3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Exploitez colère, tristesse et peur sur le terrain.
Tu es sur la ligne de départ. Dans quelques secondes, le signal va retentir. Tu sens ta cage thoracique se serrer, tes mains deviennent moites, et cette petite voix dans ta tête répète : « Et si je craque ? Et si je ne suis pas prêt ? ». Ou peut-être que tu es sur le terrain, tu viens de prendre un mauvais tacle, l’arbitre n’a rien sifflé, et tu sens une bouffée de chaleur monter, un mélange d’injustice et de colère qui te brûle les tempes. Peut-être encore, après une défaite cuisante ou une contre-performance, tu te retrouves seul dans les vestiaires, avec cette lourdeur dans la poitrine, cette tristesse qui te donne envie de tout envoyer balader.
On t’a toujours dit qu’un sportif doit être « fort mentalement », que les émotions sont des faiblesses, des parasites à éliminer. On t’a appris à les réprimer, à les ignorer, à sourire quand tu bouillonnais intérieurement. Résultat ? Tu passes ton temps à lutter contre toi-même. Tu te fatigues deux fois plus : une fois pour courir ou jouer, une autre fois pour ne pas ressentir ce qui est là.
Et si je te disais que le problème, ce n’est pas la colère, la tristesse ou la peur ? Le problème, c’est ce que tu fais avec. Ces émotions que tu considères comme des ennemies sont en réalité des messagères puissantes. Bien utilisées, elles ne te freinent pas : elles te propulsent. Elles sont le carburant brut de la performance authentique. Pas la performance robotique et vide, mais celle qui a du jus, de l’intensité, de la présence.
Aujourd’hui, on va démonter le mythe. On va voir comment la colère peut devenir une concentration d’acier, comment la tristesse peut affûter ta lucidité, et comment la peur peut aiguiser tes sens. On va arrêter de les fuir pour apprendre à les chevaucher. Prêt à changer de regard ?
On a tous grandi avec cette idée : il y a les bonnes émotions (la joie, la confiance, la sérénité) et les mauvaises (la colère, la tristesse, la peur). Dans le sport, cette hiérarchie est encore plus violente. Combien de fois as-tu entendu « Ressaisis-toi ! », « Ne te laisse pas submerger ! », « Arrête de pleurer, c’est un jeu ! ». On te demande d’être une machine performante, pas un humain qui ressent.
Le problème, c’est que cette approche est contre-productive. Quand tu réprimes une émotion, tu ne la fais pas disparaître. Tu la pousses sous le tapis. Elle reste là, dans ton système nerveux, dans tes tensions musculaires, dans ta respiration saccadée. Elle crée un bruit de fond permanent qui te pompe de l’énergie. Tu n’es pas « calme », tu es en état d’alerte silencieux. Et à un moment, ça déborde. Un geste d’humeur, une faute bête, un abandon en course.
La réalité, c’est que toutes les émotions sont des signaux. Elles sont apparues au cours de l’évolution pour nous aider à survivre. La peur te dit « Attention, danger, mobilise-toi ! ». La colère te dit « Une limite a été franchie, une injustice est en train de se produire, défends-toi ! ». La tristesse te dit « Il y a une perte, un deuil, une déception. Ralentis, recentre-toi, digère. ».
Dans le sport de haut niveau, comme dans la vie, ces signaux ne sont pas des bugs. Ce sont des fonctionnalités de ton système. Le problème, ce n’est pas l’émotion en elle-même, c’est la réaction automatique qu’elle déclenche. Tu ressens de la peur → tu te crispes → tu perds tes moyens. Tu ressens de la colère → tu agis impulsivement → tu fais une erreur. Tu ressens de la tristesse → tu te déconnectes → tu n’es plus dans le match.
L’objectif n’est donc pas de ne plus ressentir. L’objectif, c’est de passer de la réaction à la réponse. De faire de l’émotion une information, pas une condamnation. Et ça, ça s’apprend.
« Une émotion n’est pas un ennemi à abattre. C’est un messager à écouter. Quand tu arrêtes de la combattre, elle arrête de te combattre. »
Commençons par la plus mal-aimée des émotions : la colère. Dans le sport, elle est souvent vue comme l’ennemie jurée du sang-froid. On te dit qu’un joueur colérique est un joueur instable, qui va prendre un carton rouge ou commettre une erreur grossière. C’est vrai… si tu la laisses te diriger.
Mais j’ai vu des coureurs exploser un record personnel après avoir transformé leur rage en propulsion. J’ai vu des footballeurs, après une faute non sifflée ou une injustice, réaliser une action décisive, non pas malgré leur colère, mais grâce à elle.
Prenons l’exemple de Thomas, un coureur de fond que j’accompagne. Il y a quelques mois, il est arrivé à une séance clé pour sa préparation marathon. Il était en retard, avait eu une dispute avec son conjoint, et était déjà à cran. Pendant l’échauffement, un autre coureur l’a bousculé sans s’excuser. Thomas a senti la moutarde lui monter au nez. Son premier réflexe a été de vouloir en découdre, de laisser exploser sa colère et de tout envoyer promener.
Au lieu de ça, on a travaillé sur une chose simple : nommer et localiser. Je lui ai demandé (et je te propose de le faire) : « Où est-ce que tu sens cette colère dans ton corps ? ». Il m’a répondu : « Dans les poings, la mâchoire serrée, et une brûlure dans le ventre. ». Puis : « Quelle est l’intention de cette colère ? ». La réponse était claire : « Elle veut que je prouve que je suis plus fort. Elle veut que je montre que je ne me laisse pas faire. ».
À ce moment-là, Thomas avait le choix. Soit il laissait la colère le diriger vers un comportement impulsif (se battre, abandonner la séance), soit il canalisait cette énergie vers son objectif. Il a pris une grande inspiration, a relâché la tension de sa mâchoire, et au lieu de serrer les poings, il a « serré » sa foulée. Il a transformé la brûlure du ventre en carburant pour ses jambes. Résultat ? Il a réalisé sa meilleure séance de fractionné de l’année.
Comment faire concrètement avec la colère ?
La colère n’est pas une faiblesse. C’est un booster. À toi de choisir si tu l’utilises pour dynamiter ta performance ou pour te tirer une balle dans le pied.
La tristesse est probablement l’émotion la plus taboue dans le milieu sportif. « Un champion ne pleure pas », « On ne se laisse pas abattre ». On te demande de rebondir, de « passer à autre chose » immédiatement après une défaite ou une contre-performance. On fait comme si la tristesse n’avait pas le droit de cité.
Pourtant, j’ai rarement vu un athlète faire une performance exceptionnelle sans être passé par une phase de tristesse profonde. Pourquoi ? Parce que la tristesse, quand elle est accueillie, n’est pas une dépression. C’est une période de digestion, de recentrage et de lucidité.
Je pense à Claire, une footballeuse que j’ai suivie pendant une saison difficile. Elle venait de vivre une grosse blessure, et son équipe enchaînait les défaites. Elle était dans une tristesse palpable. Tout le monde autour d’elle lui disait « Allez, souris ! », « Il faut positiver ! ». Mais elle, elle se sentait vide, sans énergie, sans envie.
On a décidé de ne pas lutter contre cette tristesse. On a pris le temps, en séance, de s’asseoir avec elle. Je lui ai demandé : « Si ta tristesse pouvait parler, qu’est-ce qu’elle dirait ? ». La réponse a été surprenante. Elle disait : « Tu as besoin de ralentir. Tu as besoin de reconnaître que tu as perdu quelque chose (ta santé, ta confiance, la dynamique de l’équipe). Tu as besoin de faire le deuil de ce qui n’est plus pour pouvoir te reconstruire sur des bases solides. ».
En arrêtant de fuir sa tristesse, Claire a fait quelque chose de puissant : elle a arrêté de faire semblant. Elle a accepté sa vulnérabilité. Et cette acceptation a libéré une immense énergie. Elle ne gaspillait plus d’énergie à sourire pour les autres. Elle a utilisé cette période pour analyser froidement ce qui n’allait pas, sans se mentir. Sa lucidité est devenue chirurgicale. Elle a revu sa technique, son placement, sa communication. Quand elle est revenue sur le terrain, ce n’était plus la joueuse qui avait peur de perdre, c’était une joueuse qui savait exactement ce qu’elle avait à faire, avec une sérénité et une clarté nouvelles.
Comment utiliser la tristesse pour performer ?
La tristesse n’est pas un frein à la performance. C’est un passage obligé vers une force plus authentique et une lucidité plus grande. Les plus grands champions ne sont pas ceux qui ne pleurent jamais, mais ceux qui savent pleurer, puis se relever.
La peur est l’émotion la plus universelle et la plus paralysante. Avant un départ, avant un penalty, avant un sprint final. Le trac, l’anxiété de performance, la peur de l’échec. On te dit qu’il faut « être courageux », « ne pas avoir peur ». Mais c’est un mensonge. Tout le monde a peur. Le courage, ce n’est pas l’absence de peur, c’est la capacité à agir avec elle.
La peur, dans le sport, est souvent mal interprétée. On la lit comme un signe de faiblesse. « J’ai peur, donc je ne suis pas prêt. » Ou au contraire, on la combat en se mettant une pression énorme, ce qui ne fait qu’augmenter la panique.
Pourtant, la peur est un système d’alarme extrêmement sophistiqué. Elle te prépare à l’action. Elle augmente ton rythme cardiaque, elle dilate tes pupilles, elle envoie du glucose dans tes muscles. Physiologiquement, elle te rend plus fort et plus rapide. Le problème, c’est que ce même système peut aussi te paralyser si tu l’interprètes comme un danger en soi.
Je me souviens d’Antoine, un jeune footballeur très talentueux mais qui « se liquéfiait » en match important. Avant chaque rencontre, il avait des nausées, des tremblements, et une voix qui disait « Tu vas te planter ». On a travaillé sur sa perception de la peur. Au lieu de se dire « J’ai peur, c’est mauvais », on a changé le script pour : « J’ai peur, donc mon corps se prépare à un moment important. C’est le signe que je suis vivant et que ça compte pour moi. ».
On a fait un exercice simple : quand la peur arrivait, au lieu de la combattre, Antoine la « remerciait » mentalement. Il se disait : « Merci la peur de me rendre plus alerte. Je vais utiliser cette énergie pour être plus rapide sur le premier ballon, pour mieux lire le jeu. ». Il a appris à faire de sa peur un radar. Il ne la voyait plus comme une menace, mais comme une information : « Attention, moment clé, sois à 100% de ta concentration. ».
Comment faire de la peur une alliée ?
La peur n’est pas ton ennemie. C’est une forme d’intelligence. En l’écoutant, tu apprends à connaître tes limites, à les respecter, et à les dépasser avec plus de conscience. Le courage, ce n’est pas de ne pas avoir peur. C’est de trembler et d’y aller quand même.
On a parlé de colère, de tristesse, de peur. C’est bien beau en théorie, mais comment tu fais quand tu es sur le terrain, en pleine compétition, ou le matin d’un départ important ?
La clé
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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