3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Décryptage de la réponse vagale au stress
Tu es dans ton salon, tranquille. Soudain, sans raison apparente, une vague de froid te traverse l’échine. Tes poils se hérissent, tu frissonnes. Tu regardes autour de toi : rien. Pas de courant d’air, pas de film d’horreur, pas d’orage qui gronde. Pourtant, ton corps a réagi comme si un danger venait de surgir. Ce frisson, tu le ressens peut-être aussi dans des moments de stress anticipé, avant une réunion importante, ou en te réveillant au milieu de la nuit avec le cœur qui bat. On appelle ça des frissons de peur inexpliqués, et ils sont bien plus qu’une simple sensation étrange. Ils sont le langage de ton système nerveux, et plus précisément, la voix de ton nerf vague.
Je suis Thierry Sudan, praticien à Saintes depuis 2014. Dans mon cabinet, je vois souvent des personnes qui vivent ces frissons comme une intrusion, un signe que quelque chose cloche en elles. « Pourquoi je tremble alors que je n’ai peur de rien ? » me demandent-elles. La réponse est fascinante : ce n’est pas la peur qui déclenche le frisson, mais une histoire bien plus ancienne, une conversation entre ton cerveau et ton corps, orchestrée par le système nerveux vagal.
Dans cet article, on va décortiquer ensemble ce mécanisme. On va voir que ces frissons ne sont pas un bug, mais une fonction de survie héritée de nos ancêtres. On explorera la science derrière la réponse vagale au stress, ce que l’hypnose et l’IFS (Internal Family Systems) peuvent y faire, et surtout, comment tu peux transformer ces sensations dérangeantes en alliées pour mieux réguler tes émotions.
Imagine-toi debout dans une forêt, il y a 50 000 ans. Un bruit de branche craque derrière toi. Avant même que ton cerveau conscient analyse le son, ton corps a déjà réagi : tes muscles se tendent, ton cœur s’accélère, et tu frissonnes. Ce frisson, c’est la première ligne de défense. Il est le résultat d’une activation ultra-rapide du système nerveux sympathique, la branche qui prépare à l’action (combat ou fuite). Mais pourquoi un frisson ? Parce que le frisson est un réflexe musculaire qui génère de la chaleur, comme pour réchauffer le corps en prévision d’un effort intense ou d’une immobilisation soudaine. Il est aussi lié à la piloérection (les poils qui se hérissent) : chez nos ancêtres poilus, cela les faisait paraître plus gros pour intimider un prédateur.
Aujourd’hui, ce mécanisme est toujours là, mais le « craquement de branche » est souvent remplacé par un email de ton chef, un message angoissant, ou même une pensée intrusive. Ton cerveau reptilien, le tronc cérébral, scanne constamment ton environnement à la recherche de menaces. Quand il détecte un signal ambigu (une sensation corporelle étrange, un silence soudain, une lumière vive), il active la réponse vagale dorsale, une des branches du nerf vague.
Le nerf vague est le chef d’orchestre de ton système nerveux autonome. Il a deux grandes branches :
Le frisson de peur « inexpliqué » est souvent un mélange des deux : une activation sympathique (alerte) suivie d’une tentative de la branche dorsale de te « figer » pour te protéger. C’est un conflit interne : ton corps veut à la fois fuir et se cacher. Ce conflit crée cette sensation de froid, de secousse, de tension inexplicable. Tu n’as pas besoin d’avoir peur consciemment pour que ton système nerveux interprète une situation comme dangereuse. Il se fie à des indices subtils : un ton de voix, une posture, un souvenir, ou même une simple fatigue.
Point clé : Les frissons inexpliqués sont le signal que ton système nerveux est passé en mode « alerte rouge » sans que ton esprit conscient ait eu le temps de valider la menace. C’est une réponse automatique, pas un choix.
Parlons maintenant de ce nerf vague, ce « vagabond » qui part de ton crâne, descend le long de ta colonne vertébrale, et innerve ton cœur, tes poumons, ton tube digestif. Il est le principal canal de communication entre ton cerveau et tes organes. Environ 80% de ses fibres sont sensorielles : elles remontent de ton corps vers ton cerveau. En clair, ton corps envoie constamment des informations à ton cerveau sur ton état interne. Ton cerveau interprète ces signaux et te renvoie une émotion.
Si ton nerf vague est en bonne santé, il agit comme un frein vagal. Imagine-le comme un frein à main sur une voiture. Quand tu es en sécurité, le frein est serré : ton rythme cardiaque est lent, ta respiration est calme, ta digestion fonctionne. En situation de stress, le frein est relâché : le cœur s’accélère, la respiration devient rapide. Mais si le stress est trop intense ou chronique, le frein peut se bloquer en position « lâchée », et tu restes en hyperactivation. Ou à l’inverse, il peut se bloquer en position « serrée » (la branche dorsale), et tu te retrouves en hypoactivation : fatigue, engourdissement, frissons, sensation d’être « ailleurs ».
Les frissons de peur inexpliqués sont souvent un signe de dysrégulation vagale. Ton nerf vague ne parvient plus à moduler correctement la réponse au stress. Il réagit de manière disproportionnée à des stimuli mineurs. Par exemple, une simple pensée anxiogène peut déclencher une cascade de réactions : libération de cortisol, contraction des muscles, et ce fameux frisson. C’est comme si ton alarme incendie se déclenchait pour une simple odeur de pain grillé.
Dans mon travail avec des adultes en souffrance, je vois souvent des personnes qui ont vécu un stress prolongé (travail, relations, deuil) et qui développent une hypersensibilité vagale. Leur système nerveux est devenu un détecteur de fumée hyperactif. Chaque petite variation émotionnelle est interprétée comme un danger. Le frisson est alors un signal d’alarme, mais aussi une tentative de ton corps de te dire : « Stop, ralentis, je suis saturé. »
Maintenant, on arrive au cœur de la pratique. Comment calmer ce système nerveux hyperactif ? L’hypnose ericksonienne est un outil puissant, car elle s’adresse directement au cerveau inconscient, celui qui gère les automatismes. Le frisson est un réflexe. Tu ne peux pas le contrôler par la volonté. Mais tu peux apprendre à ton système nerveux à réagir différemment.
En hypnose, on ne cherche pas à supprimer le frisson. On cherche à lui donner un nouveau sens, à le désamorcer. Imagine que ton frisson est comme un chien de garde qui aboie à chaque ombre. En hypnose, on va apprendre au chien à reconnaître les ombres inoffensives. On va réassocier le frisson à un état de sécurité plutôt qu’à un danger.
Concrètement, je peux guider une personne dans un état de relaxation profonde, où le système nerveux parasympathique (la branche ventrale du vague) est activé. Dans cet état, on peut revisiter une situation qui déclenche habituellement des frissons. Mais cette fois, le corps est calme, la respiration est lente. Le cerveau enregistre : « Je peux penser à cette situation sans avoir peur. » C’est ce qu’on appelle la reconsolidation de la mémoire.
L’hypnose ericksonienne utilise aussi des métaphores. Par exemple, je peux suggérer que le frisson est comme une vague qui arrive sur la plage. Tu ne peux pas l’arrêter, mais tu peux apprendre à surfer dessus. Au lieu de le combattre, tu l’observes, tu le laisses passer. Peu à peu, le frisson perd sa charge émotionnelle. Il devient juste une sensation, ni bonne ni mauvaise.
Un de mes clients, footballeur amateur, ressentait des frissons intenses avant chaque match. Il les interprétait comme de la peur, ce qui le paralysait. En hypnose, on a travaillé sur la réinterprétation : le frisson n’est pas la peur, c’est l’excitation. Le corps se prépare à l’effort. En quelques séances, il a appris à accueillir cette sensation comme un signal de performance, pas de danger. Le frisson est toujours là, mais il ne le gêne plus.
L’hypnose agit sur le système nerveux. Mais parfois, le frisson est lié à une partie de toi qui a une histoire, une croyance. C’est là que l’IFS (Internal Family Systems) devient précieux. L’IFS part du principe que notre psyché est composée de multiples « parties » ou sous-personnalités. Chaque partie a une intention positive, même si son comportement peut sembler problématique.
Prenons un exemple : tu es au travail, et soudain, un frisson te traverse quand ton collègue te regarde d’une certaine façon. En IFS, on va dialoguer avec cette partie qui déclenche le frisson. On ne la juge pas. On l’écoute. On lui demande : « Qu’essaies-tu de protéger ? » Souvent, la réponse est surprenante : « Je te protège d’un rejet, comme celui que tu as vécu à l’école. » Cette partie a pris le rôle de gardien, mais elle utilise une méthode archaïque (le frisson) qui n’est plus adaptée.
L’Intelligence Relationnelle, que j’intègre aussi dans ma pratique, vient compléter ce travail. Elle permet de comprendre comment nos relations passées ont façonné notre système nerveux. Un frisson peut être la mémoire corporelle d’une relation toxique, d’une trahison ou d’un abandon. En identifiant ces schémas relationnels, on peut désamorcer les déclencheurs.
Par exemple, une cliente ressentait des frissons chaque fois qu’elle devait dire non à quelqu’un. En explorant avec l’IFS, on a découvert une partie d’elle, très jeune, qui avait appris que dire non était dangereux (punition, rejet). Cette partie utilisait le frisson pour la dissuader de s’affirmer. En reconnaissant cette partie, en la remerciant pour sa protection, et en lui montrant qu’aujourd’hui elle est en sécurité, le frisson a progressivement diminué. La cliente a pu dire non sans trembler.
Point clé : Le frisson n’est pas un ennemi. C’est une partie de toi qui essaie de t’aider, mais avec des outils d’une autre époque. L’IFS te permet de renégocier ce contrat interne.
On a tendance à vouloir supprimer les sensations désagréables. Mais si on changeait de perspective ? Et si le frisson était un indicateur précieux, un baromètre de ton état émotionnel ? Dans ma pratique, j’encourage les personnes à tenir un journal des frissons. Note quand ils surviennent, dans quel contexte, avec quelles pensées. Tu vas voir apparaître des motifs.
Par exemple, tu frissonnes systématiquement avant de prendre la parole en public. Ce n’est pas un mystère : c’est de l’anxiété de performance. Mais tu frissonnes aussi quand tu es dans une foule, ou quand tu reçois un compliment inattendu. Là, c’est peut-être un signal de vulnérabilité, un besoin de te protéger de l’intimité.
Le frisson est une boussole émotionnelle. Il te dit : « Ici, il y a quelque chose qui compte pour toi. » Au lieu de le fuir, tu peux l’écouter. C’est un peu comme une douleur physique : elle te signale un problème, mais elle n’est pas le problème en soi. En accueillant le frisson sans le juger, tu désamorces la boucle de stress. Tu brises le cycle : frisson → peur du frisson → plus de stress → plus de frissons.
Un outil simple que je propose souvent : quand tu sens un frisson, arrête-toi. Inspire profondément. Ne cherche pas à le chasser. Pose-toi la question : « Qu’est-ce qui s’est passé juste avant ? » Parfois, la réponse est évidente. Parfois, elle est plus subtile. Mais le simple fait de diriger ton attention sur le frisson avec curiosité, et non avec peur, active la branche ventrale du vague. Tu passes de la réaction à l’observation.
Je veux être honnête avec toi. Ces approches sont puissantes, mais elles ne sont pas magiques. L’hypnose et l’IFS ne vont pas faire disparaître tous tes frissons du jour au lendemain. Elles ne vont pas transformer ta vie en un long fleuve tranquille. Et surtout, elles ne remplacent pas un avis médical. Si tes frissons sont accompagnés de douleurs thoraciques, de palpitations intenses, de pertes de connaissance, ou s’ils surviennent dans des contextes très spécifiques (comme après un traumatisme crânien), consulte d’abord un médecin. Il peut y avoir une cause organique (trouble thyroïdien, carence, etc.).
Ensuite, ces approches demandent un engagement. Tu ne vas pas en séance une fois et tout est réglé. Le système nerveux change lentement. C’est comme rééduquer un muscle. Il faut de la répétition, de la patience. Et parfois, des résistances surgissent. Une partie de toi peut ne pas vouloir lâcher le frisson, parce qu’elle y trouve une forme de sécurité (le connu, même désagréable, est moins effrayant que l’inconnu).
Enfin, l’hypnose et l’IFS ne sont pas des solutions pour éviter les émotions. Le but n’est pas de ne plus jamais ressentir de stress. Le stress fait partie de la vie. Le but est de pouvoir traverser ces moments sans être submergé, sans que ton système nerveux ne s’emballe. Le frisson peut rester, mais il deviendra une sensation parmi d’autres, et non plus le signal d’une catastrophe imminente.
Avant de conclure, je veux te donner des outils concrets, que tu peux utiliser dès ce soir, pour commencer à apaiser ton système nerveux. Ce ne sont pas des recettes miracles, mais des pratiques qui, répétées, renforcent le tonus vagal (la capacité du nerf vague à bien réguler).
La respiration lente et allongée : La technique la plus simple et la plus efficace. Inspire pendant 4 secondes, expire pendant 6 secondes. L’expiration longue active le nerf vague. Fais-le 5 minutes, deux fois par jour. Quand tu sens un frisson, passe en expiration longue. Cela envoie un signal de sécurité à ton cerveau.
Le froid sur le visage : Le réflexe de plongée mammalienne (mammalian dive reflex) active fortement le nerf vague. Quand tu as un frisson, passe de l’eau froide sur ton visage (surtout autour du nez et de la bouche) ou pose une poche de glace sur ton front pendant 30 secondes. Cela ralentit ton rythme cardiaque.
Le chant et le bourdonnement : Le nerf vague innerve les cordes vocales. Chanter, fredonner, ou même faire des sons graves comme « Mmmmm » fait vibrer le nerf vague. C’est une stimulation directe. Chante sous la douche, fredonne dans la voiture. C’est simple et efficace.
La cohérence cardiaque : Pratique la cohérence cardiaque 3 fois par jour (5 minutes, 6 respirations par minute). Cela régule le rythme cardiaque
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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