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Alexithymie et sport : comment améliorer votre préparation mentale

Des astuces pour les athlètes qui peinent à gérer leurs émotions.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Vous êtes peut-être ce coureur qui, après une course décevante, ne ressent qu’une vague sensation d’inconfort sans pouvoir mettre de mots dessus. Ou ce footballeur qui, avant un match important, sent son corps se tendre, son rythme cardiaque s’emballer, mais ne comprend pas pourquoi. Vous vous dites peut-être que vous n’êtes pas « fait » pour gérer vos émotions, que c’est un truc de faible, ou que vous n’avez simplement pas de vocabulaire pour ça. Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul. Cette difficulté à identifier et à exprimer ce que vous ressentez a un nom : l’alexithymie. Et contrairement à ce que vous pourriez penser, elle n’est pas une fatalité, surtout dans le sport. Dans cet article, je vais vous montrer comment, en tant que préparateur mental, j’accompagne des athlètes comme vous à transformer cette « cécité émotionnelle » en un véritable levier de performance. On ne va pas vous demander de devenir un poète des sentiments, mais plutôt de construire un langage intérieur qui vous rende plus fort, plus lucide et plus résilient.

Qu’est-ce que l’alexithymie et pourquoi elle vous concerne en tant qu’athlète ?

L’alexithymie, c’est un peu comme avoir un tableau de bord de voiture avec des voyants qui s’allument, mais sans les étiquettes. Vous savez que quelque chose se passe, mais vous ne savez pas quoi, ni pourquoi. Sur le plan émotionnel, cela se traduit par une difficulté à :

  • Identifier vos émotions : Vous ressentez une tension, mais est-ce de l’anxiété, de la colère, de la frustration ? Difficile à dire.
  • Les distinguer des sensations corporelles : Votre cœur bat vite, votre estomac se noue. Est-ce de la peur, ou simplement un effort physique intense ?
  • Les exprimer verbalement : Quand on vous demande « comment tu te sens ? », vous répondez « bien » ou « pas bien », sans plus de nuances.

Dans le sport, ce flou intérieur est un frein énorme à la préparation mentale. Sans savoir précisément ce que vous ressentez, comment pouvez-vous ajuster votre état d’esprit avant une compétition ? Comment pouvez-vous gérer la pression si vous ne distinguez pas l’excitation de l’anxiété ? Un athlète alexithymique va souvent :

  • Somatiser : La tension non reconnue se transforme en douleurs musculaires, en blessures à répétition ou en troubles du sommeil.
  • Réagir de manière impulsive : Une frustration non identifiée peut conduire à un geste d’énervement, une parole maladroite envers un coéquipier ou un abandon en course.
  • Stagner dans sa progression : Sans feedback émotionnel, il est difficile d’apprendre de ses échecs. « Je n’ai pas réussi, c’est tout », sans savoir ce qui a cloché dans la gestion de la pression.

Je me souviens d’un marathonien que j’ai accompagné. Il était capable de décrire son plan d’allure avec une précision d’horloger, mais incapable de dire s’il était anxieux ou excité avant un départ. Il se plaignait de « jambes lourdes » systématiquement lors des 5 derniers kilomètres. En travaillant sur son alexithymie, on a découvert que cette lourdeur cachait en réalité une peur de l’échec et une colère rentrée contre lui-même. Une fois identifiée, on a pu la transformer en détermination. L’alexithymie n’est pas un trouble, c’est une habitude de fonctionnement. Et comme toute habitude, elle peut se modifier.

Point clé : L’alexithymie n’est pas l’absence d’émotions, mais l’absence de mots pour les décrire. Le sport est un terrain d’entraînement idéal pour apprendre ce nouveau langage, car les sensations y sont fortes et répétées.

Pourquoi l’hypnose ericksonienne est-elle un outil puissant pour sortir de ce brouillard émotionnel ?

Vous avez peut-être déjà entendu parler de l’hypnose, et vous imaginez quelqu’un qui dort, ou qui perd le contrôle. L’hypnose ericksonienne, c’est tout le contraire. C’est un état de conscience modifiée, hyper-éveillé, où votre attention est focalisée à l’intérieur. Et c’est précisément ce dont vous avez besoin si vous souffrez d’alexithymie.

Dans mon cabinet à Saintes, je vois souvent des athlètes qui viennent avec une demande très technique : « Apprenez-moi à gérer le stress ». Mais leur stress, ils ne le connaissent pas. Ils ne savent pas où il commence, où il finit, ni comment il se manifeste. L’hypnose permet de contourner le mental rationnel (celui qui dit « je vais bien, c’est bon ») et d’accéder directement à l’inconscient, là où les émotions brutes sont stockées.

Concrètement, comment je travaille avec un sportif alexithymique sous hypnose ?

  1. Le balayage corporel en état modifié : Je guide l’athlète à porter son attention sur les différentes parties de son corps. Sans chercher à nommer l’émotion, on se concentre sur la sensation pure : une chaleur dans le ventre, une pression dans la poitrine, une tension dans la mâchoire. L’hypnose amplifie ces sensations, les rendant plus accessibles. Peu à peu, l’athlète apprend à distinguer « une tension dans les épaules » de « une douleur au genou ». C’est la première étape : cartographier son corps émotionnel.

  2. La dissociation thérapeutique : C’est une technique que j’utilise souvent. Je propose à l’athlète de « sortir de lui-même » et de s’observer comme s’il regardait un film. « Vous êtes devant un écran. Sur cet écran, vous vous voyez juste avant le départ de votre course. Que voyez-vous ? Une posture ? Des gestes ? Une respiration ? » Sans avoir à dire « je suis stressé », l’athlète décrit des faits observables. Cette distance lui permet de reconnaître les signes avant-coureurs de l’émotion sans être submergé.

  3. La métaphore et le symbolisme : Puisque les mots manquent, l’hypnose utilise des images. « Si cette sensation dans votre ventre était une couleur, quelle serait-elle ? une texture ? une forme ? » Un coureur m’a un jour décrit son anxiété comme « une boule grise et rugueuse dans le plexus ». Cette image, même imprécise, lui a donné un point d’ancrage. La séance suivante, on a pu « transformer » cette boule en une « spirale lumineuse » qui le propulsait vers l’avant. On n’a pas parlé d’émotion une seule seconde, mais on a travaillé dessus.

L’hypnose ne vous rendra pas subitement loquace sur vos sentiments. Elle vous donnera une expérience directe de vos états intérieurs, avant même d’avoir à les nommer. C’est un peu comme apprendre à nager : on ne commence pas par la théorie de la flottaison, on met la tête sous l’eau. L’hypnose vous met en contact avec vos émotions, dans l’eau, sans vous noyer.

Moment fort : L’hypnose ericksonienne ne vous demande pas de « comprendre » votre émotion, mais de la « ressentir » suffisamment pour pouvoir l’influencer. C’est une école de l’intelligence corporelle, bien plus que de l’intelligence émotionnelle verbale.

Les 4 piliers de l’Intelligence Relationnelle pour décoder vos émotions et celles des autres

Si l’hypnose vous aide à ressentir, l’Intelligence Relationnelle (IR) vous donne la grille de lecture pour comprendre ce que vous ressentez. Développée par des psychologues comme Thomas Gordon ou mieux encore, par des praticiens de la Communication NonViolente (CNV) et de l’Analyse Transactionnelle, l’IR repose sur une idée simple : une émotion est toujours la conséquence d’un besoin satisfait ou non, ou d’une perception de la réalité.

Pour un athlète alexithymique, l’IR est une bouée de sauvetage. Elle propose des catégories claires, presque mécaniques, pour remplacer le flou. Voici les 4 piliers que j’adapte systématiquement avec mes sportifs :

Pilier 1 : L’identification des signaux corporels (le « Quoi ») Avant de savoir ce que vous ressentez, il faut savoir vous le ressentez. L’IR vous invite à scanner votre corps comme un tableau de bord :

  • Tension musculaire : Mâchoire serrée, poings fermés, épaules hautes ? (Souvent associé à la colère ou à la frustration).
  • Rythme cardiaque : Accélération soudaine ? (Anxiété, excitation, peur).
  • Respiration : Courte et thoracique ? (Peur, stress). Longue et abdominale ? (Calme, confiance).
  • Sensation de chaud/froid : Bouffée de chaleur ? (Colère). Mains froides ? (Anxiété).

Je demande à mes athlètes de tenir un carnet de bord corporel pendant une semaine. À chaque fin d’entraînement ou de match, ils notent simplement : « Épaules tendues, respiration rapide, envie de vomir ». Pas de mots émotionnels, juste des faits physiques. C’est le socle.

Pilier 2 : La distinction entre émotion primaire et secondaire (le « Pourquoi ») C’est le piège classique de l’alexithymie. On ressent une émotion secondaire (la colère, la honte) qui masque l’émotion primaire (la peur, la tristesse, la frustration). Un exemple : vous ratez une pénalité. Vous ressentez une colère immense contre l’arbitre. L’IR vous apprend à creuser : « Qu’y a-t-il sous cette colère ? » Souvent, c’est une peur de décevoir l’équipe, ou une tristesse d’avoir gâché une occasion. La colère est l’écran de fumée. En IR, on apprend à descendre d’un cran. Avec mes footballeurs, on utilise une petite fiche plastifiée avec une roue des émotions simplifiée (6 émotions de base : joie, tristesse, colère, peur, surprise, dégoût). On s’entraîne à pointer du doigt ce qui est vraiment là, en dessous.

Pilier 3 : Le lien émotion-besoin (le « Pour quoi faire ») Toute émotion est un signal. Elle vous dit que quelque chose d’important pour vous est en jeu. L’anxiété signale un besoin de sécurité ou de contrôle. La frustration signale un besoin de reconnaissance ou de progrès. La tristesse signale un besoin de réconfort ou de sens. Quand un athlète ressent une vague de stress avant une course, je lui pose cette question : « De quoi as-tu besoin en ce moment précis ? » Les réponses sont souvent puissantes : « J’ai besoin de me sentir préparé », « J’ai besoin de savoir que je peux ralentir sans perdre », « J’ai besoin de me rappeler pourquoi je fais ça ». L’émotion devient alors une boussole, pas un obstacle.

Pilier 4 : La communication de l’émotion (le « Comment ») C’est le plus difficile pour quelqu’un d’alexithymique. Comment dire ce qu’on ressent sans se sentir vulnérable ou ridicule ? L’IR propose un format simple, quasi robotique, qui enlève la pression : « Je me sens [émotion] parce que [besoin non satisfait / fait observable]. » Exemple : « Je me sens frustré parce que j’ai besoin de me sentir en contrôle de mon départ. » Au lieu de dire « Je suis nul, je vais tout rater ». Ce format verbalise sans dramatiser. C’est un outil pour vous-même d’abord, pour clarifier, puis pour les autres (coach, coéquipiers) si besoin.

L’Intelligence Relationnelle ne vous demande pas d’aimer vos émotions. Elle vous demande juste de les lire comme un code. Et une fois que vous avez le code, vous pouvez agir.

Comment intégrer l’IFS (Internal Family Systems) dans votre routine de sportif ?

L’IFS, ou Système Familial Intérieur, est un modèle thérapeutique fascinant. Il part du principe que notre esprit est composé de multiples « parties » ou sous-personnalités, chacune avec son propre rôle, ses émotions et ses croyances. Pour un athlète alexithymique, c’est une révélation. Soudain, ce brouillard intérieur s’organise en personnages.

Je vois souvent trois types de « parties » chez les sportifs :

  1. Le Manager : C’est la partie qui contrôle, qui planifie, qui vous pousse à vous entraîner dur, qui vous dit « Allez, un effort de plus ». Elle est souvent en hyperactivité. Pour l’alexithymique, elle peut être tellement forte qu’elle écrase toutes les autres sensations. Vous ne ressentez que la pression de la performance, rien d’autre.
  2. Le Pompier : C’est la partie qui réagit en urgence quand une émotion devient trop forte. Elle vous fait fuir (abandonner une course), vous engourdir (se dissocier, ne rien ressentir), ou vous faire agir impulsivement (cris, gestes brusques). C’est souvent la seule partie qui se manifeste clairement, car elle est bruyante.
  3. L’Exilé : Ce sont les parties vulnérables, souvent jeunes, qui portent des blessures anciennes (peur du rejet, sentiment d’échec, honte). Elles sont généralement cachées, car trop douloureuses. L’alexithymie est souvent une stratégie pour ne pas entrer en contact avec ces Exilés.

Comment intégrer l’IFS dans votre préparation mentale ?

  • L’auto-observation bienveillante : Avant un entraînement, posez-vous 2 minutes. Au lieu de chercher à nommer une émotion globale, demandez-vous : « Quelle partie de moi est aux commandes en ce moment ? Est-ce le Manager qui me dit de foncer ? Le Pompier qui veut que je rentre chez moi ? Ou une partie plus calme ? » Vous n’avez pas besoin de savoir qui c’est, juste de reconnaître qu’il y a plusieurs voix.
  • Le dialogue avec les parties : Quand vous sentez une tension ou une résistance, au lieu de la combattre, adressez-vous à elle comme à un personnage. « Je vois que tu es là, cette tension dans la nuque. Qu’est-ce que tu veux me dire ? » Un coureur que j’accompagnais ressentait toujours une nausée avant les 10km. En IFS, on a découvert que c’était une partie « protectrice » qui voulait le forcer à s’arrêter pour éviter une humiliation. Une fois qu’il a remercié cette partie pour sa vigilance, la nausée a disparu.
  • Accueillir sans juger : L’alexithymie est souvent accompagnée d’un jugement dur envers soi-même (« Je suis nul de ressentir ça »). L’IFS vous apprend une posture de curiosité. « Ah, tiens, voilà la partie qui a peur de perdre. Bonjour. » Pas de combat, pas de rejet. Juste une reconnaissance. Et étonnamment, quand une partie se sent écoutée, elle se calme.

L’IFS est particulièrement utile pour les sportifs car il dédramatise les émotions. Ce ne sont plus des « problèmes » à résoudre, mais des « parties » de vous qui essaient de vous aider, même maladroitement. C’est un changement de regard radical.

Point clé : L’IFS vous apprend que vous n’êtes pas vos émotions. Vous êtes le « Soi » (la conscience calme et curieuse) qui peut observer ces parties. C’est une position de force immense pour un athlète sous pression.

Exercices pratiques pour passer de l’alexithymie à l’action sur le terrain

Assez de théorie. Voici des exercices concrets, que vous pouvez intégrer dès aujourd’hui dans votre routine. Ils sont conçus pour être simples, rapides et ne nécessitent aucun vocabulaire émotionnel sophistiqué.

Exercice 1 : Le « Check-in » en 3 couleurs (2 minutes, avant chaque entraînement) Au lieu de vous demander « Comment je me sens ? » (trop vague), utilisez ce code couleur :

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À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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