3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Transformez cette énergie en force constructive.
Il y a quelques semaines, un homme est venu me voir, complètement épuisé. Il était cadre commercial, bon père de famille, reconnu par ses pairs. Mais il m’a dit, les mâchoires serrées : « Je ne peux plus. Dès que quelqu’un me contredit, je sens une boule explosive dans la poitrine. Après, je m’en veux pendant des jours. » Il n’était pas violent, non. Il était juste prisonnier d’une émotion qu’il pensait devoir cacher, contrôler, éradiquer. Comme beaucoup d’entre nous, il avait appris enfant que la colère était « mauvaise », qu’il fallait la ranger au fond du placard. Sauf que les émotions ne disparaissent pas. Elles fermentent. Et un jour, elles débordent.
Vous êtes peut-être comme lui. Vous sentez cette montée de chaleur, ce nœud dans l’estomac, cette envie de claquer la porte ou de dire quelque chose que vous regretterez. Et ensuite, la honte. La culpabilité. La promesse de « ne plus jamais me laisser emporter ». Mais si je vous disais que la colère n’est pas votre ennemie ? Qu’elle est un signal, un carburant, une boussole ? Je ne parle pas de la rage destructrice, celle qui casse les relations. Je parle de cette énergie brute, puissante, qui peut devenir votre alliée la plus précieuse pour poser des limites, agir, et même mieux vous connaître.
Dans cet article, je vais vous montrer comment passer de « je suis submergé par la colère » à « j’utilise la colère comme un informateur fiable ». Nous allons voir ensemble pourquoi elle surgit, ce qu’elle protège vraiment, et comment la transformer en force constructive, que ce soit dans votre couple, au travail, ou dans votre sport. Prêt à faire la paix avec un de vos meilleurs alliés ?
La première chose que j’entends souvent en consultation, c’est : « Je n’ai pas le droit d’être en colère, ce n’est pas professionnel/pas mature/pas chrétien. » On a tellement diabolisé cette émotion qu’on a oublié sa fonction première. La colère est une réponse biologique ancestrale. Elle n’est pas apparue par hasard dans notre cerveau reptilien. Elle sert à signaler un danger, une injustice, une transgression de nos limites. Quand un animal voit son territoire envahi, il grogne. Quand on vous coupe la priorité sur la route, vous klaxonnez. Ce n’est pas un « défaut de caractère », c’est un système d’alarme.
Le problème, ce n’est pas la colère elle-même. C’est la façon dont on l’interprète et dont on réagit à son signal. Si vous traitez votre détecteur de fumée comme un ennemi et que vous l’arrachez du plafond, vous ne réglerez pas l’incendie. Vous serez juste aveugle au danger. La colère, c’est pareil. Elle vous dit : « Quelque chose ici ne va pas. Une de mes valeurs est bafouée. Un de mes besoins n’est pas respecté. » Votre travail n’est pas de l’éteindre, mais d’écouter ce qu’elle raconte.
Prenons un exemple concret. Vous êtes en réunion. Un collègue s’attribue le mérite de votre travail. La colère monte. Vous pouvez :
Alors, la prochaine fois que vous sentez cette bouffée de chaleur, ne vous jugez pas. Ne dites pas « Je suis nul, je m’énerve encore ». Dites plutôt : « Ah, un message arrive. Voyons ce qu’il a à me dire. » Ce simple changement de regard – passer de l’ennemi à l’allié – est le premier pas vers une régulation émotionnelle efficace. Vous n’êtes pas votre colère. Vous êtes celui ou celle qui la reçoit.
Nous avons tous des schémas automatiques. Des habitudes prises depuis l’enfance. Et souvent, ces habitudes transforment la colère en quelque chose de toxique. Je vois trois grands pièges qui reviennent sans cesse chez les personnes que j’accompagne.
Piège n°1 : La fusion avec l’émotion. C’est quand vous ne faites plus qu’un avec votre colère. Vous ne dites pas « je ressens de la colère », vous dites « JE SUIS en colère ». Votre identité se dissout dans l’émotion. Vous devenez la colère. Et à ce moment-là, vous perdez toute capacité de recul. C’est comme être dans une voiture sans freins, les yeux bandés. Vous réagissez, vous ne répondez pas. Ce piège mène aux paroles blessantes, aux décisions impulsives, aux regrets. Si vous vous reconnaissez là-dedans, sachez que c’est le piège le plus courant. La solution ? Apprendre à dire « une partie de moi est en colère », ce qui crée immédiatement un espace entre vous et l’émotion.
Piège n°2 : La rumination silencieuse. À l’opposé de l’explosion, il y a l’implosion. Vous ne dites rien. Vous serrez les dents. Vous accumulez. Vous vous dites que c’est plus sage. Mais la colère ne se dissout pas quand on l’ignore. Elle s’enfouit dans le corps. Elle devient tension dans les épaules, maux de tête, fatigue chronique. Et un jour, pour une broutille (un verre renversé, une remarque anodine), vous explosez de façon totalement disproportionnée. Pourquoi ? Parce que le vase était déjà plein. La rumination silencieuse, c’est comme mettre la pression dans une cocotte-minute sans soupape. À un moment, ça saute. Et souvent sur la mauvaise personne (conjoint, enfants). Ce piège vous fait croire que vous êtes « calme », mais vous êtes juste en train de vous empoisonner lentement.
Piège n°3 : La justification morale. Celui-ci est plus subtil. Vous vous dites que vous avez « raison » d’être en colère. Que l’autre est un imbécile, un incompétent, un malotru. Vous construisez tout un récit où vous êtes la victime et l’autre le coupable. La colère devient alors un carburant pour la rancune. Vous passez des heures à rejouer la scène dans votre tête, à peaufiner vos arguments, à prouver que vous avez raison. Le problème ? Ce n’est pas que vous ayez tort. C’est que cette posture vous maintient dans un état de stress permanent. Vous avez raison, mais vous êtes seul, tendu, et malheureux. La justification morale vous empêche de passer à l’action constructive. Elle vous enferme dans le jugement au lieu de vous ouvrir à la solution.
Point clé : La colère n’explose jamais par hasard. Elle est toujours le résultat d’une accumulation ou d’une fusion mal gérée. Le vrai travail n’est pas de supprimer la colère, mais d’agrandir l’espace entre le stimulus et la réponse.
Si vous vous reconnaissez dans un de ces pièges, ne vous inquiétez pas. C’est humain. Nous avons tous été formatés par notre histoire. La bonne nouvelle, c’est que ces schémas se défont. Ils se défont quand on les observe avec curiosité, sans jugement. Et c’est exactement ce que nous allons voir dans la section suivante.
Je travaille principalement avec l’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems). Pourquoi ces deux approches ? Parce qu’elles ne cherchent pas à « combattre » la colère. Elles l’accueillent. Et c’est là que la magie opère.
L’hypnose ericksonienne, ce n’est pas un spectacle de scène. C’est un état de conscience modifié où le mental analytique se met en retrait, laissant place à l’inconscient créatif. Dans cet état, on peut « parler » à la colère sans se faire dévorer par elle. On peut lui demander : « Qu’est-ce que tu veux pour moi ? Qu’est-ce que tu protèges ? » Et souvent, la réponse est surprenante. La colère n’est jamais seule. Elle est toujours accompagnée d’une peur ou d’une tristesse plus profonde. Elle est comme un gardien à l’entrée d’une porte. Si vous forcez la porte, il devient plus agressif. Si vous l’écoutez, il s’apaise.
Je me souviens d’une patiente, appelons-la Sophie. Elle était cadre dans une banque. Elle disait : « Dès qu’on me critique, je deviens folle. Je tremble, je crie, puis je pleure. » En séance d’hypnose, nous sommes allés rencontrer cette colère. Je lui ai demandé de visualiser cette émotion comme une forme ou une couleur. Elle a vu une boule rouge, brûlante, dans son ventre. Je lui ai proposé d’approcher doucement cette boule, sans vouloir la changer. Et là, elle a entendu une voix : « Je te protège. Si tu ne te défends pas, on va t’écraser. » Cette colère était en fait une partie d’elle-même, une « protectrice », qui avait pris ce rôle depuis l’enfance, quand on ne l’écoutait pas. Une fois qu’elle a compris cela, la boule rouge a changé de texture. Elle est devenue plus tiède, plus fluide. Sophie a pu dire à cette partie : « Merci de m’avoir protégée. Maintenant, je suis adulte. Je peux gérer. Tu peux te reposer. »
L’IFS, c’est exactement ça. On considère que notre psyché est composée de multiples « parties » (ou sous-personnalités). La colère est une partie. Elle a un rôle, une histoire, une intention positive. Quand on la traite comme un allié plutôt qu’un ennemi, elle se détend. Elle n’a plus besoin de hurler pour être entendue. Et alors, on peut accéder à ce que l’IFS appelle le « Self » – cette partie de nous qui est calme, curieuse, compatissante, confiante. C’est depuis cet espace qu’on peut vraiment réguler la colère, pas en la contrôlant, mais en l’intégrant.
Exercice simple à faire chez vous :
Cet exercice, c’est de l’auto-hypnose. Il vous reconnecte à votre corps et à votre sagesse intérieure. Il ne fera pas disparaître la colère magiquement, mais il créera un espace. Et dans cet espace, vous pourrez choisir votre réponse au lieu de réagir mécaniquement.
Accueillir la colère, c’est bien. Mais après, il faut agir. C’est là que l’Intelligence Relationnelle entre en jeu. J’ai développé cette approche au fil des années, en m’inspirant de la Communication NonViolente (CNV) et de la thérapie systémique. L’idée est simple : la colère signale une limite franchie. Le travail est donc d’exprimer cette limite de manière claire, respectueuse, et efficace.
Beaucoup de gens confondent « poser une limite » et « attaquer ». Quand vous dites « Tu es nul, tu n’écoutes jamais », vous attaquez. L’autre se défend, le conflit s’envenime. Quand vous dites « Quand tu arrives en retard sans prévenir, je me sens manqué de respect. J’ai besoin de fiabilité. À l’avenir, j’aimerais que tu m’envoies un message si tu as du retard », vous posez une limite. Vous parlez de vous, de votre ressenti, de votre besoin, et d’une demande concrète. La colère devient alors un carburant pour une communication authentique.
Prenons un autre exemple. Vous êtes en couple. Votre partenaire laisse traîner ses affaires. Vous sentez la moutarde vous monter au nez. La réaction classique, c’est le reproche : « Tu es toujours aussi bordélique, je ne supporte plus. » L’Intelligence Relationnelle vous propose un autre chemin :
Vous voyez la différence ? Vous ne niez pas votre colère. Vous l’utilisez pour clarifier ce qui est important pour vous. Et vous l’exprimez de façon à ce que l’autre puisse l’entendre sans se sentir agressé. C’est ça, l’Intelligence Relationnelle : utiliser l’énergie émotionnelle pour renforcer le lien, pas le rompre.
Dans le sport, c’est pareil. Un coureur que j’accompagne ressentait de la rage pendant les compétitions difficiles. Il voulait abandonner. Nous avons travaillé à transformer cette rage en « carburant compétitif ». Il a appris à se dire : « Cette colère, c’est mon corps qui me dit que je peux pousser plus loin. Je ne lutte pas contre elle, je l’utilise pour accélérer. » Il a changé son récit intérieur. Et ses performances ont suivi.
La colère, bien canalisée, est une énergie phénoménale. Elle peut vous aider à dire non à une surcharge de travail, à quitter une relation toxique, à défendre vos enfants, à tenir un effort physique. Mais pour cela, il faut arrêter de la voir comme une ennemie et commencer à la former comme une alliée.
C’est peut-être l’aspect le plus puissant, et le moins connu. La colère n’est pas juste un signal de danger. C’est un révélateur de ce qui compte vraiment pour vous. Elle pointe directement vers vos valeurs fondamentales.
Si vous êtes en colère quand quelqu’un vous ment, c’est que l’honnêteté est une valeur clé pour vous. Si vous êtes en colère quand on vous ignore, c’est que la considération est importante. Si la malhonnêteté au travail vous rend fou, c’est que l’intégrité est non négociable. La colère est comme un projecteur qui éclaire vos trésors intérieurs. Elle vous dit : « Regarde, ça, c’est sacré pour toi. Ne laisse personne le piétiner. »
J’ai accompagné un entrepreneur qui était constamment en colère contre ses employés. En explorant, nous avons découvert que sa colère venait d’une valeur profonde : l’engagement. Il avait lui-même sacrifié beaucoup pour son entreprise, et il ne supportait pas que d’autres ne s’investissent pas autant. Une fois cette valeur identifiée, il a pu :
Sa colère a diminué de 80 %, non pas parce qu’il l’a
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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