Thierry Sudan
— Psychologie

Sortir de l’alexithymie avec l’hypnose et l’IFS : séance, étapes et lien avec le stress

Pourquoi l’alexithymie entretient le stress chronique et l’anxiété, comment l’hypnose reconnecte aux émotions par le corps, le processus IFS pour déverrouiller les parts protectrices, et 5 pistes pour commencer.

Sortir de l’alexithymie avec l’hypnose et l’IFS : séance, étapes et lien avec le stress
Photo par Rupinder Singh sur Pexels

Vous sentez bien que quelque chose ne va pas, mais vous ne savez pas quoi. Votre corps est tendu, votre sommeil agité, votre ventre noué, et pourtant, quand on vous demande ce que vous ressentez, vous n’avez pas de réponse. Peut-être vous a-t-on parlé d’alexithymie, cette difficulté à identifier et à nommer ses émotions.

Si vous avez déjà essayé de parler de vos émotions sans y parvenir, vous savez que la parole seule a ses limites. C’est là que des approches comme l’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems) ont quelque chose de particulier à offrir : elles passent par le corps et par l’expérience, plutôt que par l’analyse. Pour comprendre les origines de l’alexithymie, voyez alexithymie et enfance. Ici, nous parlons de la manière d’en sortir.

L’alexithymie, ou le stress sans nom

Une personne alexithymique ne ressent pas moins d’émotions que les autres. Elle les perçoit simplement surtout sous forme de sensations physiques, sans pouvoir les relier à un mot ni à un sens. Vous n’êtes pas « froid » : vous êtes souvent en tension, sans le savoir.

Comment l’alexithymie transforme le stress en boucle chronique

Quand on ne peut pas nommer une émotion, on ne peut pas non plus y répondre. La peur n’est pas reconnue, donc on ne cherche pas de réassurance. La colère n’est pas identifiée, donc on ne pose pas de limite. La tristesse n’est pas perçue, donc on ne se console pas. L’émotion reste active dans le corps, et le stress s’accumule.

Plusieurs études associent l’alexithymie à un risque plus élevé d’anxiété, de troubles psychosomatiques et de difficultés à gérer le stress. Ce n’est pas une fatalité, mais cela montre l’importance de reconnecter le corps et les émotions.

Pourquoi l’anxiété explose quand on ne peut pas nommer

Une sensation physique sans explication est inquiétante. Le cœur qui s’accélère, le ventre qui se serre, la gorge qui se noue : si l’on ne sait pas que c’est de la peur ou de la tristesse, on peut s’inquiéter de ces sensations elles-mêmes. On craint une maladie, on consulte, on s’alarme. L’anxiété se nourrit de cette incompréhension.

Pourquoi votre cerveau a appris à ignorer vos sensations

Souvent, ce n’est pas que vous ne pouvez pas ressentir. C’est qu’une partie de vous a appris, tôt, à couper le signal : parce que vos émotions n’étaient pas accueillies, parce qu’elles dérangeaient, parce qu’elles étaient trop intenses pour l’enfant que vous étiez. Le cerveau a mis en place un filtre, qui laisse passer les sensations mais pas leur sens.

Ce filtre peut être assoupli. C’est le travail de l’hypnose et de l’IFS.

Pourquoi les approches classiques échouent parfois

Les thérapies fondées principalement sur la parole demandent de décrire ce que l’on ressent. Pour une personne alexithymique, c’est justement la difficulté. Elle peut avoir l’impression de « mal faire », de ne rien avoir à dire, et abandonner. Ce n’est pas que ces thérapies soient inefficaces, mais elles gagnent à être complétées par des approches qui partent du corps.

Comment l’hypnose reconnecte aux émotions par le corps

L’hypnose ericksonienne propose un chemin indirect, qui ne demande pas de mettre des mots d’emblée.

  • Elle apaise d’abord : dans un état de détente, le système nerveux baisse sa garde, et les sensations deviennent plus perceptibles.
  • Elle invite à observer le corps : où se trouve la tension ? Quelle forme a-t-elle ? Quelle couleur, quelle température ? Ces questions sensorielles sont plus accessibles que « que ressentez-vous ? ».
  • Elle laisse émerger des images : une sensation peut évoquer une image, un souvenir, une scène. L’émotion se dévoile souvent par ce détour.
  • Elle relie sensation et mot, une fois l’expérience vécue : « Cette boule dans la gorge, quand vous la regardez, est-ce qu’elle ressemble plutôt à de la tristesse, de la colère, de la peur ? »

Les étapes d’une séance pour l’alexithymie

  1. Un temps d’échange : nous parlons de ce que vous vivez, de vos sensations corporelles, de vos difficultés dans les relations. Aucune obligation de parler d’émotions.
  2. L’installation d’un lieu de sécurité : en hypnose, vous construisez un lieu intérieur où vous vous sentez bien. Il servira de point d’appui.
  3. L’exploration d’une sensation : à partir de ce lieu, nous portons l’attention sur une zone du corps où quelque chose se passe. Nous l’observons avec curiosité, sans chercher à la changer.
  4. L’émergence : parfois une image, un souvenir, une couleur. Parfois rien, et c’est très bien aussi.
  5. La mise en mots : en revenant, nous cherchons ensemble des mots pour ce qui a été vécu, sans forcer.

Au fil des séances, la perception devient plus fine, et le vocabulaire émotionnel s’enrichit.

Le processus IFS pour déverrouiller l’alexithymie

L’IFS voit l’alexithymie comme le résultat du travail de parts protectrices. Ces parts ont appris à couper les émotions pour protéger des parts plus vulnérables, porteuses de douleurs anciennes. Le processus consiste à :

  1. Repérer la part qui coupe : souvent perçue comme un mur, un brouillard, un vide, une voix qui dit « ça ne sert à rien ».
  2. Lui témoigner de la curiosité au lieu de lutter : « Qu’est-ce que tu fais pour moi ? Qu’est-ce que tu crains si je ressens ? »
  3. La remercier, et lui demander si elle accepterait de laisser passer un tout petit peu d’émotion, en sécurité.
  4. Rencontrer ce qu’elle protège, progressivement, avec beaucoup de douceur.

Un exemple : l’alexithymie et la colère rentrée

Récit composite, inspiré de situations rencontrées en accompagnement, prénom modifié. Philippe, 52 ans, consulte pour des maux d’estomac que les examens n’expliquent pas. Il dit ne « jamais » être en colère. En séance, nous portons l’attention sur son ventre. Il décrit une pierre chaude. En s’en approchant, il perçoit une part qu’il appelle « le gardien », qui lui dit qu’il ne faut pas faire d’histoires. Derrière le gardien, un garçon qui a appris à se taire face à un père imprévisible. Quand Philippe accueille ce garçon, il sent quelque chose monter : « Je crois que c’est de la colère. » Pour la première fois, il met un mot dessus. Les maux d’estomac ne disparaissent pas d’un coup, mais Philippe commence à repérer quand la « pierre » se forme, et ce qui la déclenche.

La place du corps et de la respiration

Dans ce travail, le corps est un allié. Quelques minutes de respiration lente, d’ancrage des pieds au sol, de mouvement doux permettent de rester dans une zone où les sensations sont tolérables. On évite ainsi d’être submergé, ce qui renforcerait la coupure.

Ce que l’hypnose et l’IFS peuvent et ne peuvent pas faire

Ils peuvent : vous aider à mieux percevoir vos sensations, à les relier à des émotions, à enrichir votre vocabulaire intérieur, à apaiser les parts qui coupent, à réduire le stress lié à l’incompréhension de ce que vous vivez.

Ils ne peuvent pas : transformer votre personnalité en quelques séances, ni remplacer un suivi médical si vous avez des symptômes physiques inexpliqués (qui doivent toujours être explorés par un médecin), une dépression, une anxiété importante ou des souvenirs traumatiques envahissants. Ne modifiez jamais un traitement sans avis médical.

5 pistes pour commencer dès aujourd’hui

  1. Le scan corporel : trois minutes par jour pour noter vos sensations, sans les interpréter.
  2. La liste d’émotions : gardez sur votre téléphone une liste de mots, et choisissez-en un chaque fois que vous sentez quelque chose.
  3. Le lien sensation-situation : quand une sensation apparaît, notez ce qui vient de se passer.
  4. L’auto-hypnose de sécurité : dix minutes pour installer un lieu intérieur de calme, base de toute exploration.
  5. La parole avec un proche, en décrivant simplement vos sensations : « J’ai le ventre serré depuis ce matin. »

L’Intelligence Relationnelle peut aussi aider : demander à vos proches de vous dire ce qu’ils perçoivent de vous (« tu as l’air contrarié »), pour enrichir votre propre lecture.

Un pas vers vous

Sortir de l’alexithymie, ce n’est pas devenir quelqu’un d’autre. C’est apprendre une langue que vous n’avez pas eu l’occasion d’apprendre. Si vous souhaitez être accompagné, je vous reçois en cabinet à Saintes ou à distance.

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement — IFS, hypnose ericksonienne et Intelligence Relationnelle. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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