PsychologieRegulation Emotionnelle

Comment l’hypnose peut vous aider à sortir de l’alexithymie

Une approche douce pour retrouver le contact avec vos sensations.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Vous êtes peut-être en train de lire ces lignes parce que, depuis longtemps, vous sentez qu’il y a quelque chose qui cloche dans votre rapport à vous-même. Vous avez l’impression de vivre à côté de vos émotions, comme si elles étaient derrière une vitre. On vous a peut-être dit que vous étiez « trop rationnel », « froid », ou que vous ne montriez jamais ce que vous ressentez. Pourtant, vous n’êtes pas insensible. Loin de là. Seulement, vous ne savez pas mettre des mots sur ce tumulte intérieur, et parfois même, vous ne savez pas qu’il est là.

Je reçois régulièrement des adultes qui me disent : « Je sais que je devrais ressentir quelque chose, mais rien ne vient. » Ou encore : « Je comprends intellectuellement ce qui m’arrive, mais je n’ai aucune sensation dans le corps. » Cette difficulté à identifier, décrire et exprimer ses émotions, c’est ce qu’on appelle l’alexithymie. Ce n’est pas une maladie, mais une particularité qui complique le quotidien, les relations et parfois même la santé. Et si je vous disais que l’hypnose ericksonienne, que j’utilise depuis des années à Saintes avec des personnes qui souffrent de ce décalage, peut vous offrir une voie douce pour renouer avec ce monde intérieur ?

Dans cet article, je vais vous expliquer ce qu’est l’alexithymie, pourquoi elle persiste, et comment l’hypnose peut vous aider à rétablir le contact avec vos sensations, pas à pas, sans forcer.

Qu’est-ce que l’alexithymie, et pourquoi vous empêche-t-elle de ressentir ?

L’alexithymie, littéralement « absence de mots pour les émotions », n’est pas un trouble psychiatrique au sens classique. C’est plutôt un trait de personnalité qui se manifeste par une difficulté à reconnaître et à nommer ses émotions, une tendance à se focaliser sur le concret et le factuel, et une vie imaginaire pauvre. Concrètement, vous pouvez vivre une situation émotionnellement intense – une dispute, une perte, une joie – sans être capable de dire si vous êtes triste, en colère ou anxieux. Vous ressentez peut-être un vague malaise physique, une tension dans les épaules, une boule dans la gorge, mais vous ne faites pas le lien avec ce qui se passe en vous.

Prenons un exemple que j’observe souvent en consultation. Laurent, 42 ans, commercial, vient me voir parce que sa femme lui reproche de ne jamais parler de ce qu’il ressent. Lui, il dit : « Je n’ai rien à dire, je ne sais pas ce que je ressens. » Lors d’une séance, il me raconte une réunion tendue avec son chef. Il décrit les faits avec précision : « Il a haussé la voix, j’ai répondu calmement, puis je suis sorti. » Quand je lui demande ce qu’il a ressenti à ce moment-là, il hausse les épaules. « Rien. Juste un peu de fatigue. » Pourtant, son corps raconte autre chose : ses mâchoires sont serrées, ses poings se crispent légèrement. L’émotion est là, mais le câblage entre le corps et le langage est défaillant.

Ce décalage a souvent une origine. Parfois, il s’installe dans l’enfance, dans un environnement où exprimer ses émotions était mal vu, voire dangereux. « Arrête de pleurer, ça ne sert à rien. » « Sois fort, ne montre pas tes faiblesses. » À force, le cerveau apprend à court-circuiter la voie émotionnelle pour éviter la souffrance. D’autres fois, l’alexithymie peut survenir après un traumatisme, comme un mécanisme de protection : pour ne pas être submergé, on coupe le robinet des sensations. Mais ce robinet coupé, c’est aussi une partie de votre vitalité qui disparaît.

L’hypnose, dans cette histoire, n’est pas une baguette magique. Elle ne va pas vous « guérir » en une séance. Mais elle peut vous aider à rouvrir ce canal en douceur, en travaillant avec votre corps et votre inconscient, sans passer par la case « explication rationnelle » qui, justement, vous bloque.

Pourquoi votre cerveau a appris à ignorer vos sensations (et comment l’hypnose peut inverser la tendance)

Pour comprendre comment l’hypnose peut agir, il faut d’abord saisir ce qui se passe dans votre cerveau quand vous êtes alexithymique. Les recherches en neurosciences montrent que chez les personnes alexithymiques, la connexion entre l’amygdale (le centre émotionnel) et l’insula (la zone qui traite les sensations corporelles) est moins active. En clair, votre corps produit bien une réponse émotionnelle – votre cœur s’accélère, vos muscles se tendent – mais cette information ne remonte pas jusqu’à votre conscience. Elle reste dans l’ombre, comme un message qui n’arrive jamais à destination.

Votre cerveau a développé une stratégie de survie : pour ne pas être submergé, il a appris à ignorer les signaux internes. C’est un peu comme si vous aviez baissé le volume de votre radio intérieure. Le problème, c’est qu’à force de baisser le volume, vous n’entendez plus rien, même les signaux importants : la fatigue, la faim, la tristesse, la joie. Vous vivez dans votre tête, dans les pensées et les analyses, mais vous êtes déconnecté de votre corps.

L’hypnose ericksonienne, celle que je pratique, ne cherche pas à vous confronter brutalement à ces sensations refoulées. Au contraire, elle utilise l’état de conscience modifiée pour créer un espace sécurisé où votre inconscient peut, à son rythme, réapprendre à écouter le corps. En hypnose, vous n’êtes pas endormi ni sous contrôle. Vous êtes simplement dans un état de relaxation profonde et de concentration intérieure, où le critique rationnel (celui qui dit « je ne ressens rien ») s’apaise un peu.

Pendant une séance, je vais vous guider avec des suggestions douces pour attirer votre attention sur des sensations simples : la température de votre peau, le rythme de votre respiration, la pression de vos pieds sur le sol. Rien de spectaculaire. Mais pour quelqu’un qui a passé des années à ignorer son corps, ce simple fait de remarquer une sensation est un premier pas immense. Votre inconscient, qui a appris à couper le signal, peut progressivement réapprendre à le laisser passer.

« L’hypnose ne vous force pas à ressentir. Elle vous donne la permission de laisser les sensations remonter, à un rythme que votre inconscient peut tolérer. »

Comment l’hypnose vous reconnecte à vos émotions par le corps, sans passer par la tête

La clé pour sortir de l’alexithymie, c’est de passer par le corps. Vous avez probablement déjà essayé de comprendre vos émotions par la pensée : « Pourquoi je devrais ressentir ça ? Qu’est-ce qui est logique ? » Mais ça ne marche pas, parce que l’émotion n’est pas logique. Elle est organique. L’hypnose, elle, agit directement sur les voies sensorielles et corporelles.

Je me souviens d’une patiente, Claire, 35 ans, qui venait pour des attaques de panique. Elle me disait : « Je ne sais pas ce qui déclenche ces crises. Je suis bien, et soudain, mon cœur s’emballe, je transpire, j’ai peur de mourir. » En l’écoutant, j’ai compris qu’elle était alexithymique : elle ne faisait pas le lien entre ses sensations physiques et ses émotions. Son corps réagissait à une peur ancienne, mais sa tête n’avait pas accès à l’information.

En hypnose, nous avons commencé par un exercice tout simple : lui demander de poser une main sur son ventre et de décrire ce qu’elle sentait. « Rien », disait-elle. Puis, après quelques minutes de relaxation, elle a senti une légère chaleur. Puis une tension. J’ai utilisé des métaphores : « Imaginez que cette tension est une couleur. Quelle couleur a-t-elle ? » Elle a répondu « rouge ». Puis : « Si cette couleur pouvait bouger, où irait-elle ? » Lentement, elle a laissé la sensation se déplacer de son ventre vers sa poitrine. Et là, elle a dit : « C’est de la tristesse. Je sens une boule dans la gorge. » C’était la première fois qu’elle nommait une émotion en lien avec une sensation corporelle.

Ce n’est pas magique. C’est un réapprentissage. L’hypnose vous offre un cadre où vous pouvez explorer votre corps sans jugement, sans devoir trouver le mot juste tout de suite. Vous pouvez commencer par des sensations neutres : le chaud, le froid, le lourd, le léger. Puis, progressivement, des émotions plus complexes peuvent émerger. L’important, c’est que vous ne soyez pas submergé. L’hypnose ericksonienne utilise des suggestions indirectes et des métaphores qui contournent votre résistance consciente. Par exemple, je peux vous parler d’un jardin intérieur, où chaque plante représente une émotion, et vous inviter à observer sans toucher. Votre inconscient, lui, sait exactement ce qu’il doit faire.

Les étapes concrètes d’une séance d’hypnose pour l’alexithymie

Vous vous demandez peut-être à quoi ressemble concrètement une séance quand on vient me voir à Saintes pour ce genre de difficulté. Je vais vous décrire le déroulement typique, pour que vous sachiez à quoi vous attendre.

Première étape : l’accueil et la compréhension de votre carte du monde. Je ne commence jamais par une induction hypnotique. D’abord, nous parlons. Je vous questionne sur votre quotidien, sur les situations où vous sentez ce décalage. Je ne cherche pas à vous diagnostiquer, mais à comprendre comment vous fonctionnez. Beaucoup de personnes alexithymiques ont du mal à répondre à des questions ouvertes comme « Comment vous sentez-vous ? ». Je pose donc des questions plus factuelles : « Qu’est-ce qui s’est passé dans votre corps quand vous avez appris cette nouvelle ? » ou « Quelle est la première sensation que vous remarquez en ce moment ? » Cela vous prépare doucement à l’écoute corporelle.

Deuxième étape : l’induction et l’installation d’un lieu de sécurité. Je vous guide vers un état de relaxation, souvent par une focalisation sur la respiration ou sur une image apaisante. Pour une personne alexithymique, il est crucial de se sentir en sécurité. Votre inconscient doit comprendre qu’il peut laisser remonter des sensations sans danger. Je peux utiliser des métaphores de protection, comme une bulle ou un cocon. L’objectif n’est pas de plonger dans l’émotion, mais de créer un espace où l’émotion peut être observée à distance.

Troisième étape : le travail sensoriel progressif. Une fois l’état hypnotique installé, je vous invite à porter attention à une partie de votre corps, souvent les mains ou les pieds, qui sont des zones neutres. « Sentez la chaleur de vos mains, ou peut-être une légère fraîcheur. » Ensuite, je propose de déplacer cette attention vers le ventre, la poitrine, la gorge. Je ne force jamais. Si une sensation devient trop intense, je vous ramène vers une zone neutre. L’idée est de rééduquer votre cerveau à tolérer les sensations internes, sans les interpréter tout de suite.

Quatrième étape : l’intégration et les ressources. En fin de séance, je vous aide à ancrer une sensation positive ou un mot qui vous relie à cette expérience. Par exemple, vous pouvez choisir un mot comme « calme » ou « présent » et le relier à une sensation dans le corps. Cela devient une ressource que vous pouvez utiliser seul, chez vous, entre les séances. Je vous donne souvent des exercices simples : porter attention à votre respiration trois fois par jour, ou poser une main sur votre ventre et nommer la première sensation qui vient, sans jugement.

Chaque séance est unique. Certaines personnes ressentent des progrès dès les premières fois, d’autres ont besoin de plusieurs mois. L’hypnose n’est pas une course. C’est un apprentissage.

Ce que l’hypnose peut et ne peut pas faire pour l’alexithymie (soyons honnêtes)

Je veux être clair avec vous : l’hypnose n’est pas une solution miracle, et je ne vous promets pas que vous allez soudainement devenir un poète lyrique de vos émotions. L’alexithymie est souvent un trait profondément ancré, parfois lié à votre personnalité ou à votre histoire. Ce que l’hypnose peut faire, c’est vous offrir des outils pour améliorer votre connexion à vous-même, réduire la frustration de ce décalage, et vous aider à vivre plus en accord avec votre corps.

Ce que l’hypnose fait bien :

  • Elle vous apprend à tolérer les sensations corporelles sans paniquer.
  • Elle contourne votre résistance intellectuelle (le fameux « je ne ressens rien ») en travaillant avec l’inconscient.
  • Elle vous donne un vocabulaire sensoriel progressif : d’abord « chaud/froid », puis « tendu/détendu », puis « triste/joyeux ».
  • Elle diminue l’anxiété liée à l’inconnu émotionnel, car vous expérimentez dans un cadre sécurisé.
  • Elle peut révéler des émotions refoulées liées à des traumatismes, mais toujours à un rythme que vous gérez.

Ce que l’hypnose ne fait pas :

  • Elle ne remplace pas un suivi psychothérapeutique si vous avez des traumatismes complexes ou des troubles psychiatriques associés (dépression sévère, trouble de la personnalité, etc.).
  • Elle ne vous transforme pas en une personne hyper-émotive du jour au lendemain.
  • Elle ne fonctionne pas si vous n’êtes pas prêt à vous engager dans un processus, même modeste.
  • Elle ne vous donne pas de « recette » universelle : chaque parcours est différent.

Dans ma pratique, je vois souvent des personnes qui viennent avec l’espoir que l’hypnose va « débloquer » leurs émotions en une séance. Je leur dis : « Imaginez que vous réapprenez à marcher après une blessure. La première fois, vous ne courez pas un marathon. Vous faites un pas, puis deux. » L’hypnose, c’est ce premier pas. Le reste, c’est vous qui le faites, jour après jour, en intégrant ce que vous avez découvert en séance.

Comment intégrer l’hypnose dans votre vie quotidienne pour renforcer la connexion émotionnelle

L’hypnose ne s’arrête pas à la porte de mon cabinet. Les vrais changements se font dans votre quotidien, quand vous appliquez ce que vous avez appris. Voici quelques pistes concrètes, que je donne souvent à mes patients alexithymiques, pour prolonger le travail.

1. Le micro-balayage corporel. Trois fois par jour, prenez 30 secondes pour fermer les yeux et poser votre attention sur une partie de votre corps. Commencez par les mains : sont-elles chaudes ou froides ? Légères ou lourdes ? Puis le ventre : est-il tendu ou détendu ? Ne cherchez pas à interpréter, juste à constater. Vous réentraînez votre cerveau à écouter.

2. Le journal des sensations. Au lieu d’écrire « je suis triste » (ce qui est trop vague), notez : « À 15h, après la réunion, j’ai senti une pression dans la poitrine et les mâchoires serrées. » Avec le temps, vous pourrez associer ces sensations à des émotions. C’est un peu comme apprendre une nouvelle langue : vous commencez par les mots de base.

3. L’auto-hypnose. Je peux vous enregistrer une courte séance personnalisée, ou vous apprendre une technique simple d’auto-hypnose que vous pouvez faire chez vous. L’idée est de reproduire l’état de sécurité que vous avez connu en séance, et d’inviter votre corps à s’exprimer. Même deux minutes par jour peuvent faire la différence.

4. La verbalisation différée. Quand vous vivez une situation émotionnelle, ne cherchez pas à nommer l’émotion sur le moment. Attendez le soir, quand vous êtes calme, et demandez-vous : « Qu’est-ce que mon corps a ressenti aujourd’hui ? » C’est plus facile, car la pression de la situation est retombée.

Ces exercices sont simples, mais leur répétition est puissante. Votre cerveau a appris à ignorer les sensations pendant

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

Prendre contact

Cet article vous a parlé ?

Parlons-en — premier échange, sans engagement.

Premier échange gratuit