3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Repérez les indices précoces pour l’aider à grandir sereinement.
Vous vous inquiétez pour votre enfant. Pas seulement pour ses notes à l’école ou pour savoir s’il mange assez de légumes. Vous sentez qu’il y a quelque chose de plus profond, une difficulté à être bien dans sa peau, à se faire des amis, à traverser les émotions sans s’effondrer ou sans s’enfermer dans le silence.
J’imagine très bien la scène. Vous rentrez du travail, vous lui demandez : « Comment s’est passée ta journée ? » Il hausse les épaules, répond « Bien », ou pire, il ne répond pas et file dans sa chambre. Vous insistez : « Tu es fâché ? Triste ? Fatigué ? » Il vous regarde avec des yeux vides, comme si vous parliez une langue étrangère. Il n’est pas insolent. Il n’est pas en train de vous cacher quelque chose. Il ne sait tout simplement pas quoi vous dire.
Ce que vous vivez, ce n’est pas un caprice. C’est peut-être le signe d’une difficulté spécifique : l’alexithymie. Un mot un peu barbare, je vous l’accorde. Il signifie littéralement « absence de mots pour les émotions ». Votre enfant a du mal à identifier ce qu’il ressent, à le nommer et à le distinguer des sensations physiques. La fatigue devient un mal de ventre. La colère devient un poing serré ou une crise de larmes inexpliquée. La tristesse devient un isolement brutal.
Dans mon cabinet à Saintes, je reçois des adultes qui, en explorant leur passé, réalisent qu’ils portent cette difficulté depuis l’enfance. Ils me disent : « Je ne savais pas que j’étais triste, je croyais que j’étais juste fatigué » ou « Mon père me demandait ce que j’avais, je ne pouvais pas répondre, ça le rendait fou ». Ces adultes ont souvent développé des stratégies de survie : le contrôle, l’évitement, la performance, ou au contraire la dépendance affective. L’alexithymie n’est pas une maladie, mais une particularité du fonctionnement émotionnel qui, si elle n’est pas repérée et accompagnée, peut compliquer la vie relationnelle et intérieure.
Alors, comment faire la différence entre un enfant simplement réservé ou un enfant qui souffre d’alexithymie ? Voici cinq signes qui devraient attirer votre attention.
Le premier signe, le plus évident, c’est la difficulté à mettre des mots sur ce qu’il vit. Un enfant typique de 7-8 ans peut dire : « Je suis en colère parce que mon copain a pris mon jouet », ou « Je suis triste parce que la maîtresse m’a grondé ». Votre enfant à lui, va dire : « Je suis pas bien », « C’est nul », ou rester silencieux.
Ce n’est pas qu’il manque de mots dans sa tête. C’est que le lien entre ce qu’il ressent dans son corps (le cœur qui bat vite, les épaules tendues, la boule dans la gorge) et le mot qui correspond à cette sensation est absent ou très flou. C’est comme s’il avait une boîte à outils émotionnelle vide. Il ne peut pas vous dire « Je suis anxieux » parce que le concept même d’anxiété n’est pas accessible pour lui.
Vous pouvez l’observer dans ses dessins, ses histoires, ou ses jeux. Il va décrire des actions (« Il a couru, il est tombé ») sans jamais mentionner ce que les personnages ressentent. Dans ses conversations, il va rester sur le factuel : « On a fait des maths, après la récré, après on est rentrés. » Pas d’émotion, pas de nuance.
Ce n’est pas qu’il ne ressent rien. Il ressent, parfois intensément, mais il ne peut pas faire le tri. C’est comme avoir une boule de ficelle emmêlée dans la tête sans savoir par quel bout la tirer.
Ne vous trompez pas : un enfant qui ne parle pas de ses émotions n’est pas forcément alexithymique. Certains enfants sont simplement pudiques, ou ont appris à ne pas montrer leurs émotions. La différence, c’est que l’enfant alexithymique ne peut pas le faire, même quand il le veut. Il est perdu face à sa propre vie intérieure.
Exemple anonymisé : Un père m’a raconté que son fils de 9 ans, après avoir perdu un match de foot important, était resté prostré dans la voiture. Le père lui a demandé : « Tu es déçu ? » Le fils a répondu : « Je sais pas. J’ai mal au ventre. » Le père a insisté : « Mais tu es triste ? En colère ? » Le fils a crié : « Je sais pas, arrête ! » Ce n’était pas de la mauvaise volonté. Le garçon ne pouvait littéralement pas distinguer la déception de la douleur physique.
Ce que vous pouvez faire : Commencez par nommer vous-même les émotions que vous observez, sans lui demander de confirmer. « Je vois que tu serres les poings. On dirait que tu es en colère. » « Tu as les yeux qui brillent. On dirait que tu es content. » Faites-le de façon descriptive, pas interrogative. Vous lui fournissez un modèle, sans le mettre en échec.
C’est le signe le plus trompeur, et celui qui conduit souvent chez le médecin généraliste ou le pédiatre. Votre enfant a mal au ventre tous les dimanches soir. Il a des maux de tête récurrents. Il se plaint de fatigue inexplicable. Il a des douleurs dans les jambes, des tensions dans le cou.
On vous dit « C’est la croissance », « C’est le stress de l’école », « Il faut le laisser ». Mais vous sentez bien qu’il y a quelque chose de plus. Et vous avez raison. Chez un enfant alexithymique, le corps est le seul canal d’expression des émotions. Puisqu’il ne peut pas dire « Je suis angoissé à l’idée de la dictée », son corps va traduire cette angoisse en crampes d’estomac. Puisqu’il ne peut pas dire « Je suis triste parce que mon meilleur ami a déménagé », il va avoir une fatigue chronique.
Le problème, c’est que l’enfant lui-même croit qu’il a vraiment mal au ventre. Il ne fait pas semblant. Il ne cherche pas à vous manipuler. La douleur est réelle. C’est juste que la cause n’est pas une gastro ou une infection, mais une émotion non identifiée.
Exemple anonymisé : Une maman est venue me consulter pour son fils de 11 ans qui avait des crises de vomissements avant chaque contrôle. Elle avait fait tous les examens médicaux possibles : rien. Le garçon était suivi par une gastro-entérologue. Quand j’ai commencé à explorer avec lui ce qui se passait dans sa tête avant ces crises, il m’a dit : « Je sais pas, j’ai juste envie de vomir. » Il n’avait aucun mot pour l’anxiété de performance. Une fois qu’on a appris à reconnaître les signes physiques de l’anxiété (le cœur qui s’emballe, la respiration courte) et à les nommer, les vomissements ont disparu en trois semaines.
Ce que vous pouvez faire : Quand votre enfant se plaint d’un symptôme physique, arrêtez-vous un instant. Ne dites pas « Ce n’est rien ». Dites plutôt : « Je vois que tu as mal au ventre. Est-ce qu’il s’est passé quelque chose avant que ça commence ? » Vous ne cherchez pas une cause émotionnelle à tout prix, mais vous ouvrez une porte. Vous pouvez aussi l’aider à faire le lien : « Tu sais, parfois quand on est inquiet, notre ventre se serre. Est-ce que tu es inquiet à propos de quelque chose ? » Petit à petit, vous l’aidez à distinguer le signal physique du signal émotionnel.
C’est le signe qui peut faire penser à un trouble du comportement ou à un caprice. Votre enfant pique une crise parce que le crayon n’est pas de la bonne couleur. Il claque la porte parce que vous lui avez demandé de ranger sa chambre. Il pleure pendant une heure parce qu’il a perdu un jeu de société.
Vous vous dites : « C’est disproportionné, il exagère. » Mais pour lui, ce n’est pas disproportionné. C’est simplement qu’il n’a pas accès à la gradation des émotions. Pour lui, une contrariété mineure est vécue sur le même plan qu’une perte majeure. Comme il ne peut pas nommer « Je suis un peu agacé » ou « Je suis déçu », l’émotion monte en puissance jusqu’à ce qu’elle explose.
C’est un peu comme si vous aviez une cocotte-minute sans soupape de sécurité. La pression monte, monte, et à un moment, ça saute. L’enfant n’a pas les outils pour évacuer la vapeur progressivement. Il ne peut pas dire « Je suis frustré, j’ai besoin de cinq minutes de pause ». Il va direct à l’explosion.
Exemple anonymisé : Un père m’a parlé de sa fille de 8 ans qui pouvait passer de la joie à une crise de rage en trente secondes parce qu’elle n’arrivait pas à mettre son manteau. Il pensait qu’elle était « caractérielle ». En réalité, elle ne savait pas identifier la frustration naissante. Quand la frustration arrivait, elle était déjà trop forte. Elle n’avait pas de mot pour dire « Ça m’énerve, je n’y arrive pas ». Elle agissait l’émotion au lieu de la penser.
Ce que vous pouvez faire : Après la crise, une fois que votre enfant est calmé, ne le punissez pas pour l’explosion. Prenez un temps pour nommer ce qui s’est passé. « Tout à l’heure, tu as crié parce que tu n’arrivais pas à mettre ton manteau. Je pense que tu étais frustré. La frustration, c’est quand on veut quelque chose et qu’on n’arrive pas à l’avoir. » Vous l’aidez à construire une étiquette pour ce qu’il a vécu. La prochaine fois, peut-être qu’il pourra dire « Je suis frustré » avant d’exploser.
C’est un signe qui peut être très inquiétant pour les parents. Votre enfant ne semble pas réagir quand un camarade pleure. Il ne comprend pas pourquoi vous êtes triste. Il peut faire des remarques blessantes sans s’en rendre compte. On pourrait le croire froid, insensible, ou même manipulateur.
En réalité, c’est l’inverse. Il n’est pas insensible, il est en difficulté pour décoder les signaux émotionnels des autres. Puisqu’il ne reconnaît pas ses propres émotions, il a du mal à les reconnaître chez autrui. C’est comme si vous demandiez à quelqu’un qui n’a jamais vu la couleur rouge de vous dire si un objet est rouge ou vert. Il ne peut pas. Il n’a pas la référence.
L’empathie, c’est la capacité à se mettre à la place de l’autre. Pour cela, il faut d’abord savoir ce qu’on ressent soi-même. Un enfant alexithymique peut voir un visage en pleurs et ne pas comprendre ce que ça signifie. Il va analyser les faits : « Il pleure. Il a de l’eau qui coule de ses yeux. » Mais il ne fera pas le lien avec la tristesse. Il peut même être déstabilisé par la détresse des autres, et réagir par de l’agacement ou de l’évitement.
Exemple anonymisé : Une mère m’a raconté que son fils de 10 ans avait regardé sa petite sœur tomber et pleurer sans réagir. Elle lui a dit : « Tu vois bien qu’elle a mal, tu ne peux pas l’aider ? » Il a répondu : « Elle pleure, je sais pas quoi faire. » Il n’était pas cruel. Il était simplement perdu. Il ne savait pas quoi faire de la détresse de sa sœur parce qu’il ne savait pas quoi faire de la sienne propre.
Ce que vous pouvez faire : Quand vous regardez un film ou une série avec lui, mettez sur pause et commentez : « Regarde son visage. On dirait qu’il est triste. Comment tu le sais ? » « Là, elle a les poings serrés. Je pense qu’elle est en colère. » Vous l’entraînez à observer les indices non verbaux. C’est un apprentissage, comme on apprend les tables de multiplication. Ça ne vient pas tout seul.
Ce n’est pas un signe isolé, mais il est fréquent. Votre enfant préfère jouer seul, avec des jeux de construction, des puzzles, des écrans, des activités très structurées. Il évite les jeux d’imagination, les jeux de rôle, les situations où il faut improviser ou négocier avec les autres.
Pourquoi ? Parce que les interactions sociales sont une immense source d’émotions imprévisibles. Quand on joue à la dinette ou aux super-héros, il faut comprendre ce que l’autre ressent, s’adapter, exprimer des désirs. C’est épuisant pour un enfant qui n’a pas accès à son propre monde émotionnel. Les activités solitaires, au contraire, sont prévisibles et sécurisantes. On sait ce qu’on fait, on contrôle tout.
Ce n’est pas un diagnostic d’autisme (même si l’alexithymie est fréquente chez les personnes autistes). C’est juste une stratégie d’évitement. L’enfant a trouvé un moyen de ne pas être submergé par les émotions qu’il ne comprend pas. Il se retire du monde pour ne pas souffrir.
Exemple anonymisé : Un adolescent de 14 ans m’a dit : « Je préfère rester dans ma chambre à jouer à la console. Les autres, ils sont trop compliqués. Ils se fâchent pour rien, ils sont contents pour rien. Je comprends pas. » Il avait développé une vie sociale minimale, avec un ou deux amis très tolérants, mais il évitait les groupes. Il était perçu comme « solitaire », alors qu’il était simplement en surcharge émotionnelle permanente.
Ce que vous pouvez faire : Ne le forcez pas à aller vers les autres. Proposez-lui des interactions sociales de faible intensité : un jeu de société à deux, une promenade avec un seul copain, une activité manuelle en petit groupe. Respectez son besoin de solitude, mais ne le laissez pas s’isoler complètement. Vous pouvez aussi l’aider à anticiper les situations sociales : « Demain, tu vas voir ton cousin. Il est souvent excité. Ça veut dire qu’il va parler fort et bouger beaucoup. Toi, tu préfères le calme. On peut prévoir que tu ailles dans ta chambre si c’est trop pour toi. » Vous l’aidez à se préparer, à mettre des mots sur ce qui va se passer.
D’abord, respirez. Vous n’êtes pas un mauvais parent. Votre enfant n’est pas anormal. L’alexithymie est une difficulté qui se travaille très bien. Plus tôt on la repère, plus tôt on peut donner à l’enfant les outils pour grandir sereinement.
Ce que vous pouvez faire dès maintenant :
Ne le mettez pas en échec. Ne lui demandez pas « Qu’est-ce que tu ressens ? » s’il ne peut pas répondre. À la place, proposez-lui des options : « Est-ce que tu te sens plutôt fatigué, ou plutôt contrarié ? » ou utilisez une roue des émotions visuelle.
Nommez les émotions pour lui. Devenez son traducteur émotionnel. « Je vois que tu es silencieux depuis tout à l’heure. On dirait que tu es préoccupé. » « Tu as les sourcils froncés. On dirait que quelque chose te contrarie. » Vous ne devinez pas, vous observez et vous décrivez.
Utilisez son corps comme point d’entrée. Puisque les émotions passent par le corps, apprenez-lui à reconnaître les signaux physiques. « Quand tu as mal au ventre, c’est peut-être que tu es inquiet. Quand tu as les poings serrés, c’est
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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