Thierry Sudan
— Psychologie

Apaiser une crise d’angoisse grâce au souffle : un protocole de 60 secondes et de 5 minutes

Pourquoi la respiration agit sur le système nerveux, les 3 erreurs qui aggravent une crise d’angoisse, un protocole d’urgence en 60 secondes, la technique des 5 minutes, et comment l’intégrer au quotidien.

Apaiser une crise d’angoisse grâce au souffle : un protocole de 60 secondes et de 5 minutes
Photo par Atahan Demir sur Pexels

Le cœur s’accélère, la poitrine se serre, l’air semble manquer. Vous avez l’impression que vous allez perdre le contrôle. Dans ces moments-là, on vous dit souvent : « Respire ! » Et vous essayez, mais en prenant de grandes inspirations, vous avez l’impression que c’est pire.

Ce n’est pas que la respiration ne fonctionne pas. C’est qu’elle doit être utilisée d’une certaine manière. Bien pratiquée, elle est l’un des moyens les plus rapides et les plus accessibles pour aider le système nerveux à revenir au calme. Voici pourquoi, et comment.

Une précision importante : lors d’une première crise, ou si les symptômes sont différents de d’habitude (douleur thoracique, essoufflement qui ne passe pas, malaise), consultez un médecin ou appelez le 15. Il est essentiel d’éliminer une cause physique.

Pourquoi le souffle est la clé du système nerveux

La respiration est la seule fonction automatique du corps que l’on peut aussi contrôler volontairement. C’est une porte d’entrée directe vers le système nerveux autonome.

L’inspiration tend à accélérer légèrement le cœur ; l’expiration tend à le ralentir, notamment par l’intermédiaire du nerf vague. Une expiration plus longue que l’inspiration envoie donc au corps un signal de calme. À l’inverse, une respiration rapide et haute, typique de l’angoisse, entretient l’état d’alerte.

Le cerveau, de son côté, surveille en permanence la respiration. Quand elle ralentit, il en déduit que le danger s’éloigne. C’est une boucle : en changeant votre souffle, vous changez le message envoyé à votre cerveau.

Les 3 erreurs qui aggravent une crise d’angoisse

1. Prendre de grandes inspirations

C’est le réflexe le plus courant, et souvent le moins utile. En crise, on respire déjà trop. Inspirer encore plus fort peut accentuer l’hyperventilation, avec des sensations de vertige, de fourmillements, d’étouffement. L’important n’est pas d’inspirer, c’est d’expirer lentement.

2. Lutter contre les sensations

Vouloir que la crise s’arrête tout de suite, se dire « il ne faut pas que je panique », augmente la tension. La crise se nourrit de la peur de la crise.

3. Fuir ou s’agiter

Courir, bouger dans tous les sens, chercher frénétiquement une sortie maintient le corps en mode fuite. Mieux vaut s’arrêter, s’asseoir si possible, et laisser la vague passer.

Le protocole d’urgence en 60 secondes

Pour les moments où la crise monte très vite.

  1. Arrêtez-vous. Posez les pieds bien à plat au sol, ou appuyez votre dos contre un mur.
  2. Expirez d’abord. Videz lentement l’air par la bouche, comme si vous souffliez dans une paille, sur 6 à 8 temps.
  3. Laissez l’air revenir seul par le nez, sans forcer, sur 3 à 4 temps.
  4. Recommencez cinq à six fois.

Cette respiration à expiration longue, parfois appelée « cohérence inversée » parce qu’elle met l’accent sur l’expiration, est simple à retenir et utilisable partout : dans un métro, une réunion, une file d’attente.

La technique des 5 minutes : le souffle carré allongé

Quand vous avez un peu plus de temps, ou après le protocole d’urgence, cette technique approfondit l’apaisement.

  1. Installez-vous assis, le dos droit mais pas raide, une main sur le ventre.
  2. Inspirez par le nez sur 4 temps, en laissant le ventre se gonfler doucement.
  3. Faites une courte pause, poumons pleins, sur 2 temps, sans bloquer.
  4. Expirez lentement par la bouche sur 6 temps, en laissant le ventre redescendre.
  5. Faites une courte pause, poumons vides, sur 2 temps.
  6. Répétez pendant cinq minutes.

Si les pauses vous mettent mal à l’aise, supprimez-les : l’essentiel est l’expiration plus longue que l’inspiration. Adaptez les temps à votre confort ; certains préféreront 3 temps d’inspiration et 5 d’expiration.

Pourquoi cette technique fonctionne

  • L’expiration longue favorise l’activité du système qui ralentit le cœur et apaise le corps.
  • La respiration abdominale sollicite le diaphragme et réduit la respiration haute, typique de l’angoisse.
  • Le comptage occupe l’esprit et l’éloigne des pensées catastrophes.
  • La main sur le ventre ancre l’attention dans le corps et dans le présent.

Ces effets sont réels, mais ils ne sont pas instantanés : il faut souvent quelques minutes pour sentir la différence. C’est normal.

Le protocole de la sécurité intérieure

Pour aller plus loin, vous pouvez associer la respiration à une image de sécurité, en vous inspirant de l’hypnose :

  1. Pratiquez la respiration à expiration longue pendant une minute.
  2. Laissez venir l’image d’un lieu où vous vous sentez en sécurité.
  3. À chaque expiration, imaginez que votre corps se pose un peu plus dans ce lieu.
  4. Ajoutez une phrase intérieure : « Je suis en sécurité, maintenant. Ça va passer. »

Pratiqué régulièrement au calme, ce protocole devient de plus en plus efficace en situation de crise : le corps a appris le chemin.

Adapter la technique à votre quotidien

La clé, c’est l’entraînement. Une technique pratiquée uniquement en crise fonctionne moins bien qu’une technique déjà familière.

  • Pratiquez trois fois par jour, deux à cinq minutes, au calme : au réveil, à midi, le soir.
  • Associez-la à des moments fixes : avant de démarrer la voiture, avant une réunion, au coucher.
  • Utilisez-la au premier signe de tension, sans attendre la crise.

Et après la respiration ?

Une fois la crise passée, prenez un moment pour vous : boire un verre d’eau, marcher doucement, parler à quelqu’un. Notez éventuellement ce qui a précédé la crise. Avec le temps, vous repérerez peut-être des déclencheurs. Pour un protocole complet en cas de crise de panique, voyez l’auto-hypnose face à une crise de panique.

Ce que cette technique ne fait pas

Elle ne guérit pas un trouble anxieux ou un trouble panique. Elle aide à traverser les crises et à réduire leur intensité. Si les crises sont fréquentes, si elles vous font éviter de nombreuses situations, ou si elles s’accompagnent d’une humeur très basse, consultez votre médecin : des traitements et des psychothérapies efficaces existent. Ne modifiez jamais un traitement sans son avis.

Ce que vous pouvez faire maintenant

Essayez dès maintenant le protocole de 60 secondes, au calme. Puis programmez un rappel pour le pratiquer trois fois demain. Le jour où vous en aurez besoin, votre corps saura. Si vous souhaitez être accompagné pour apaiser l’anxiété plus en profondeur, je vous reçois en cabinet à Saintes ou à distance.

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement — IFS, hypnose ericksonienne et Intelligence Relationnelle. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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