PsychologieConfiance Et Estime De Soi

Témoignage : « J’ai appris à être mon propre meilleur allié »

Le récit d’une transformation intérieure grâce à l’autocompassion.

TSThierry Sudan
28 avril 202613 min de lecture

Il y a quelques mois, Antoine a poussé la porte de mon cabinet à Saintes. La cinquantaine sportive, un regard vif mais des épaules qui portaient trop de poids. Il venait pour un problème de performance, disait-il. « Je bloque en compétition, Thierry. Je m’effondre dans les derniers kilomètres, alors que je m’entraîne comme un fou. » Très vite, le discours a dérivé. Ce n’était pas seulement une question de chronomètre. C’était une voix intérieure qui ne lui laissait aucun répit. « Je suis nul », « Je n’aurais jamais dû faire cette course », « Les autres sont tellement plus forts ». Antoine se traitait comme son pire ennemi. Il n’est pas le seul. Beaucoup d’entre vous, que je reçois pour de l’hypnose ou de l’IFS, viennent avec ce même fardeau : une relation toxique avec soi-même. On croit que se critiquer nous rend plus forts. On pense que la douceur est une faiblesse. Et pourtant, le chemin vers une vraie confiance en soi, vers une estime solide, passe par un endroit que l’on fuit souvent : l’autocompassion.

Cet article est le récit de la transformation d’Antoine. Mais en le lisant, vous y verrez peut-être des reflets de votre propre histoire. Comment passe-t-on de l’auto-sabotage à devenir son propre meilleur allié ? Comment fait-on pour arrêter de se taper sur la tête et commencer à se tendre la main ? Je vais vous raconter comment l’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems) ont permis à Antoine, et à bien d’autres, de faire cette bascule. Et je vais vous donner des clés concrètes pour amorcer ce changement, dès maintenant.

Pourquoi se traite-t-on si mal ? Le piège du critique intérieur

Antoine était un expert en auto-critique. Avant chaque course, il passait en revue tout ce qui pourrait mal se passer, et surtout, tout ce qui était déjà mauvais chez lui. « Je n’ai pas assez dormi », « Mon entraînement de la semaine était bâclé », « Je n’ai pas le mental des champions ». Ce monologue intérieur était si constant qu’il ne le remarquait même plus. C’était devenu la bande-son de sa vie. Quand je lui ai demandé pourquoi il se parlait comme ça, il m’a répondu, presque surpris : « Mais c’est comme ça que je me motive, non ? Si je ne me secoue pas, je vais me ramollir. »

C’est une croyance extrêmement répandue. Nous avons appris, souvent très tôt, que la critique est un moteur. Un parent, un enseignant, un entraîneur nous a dit : « Tu peux mieux faire », « Ce n’est pas assez bien », « Arrête de pleurer, ce n’est rien ». Et nous avons intégré cette voix. En psychologie, on appelle ça le Critique Intérieur. En IFS, on le considère comme une partie de nous, une sous-personnalité qui a été créée pour nous protéger. Son but, au fond, n’est pas de nous détruire, mais de nous pousser à être parfaits pour éviter le rejet, l’échec ou la honte.

Le problème, c’est que cette partie utilise des méthodes violentes. Elle nous compare, nous rabaisse, nous juge. Elle nous dit que nous ne sommes pas assez. Et surtout, elle nous fait croire que si nous arrêtons de nous critiquer, nous allons devenir paresseux, médiocres, inacceptables. C’est un piège. Car les études en neurosciences le montrent : un cerveau attaqué se met en mode survie. Il sécrète du cortisol, il active l’amygdale. Résultat ? Vous êtes en état d’alerte permanent, vous perdez en créativité, en flexibilité, et vous finissez par vous épuiser. Ce n’est pas une base pour performer, ni pour être heureux. C’est une base pour l’anxiété et la dépression.

Antoine a commencé à comprendre cela. Il a vu que son critique intérieur n’était pas son ami, mais un tyran qui le maintenait sous pression. « Je croyais que c’était ma force, m’a-t-il dit un jour. En fait, c’était mon boulet. » Cette prise de conscience est le premier pas. Celui qui consiste à arrêter de s’identifier à cette voix pour commencer à l’observer.

« Le critique intérieur n’est pas votre ennemi. C’est une partie de vous qui a appris une mauvaise méthode pour vous protéger. Votre travail n’est pas de le combattre, mais de le comprendre. »

L’autocompassion n’est pas de la faiblesse, c’est un levier de transformation

Quand j’ai parlé d’autocompassion à Antoine, il a grimacé. « De la compassion pour moi-même ? Mais je ne suis pas une victime, Thierry. Je ne vais pas me plaindre et me bercer d’illusions. » C’est la réaction la plus courante. Nous confondons autocompassion et apitoiement. Nous imaginons que c’est se dire « Je suis nul, mais ce n’est pas grave, je vais rester dans mon canapé ». C’est l’inverse.

L’autocompassion, telle que définie par la chercheuse Kristin Neff, repose sur trois piliers :

  1. La bienveillance envers soi-même : au lieu de se juger, on se parle avec douceur, comme on le ferait avec un ami cher.
  2. L’humanité commune : on reconnaît que la souffrance et l’imperfection font partie de l’expérience humaine. On n’est pas seul à être imparfait.
  3. La pleine conscience : on observe ses émotions difficiles sans les amplifier, sans se laisser submerger. On les nomme, on les accueille.

Pour Antoine, comprendre cela a été une révélation. L’autocompassion, ce n’est pas dire « C’est bien, tu es parfait ». C’est dire : « Là, tu souffres. Tu as échoué sur cette course, tu es déçu. C’est dur. Et c’est humain. Comment puis-je t’aider à te relever ? » C’est une posture de force, pas de faiblesse. Un sportif qui se fracasse après une défaite mettra des jours à s’en remettre. Un sportif qui s’accueille avec compassion analysera son échec, apprendra, et se relancera plus vite. Pourquoi ? Parce que la compassion active le système de l’attachement, le système de sécurité. Elle libère de l’ocytocine, l’hormone de l’apaisement. Elle calme le système nerveux. Et un système nerveux calme est un système qui peut apprendre, grandir et performer.

Je vois cela tous les jours dans mon cabinet, que ce soit avec des cadres stressés ou des sportifs de haut niveau. La clé n’est pas d’être plus dur avec soi-même. La clé est d’être plus intelligent avec soi-même. Et l’intelligence émotionnelle commence par l’accueil de ce qui est, sans jugement.

Comment l’IFS et l’hypnose m’ont aidé à rencontrer mes parties blessées

Antoine est entré dans un processus d’accompagnement qui a mélangé l’hypnose ericksonienne et l’IFS. L’IFS, ou Internal Family Systems, part d’une idée simple : notre esprit n’est pas monolithique. Il est composé de multiples « parties » ou sous-personnalités. Il y a le Critique, le Perfectionniste, le Sauveur, l’Enfant blessé, le Protecteur… Chacune a une fonction, une intention positive, même si ses actions peuvent être destructrices.

L’hypnose ericksonienne, de son côté, est un outil puissant pour entrer en contact avec ces parties. Elle permet de contourner le mental rationnel, le juge, pour aller dialoguer directement avec l’inconscient. En état de conscience modifiée, les défenses tombent, et on peut rencontrer ces parties avec une curiosité nouvelle.

Lors d’une séance, j’ai guidé Antoine vers l’intérieur. Je lui ai demandé de laisser venir cette partie critique, celle qui le poussait si fort. Il a ressenti une tension dans sa poitrine, une voix dure, presque militaire. « Je ne veux pas qu’il se repose, disait-elle. S’il se repose, il va tout perdre. Il faut qu’il soit le meilleur. » Au lieu de la combattre, je lui ai demandé, avec douceur : « Qu’est-ce qui te fait si peur ? » La partie a répondu : « J’ai peur qu’il soit rejeté. J’ai peur qu’il soit seul. Je me souviens de quand il était petit, quand il a eu cette note de travers et que son père s’est fâché. Je ne veux plus jamais qu’il ressente cette honte. »

C’était le moment clé. Le critique n’était pas un monstre. C’était un protecteur, un gardien, qui avait pris le relais pour éviter à Antoine une souffrance ancienne. En IFS, on appelle cela un Manager. Il gère la vie de la personne pour qu’elle ne soit jamais en danger. Le problème, c’est qu’il utilise des méthodes du passé. Antoine n’avait plus 8 ans. Il était un adulte solide. Mais la partie, elle, était restée bloquée dans ce moment.

Grâce à l’hypnose, Antoine a pu voir cette partie, la remercier pour son service, et lui montrer qu’il était désormais capable de gérer sa vie. Il a pu libérer l’énergie qui était bloquée dans ce conflit intérieur. Il a commencé à se parler différemment. Au lieu de « Tu es nul », il disait : « Je vois que tu es stressé avant cette course. C’est normal. Je suis avec toi. »

Cette rencontre avec ses parties a été un tournant. Antoine a compris que son pire ennemi n’était pas un adversaire extérieur, mais une partie de lui-même qui avait besoin d’être rassurée. Et quand on rassure cette partie, elle peut lâcher prise.

« Quand vous arrêtez de lutter contre vous-même, vous libérez une énergie immense. Cette énergie, vous pouvez la mettre au service de ce qui compte vraiment pour vous. »

Les 3 étapes concrètes pour devenir son propre allié (que vous pouvez appliquer dès maintenant)

Antoine n’a pas changé du jour au lendemain. C’est un processus. Mais il y a des gestes simples, des micro-habitudes, qui construisent ce nouveau rapport à soi. Voici les trois étapes que je propose à mes patients, et que vous pouvez tester dès aujourd’hui.

1. La pause du témoin : arrêter de s’identifier à la voix

La première étape, c’est de réaliser que vous n’êtes pas votre critique. Vous êtes celui ou celle qui entend le critique. C’est une distinction fondamentale. Quand la voix intérieure dit « Je suis nul », vous pouvez répondre : « Je remarque qu’une partie de moi pense que je suis nul. » Ce simple décalage crée un espace. Un espace de liberté.

Pratique : Dans la journée, prenez 30 secondes. Fermez les yeux. Écoutez les pensées qui traversent votre esprit. Ne les jugez pas. Dites-vous simplement : « Tiens, voilà une pensée. Et en voilà une autre. » Vous n’êtes pas la météo de vos pensées, vous êtes le ciel qui les contient. Cet exercice de pleine conscience est le fondement de tout.

2. La main sur le cœur : le geste de la bienveillance

Le corps ne fait pas la différence entre une caresse réelle et une caresse symbolique. Le toucher active le système nerveux parasympathique. Quand vous vous sentez submergé par l’auto-critique, après une erreur ou un échec, faites ce geste simple :

  1. Posez votre main sur votre cœur, ou sur votre ventre.
  2. Sentez la chaleur de votre main.
  3. Respirez profondément deux ou trois fois.
  4. Dites-vous, à voix haute ou dans votre tête : « C’est difficile en ce moment. Je suis humain. Puis-je être gentil avec moi-même ? »

Cela peut sembler ridicule. Faites-le quand même. Antoine a commencé à le faire après chaque course, même moche. Il m’a dit : « Au début, je me sentais idiot. Mais après quelques semaines, c’est devenu un réflexe. Et ça calme tout de suite la tempête. »

3. Le dialogue avec la partie protectrice : l’écriture introspective

Prenez un carnet. Quand vous sentez cette voix critique monter, au lieu de la subir, invitez-la à s’asseoir en face de vous. Posez-lui des questions par écrit :

  • « Qu’est-ce que tu veux pour moi ? »
  • « De quoi as-tu peur ? »
  • « Que se passerait-il si tu te taisais ? »
  • « Quel âge as-tu ? »

Notez les réponses qui viennent, sans les censurer. Vous serez surpris de ce qui émerge. Souvent, la partie critique a l’âge de votre enfant intérieur. Elle a pris ce rôle trop tôt. En dialoguant avec elle, vous reprenez votre place d’adulte, de leader de votre propre système.

Antoine a fait cet exercice pendant un mois. Il a découvert que son critique était en fait un petit garçon qui avait peur de décevoir son père. En le rassurant, en lui disant « Maintenant, c’est moi qui gère, tu peux te reposer », il a senti un poids énorme se lever.

Le résultat : une nouvelle relation avec soi-même et avec les autres

Six mois après notre première rencontre, Antoine est revenu me voir. Il ne courait plus après la performance. Il courait pour le plaisir, et la performance venait en prime. Il avait battu son record personnel sur marathon, mais ce n’était pas ça le plus important. « Thierry, m’a-t-il dit, je ne me réveille plus le matin avec cette boule au ventre. Je me parle comme à un ami. Et ce qui est fou, c’est que ça se voit dans mes relations. Avec ma femme, avec mes enfants. Je suis moins irritable, plus présent. »

C’est un effet de bord que j’observe constamment. Quand on devient son propre allié, on n’a plus besoin de chercher la validation à l’extérieur. On n’attend plus que les autres nous rassurent, nous complimentent, nous aiment pour combler un vide intérieur. On est capable d’être seul sans être seul, d’échouer sans s’effondrer, de réussir sans s’enfler.

L’autocompassion ne vous rend pas égoïste ou narcissique. Elle vous rend plus resilient, plus ouvert, plus authentique. Elle vous permet d’être en paix avec vos imperfections. Et c’est cette paix qui attire les autres, qui construit des relations solides.

Vous n’avez pas besoin de changer qui vous êtes. Vous avez juste besoin de changer la manière dont vous vous traitez. Votre critique intérieur a peut-être sauvé votre vie à un moment donné. Mais aujourd’hui, il vous vole votre énergie, votre joie, votre liberté. Il est temps de le remercier pour son service, et de prendre les rênes.

Conclusion : un pas vers vous-même

Si cet article résonne en vous, si vous reconnaissez cette voix dure qui vous juge et vous épuise, sachez que vous n’êtes pas seul. Et surtout, vous n’êtes pas condamné à vivre avec. Le changement est possible. Il commence par une simple décision : celle d’être un peu plus doux avec vous-même, aujourd’hui.

Je ne vous promets pas que tout deviendra magique du jour au lendemain. Ce n’est pas une baguette magique. C’est un chemin. Un chemin où l’on apprend à se rencontrer, à se connaître, à s’aimer. Et ce chemin, je l’ai vu emprunter par des dizaines de personnes, à Saintes et ailleurs. Des cadres stressés, des sportifs en quête de sens, des parents épuisés. Tous ont découvert que leur meilleur allié n’était pas un coach, un livre ou une méthode. C’était eux-mêmes.

Alors, si vous sentez que le moment est venu de faire la paix avec vous-même, je suis là. Mon cabinet est ouvert, à Saintes, pour des séances d’hypnose ericksonienne ou d’IFS. On peut aussi échanger par téléphone ou visio si vous êtes loin. Je ne vous jugerai pas. Je vous écouterai. Et ensemble, on trouvera la clé pour que vous puissiez, vous aussi, dire : « J’ai appris à être mon propre meilleur allié. »

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À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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