3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Découvrez le rôle essentiel de ces trois émotions.
Vous venez de vivre une situation qui vous a mis hors de vous. Ou peut-être avez-vous passé la matinée avec cette boule au ventre, cette angoisse diffuse qui ne vous lâche pas. Et puis il y a ces moments où, sans raison apparente, les larmes montent, vous submergent, et vous vous sentez nul(le) de ne pas maîtriser ça. La colère, la peur, la tristesse. On les appelle les émotions primaires, et on passe notre temps à essayer de les fuir, les contrôler, les nier. Pourtant, elles sont aussi naturelles que de respirer. Alors pourquoi nous font-elles si peur ? Et surtout, que se passerait-il si, au lieu de les combattre, nous apprenions à les écouter ?
Depuis que j’ai ouvert mon cabinet à Saintes en 2014, je vois défiler des hommes et des femmes qui viennent avec une même plainte : « Je n’en peux plus de mes émotions ». Ils les vivent comme des ennemies, des faiblesses, des bugs dans leur système. Mais plus je pratique l’hypnose ericksonienne, l’IFS (Internal Family Systems) et l’Intelligence Relationnelle, plus je constate une chose : nos émotions primaires ne sont pas là pour nous détruire. Elles sont des messagères. Des signaux précieux qui, si on les comprend, peuvent nous guider vers une vie plus alignée.
Dans cet article, je vais vous emmener au cœur de la colère, de la tristesse et de la peur. Pas pour les analyser froidement, mais pour vous aider à les reconnaître, les accueillir, et enfin les apprécier pour ce qu’elles sont : des alliées méconnues.
Il y a quelques années, j’ai reçu un patient, je l’appellerai Marc. Marc était un cadre dynamique, père de famille, sportif. Il venait me voir parce qu’il explosait régulièrement en réunion. Il disait : « Je pète un câble pour un oui ou pour un non, et après je culpabilise. Je voudrais être plus calme ». Comme beaucoup d’entre nous, Marc avait appris que la colère était un défaut. Qu’un homme fort, un bon professionnel, ne se laisse pas déborder par ses émotions. Alors il les réprimait. Jusqu’à ce qu’elles ressortent de manière incontrôlée.
Ce que Marc ne savait pas, c’est que son problème n’était pas la colère. C’était son rapport à la colère. Il la traitait comme une intruse, une ennemie. Et c’est exactement ce que nous faisons tous avec nos émotions primaires. On les a apprises comme des faiblesses. On nous a dit : « Ne pleure pas, sois fort », « N’aie pas peur, c’est ridicule », « Ne te fâche pas, ce n’est pas poli ». Résultat ? On grandit en croyant que ressentir de la tristesse, de la peur ou de la colère, c’est un échec personnel.
Mais la vérité est ailleurs. Les émotions primaires sont universelles. Elles sont inscrites dans notre biologie, dans notre système nerveux, depuis la nuit des temps. Elles ont un rôle précis : nous protéger et nous guider. La peur nous alerte d’un danger. La colère nous signale qu’une limite a été franchie. La tristesse nous permet de faire le deuil, de nous adapter à une perte. Quand on les réprime, on ne fait pas disparaître le message. On le force juste à passer par une autre voie, souvent plus bruyante : anxiété chronique, insomnie, tensions musculaires, ou explosions incontrôlées.
En séance, je compare souvent les émotions à des voyants sur le tableau de bord d’une voiture. Si le voyant d’huile s’allume, est-ce que vous tapez sur le tableau de bord en disant « Tais-toi, voyant idiot » ? Non. Vous vérifiez l’huile. Pourtant, avec nos émotions, on fait exactement ça. On veut éteindre le signal au lieu de comprendre ce qu’il dit. Et c’est là que l’hypnose et l’IFS deviennent des outils précieux : ils nous apprennent à écouter ces signaux sans jugement, à entrer en dialogue avec eux.
Alors la prochaine fois que vous sentez monter une vague émotionnelle, arrêtez-vous une seconde. Au lieu de vouloir l’éteindre, demandez-vous : « Qu’est-ce que cette émotion essaie de me dire ? » Vous serez peut-être surpris de la réponse.
La colère a mauvaise réputation. On l’associe à la violence, à la perte de contrôle, à la destruction. Et pourtant, quand je travaille avec des sportifs de haut niveau – des coureurs, des footballeurs – je vois la colère sous un tout autre angle. Je me souviens d’un joueur de foot, jeune, talentueux, qui venait me voir parce qu’il se faisait trop de cartons jaunes pour contestation. Il disait : « Sur le terrain, je vois rouge, je réponds à l’arbitre, et après je regrette ». En travaillant ensemble, on a découvert que sa colère n’était pas un défaut. C’était une énergie. Une énergie qui, bien canalisée, pouvait le rendre plus combatif, plus déterminé. Le problème, c’est qu’il n’avait jamais appris à l’écouter avant qu’elle ne déborde.
La colère est souvent secondaire. Derrière elle, il y a presque toujours une autre émotion : de la frustration, de l’impuissance, de la peur, ou de la tristesse. Imaginez que vous êtes en réunion et qu’un collègue vous coupe la parole. Sur le moment, la colère monte. Mais si vous creusez un peu, vous trouverez peut-être de la peur (de ne pas être entendu, de perdre votre crédibilité) ou de la tristesse (de ne pas être respecté). La colère est le bouclier qui sort en premier parce qu’elle est plus rapide, plus forte. Mais elle n’est jamais la cause première.
Alors comment faire avec la colère ? D’abord, arrêtez de la diaboliser. La colère n’est pas mauvaise en soi. Elle devient problématique quand elle est mal gérée, quand elle sort sans filtre, ou quand elle est réprimée jusqu’à l’explosion. Ce que j’apprends à mes patients, c’est à reconnaître les signes avant-coureurs : la mâchoire qui se serre, les poings qui se crispent, la respiration qui s’accélère. Ce sont des indicateurs précieux. Ils vous disent : « Attention, une limite est en train d’être franchie. »
Ensuite, il s’agit de donner un espace à cette colère sans la laisser prendre le contrôle. En hypnose, on peut travailler sur des techniques de recentrage rapide. Par exemple, respirer profondément en visualisant l’énergie de la colère qui descend dans le sol, comme une décharge électrique. Ou, en IFS, dialoguer avec la partie en colère : « Qu’est-ce que tu veux me protéger ? Qu’est-ce qui est si important pour toi ? » Souvent, la réponse est surprenante. La colère protège quelque chose de sacré : votre intégrité, votre justice, votre besoin d’être respecté.
La colère bien utilisée devient une boussole. Elle vous indique où se situent vos valeurs. Quand quelque chose vous met en colère, posez-vous la question : « Qu’est-ce que cela touche en moi ? Qu’est-ce qui est menacé ? » La réponse est toujours une indication sur ce qui compte vraiment pour vous. Et ça, c’est une information précieuse pour avancer dans la vie.
« La colère ne demande pas à être réprimée, mais à être entendue. Derrière chaque éruption se cache une limite que l’on n’a pas su poser à temps. »
Parlons de la tristesse. C’est probablement l’émotion que l’on cache le plus. On la vit comme une faiblesse, un signe de vulnérabilité qu’il faut masquer à tout prix. Combien de fois avez-vous entendu : « Arrête de pleurer, ce n’est pas grave », « Sois fort, ne montre pas tes émotions » ? J’ai reçu en consultation une femme, Claire, la cinquantaine, qui venait pour une dépression chronique. Elle disait : « Je ne ressens plus rien. Je suis vide ». En creusant, on a découvert qu’elle avait appris très jeune à ne pas pleurer. À faire bonne figure. À sourire même quand elle allait mal. Résultat ? Elle avait tellement réprimé sa tristesse qu’elle avait perdu la capacité de ressentir quoi que ce soit.
La tristesse a une fonction biologique essentielle. Elle nous permet de ralentir, de faire une pause, de digérer une perte. Quand on perd quelque chose – un être cher, un emploi, une relation, un rêve – la tristesse est le processus qui nous aide à nous adapter. Elle nous force à nous tourner vers l’intérieur, à réfléchir, à pleurer. Les larmes, d’ailleurs, contiennent des hormones de stress. Pleurer, c’est littéralement évacuer une partie de la tension.
Le problème, c’est que notre société n’aime pas la lenteur. On veut tout de suite des solutions, du positif, du « tout va bien ». Alors on fuit la tristesse avec des distractions : écrans, travail, nourriture, alcool. Mais la tristesse ne disparaît pas. Elle s’enfonce, devient sourde, et se transforme souvent en apathie ou en dépression.
En séance, je propose parfois un exercice simple : s’asseoir avec sa tristesse. Pas pour la faire disparaître, mais pour l’écouter. « Où est-elle dans mon corps ? Une lourdeur dans la poitrine ? Une boule dans la gorge ? » Et puis, lui poser une question : « Qu’est-ce que tu veux que je sache ? » Les réponses sont souvent touchantes : « J’ai besoin que tu reconnaisses que tu as perdu quelque chose d’important », « J’ai besoin que tu pleures pour pouvoir avancer ».
La tristesse n’est pas une ennemie. C’est une compagne de transformation. Elle nettoie, elle fait le tri. Après une bonne crise de larmes, on se sent souvent plus léger, plus clair. C’est que la tristesse a fait son travail. Alors au lieu de la fuir, apprenez à l’accueillir. Accordez-vous 10 minutes par jour pour être triste si vous en ressentez le besoin. Sans jugement. Sans vouloir la changer. Juste avec la curiosité de ce qu’elle a à vous dire.
La peur est l’émotion la plus mal comprise de toutes. On la voit comme un frein, une faiblesse, un obstacle à nos projets. « J’ai peur de prendre la parole en public », « J’ai peur de l’échec », « J’ai peur de ne pas être à la hauteur ». Et on passe notre temps à essayer de la faire taire. Pourtant, la peur est probablement l’émotion la plus utile pour notre survie. Sans elle, on traverserait la rue sans regarder, on prendrait des risques inconsidérés, on ignorerait les signaux de danger.
Je travaille régulièrement avec des coureurs de fond qui viennent me voir pour de la préparation mentale. L’un d’eux, un marathonien expérimenté, m’a raconté qu’avant chaque course, il avait des angoisses terribles. Il craignait de ne pas finir, de se blesser, de décevoir. Il voyait ça comme un problème à régler. Mais en discutant, on a compris que cette peur était en fait une alliée. Elle le rendait plus vigilant, plus attentif à son corps, plus concentré. Sans elle, il aurait probablement négligé des signaux de fatigue ou de blessure.
La peur a deux visages. Il y a la peur saine, celle qui nous protège d’un danger réel. Et il y a la peur anxieuse, celle qui s’emballe pour des scénarios imaginaires, qui nous empêche de vivre. La différence ? La première est factuelle, ancrée dans le présent. La seconde est une projection dans le futur, souvent amplifiée par notre mental.
Comment distinguer les deux ? Un outil que j’utilise souvent en consultation, c’est le questionnement : « Qu’est-ce qui est vraiment en jeu ici ? Est-ce que ma vie est en danger ? » Dans 99% des cas, la réponse est non. La peur que vous ressentez avant un entretien ou une compétition n’est pas une peur de mort. C’est une peur de jugement, de rejet, d’échec. Et cette peur-là, on peut l’apprivoiser.
En hypnose, on travaille sur la respiration et l’ancrage. On apprend à reconnaître les sensations physiques de la peur : le cœur qui bat vite, les mains moites, la respiration courte. Et on les accueille sans paniquer. On se dit : « D’accord, mon corps se prépare à un défi. C’est normal. » On peut aussi, en IFS, dialoguer avec la partie peureuse : « Qu’est-ce que tu veux me protéger ? De quoi as-tu peur exactement ? » Souvent, cette partie a besoin d’être rassurée, pas combattue.
Alors la prochaine fois que la peur vous saisit, ne la fuyez pas. Dites-lui : « Je t’entends. Merci de me protéger. Mais aujourd’hui, je choisis d’avancer quand même. » La peur n’est pas un mur. C’est une porte. Et parfois, la franchir est la seule façon de découvrir ce qui se cache derrière.
Vous l’avez compris : nos émotions primaires ne sont pas des ennemies. Mais alors, comment faire concrètement pour les accueillir sans qu’elles prennent le contrôle ? C’est la question que l’on me pose le plus souvent en cabinet. La réponse n’est pas magique, mais elle est simple : il s’agit d’apprendre à réguler son système nerveux.
Imaginez votre système nerveux comme un thermostat. Quand une émotion forte arrive, le thermostat s’emballe. Vous passez en mode survie : combat, fuite, ou figement. L’objectif n’est pas de supprimer l’émotion, mais de ramener le thermostat à une température supportable. Assez chaude pour rester connecté à ce que vous ressentez, mais pas assez pour exploser.
Voici une méthode que j’enseigne à mes patients, en commençant par un exercice de respiration. Quand vous sentez une vague émotionnelle monter, arrêtez-vous. Inspirez profondément par le nez pendant 4 secondes. Retenez votre souffle 4 secondes. Expirez lentement par la bouche pendant 6 secondes. Faites cela 3 à 5 fois. Ce simple geste active le nerf vague, qui calme le système nerveux. Vous n’avez pas besoin de comprendre le mécanisme en détail pour qu’il fonctionne.
Ensuite, nommez l’émotion. Dites à voix haute ou dans votre tête : « Je ressens de la colère », « Je ressens de la peur », « Je ressens de la tristesse ». Le simple fait de nommer une émotion réduit son intensité. Pourquoi ? Parce que cela active le cortex préfrontal, la partie rationnelle de votre cerveau, et désactive un peu l’amygdale, le centre de l’alarme. Vous reprenez le contrôle sans combattre.
Puis, localisez-la dans votre corps. « Où est-ce que je sens cette colère ? Dans la mâchoire ? Dans les poings ? » « Où est cette tristesse ? Dans la poitrine ? Dans la gorge ? » En vous concentrant sur les sensations physiques, vous sortez du scénario mental qui nourrit l’émotion. Vous êtes dans le présent, dans le corps, et ça calme.
Enfin, posez-vous une question ouverte : « Qu’est-ce que cette émotion veut que je sache ? » Sans attendre une réponse immédiate. Parfois, elle vient. Parfois non. L’important, c’est d’avoir créé un espace d’écoute.
Je ne vais pas vous mentir : cela demande de l’entraînement. On n’apprend pas à réguler ses émotions en un jour. Mais chaque petit pas compte. Et avec le temps, vous développerez une nouvelle relation avec vos émotions. Moins de lutte, plus de curiosité. Moins de honte, plus de compassion.
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À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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