3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Repérez les paroles clés pour mieux comprendre et soutenir.
« Je ne sais pas ce que je ressens. » Cette phrase, vous l’avez probablement déjà entendue – ou dite – sans forcément savoir quoi en faire. Elle peut sembler banale, presque anodine, une simple hésitation. Mais dans mon cabinet à Saintes, je l’entends souvent. Très souvent. Et elle cache bien plus qu’un simple manque de vocabulaire.
L’alexithymie, c’est cette difficulté à identifier, nommer et exprimer ses émotions. Ce n’est pas une maladie, ni un trouble mental au sens classique. C’est un mode de fonctionnement émotionnel, une manière d’être au monde où les sensations corporelles, les sentiments et les mots se perdent dans un brouillard. Les personnes alexithymiques ne sont pas insensibles, bien au contraire. Elles ressentent, parfois intensément, mais sans pouvoir mettre de mots sur ce tsunami intérieur. Résultat : elles souffrent en silence, et leur entourage s’épuise à essayer de les comprendre.
Je vais vous partager aujourd’hui dix phrases typiques que j’ai entendues de la bouche de mes patients – sportifs, cadres stressés, parents débordés – et surtout, comment y répondre pour ne pas les braquer, mais au contraire les aider à s’ouvrir un peu plus à leur propre monde émotionnel. Parce que derrière chaque phrase, il y a une personne qui cherche, sans le savoir, à sortir de ce brouillard.
C’est la phrase reine. Elle peut surgir après une dispute, une mauvaise nouvelle, ou même un moment agréable. La personne ne ment pas, elle ne fait pas de la résistance. Elle est sincèrement perdue.
Ce qu’elle veut vraiment dire : « Mon corps réagit, mon cœur bat vite, ma gorge est serrée, mais je n’ai pas d’étiquette pour ça. »
Comment y répondre ?
Ne demandez pas « Mais si, tu ressens quoi ? » – ça met la pression. Essayez plutôt : « Tu n’as pas besoin de trouver le mot juste tout de suite. Peut-être que tu sens quelque chose dans ton corps ? Chaud, froid, serré, lourd ? »
Vous l’invitez à descendre du mental vers le corporel, là où l’émotion se vit avant d’être nommée. C’est le premier pas.
Cette phrase, vous l’avez sans doute dite vous-même après un coup dur. Pour une personne alexithymique, c’est une stratégie de survie. Elle ne nie pas l’événement, elle nie juste la nécessité d’y mettre une émotion. Si elle dit « c’est rien », c’est souvent parce qu’elle n’a pas les outils pour dire « c’est triste » ou « c’est frustrant ».
Ce qu’elle veut vraiment dire : « Je ne veux pas m’arrêter sur cette sensation désagréable, parce que je ne saurai pas quoi en faire. »
Comment y répondre ?
Évitez le « Mais si, c’est grave ! » qui la met en contradiction. Préférez : « Peut-être que ce n’est pas grave, mais je vois que ton visage s’est fermé. Est-ce que tu veux qu’on reste un moment silencieux ensemble ? »
L’idée n’est pas de forcer l’émotion, mais de valider le signal corporel. Un simple « je suis là » silencieux fait souvent plus de bien qu’une interprétation.
Les alexithymiques somatisent beaucoup. Le corps devient le porte-parole des émotions que le cerveau ne peut pas étiqueter. Une colère rentrée se transforme en migraine, une anxiété en nœud à l’estomac.
Ce qu’elle veut vraiment dire : « Mon corps parle pour moi, mais je ne comprends pas son langage. »
Comment y répondre ?
Ne dites pas « C’est sûrement le stress » – ça peut sembler réducteur. Essayez plutôt : « Ton corps t’envoie un message. On peut l’écouter sans chercher tout de suite la cause. Où est-ce que c’est exactement ? Est-ce que c’est une sensation de brûlure, de pression, de tiraillement ? »
Vous l’aidez à préciser la sensation, ce qui est plus facile que de préciser une émotion. Et souvent, en décrivant la sensation, l’émotion finit par pointer le bout de son nez.
La fatigue chronique est un classique. Mais attention : ce n’est pas une fatigue physique après une journée de travail. C’est une fatigue émotionnelle, existentielle, due à l’effort constant d’ignorer ou de gérer des émotions non reconnues.
Ce qu’elle veut vraiment dire : « Je dépense énormément d’énergie à ne pas ressentir, et je suis vidé. »
Comment y répondre ?
Ne proposez pas une cure de vitamines ou un week-end au spa. Dites plutôt : « Cette fatigue, elle est peut-être là parce que tu portes des choses que tu n’as pas encore laissé sortir. On peut juste s’asseoir cinq minutes sans rien faire. Pas de conversation, pas d’effort. »
Le simple fait de ralentir, sans exigence, permet au système nerveux de commencer à se réguler. Et parfois, une larme ou un soupir de soulagement émerge.
Les alexithymiques peuvent paraître froids, insensibles, ou même cyniques. Ils ne comprennent pas pourquoi une scène de film, une rupture ou une injustice déclenche des larmes chez les autres. Ce n’est pas de l’indifférence, c’est de l’incompréhension.
Ce qu’elle veut vraiment dire : « Je n’ai pas accès à cette réaction en moi, donc je ne peux pas la modéliser. »
Comment y répondre ?
Évitez de la juger (« Tu es dur »). Expliquez sans l’accuser : « Pour certaines personnes, les émotions sont comme un robinet qui coule facilement. Pour toi, c’est peut-être un robinet bloqué. Ce n’est pas une question de valeur, c’est une question de mécanisme. »
Si elle est sportive, vous pouvez même utiliser une métaphore sportive : « C’est comme si tu n’avais jamais appris à dribbler, et que tu regardes les autres le faire sans comprendre. Ça s’apprend. »
Phrase typique de l’évitement. La personne sent qu’elle va devoir entrer dans une zone inconfortable, celle des mots sur les émotions, et elle préfère fuir. Ce n’est pas de la mauvaise volonté, c’est de la protection.
Ce qu’elle veut vraiment dire : « Je sais que si j’ouvre cette porte, je vais me sentir perdu, honteux ou submergé. »
Comment y répondre ?
Ne forcez pas. Dites : « D’accord, on n’en parle pas maintenant. Mais je suis là quand tu voudras. Parfois, même juste dire “je ne veux pas en parler” est une façon de parler. »
Vous validez son besoin de protection, tout en gardant la porte entrouverte. L’important est de ne pas transformer le silence en rupture. Vous pouvez aussi proposer une activité parallèle (marcher, conduire, cuisiner) qui rend la conversation moins frontale.
Beaucoup de personnes alexithymiques se perçoivent comme « normales » et pensent que leur difficulté est un simple manque de contrôle. Elles confondent régulation émotionnelle et répression.
Ce qu’elle veut vraiment dire : « Je crois que la solution, c’est d’éteindre ce que je ressens. »
Comment y répondre ?
Ne dites pas « Mais non, tu refoules tout ». Dites plutôt : « Se calmer, c’est une bonne chose. Mais parfois, ce qu’on appelle “se calmer”, c’est en fait éteindre un signal d’alarme. Et si on apprenait à lire le signal avant de l’éteindre ? »
Proposez un petit exercice : « Mets ta main sur ton ventre, souffle lentement, et sans chercher à nommer, juste observe ce qui se passe. » L’hypnose ericksonienne utilise beaucoup cette approche : on ne force pas l’émotion, on l’invite.
L’alexithymie est souvent liée à une enfance où les émotions n’étaient pas validées, ou carrément interdites. La mémoire émotionnelle est alors pauvre, voire absente. La personne peut dire « tout allait bien » sans pouvoir donner un seul souvenir heureux ou triste.
Ce qu’elle veut vraiment dire : « Je n’ai pas appris à encoder les événements avec une couleur émotionnelle. »
Comment y répondre ?
Ne dites pas « Mais si, tu dois bien te souvenir de quelque chose ! » – ça la met en échec. Dites plutôt : « C’est possible que les émotions aient été mises de côté. On peut essayer de retrouver une sensation : une odeur, une lumière, un bruit. Pas une histoire, juste une sensation. »
L’idée est de contourner le récit pour aller vers le sensoriel. C’est le cheval de Troie de l’émotion.
Les relations sociales sont souvent vécues comme épuisantes et incompréhensibles. La personne alexithymique ne capte pas les signaux émotionnels, ne comprend pas les sous-entendus affectifs.
Ce qu’elle veut vraiment dire : « Je ne sais pas lire les cartes émotionnelles des autres, et ça me fait peur. »
Comment y répondre ?
Ne dites pas « Mais si, c’est simple, tu exagères ». Dites plutôt : « Les relations sont comme un jeu dont tu n’aurais pas les règles. On peut les apprendre ensemble, pas à pas. Par exemple, quand quelqu’un te dit ça, qu’est-ce que tu vois sur son visage ? »
Vous l’aidez à développer une forme d’intelligence relationnelle concrète, quasi technique. L’IFS (Internal Family Systems) peut aussi aider à identifier les « parties » qui protègent de la relation.
C’est la phrase ultime de l’autonomie forcée. La personne alexithymique a souvent construit une carapace très solide. Demander de l’aide, c’est avouer une faille qu’elle ne peut même pas nommer.
Ce qu’elle veut vraiment dire : « Je ne sais pas ce que je pourrais demander, et j’ai peur qu’on me propose des choses que je ne comprends pas. »
Comment y répondre ?
Ne dites pas « Mais si, tu as besoin d’aide, regarde-toi ». Dites plutôt : « Je ne vais pas te forcer. Mais sache que l’aide, ce n’est pas toujours parler de ses émotions. Parfois, c’est apprendre à mieux respirer, à mieux dormir, à mieux gérer ton corps. Si un jour tu veux essayer quelque chose de très concret, je suis là. »
Vous ouvrez une porte pratique, pas émotionnelle. Et souvent, par la porte pratique (la respiration, la visualisation, l’hypnose), l’émotion finit par entrer discrètement.
Quand on entend ces phrases, on peut être tenté de penser que la personne « fait semblant », « se cache » ou « refuse de s’ouvrir ». Mais ce serait une erreur. L’alexithymie n’est pas un choix. C’est un fonctionnement neuropsychologique où les connexions entre le cortex (pensée, langage) et le système limbique (émotions) sont moins fluides. Ce n’est pas de la résistance, c’est une différence de câblage.
Et la bonne nouvelle, c’est que ça se travaille. Avec des approches comme l’hypnose ericksonienne, l’IFS ou l’intelligence relationnelle, on peut progressivement :
Je ne promets pas de miracle. Je ne transforme pas quelqu’un de « alexithymique » en poète lyrique en dix séances. Mais je vois des patients qui, au bout de quelques mois, commencent à dire : « Là, je sens que je suis triste. » Et pour eux, c’est une victoire immense.
Si vous lisez cet article et que vous vous dites « C’est moi, ça », sachez que vous n’êtes pas seul, et que vous n’êtes pas « cassé ». Vous fonctionnez simplement avec un mode d’emploi différent.
Voici une première chose que vous pouvez faire dès maintenant, seul :
Ce n’est pas miraculeux, mais c’est le début d’un chemin : apprendre à écouter son corps, sans jugement, sans obligation de nommer. Le reste viendra pas à pas.
Soyez patient. Très patient. Ne prenez pas ses phrases comme des attaques ou des refus. Derrière chaque « je ne sais pas », il y a une personne qui aimerait savoir, mais qui ne peut pas. Votre rôle n’est pas de la guérir, mais de lui offrir un espace sûr où elle peut essayer, sans peur d’être jugée.
Vous pouvez lui montrer cet article, si vous pensez que ça peut l’aider. Parfois, mettre des mots sur son fonctionnement est déjà un grand soulagement.
Si vous habitez dans la région de Saintes ou ses environs, et que vous sentez que ces phrases résonnent en vous – ou chez quelqu’un que vous aimez – je vous reçois dans mon cabinet. On n’y parlera pas forcément d’émotions tout de suite. On commencera par le corps, par la respiration, par des choses concrètes. L’hypnose ericksonienne, l’IFS et l’intelligence relationnelle sont des outils sur mesure pour ces profils. Pas de pression, pas de performance. Juste un chemin, à votre rythme.
Prenez soin de vous, et de ce brouillard que vous portez peut-être. Il peut s’éclaircir, un souffle à la fois.
Thierry Sudan
Praticien en hypnose, IFS et intelligence relationnelle
Saintes – Préparation mentale sportive aussi, pour les coureurs et footballeurs qui veulent apprendre à réguler leur effort et leurs émotions.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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