3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Des techniques pratiques pour reconnecter votre corps et vos sentiments.
Vous les sentez monter dans votre gorge, ce poids sur la poitrine, cette chaleur soudaine dans le ventre. Mais quand on vous demande « comment vous sentez-vous ? », vous répondez « bof », « ça va » ou « je ne sais pas ». Et vous n'êtes pas seul. La plupart des adultes que je reçois à mon cabinet à Saintes me disent la même chose : « Je n'arrive pas à mettre des mots sur ce que je ressens. »
Ce n'est pas un défaut de caractère. C'est une compétence qui ne nous a jamais été enseignée. On apprend à lire, à compter, à conduire. Mais personne ne nous apprend à décoder ce qui se passe à l'intérieur. Pourtant, cette capacité à nommer vos émotions – ce que les chercheurs appellent la « clarté émotionnelle » – est directement liée à votre bien-être mental. Moins vous savez nommer ce que vous ressentez, plus vous risquez de le subir, de le somatiser ou de le laisser s'exprimer de façon explosive.
Je m'appelle Thierry Sudan, je suis praticien à Saintes depuis 2014. Avec l'hypnose ericksonienne, l'IFS (Internal Family Systems) et l'Intelligence Relationnelle, j'accompagne des adultes qui viennent souvent parce qu'ils se sentent submergés par leurs émotions ou, au contraire, complètement déconnectés d'elles. Dans les deux cas, le problème est le même : ils ne savent pas les nommer.
Dans cet article, je vais vous donner trois exercices concrets, testés avec mes patients, pour apprendre à mieux identifier et nommer vos émotions. Ce ne sont pas des recettes magiques. Ce sont des outils que vous pouvez intégrer à votre quotidien, à votre rythme.
Avant de passer aux exercices, il faut comprendre le mécanisme. Quand vous nommez une émotion, vous activez une région spécifique de votre cerveau : le cortex préfrontal ventrolatéral. C'est la zone qui gère la régulation émotionnelle, la prise de décision et le contrôle des impulsions. En activant cette zone, vous réduisez automatiquement l'activité de l'amygdale, cette petite structure qui déclenche les réactions de stress, de peur ou de colère.
C'est ce que le neuroscientifique Matthew Lieberman appelle « l'effet d'étiquetage affectif ». Mettre un mot sur une émotion désamorce son intensité. Pas complètement, mais suffisamment pour reprendre un peu de contrôle.
Mais attention : nommer ne veut pas dire analyser. Beaucoup de personnes que je rencontre passent leur temps à intellectualiser ce qu'elles ressentent. « Je suis en colère parce que mon collègue n'a pas respecté son engagement et ça me rappelle la fois où… » C'est un raisonnement, pas une émotion. L'émotion, elle, est une sensation corporelle, une énergie qui circule dans votre corps avant d'être interprétée par votre mental.
Les trois exercices que je vais vous proposer visent à court-circuiter cette tendance à l'analyse. Ils vous ramènent d'abord au corps, à la sensation brute, avant de chercher le mot juste.
« Nommer une émotion, ce n'est pas la comprendre. C'est l'accueillir telle qu'elle est, sans la juger. Et c'est là que commence la régulation. »
Le premier exercice est le plus simple et le plus fondamental. Il s'agit de poser votre attention sur votre corps pour repérer où une émotion se manifeste physiquement. Beaucoup de mes patients me disent « je ne ressens rien » ou « c'est flou ». Ce n'est pas vrai. Vous ressentez toujours quelque chose. Simplement, vous n'avez pas l'habitude d'y prêter attention.
Installez-vous confortablement, assis ou allongé. Fermez les yeux si vous le pouvez. Prenez trois respirations lentes et profondes, sans forcer. Puis, laissez votre attention se promener dans votre corps, de la tête aux pieds, comme un scanner lent.
Ne cherchez pas à ressentir quelque chose de spécifique. Observez simplement. Vous pouvez noter mentalement les zones de tension, de chaleur, de froid, de lourdeur, de picotement, de vide. Restez curieux, sans jugement.
Une fois que vous avez repéré une zone qui attire votre attention (par exemple une boule dans la gorge, une oppression thoracique, une tension dans les épaules), posez votre main sur cette zone. Sans chercher à la changer. Restez avec elle pendant une minute.
Un patient que j'accompagnais pour des crises d'angoisse régulières disait ne jamais ressentir les signes avant-coureurs. En pratiquant ce scan cinq minutes par jour, il a commencé à identifier une sensation de froid dans le bas du dos, vingt minutes avant chaque montée d'angoisse. Avant, il ne la remarquait pas. Maintenant, c'est son signal d'alarme personnel.
Ce n'est pas un exercice de relaxation. C'est un entraînement à l'interoception – la capacité à percevoir les signaux internes de votre corps. Plus vous pratiquez, plus vous devenez sensible à ces signaux. Et plus vous les repérez tôt, plus vous avez de marge pour agir avant que l'émotion ne vous submerge.
Le moment le plus efficace est le matin, avant de vous lever, ou le soir, juste avant de dormir. Mais vous pouvez aussi le faire dans une file d'attente, dans les transports, ou avant une réunion stressante. L'important est la régularité, pas la durée.
Ne cherchez pas à nommer l'émotion tout de suite. Contentez-vous de localiser la sensation. Le nom viendra après. Si vous êtes pressé, vous pouvez simplement noter : « tension dans la mâchoire », « chaleur dans le ventre », « lourdeur dans les jambes ».
Le deuxième exercice est plus mental, mais il repose sur le travail corporel du premier. Il s'agit d'élargir votre vocabulaire émotionnel. La plupart des gens utilisent quatre ou cinq mots pour décrire tout leur spectre émotionnel : triste, en colère, joyeux, peur, stressé. Or, il existe des centaines de nuances. Plus vous avez de mots, plus vous pouvez discriminer finement ce que vous ressentez. Et plus vous discriminez, mieux vous régulez.
Procurez-vous ou imprimez une « roue des émotions » – le modèle le plus connu est celui de Robert Plutchik, mais il en existe des versions simplifiées. Vous en trouverez facilement en ligne. Sinon, vous pouvez en construire une vous-même en partant de six émotions de base : joie, tristesse, colère, peur, dégoût, surprise.
Chaque jour, après votre scan corporel, choisissez une émotion de base qui se rapproche de ce que vous avez ressenti. Puis, cherchez un mot plus précis parmi les nuances de cette catégorie. Par exemple, si c'est de la tristesse, est-ce de la mélancolie, du chagrin, de la nostalgie, de la déception, du découragement ? Si c'est de la colère, est-ce de l'irritation, de la frustration, de l'exaspération, de l'indignation, de la rage ?
Notez ce mot dans un carnet dédié, avec la date et la sensation corporelle associée.
Une patiente, cadre dans une grande entreprise, disait ressentir « du stress » en permanence. En utilisant la roue, elle a découvert que son « stress » était en réalité composé de peur (de ne pas être à la hauteur), de frustration (face aux délais irréalistes) et de tristesse (de ne pas voir ses enfants). Chacune de ces émotions demandait une réponse différente. Nommer précisément lui a permis de ne plus tout mélanger dans un seul mot fourre-tout.
La roue des émotions n'est pas une simple liste. C'est un outil de discrimination. Plus vous distinguez finement vos états internes, plus votre cerveau peut les traiter comme des informations distinctes, et non comme un brouillard indifférencié. C'est ce que les chercheurs appellent la « différenciation émotionnelle ». Plus elle est élevée, moins vous risquez de somatiser ou de réagir de façon impulsive.
Après votre scan corporel, ou en fin de journée, pour faire le bilan émotionnel. Évitez de le faire au milieu d'une crise. C'est un exercice d'après-coup, qui affine votre capacité à nommer. Sur le moment, vous n'aurez pas le temps de consulter une roue. Mais avec de la pratique, le vocabulaire s'ancrera et deviendra spontané.
Ne vous jugez pas si vous ne trouvez pas le mot juste. Le but n'est pas la perfection, c'est l'exploration. Certains jours, le mot « triste » suffira. D'autres jours, vous aurez besoin de « tristesse mêlée d'impuissance ». Les deux sont valables.
Le troisième exercice est plus avancé. Il combine les deux premiers et y ajoute une dimension relationnelle : vous allez dialoguer avec l'émotion comme si elle était une partie de vous qui a quelque chose à dire. Cela peut sembler étrange, mais c'est au cœur de l'approche IFS (Internal Family Systems) que j'utilise régulièrement.
L'idée est simple : une émotion n'est pas votre ennemie. Elle est une partie de vous qui essaie de vous protéger, de vous informer ou de vous orienter. Quand vous la nommez, vous pouvez lui demander ce qu'elle veut, ce qu'elle craint, ce dont elle a besoin.
Après avoir localisé la sensation (exercice 1) et trouvé un mot pour la nommer (exercice 2), posez-vous trois questions à voix haute ou dans votre tête :
Prenez le temps de répondre sincèrement, sans vous censurer. Notez les réponses dans votre carnet.
Un patient, sportif de haut niveau, ressentait une boule dans le ventre avant chaque compétition. Il nommait cela « stress » et essayait de la chasser par la respiration. Mais elle revenait toujours. En dialoguant avec cette sensation, il a découvert qu'elle n'était pas liée à la peur de perdre, mais à la peur d'être jugé par son père. Cette partie de lui avait besoin de se sentir autorisé à être imparfait. À partir de ce jour, il a commencé à dialoguer avec elle avant chaque course, et l'intensité a diminué significativement.
Quand vous dialoguez avec une émotion, vous passez d'une position de victime (« je subis cette colère ») à une position de curiosité et de leadership (« j'accueille cette partie de moi qui est en colère »). Cela crée une distance suffisante pour ne plus être fusionné avec l'émotion. En IFS, on appelle cela le « Self » – cette partie de vous qui peut observer, accueillir et guider vos différentes parties émotionnelles sans être submergée.
Quand l'émotion est présente mais pas trop intense. Si vous êtes en pleine crise, ce n'est pas le moment. Faites d'abord un scan corporel, respirez, et si l'intensité baisse un peu, engagez le dialogue. Autrement, attendez un moment plus calme pour le faire rétrospectivement.
Ce n'est pas une thérapie de l'émotion. C'est une exploration. Vous n'êtes pas obligé de trouver une réponse. Parfois, le simple fait de poser la question ouvre une porte. Et si vous ressentez une résistance, c'est normal. Certaines émotions sont protégées par d'autres parties de vous qui ne veulent pas qu'on les touche. Respectez cette résistance.
« Vos émotions ne veulent pas disparaître. Elles veulent être entendues. Quand vous les écoutez vraiment, elles n'ont plus besoin de crier. »
Je vous ai donné trois exercices. Si vous essayez de les faire tous en même temps, vous allez vous décourager en trois jours. Voici comment les intégrer progressivement.
Semaine 1 : le scan corporel uniquement. Faites-le chaque matin pendant 3 à 5 minutes. Notez simplement la sensation dominante, sans chercher à la nommer. L'objectif est de créer l'habitude de prêter attention à votre corps.
Semaine 2 : scan + un mot. Après le scan, choisissez un mot simple (triste, en colère, joyeux, peur). Notez-le, même si vous n'êtes pas sûr. Si vous ne trouvez pas, notez « neutre ». Ce n'est pas grave.
Semaine 3 : scan + roue des émotions. Utilisez la roue pour affiner votre mot. Essayez de trouver une nuance. Notez-la. Vous pouvez aussi noter la sensation corporelle associée (par exemple : « colère – irritation – tension dans les mâchoires »).
Semaine 4 : ajoutez le dialogue. Une à deux fois par semaine, quand vous avez un peu plus de temps, posez les trois questions à une émotion qui revient souvent. Notez les réponses. Ne forcez pas si cela ne vient pas.
L'important, c'est la régularité, pas l'intensité. Même deux minutes par jour feront plus d'effet qu'une heure une fois par mois. Vous n'êtes pas en formation. Vous êtes en train de construire une nouvelle relation avec vous-même.
Je veux être clair avec vous. Ces exercices ne remplacent pas un accompagnement professionnel si vous traversez une période difficile. Si vous êtes en dépression, en burn-out, ou si vous avez des antécédents de traumatisme, nommer vos émotions peut même être déstabilisant au début. Cela peut faire remonter des choses que vous aviez enfouies. Dans ce cas, faites ces exercices avec prudence, et n'hésitez pas à consulter un praticien.
Ces exercices ne vous rendront pas invulnérable. Vous continuerez à ressentir de la colère, de la tristesse, de la peur. Et c'est normal. Le but n'est pas de supprimer les émotions désagréables. Le but est d'arrêter de les subir en aveugle. De passer de « je suis en colère » (fusion) à « je ressens de la colère » (observation). Cette nuance change tout.
Enfin, ces exercices ne sont pas une solution rapide. Si vous attendez des résultats en trois jours, vous serez déçu. La clarté émotionnelle se construit comme un muscle : à force de répétition, il devient plus fort. Mais au bout de quelques semaines, vous commencerez à remarquer des changements : vous repérerez plus tôt les signes d'énervement, vous choisirez de répondre au lieu de réagir, vous vous sentirez moins submergé par des vagues émotionnelles que vous ne compreniez pas avant.
Si vous lisez ces lignes, c'est que quelque chose en vous cherche à mieux se comprendre. Peut-être que vous en avez assez de vous sentir perdu dans vos émotions, de les subir ou de les fuir. Peut-être que vous voulez simplement vivre plus en paix avec vous-même.
Ces trois exercices sont un point de départ. Ils sont simples, accessibles, et vous pouvez les faire seul, chez vous, sans matériel. Mais si vous sentez que vous avez besoin d'être guidé, accompagné, ou si vous voulez aller plus loin, je suis là.
À mon cabinet à Saintes, je reçois des adultes qui viennent avec cette même difficulté : ne pas savoir nommer ce qu'ils ressentent. On travaille ensemble, avec l'hypnose, l'IFS et l'Intelligence Relationnelle,
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
Prendre contactDes techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Des routines anodines qui renforcent l'anxiété sans que vous le réalisiez.
Des micro-actions pour briser la léthargie dès le réveil.
Parlons-en — premier échange, sans engagement.