tu peux faire maintenant

Tu n’as pas besoin de prendre rendez-vous tout de suite pour commencer à changer. Voici quelque chose que tu peux faire seul, aujourd’hui.

Prends un moment calme, sans distraction. Ferme les yeux, et respire profondément trois fois. Pense à une situation sportive où tu te sens bloqué. Pas besoin de détailler, juste l’image. Puis, pose-toi cette question : « Quelle est la phrase que je me dis dans cette situation ? » Laisse venir la réponse sans la juger. Peut-être que c’est « je vais échouer », ou « je ne suis pas assez bon », ou « les autres sont meilleurs ». Note-la sur un papier.

Maintenant, demande-toi : « Depuis quand est-ce que je me dis ça ? » Peut-être que ça remonte à un

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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