PsychologieConfiance Et Estime De Soi

Témoignage : comment j'ai appris à m'accepter sans me juger

Une histoire vraie pour s'inspirer et retrouver la paix.

TSThierry Sudan
28 avril 202613 min de lecture

Je reçois souvent des messages de personnes qui me disent : « Je sais qu’il faudrait que je m’accepte, mais je ne sais pas par où commencer. » Ou encore : « On me répète de m’aimer, mais c’est comme si je parlais à un mur. »

Ces phrases, je les entends depuis douze ans dans mon cabinet à Saintes. Et je les comprends parfaitement. Parce que l’acceptation de soi, ce n’est pas une injonction douce qu’on active d’un claquement de doigts. C’est un chemin. Parfois sinueux, souvent inconfortable, mais profondément libérateur.

Aujourd’hui, j’ai envie de partager avec toi l’histoire d’Alexandre. Ce n’est pas son vrai prénom, mais son parcours est réel. Il est venu me voir il y a deux ans, épuisé par une voix intérieure qui ne lui laissait aucun répit. Il pensait que le problème venait de lui, de ses choix, de son manque de volonté. En réalité, il vivait sous la dictature d’un juge intérieur impitoyable.

Voici comment il a appris à s’accepter sans se juger. Et comment toi aussi, tu peux commencer à le faire.

Pourquoi ton juge intérieur est-il si sévère ?

Alexandre avait 34 ans quand il a poussé la porte de mon cabinet. Il venait de quitter un poste à responsabilités dans une grande enseigne de la région. Officiellement, c’était un choix stratégique. Officieusement, il fuyait. Il fuyait la pression constante, les réunions où il se sentait inférieur, et surtout, cette petite voix qui lui répétait : « Tu n’es pas à ta place. Tu vas te faire démasquer. »

Cette voix, tu la connais peut-être. Celle qui te réveille à 3 heures du matin pour te rappeler cette phrase maladroite que tu as dite il y a dix ans. Celle qui transforme une simple erreur de parcours en preuve irréfutable de ton incompétence. Celle qui te compare sans cesse aux autres, et qui trouve toujours quelqu’un de mieux.

D’où vient ce juge ? Il n’est pas né avec toi. Il s’est construit. Petit à petit. À travers des expériences, des paroles entendues, des silences aussi.

Pour Alexandre, tout a commencé à l’école primaire. Il était bon élève, mais pas le meilleur. Son père, lui-même cadre exigeant, lui disait souvent : « Tu peux mieux faire. » Ce n’était pas méchant, au contraire. C’était une forme d’encouragement. Sauf que le cerveau d’Alexandre a traduit : « Ce que tu fais n’est jamais assez bien. »

À l’adolescence, ce message s’est renforcé. Un prof de maths qui lui dit : « Tu as des facilités, mais tu ne travailles pas assez. » Une copine qui le quitte en lui disant : « Tu es trop dans ta tête. » Chaque petite blessure a laissé une cicatrice. Et chaque cicatrice est devenue une pierre dans l’édifice de son juge intérieur.

Ce mécanisme est universel. Notre cerveau est programmé pour nous protéger. Pour anticiper les dangers. Et dans notre monde moderne, les dangers ne sont plus des tigres à dents de sabre, mais le rejet social, l’échec, le regard des autres. Alors le juge intérieur prend les devants. Il critique avant que les autres ne le fassent. Il rabaisse avant que tu ne sois déçu par toi-même. C’est une stratégie de survie. Mais une stratégie qui, à force, t’épuise.

« Le juge intérieur ne veut pas ton malheur. Il veut te protéger. Mais il utilise des méthodes qui datent d’une époque où la moindre erreur sociale pouvait te coûter la vie. Aujourd’hui, il est temps de lui dire merci… et de le remercier pour ses services. »

Alexandre a mis des années à comprendre ça. Il pensait que cette voix était la vérité. Il pensait qu’elle avait raison. Jusqu’au jour où il s’est effondré, littéralement, en pleine réunion. Une crise d’angoisse. Le corps qui dit stop. Ce jour-là, il a compris qu’il ne pouvait plus continuer comme ça.

Comment l’hypnose a débloqué ce que la volonté ne pouvait pas toucher

Quand Alexandre est arrivé, il avait déjà tout essayé. La lecture de livres de développement personnel. Des applications de méditation. Des coachings en ligne. Il avait même fait une thérapie brève par ailleurs. Mais rien n’y faisait. Il comprenait intellectuellement qu’il devait s’accepter. Mais dans sa chair, rien ne changeait.

C’est là que l’hypnose ericksonienne entre en jeu. Beaucoup de personnes imaginent l’hypnose comme un spectacle de scène, avec des gens qui se mettent à danser ou à chanter sans s’en rendre compte. En réalité, l’hypnose thérapeutique, c’est tout le contraire. C’est un état de conscience modifié, parfaitement naturel, où tu restes aux commandes. Tu es juste plus réceptif aux suggestions qui viennent de toi-même.

Le cerveau fonctionne en deux grandes parties. Il y a le cortex préfrontal, la partie rationnelle, celle qui analyse, planifie, juge. Et il y a le cerveau plus ancien, émotionnel et instinctif, celui qui gère les automatismes, les peurs, les croyances profondes. Le problème, c’est que le juge intérieur habite dans le cortex. Et que les croyances qui le nourrissent sont stockées dans le cerveau émotionnel.

Quand tu te dis « Je dois m’accepter », tu parles à ton cortex. Mais ton cerveau émotionnel, lui, n’entend rien. Il continue à activer les vieux schémas. C’est comme essayer de changer un logiciel en tapant sur l’écran. Ça ne marche pas.

L’hypnose permet de créer un pont entre les deux. Elle abaisse la vigilance du cortex, juste assez pour que tu puisses accéder à ces zones plus profondes. Et là, tu peux commencer à déposer de nouvelles informations. Pas en te forçant, mais en les laissant infuser.

Avec Alexandre, nous avons travaillé en plusieurs étapes. La première a été de l’aider à entrer en contact avec son juge intérieur. Pas pour le combattre. Pour le comprendre. En état d’hypnose, je lui ai proposé de visualiser cette voix comme une figure. Il a vu un homme strict, en costume gris, avec des lunettes sévères. Un personnage qui ressemblait étrangement à son père, mais en plus dur.

Je lui ai demandé : « Que veut-il pour toi ? » Alexandre a répondu, la voix tremblante : « Il veut que je sois parfait. Pour que personne ne me rejette. Pour que je sois en sécurité. »

C’était un moment clé. Ce juge, qu’il détestait depuis des années, n’était pas un ennemi. C’était un protecteur maladroit, un gardien qui avait appris à faire son travail d’une seule manière : en critiquant. Une fois cette reconnaissance faite, Alexandre a pu ressentir une forme de compassion pour cette partie de lui-même. Pas de l’adhésion, mais de la compréhension.

Les séances suivantes ont été consacrées à rééduquer ce gardien. À lui apprendre de nouveaux outils. À lui montrer qu’on pouvait être en sécurité sans se flageller. L’hypnose a permis de faire ce travail en douceur, sans que le cortex ne vienne tout saboter avec ses arguments rationnels.

L’IFS : accueillir les parties de toi que tu rejettes

L’hypnose a préparé le terrain. Mais le vrai travail de fond, celui qui a permis à Alexandre de transformer durablement son rapport à lui-même, c’est l’IFS qui l’a rendu possible. L’IFS, ou Internal Family Systems, est un modèle thérapeutique qui considère que notre psyché est composée de multiples parties. Oui, tu as bien lu. Tu n’es pas une seule personne. Tu es une famille intérieure.

Il y a en toi la partie qui veut réussir, celle qui veut tout lâcher, celle qui se méfie des autres, celle qui a besoin de plaire, celle qui se cache quand ça devient trop dur. Chacune de ces parties a une intention positive. Même celles qui semblent toxiques. Même celle qui te juge.

Le problème, c’est que certaines parties prennent le pouvoir. Elles deviennent des managers ou des pompiers, comme on dit en IFS. Le manager, c’est cette partie qui te pousse à être parfait, à anticiper, à contrôler. Le pompier, c’est celle qui, quand le manager a échoué, te fait fuir dans la nourriture, les écrans, l’alcool, ou l’isolement.

Ces parties ne sont pas mauvaises. Elles sont juste en surrégime. Elles essaient de gérer la maison, mais elles le font avec des méthodes d’un autre temps.

Pour Alexandre, la partie manager était extrêmement développée. C’était elle qui le poussait à travailler soixante heures par semaine, à toujours en faire plus, à ne jamais dire non. Et quand il craquait, le pompier prenait le relais : des heures à scroller sur son téléphone, à regarder des séries, à se sentir coupable de ne rien faire.

En IFS, on apprend à dialoguer avec ces parties. Pas pour les éliminer. Pour les comprendre, les remercier, et leur demander de prendre un peu de recul. Pour laisser émerger ce qu’on appelle le Soi. Le Soi, c’est cette partie de toi qui est calme, curieuse, compatissante, confiante, créative, connectée. Elle est toujours là. Simplement, elle est souvent recouverte par le bruit des parties.

Alexandre a appris à reconnaître quand son manager prenait le contrôle. Il pouvait sentir la tension dans ses épaules, le débit accéléré de ses pensées. Au lieu de se laisser emporter, il faisait une pause. Il plaçait une main sur son cœur. Et il disait intérieurement : « Je te vois. Je sais que tu veux m’aider. Merci. Mais pour l’instant, j’ai besoin que tu t’assoies à côté de moi. »

Ce geste simple a changé sa vie. Il ne s’agissait plus de lutter contre lui-même. Il s’agissait de devenir le leader de sa propre famille intérieure. Un leader bienveillant, à l’écoute, mais qui ne se laisse plus dicter sa conduite par les peurs d’une partie.

« En IFS, il n’y a pas de parties mauvaises. Il n’y a que des parties qui ont appris à survivre dans un monde qui ne leur a pas toujours offert la sécurité dont elles avaient besoin. Leur guérison passe par l’accueil, pas par le rejet. »

Pourquoi l’intelligence relationnelle change la donne avec les autres… et avec toi-même

Un matin, Alexandre est arrivé avec une nouvelle difficulté. Il avait accepté un dîner entre amis. Tout s’était bien passé, mais en rentrant, il avait passé deux heures à décortiquer chaque phrase qu’il avait dite. « J’ai été trop long. J’ai parlé de moi. J’ai coupé la parole à Martin. Je suis nul en société. »

Ce retour du juge intérieur, c’est classique. Mais ce qui a changé, c’est qu’Alexandre avait maintenant des outils pour y faire face. Et l’un des plus puissants, c’est l’Intelligence Relationnelle.

L’Intelligence Relationnelle, c’est la capacité à comprendre et à gérer les dynamiques entre les personnes. Mais elle commence par la relation avec soi-même. On ne peut pas être en paix avec les autres si on est en guerre avec soi-même.

Le modèle que j’utilise s’appuie sur les travaux de Thomas d’Ansembourg et de Marshall Rosenberg. Il repose sur une idée simple : derrière chaque émotion, il y a un besoin. Quand tu te juges, tu es en train de dire que tu as un besoin non satisfait. Le jugement, c’est la forme violente d’un besoin qui cherche à être entendu.

Alexandre a appris à décoder ses jugements. Quand il se disait « Je suis nul en société », il a appris à se demander : « Quel est le besoin derrière ça ? » La réponse était souvent : besoin de connexion, besoin d’être vu, besoin de compétence. Une fois le besoin identifié, il pouvait chercher des moyens plus doux de le satisfaire.

Par exemple, au lieu d’exiger de lui-même d’être brillant en soirée, il pouvait se dire : « Ce soir, mon intention est de me connecter sincèrement avec une ou deux personnes. Pas de performer. » Ce simple changement d’intention a transformé ses soirées. Il était plus présent, plus détendu. Et les autres le ressentaient.

L’Intelligence Relationnelle, c’est aussi apprendre à poser des limites. Alexandre avait une partie qui disait toujours oui, par peur de décevoir. En comprenant que cette partie le protégeait du rejet, il a pu la rassurer : « Je peux dire non sans perdre l’amour des autres. » Et il a commencé à s’entraîner. D’abord avec des petites choses. Refuser un café. Dire qu’il préférait rester chez lui un soir. Et progressivement, il a osé dire non à des choses plus importantes.

Ce qui est fascinant, c’est que plus il s’acceptait lui-même, plus il acceptait les autres. Moins il jugeait ses propres imperfections, moins il était irritable avec les comportements des autres. La paix intérieure a des répercussions immédiates sur la paix relationnelle.

Trois exercices concrets pour commencer à t’accepter dès aujourd’hui

Je ne vais pas te laisser avec de belles idées sans te donner des clés pratiques. Voici trois exercices qu’Alexandre a utilisés et que tu peux intégrer dès maintenant.

1. La pause du juge

Pendant les prochains jours, chaque fois que tu te surprends à te juger — « Je suis nul », « J’aurais dû mieux faire », « Je n’y arriverai jamais » —, arrête-toi. Littéralement. Si tu marches, marque un temps d’arrêt. Si tu es assis, pose tes mains sur tes cuisses.

Prends une respiration profonde. Et dis-toi : « Bonjour, juge. Je te vois. Je sais que tu veux me protéger. Merci pour ton intention. Mais cette pensée, je choisis de ne pas la croire pour l’instant. »

Ne cherche pas à la chasser. Contente-toi de la reconnaître et de la mettre de côté. Comme on pose un dossier sur une table.

2. La lettre à une partie de toi

Prends un carnet. Identifie une partie de toi que tu juges sévèrement : la partie paresseuse, la partie anxieuse, la partie qui se met en colère, la partie qui doute.

Écris-lui une lettre. Pas pour la critiquer. Pour la remercier. Explique-lui comment elle a essayé de t’aider, même si ses méthodes étaient parfois dures. Termine par : « Je comprends que tu as voulu me protéger. Aujourd’hui, je suis là. Je peux prendre le relais. Mais je ne t’oublie pas. »

Cet exercice peut te sembler étrange. Mais il est incroyablement puissant. Il permet de passer du combat à la collaboration intérieure.

3. L’auto-compassion en trois temps

Kristin Neff, chercheuse en psychologie positive, a développé un protocole simple d’auto-compassion. Quand tu es en souffrance, fais ces trois étapes :

  • Pleine conscience : Reconnais ce que tu ressens. « Je ressens de la honte en ce moment. »
  • Humanité commune : Rappelle-toi que tu n’es pas seul. « Tout le monde se sent parfois comme ça. C’est humain. »
  • Kindness : Place une main sur ton cœur ou sur ta joue. Dis-toi une phrase bienveillante comme : « Puisse-je être en paix avec ce que je ressens. Puisse-je m’accepter tel que je suis. »

Rien que ces trois minutes peuvent changer ta chimie interne. Littéralement. L’auto-compassion active le système d’apaisement du système nerveux.

Ce que l’acceptation de soi n’est pas

Avant de conclure, je veux lever un malentendu fréquent. Accepter ne veut pas dire se résigner. Beaucoup de personnes confondent les deux.

Se résigner, c’est dire : « Je suis comme ça, c’est foutu, je ne peux pas changer. » C’est une forme de démission. L’acceptation, c

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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