3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Ne confondez plus ces deux profils émotionnels opposés.
Vous êtes peut-être en train de lire ces lignes parce que quelqu’un vous a dit un jour : « Tu es trop sensible », ou au contraire : « Tu es trop froid, tu ne ressens rien ». Peut-être que vous-même, vous vous demandez parfois pourquoi certaines situations vous submergent, tandis que d’autres vous laissent étrangement vide, comme si vos émotions étaient derrière une vitre. Ces deux expériences, l’hypersensibilité et l’alexithymie, sont souvent confondues dans l’imaginaire collectif. Pourtant, elles sont presque opposées dans leur fonctionnement. L’une est un trop-plein d’émotions, l’autre est une difficulté à les identifier. Et les confondre peut vous empêcher de trouver les clés pour aller mieux.
Je reçois régulièrement des adultes à Saintes qui viennent avec cette question : « Suis-je hypersensible ou est-ce que j’ai un blocage ? » Parfois, ils ont déjà consulté ailleurs et on leur a dit qu’ils étaient « trop sensibles », alors qu’en réalité, ils vivaient une forme d’alexithymie liée à un stress chronique ou à un passé douloureux. D’autres fois, ils se pensaient « incapables d’avoir des émotions » alors qu’ils étaient simplement en hyper-protection. Ce flou est compréhensible : nos émotions sont complexes, et nos sociétés modernes nous ont souvent appris à les réprimer ou à les intellectualiser. Mais pour avancer, il est essentiel de savoir de quoi on parle.
Dans cet article, je vais vous aider à distinguer ces deux profils. Pas avec des étiquettes définitives, mais avec des repères concrets. Vous allez comprendre ce qui se joue dans votre corps et dans votre tête, et surtout, vous repartirez avec des pistes pratiques pour mieux vivre avec ce que vous êtes.
L’alexithymie, c’est un terme que j’utilise souvent en consultation, mais il fait peur parce qu’il sonne comme un diagnostic médical. En réalité, c’est une description : littéralement, « absence de mots pour les émotions ». Une personne alexithymique ne ressent pas moins d’émotions que les autres, mais elle a du mal à les identifier, les nommer et les exprimer. C’est comme si le signal passait, mais qu’il n’y avait pas de traducteur dans le cerveau pour le transformer en quelque chose de compréhensible.
Prenons un exemple concret. Un homme que j’ai accompagné, appelons-le Marc, venait me voir parce qu’il sentait que quelque chose « clochait » dans ses relations. Il disait : « Ma femme me reproche de ne pas être présent, mais moi je suis là, je ne comprends pas. » Quand je lui demandais ce qu’il ressentait dans une dispute, il répondait : « Je ne sais pas, je me sens juste bizarre, peut-être fatigué. » Marc n’était pas insensible. En hypnose, il a pu accéder à une colère ancienne et une tristesse profonde liées à son enfance. Mais son cerveau avait appris à couper le lien entre le corps et les mots, probablement pour survivre à un environnement où exprimer ses émotions était dangereux ou inutile.
L’alexithymie est souvent liée à des mécanismes de défense. Elle peut être un héritage de l’enfance (on parle d’alexithymie primaire) ou apparaître après un traumatisme, un burn-out ou une dépression (alexithymie secondaire). Ce n’est pas une maladie en soi, mais elle complique la vie. Les personnes alexithymiques ont tendance à :
Mais attention : l’alexithymie n’est pas un choix. Ce n’est pas « ne pas vouloir ressentir », c’est « ne pas pouvoir accéder à ce ressenti de manière claire ». Et cela peut être très frustrant pour la personne elle-même, qui se sent souvent incomprise.
Point clé : L’alexithymie n’est pas l’absence d’émotion, mais l’absence de traduction. C’est comme avoir une bibliothèque pleine de livres écrits dans une langue inconnue. Les émotions sont là, mais vous ne pouvez pas les lire.
À l’opposé du spectre, l’hypersensibilité est une particularité du système nerveux. Une personne hypersensible perçoit les stimuli (sons, lumières, émotions, relations) de manière plus intense que la moyenne. Ce n’est pas un trouble, mais un trait de personnalité présent chez environ 15 à 20 % de la population, selon les travaux de la psychologue Elaine Aron. Cela touche autant les hommes que les femmes, même si les stéréotypes sociaux poussent souvent les hommes à cacher cette sensibilité.
Prenons le cas de Sophie, une coureuse que j’accompagne en préparation mentale. Sophie est hypersensible. Avant une compétition, elle ressent une vague d’émotions : l’excitation, la peur, la joie, la pression, presque en même temps. Elle peut pleurer en voyant un coureur franchir la ligne d’arrivée. Elle est aussi très sensible aux critiques : un mot un peu sec de son entraîneur peut la déstabiliser pour toute la semaine. Mais en même temps, cette sensibilité lui donne une intuition redoutable sur son corps et son rythme. Elle sent quand elle doit ralentir ou accélérer, parfois avant même que ses muscles ne lui envoient un signal.
L’hypersensibilité se manifeste souvent par :
La difficulté pour les personnes hypersensibles, c’est qu’elles n’ont pas de problème à identifier leurs émotions – au contraire, elles les reçoivent en pleine face. Le défi, c’est de ne pas se laisser submerger. L’hypersensible n’a pas besoin d’apprendre à ressentir, mais à réguler ce flot.
Pourquoi confond-on si souvent alexithymie et hypersensibilité ? Parce que, vues de l’extérieur, les deux peuvent donner l’impression d’une difficulté émotionnelle. Mais les mécanismes sont différents, et les conséquences aussi.
Voici un tableau comparatif pour vous aider à y voir plus clair :
| Caractéristique | Alexithymie | Hypersensibilité | |-----------------|--------------|-------------------| | Identification des émotions | Difficile, vague, floue | Très précise, intense | | Expression émotionnelle | Limitée, verbale, factuelle | Abondante, spontanée | | Réaction aux stimuli | Plutôt cognitive, analytique | Immédiate, sensorielle | | Vie intérieure | Pauvre en images, peu de rêves | Riche, imaginative | | Relation à l’autre | Distance, incompréhension | Empathie forte, parfois fusionnelle | | Risque principal | Isolement, sentiment de vide | Saturation, anxiété, burn-out |
Mais attention, la vie réelle est rarement aussi binaire. Certaines personnes peuvent être hypersensibles dans certains domaines (par exemple, les émotions des autres) et alexithymiques dans d’autres (par exemple, leurs propres émotions). C’est ce qu’on appelle une dissociation partielle. Par exemple, un sportif de haut niveau peut être très connecté à son corps et à ses sensations physiques, mais totalement incapable de dire s’il est triste ou en colère.
Je pense à un footballeur que j’ai suivi. Sur le terrain, il était un leader, intuitif, il sentait les déplacements de ses coéquipiers. Mais en dehors, il disait : « Je ne sais pas ce que je ressens, à part que je suis tendu. » Il était à la fois hyper-sensible à son environnement sportif et alexithymique dans sa vie personnelle. Son cerveau avait appris à compartimenter pour performer.
Vous vous demandez peut-être : « Et moi, où est-ce que je me situe ? » Il n’y a pas de test parfait, mais voici trois indicateurs que j’utilise en consultation pour aider à faire la différence.
1. La question du corps. Lors d’une émotion forte (colère, tristesse, joie), que se passe-t-il dans votre corps ? Si vous répondez : « Je sens mon cœur qui bat, mes mains qui tremblent, une boule dans la gorge », vous êtes probablement du côté de l’hypersensibilité. Si vous répondez : « Je ne sens rien de spécial, peut-être un peu de fatigue ou une tension quelque part », vous êtes peut-être dans l’alexithymie. L’hypersensible a un accès direct aux sensations corporelles liées aux émotions. L’alexithymique a souvent un décalage : il ressent des symptômes physiques vagues (maux de tête, digestion difficile) sans les relier à une émotion.
2. La question des mots. Essayez de nommer une émotion que vous avez ressentie au cours des dernières 24 heures. Si vous pouvez dire : « J’étais en colère parce que mon collègue m’a interrompu, puis triste parce que ça m’a rappelé mon enfance », vous êtes dans l’hypersensibilité ou du moins une bonne connaissance émotionnelle. Si vous dites : « J’étais énervé, je ne sais pas pourquoi, c’est tout », ou « J’étais bien, normal », vous êtes peut-être plus proche de l’alexithymie. L’alexithymique utilise souvent un vocabulaire pauvre pour les émotions : « ça va », « pas bien », « stressé », sans distinction plus fine.
3. La question des relations. Dans une dispute, comment réagissez-vous ? L’hypersensible va souvent être submergé, pleurer, se sentir attaqué, et aura besoin de temps pour se calmer. L’alexithymique va plutôt se retirer, analyser les faits, dire « tu exagères », ou même ne pas comprendre pourquoi l’autre est fâché. L’un est noyé par l’émotion, l’autre ne la voit pas.
Mais encore une fois, ces indicateurs ne sont pas des diagnostics. Ils sont des boussoles. L’important, ce n’est pas de se coller une étiquette, mais de comprendre ce qui vous freine dans votre vie.
Je ne vais pas vous vendre une méthode miracle. Mais je peux vous dire ce que j’observe dans mon cabinet à Saintes, avec des adultes qui viennent pour ces difficultés.
Pour l’alexithymie : L’objectif n’est pas de « créer » des émotions, mais de rétablir le lien entre le corps et les mots. L’hypnose ericksonienne est particulièrement efficace ici, parce qu’elle permet de contourner la partie analytique du cerveau. Je ne vous demanderai pas « Qu’est-ce que tu ressens ? » (ce qui est justement le point bloquant), mais je vais vous guider vers des sensations physiques, des images, des métaphores. Peu à peu, votre système nerveux apprend à traduire. L’IFS (Internal Family Systems) est aussi très utile : il permet d’identifier les « parties » de vous qui ont appris à couper les émotions pour vous protéger. On ne force rien, on accueille ces parties avec compassion. L’intelligence relationnelle, enfin, vous donne des outils concrets pour exprimer ce que vous ressentez, même si c’est flou au début.
Pour l’hypersensibilité : L’enjeu est inverse. Il ne s’agit pas d’apprendre à ressentir, mais à réguler. L’hypnose vous aide à créer un espace intérieur de calme, un refuge où vous n’êtes pas submergé. L’IFS vous aide à distinguer vos émotions de celles des autres (c’est souvent le problème des hypersensibles : ils absorbent tout). Et l’intelligence relationnelle vous apprend à poser des limites, à dire non sans culpabilité, à communiquer votre besoin de calme.
Moment fort : Que vous soyez alexithymique ou hypersensible, le point commun est que vous avez besoin de reconnecter votre corps et votre esprit. L’hypnose est un pont, pas une baguette magique. Elle vous donne les outils, mais c’est vous qui construisez le chemin.
Je vois souvent des personnes qui arrivent en consultation avec l’idée qu’elles doivent « guérir » de leur hypersensibilité ou de leur alexithymie. Comme si c’était une maladie. Ce n’est pas le cas. L’hypersensibilité est un trait, comme la couleur de vos yeux. Elle peut être une force si vous apprenez à la gérer. L’alexithymie, elle, est souvent une adaptation que vous avez développée pour survivre. Elle n’est pas votre identité, mais une stratégie que vous pouvez assouplir.
Le vrai travail, ce n’est pas de devenir quelqu’un d’autre. C’est d’élargir votre zone de confort émotionnel. Si vous êtes alexithymique, vous pouvez apprendre à mettre des mots sur ce que vous ressentez, sans perdre votre capacité à être rationnel. Si vous êtes hypersensible, vous pouvez apprendre à ne pas vous noyer, sans perdre votre empathie.
Prenons un autre exemple. Une femme que j’ai accompagnée, appelons-la Claire, était hypersensible et en souffrait au travail. Elle se faisait constamment déborder par les tensions d’équipe. Elle voulait « arrêter d’être sensible ». En travaillant sur elle, elle a compris que sa sensibilité était aussi ce qui lui permettait d’être une excellente médiatrice et une collègue appréciée. Elle n’a pas arrêté d’être sensible, elle a appris à mettre des limites et à se protéger. Aujourd’hui, elle dit : « Je suis toujours hypersensible, mais je ne suis plus victime de ma sensibilité. »
Avant de conclure, je veux vous donner trois choses que vous pouvez essayer dès aujourd’hui, sans rendez-vous, sans matériel.
1. Le journal des sensations plutôt que des émotions. Si vous pensez être plutôt alexithymique, arrêtez d’essayer de nommer vos émotions. Pendant une semaine, notez simplement ce que vous ressentez dans votre corps à trois moments précis de la journée (par exemple, au réveil, après le déjeuner, avant de dormir). Écrivez : « tension dans les épaules », « ventre serré », « respiration courte ». Ne cherchez pas à interpréter. Vous réapprenez à votre cerveau à capter les signaux.
2. Le minuteur de saturation. Si vous êtes plutôt hypersensible, installez un minuteur sur votre téléphone. Toutes les deux heures, prenez 30 secondes pour fermer les yeux et prendre trois respirations profondes. Cela vous oblige à descendre en intensité, avant d’atteindre le point de saturation. C’est un petit geste, mais il change la donne sur une journée.
3. La question qui fait la différence. La prochaine fois que vous êtes en conflit ou en émotion forte, posez-vous cette question : « Est-ce que je me sens submergé par ce que je ressens, ou est-ce que je ne sens rien du tout ? » La réponse vous donnera une indication immédiate sur votre profil. Et cela vous aidera à choisir la bonne stratégie : si vous êtes submergé, éloignez-vous, respirez, mettez un mot sur ce qui vient. Si vous ne sentez rien, restez, observez votre corps, et laissez une image ou un mot venir, même s’il est flou.
Vous l’aurez compris, l’alexithymie et l’hypersensibilité sont deux expériences humaines très différentes, mais elles partagent un point commun : elles peuvent vous faire souffrir si vous ne savez pas comment les apprivoiser. Et surtout, elles ne sont pas figées. Votre système nerveux est plastique, votre cerveau peut apprendre de nouvelles connexions.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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