3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Des actions simples pour commencer la journée avec sérénité.
C’est une scène que je vois souvent arriver dans mon cabinet, à Saintes. Un homme ou une femme, cadre, parent, sportif, s’assoit et dit quelque chose comme : « Dès que je me lève, je suis déjà en retard. Je bois mon café en regardant mon téléphone, je gère les enfants, et à 9 heures, je me sens comme si j’avais déjà couru un marathon émotionnel. » Puis il ajoute : « Et je n’arrive pas à ralentir de la journée. »
Je reconnais cette fatigue nerveuse. Elle n’est pas due à un manque de sommeil, mais à un démarrage en surrégime. Le système nerveux passe en mode réactif avant même que la douche soit finie. Et ce mode, si vous le maintenez des années, use. Il use votre patience, votre concentration, votre capacité à être présent avec ceux que vous aimez.
Je ne vais pas vous vendre une routine miracle de 90 minutes avec méditation, jus vert et gratitude écrite. Je connais votre réalité. Vous avez des réveils difficiles, des enfants qui traînent, un partenaire qui parle déjà de la réunion de 8h. Alors je vais vous proposer quelque chose de plus réaliste : un rituel matinal qui tient en 5 à 15 minutes, conçu pour stabiliser votre système nerveux, pas pour ajouter une charge mentale supplémentaire.
Ce que je partage ici est le fruit de ce que j’ai construit avec des centaines de personnes en hypnose ericksonienne, en IFS (Internal Family Systems) et en préparation mentale. Des coureurs qui voulaient gérer le stress de la compétition. Des footballeurs qui perdaient leur calme après une erreur. Des adultes qui se sentaient submergés par leur quotidien. Tous ont besoin d’une chose : un système nerveux qui ne s’emballe pas au premier imprévu.
Alors comment faire ? Par où commencer sans se décourager ?
Avant de construire un rituel, il faut comprendre ce qui se joue dans ces premières minutes. Ce n’est pas une question de volonté ou de discipline. C’est une question de neurobiologie.
Quand vous ouvrez les yeux, votre cerveau passe d’un état de sommeil (dominance parasympathique) à un état de veille. Normalement, cette transition devrait être douce. Mais vous avez probablement des habitudes qui la transforment en crash test.
Vous prenez votre téléphone. Vous voyez trois mails, une notification de votre banque, un message du groupe WhatsApp de l’école, et une alerte info. Votre cerveau interprète cela comme une menace. Pas une menace vitale, mais une menace sociale, logistique, temporelle. En une fraction de seconde, votre amygdale (le détecteur d’alerte) s’active. Votre cortisol (hormone du stress) grimpe. Votre cœur s’accélère. Vous êtes en mode « combat ou fuite » avant même d’avoir mis un pied par terre.
Ensuite, vous vous levez. Vous buvez du café. Excellente boisson, mais la caféine stimule le système nerveux sympathique. Si vous êtes déjà en surrégime, c’est comme jeter de l’essence sur un feu. Vous vous sentez « éveillé », mais c’est une éveil nerveux, pas une présence calme.
Puis vous enchaînez : habiller les enfants, vérifier les cartables, répondre à un texto, écouter la radio. Votre attention est dispersée. Votre système nerveux ne sait pas sur quel mode se poser. Il reste en hypervigilance.
Résultat ? Vous arrivez au travail ou à votre première tâche avec un niveau de stress de base déjà élevé. La moindre contrariété – un embouteillage, un collègue qui vous parle mal, un email désagréable – vous fait sursauter ou réagir de façon disproportionnée. Vous n’êtes pas « nerveux » par nature. Vous êtes simplement en état d’alerte permanent depuis le réveil.
Un jour, un coureur que j’accompagne m’a dit : « Le pire dans ma journée, ce n’est pas la course. C’est les 30 minutes avant. Je stresse tellement que j’ai mal au ventre. » Je lui ai demandé ce qu’il faisait ces 30 minutes. Il a répondu : « Je regarde mon téléphone, je bois trois cafés, et je pense à tout ce qui pourrait mal tourner. » Nous avons changé cela. Et ses performances ont changé. Pas parce qu’il s’est entraîné plus dur, mais parce que son système nerveux a appris à démarrer en douceur.
« Ce n’est pas le monde qui est stressant le matin. C’est la façon dont vous le rencontrez. »
Je vais vous donner la clé la plus simple, la plus rapide, et la plus sous-estimée que j’utilise avec mes patients et mes sportifs. Elle s’appelle la respiration cohérente. Mais attention : ce n’est pas une technique de relaxation floue. C’est un outil physiologique précis.
Le principe : vous inspirez pendant 5 secondes, vous expirez pendant 5 secondes. Vous faites cela pendant 3 minutes. Cela donne environ 6 respirations par minute. C’est la fréquence qui permet de stimuler votre nerf vague, le principal nerf du système parasympathique (celui qui calme). Quand vous respirez ainsi, votre fréquence cardiaque ralentit, votre pression artérielle baisse, et votre cerveau envoie un signal : « Tout va bien, on peut relâcher la garde. »
Mais voici le piège : beaucoup de gens essaient de le faire en étant déjà tendus, et ils se forcent. Ou ils le font en pensant à leur liste de tâches. Ça ne marche pas. Pour que cela fonctionne, vous devez le faire avant que le stress s’installe. C’est un rituel préventif, pas curatif.
Voici comment je le propose à mes patients :
Avant de toucher votre téléphone : posez-le hors de la chambre ou au moins hors de portée de main. Pas de notifications avant d’avoir respiré.
Assis au bord du lit : les pieds à plat sur le sol. Les mains sur les cuisses. Fermez les yeux ou gardez un regard doux.
Trois minutes de respiration 5-5 : vous pouvez compter mentalement. Si vous perdez le fil, recommencez. Ce n’est pas grave. L’important est de maintenir le rythme.
Puis une minute de silence : restez assis, sans rien faire. Laissez votre esprit vagabonder. Observez ce qui vient.
Je sais ce que vous pensez : « Je n’ai pas trois minutes le matin. » Mais je vous réponds avec douceur : vous avez trois minutes. Vous les passez peut-être à défiler des stories ou à chercher vos chaussures. Ce n’est pas une question de temps, c’est une question de priorité. Un patient m’a dit un jour : « Je n’ai pas le temps de respirer. » Je lui ai répondu : « Vous avez le temps d’être malade ? Vous avez le temps d’être irritable avec vos enfants ? Vous avez le temps de faire une crise d’angoisse ? » Il a souri. Il a compris.
Je ne vous demande pas de méditer 20 minutes. Je vous demande trois minutes. Essayez demain. Ce n’est pas parfait ? Recommencez le surlendemain. Le but n’est pas la performance, c’est la régulation.
Une fois que vous avez la respiration cohérente comme base, vous pouvez ajouter des éléments. Mais attention : chaque ajout doit être simple, court, et agréable. Si vous vous forcez à faire quelque chose que vous n’aimez pas, votre système nerveux va le percevoir comme une contrainte, et le rituel deviendra une source de stress supplémentaire.
Voici une structure que j’ai vu fonctionner chez beaucoup de personnes. Elle dure entre 5 et 10 minutes. Vous pouvez l’adapter selon votre matinée.
Étape 1 : Ancrage corporel (1 minute) Avant de vous lever, prenez une seconde pour sentir votre corps. Posez une main sur votre ventre, l’autre sur votre cœur. Sentez la chaleur de vos mains. Sentez votre respiration. Cela ancre votre attention dans le présent. Vous n’êtes pas encore dans le futur des tâches. Vous êtes ici.
Étape 2 : Respiration cohérente (3 minutes) Comme décrit plus haut. C’est le pilier.
Étape 3 : Intention du jour (1 minute) Pas une liste de choses à faire. Une intention. Une phrase courte qui dit comment vous voulez vous sentir ou être. Par exemple : « Aujourd’hui, je reste calme même si les choses dérapent. » Ou : « Je choisis la patience avec mes collègues. » Ou : « Je prends soin de mon énergie. » Vous la dites à voix haute ou dans votre tête. C’est un cap, pas une injonction.
Étape 4 : Une action douce (2 à 5 minutes) Cela peut être : boire un verre d’eau lentement, étirer votre cou et vos épaules, marcher pieds nus sur le carrelage (la fraîcheur éveille les sens), ou simplement regarder par la fenêtre 30 secondes. L’idée est de faire une chose avec toute votre attention. Pas en multitâche. Juste ça.
Un exemple concret : un footballeur que j’accompagnais avait du mal à gérer son impulsivité sur le terrain. Il arrivait au stade déjà tendu. Nous avons construit un rituel de 7 minutes : respiration, puis il fermait les yeux et s’imaginait faire une passe calme après une erreur. Cela a changé sa réactivité. Pourquoi ? Parce que son cerveau avait déjà « répété » une réponse calme. Le rituel matinal n’est pas un moment de bien-être. C’est un entraînement du système nerveux.
« Le rituel matinal n’est pas une pause. C’est un investissement dans votre stabilité émotionnelle pour les 16 heures suivantes. »
Je pratique l’IFS (Internal Family Systems) depuis plusieurs années. C’est une approche qui considère que nous avons tous des « parties » en nous, des sous-personnalités qui pensent, sentent et agissent différemment. Parfois, ces parties s’opposent à nos bonnes intentions.
Vous avez peut-être une partie qui vous dit : « Je n’ai pas le temps pour ce rituel. C’est une perte de temps. » Ou une autre qui dit : « Ça ne marchera pas de toute façon. » Ou encore une partie qui vous pousse à tout faire vite, à être productif dès le réveil.
Ces parties ne sont pas vos ennemies. Elles essaient de vous protéger. La partie qui vous dit de vous dépêcher a peut-être appris, dans votre enfance, que ralentir était dangereux (vous étiez puni, ou vous manquiez de temps). La partie qui doute du rituel a peut-être été déçue par d’autres tentatives.
Dans l’IFS, on ne combat pas ces parties. On les écoute. Vous pouvez leur dire : « Je t’entends. Tu as peur que je perde du temps. Merci de vouloir me protéger. Mais aujourd’hui, je vais essayer autrement. Tu peux rester là, juste observer. »
Ce dialogue intérieur change tout. Vous cessez d’être en guerre contre vous-même. Vous devenez le leader calme de votre propre système. Et ce leader peut choisir de respirer 3 minutes, même si une partie proteste.
Un patient m’a dit un jour : « Chaque matin, je me promets de faire ce rituel, et chaque matin, je trouve une excuse. » Je lui ai demandé : « Quelle partie trouve l’excuse ? » Il a réfléchi et a dit : « Une partie qui a peur de perdre le contrôle. Si je ralentis, je vais perdre mon élan. » Nous avons travaillé avec cette partie. Il a compris qu’elle avait été utile dans une période de sa vie où il devait être hyperactif pour survivre. Mais aujourd’hui, elle n’était plus nécessaire. Il a pu la remercier et lui demander de se détendre un peu. Le rituel est devenu possible.
Je ne vais pas vous donner un modèle unique. Votre vie est unique. Voici comment adapter les principes à trois profils fréquents.
Pour les parents débordés : Votre matinée est une course d’obstacles. Vous ne pouvez pas vous isoler 10 minutes. Alors faites ceci : levez-vous 10 minutes avant tout le monde. Oui, c’est difficile. Mais ces 10 minutes sont votre seule fenêtre de calme. Faites votre respiration au bord du lit pendant que la maison dort. Si c’est impossible, faites-le dans la salle de bain, porte fermée, pendant que l’eau coule. Vous pouvez aussi faire votre respiration en habillant vos enfants : inspirez pendant que vous enfilez un vêtement, expirez en boutonnant. Intégrez le rituel dans vos gestes. L’important est la qualité de présence, pas la durée.
Pour les sportifs : Votre rituel doit être orienté vers la performance et la régulation émotionnelle. Avant de vous échauffer physiquement, échauffez votre système nerveux. 3 minutes de respiration cohérente. Puis une visualisation rapide : imaginez-vous en train de gérer une situation difficile (un mauvais passage, une erreur, un adversaire qui vous provoque) avec calme. Cela prépare votre neuroplasticité. Vous n’attendez pas le stress pour réagir. Vous l’avez déjà répété.
Pour les travailleurs en télétravail ou en open space : Votre premier réflexe est souvent d’ouvrir votre ordinateur et de lire vos mails. Ne faites pas cela. Avant de vous connecter, faites votre rituel. Même 5 minutes. Puis, au lieu de commencer par les urgences, commencez par une tâche simple et agréable. Cela installe un rythme, pas une réaction. Un patient m’a dit : « Je commence toujours par les mails les plus stressants. » Je lui ai répondu : « Et si vous commenciez par trier un dossier que vous aimez, ou par écrire une ligne dans votre journal ? » Il a essayé. Sa matinée est devenue moins explosive.
Je suis honnête avec mes patients : un rituel matinal ne va pas résoudre tous vos problèmes. Il ne va pas faire disparaître un trauma, une charge mentale écrasante, ou une dépression. Il ne va pas remplacer une thérapie, un suivi médical ou un besoin de changement de vie.
Ce qu’il va faire, c’est vous donner une base stable. Un point d’ancrage. Quand votre système nerveux est stable, vous êtes plus capable de faire face aux difficultés. Vous êtes plus présent pour vos enfants. Vous êtes plus lucide pour prendre des décisions. Vous êtes moins réactif dans vos relations.
Mais si vous êtes dans une période de crise intense, ou si vous sentez que votre anxiété ou votre irritabilité est chronique et ne répond pas à ces petits gestes, alors il faut aller plus loin. Le rituel n’est pas un cache-misère. C’est un outil de prévention. Si votre maison brûle, vous n’allez pas simplement aérer.
Un jour, une patiente m’a dit après quelques semaines de rituel : « Je me sens mieux, mais je me rends compte que ma colère du matin cache quelque chose de plus vieux. » Exactement. Le rituel a rendu son système plus calme, et du coup, elle a pu entendre ce qui se passait vraiment en elle. Parfois, la stabilité nerveuse est le premier pas pour aller voir ce qui claque au fond. Et ça, c’est un beau cadeau.
Je ne vous demande pas de changer toute votre vie demain. Je vous demande un micro-changement.
Demain matin, avant de toucher votre téléphone ou de boire votre café, asseyez-vous au bord de votre lit. Posez vos pieds à plat. Mettez une main sur votre ventre. Et respirez lentement en comptant jusqu’à 5 à l’inspire, 5 à l’expire. Faites cela 3 fois. Pas 3 minutes. 3 respirations.
C’est tout. C’est ridiculement simple. Et pourtant, c’est un acte de souveraineté sur votre système nerveux. Vous dites à
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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