3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Comprenez le rôle des messagers chimiques dans votre bien-être.
Tu es assis dans mon bureau, les coudes sur les genoux. Tu me dis : « Je n’arrive plus à ressentir de plaisir. Même les choses que j’aimais avant, le sport, voir des amis, ça me laisse froid. » Ou peut-être que tu reconnais plutôt cette phrase : « Je rumine tout le temps. Je me réveille à trois heures du matin et ma tête tourne en boucle sur la même histoire. » Parfois, c’est un mélange des deux : une fatigue émotionnelle, une irritabilité constante, une difficulté à te lever le matin. Et tu te demandes si c’est « dans ta tête » ou si c’est « chimique ».
La réponse, c’est les deux. Et c’est une bonne nouvelle, parce que ça signifie qu’on peut agir.
Je suis Thierry Sudan, praticien à Saintes, et depuis 2014 j’accompagne des adultes qui vivent ce genre de moments. Pas avec des diagnostics froids, mais en comprenant ce qui se passe sous le capot. Aujourd’hui, je vais te parler de deux messagers chimiques qui jouent un rôle central dans ton humeur : la sérotonine et la dopamine. Pas pour en faire une leçon de biochimie, mais pour que tu puisses reconnaître leurs signaux dans ta vie quotidienne et, surtout, savoir quoi faire quand ils dysfonctionnent.
Imagine ton cerveau comme une immense ville. Pour que les informations circulent d’un quartier à l’autre, il faut des messagers. Les neurotransmetteurs, ce sont ces facteurs chimiques qui passent d’un neurone à l’autre à travers un espace minuscule appelé synapse. Sans eux, rien ne se dit : pas d’émotion, pas de pensée, pas de mouvement.
Mais voilà le problème : dans le langage courant, on a réduit ces messagers à des étiquettes simplistes. « La dopamine, c’est le plaisir. La sérotonine, c’est le bonheur. » C’est un raccourci utile, mais il cache une réalité plus nuancée. La dopamine, par exemple, n’est pas le plaisir lui-même, mais le signal d’anticipation du plaisir. C’est ce qui te pousse à chercher une récompense, à te lever pour aller chercher un café, à terminer un projet. La sérotonine, elle, est davantage liée à la régulation de l’humeur, au sentiment de sécurité intérieure, à la satiété émotionnelle.
Quand ces systèmes fonctionnent bien, tu te sens stable, motivé, capable de rebondir. Quand ils se dérèglent, tu peux vivre des montagnes russes émotionnelles ou, à l’inverse, une langueur persistante.
Prenons un exemple. Un patient, appelons-le Marc, est venu me voir parce qu’il se sentait « vidé ». Il avait un bon travail, une famille aimante, mais rien ne lui faisait vraiment plaisir. Il me disait : « Je fais les gestes, mais je ne ressens rien. » En explorant son quotidien, on a découvert qu’il avait supprimé toutes les petites récompenses de sa vie : plus de pause café avec les collègues, plus de footing le matin, plus de temps pour lire. Il s’était conditionné à la performance pure. Son système dopaminergique, privé de signaux de récompense réguliers, s’était mis en veille.
Ce n’est pas une faiblesse. C’est une mécanique. Et comprendre cette mécanique, c’est le premier pas pour la réparer.
La sérotonine est souvent appelée le neurotransmetteur du bien-être, mais j’aime mieux la décrire comme la molécule de la « suffisance ». Quand ton taux de sérotonine est équilibré, tu as le sentiment que tout va bien, même sans stimulation extérieure. Tu peux t’asseoir sur un banc et regarder les nuages sans avoir besoin de scroll ton téléphone. Tu te sens en sécurité dans ta propre peau.
À l’inverse, un déficit en sérotonine se manifeste par des symptômes que tu connais peut-être : irritabilité, anxiété sociale, insomnie, tendance à la rumination. Tu te réveilles à 3h du matin avec des pensées en boucle. Tu es hypersensible aux critiques. Tu as du mal à dire non, ou au contraire, tu dis oui trop vite et tu le regrettes.
Un autre patient, Sophie, est venue pour des attaques de panique. Dans son récit, j’ai entendu un manque flagrant de signaux de sécurité : elle ne prenait jamais de temps pour elle, se forçait à être parfaite au travail, et dormait mal depuis des mois. Son système sérotoninergique était épuisé à force de compenser un stress chronique.
La bonne nouvelle, c’est que la sérotonine est très sensible à des leviers simples. Voici les trois que j’observe le plus souvent dans mon cabinet :
1. La lumière naturelle. La synthèse de sérotonine est stimulée par l’exposition à la lumière du jour, en particulier le matin. Pas besoin de passer des heures au soleil : 10 à 15 minutes de lumière naturelle sur la peau et les yeux (sans lunettes de soleil) suffisent à envoyer un signal à ton cerveau. Si tu travailles dans un bureau sans fenêtre, fais une pause dehors. C’est un levier gratuit et immédiat.
2. L’alimentation. La sérotonine est fabriquée à partir du tryptophane, un acide aminé qu’on trouve dans les œufs, le fromage, les noix, le chocolat noir (oui, le chocolat a un vrai effet). Mais attention : le tryptophane doit traverser la barrière hémato-encéphalique, et il est en concurrence avec d’autres acides aminés. Le meilleur moyen de favoriser son passage, c’est de consommer des glucides complexes (pain complet, riz brun, patate douce) en même temps que des protéines. Un petit-déjeuner équilibré, par exemple, peut vraiment faire la différence sur ton humeur de la journée.
3. La respiration et le ralentissement. La sérotonine est aussi liée au système parasympathique, celui qui te permet de te détendre. Quand tu passes ta journée en mode « combat ou fuite », ton corps produit du cortisol, qui inhibe la sérotonine. Des exercices de cohérence cardiaque (5 secondes d’inspire, 5 secondes d’expire, pendant 5 minutes) peuvent aider à inverser la tendance.
« La sérotonine n’est pas une pilule du bonheur. C’est un signal interne qui te dit : “Tu es en sécurité, tu peux ralentir.” Quand tu l’écoutes, ton cerveau apprend à la produire davantage. »
La dopamine est un carburant. C’est elle qui te donne l’élan pour te lever le matin, pour commencer une tâche difficile, pour persévérer. Mais contrairement à ce qu’on croit souvent, la dopamine n’est pas libérée quand tu obtiens la récompense. Elle est libérée en anticipation. C’est l’excitation avant d’ouvrir un cadeau, pas après.
Ce mécanisme est à double tranchant. D’un côté, il te permet de rester motivé. De l’autre, il te rend vulnérable aux pièges de la récompense immédiate : les notifications, les likes, les vidéos courtes, la nourriture ultra-transformée. Chacune de ces micro-stimulations libère un peu de dopamine. Mais comme le cerveau s’habitue très vite, tu as besoin de doses toujours plus fortes pour ressentir la même chose. C’est le cercle vicieux de la dépendance comportementale.
J’ai accompagné un coureur, Julien, qui avait perdu toute motivation pour s’entraîner. Il me disait : « Je sais que ça me fait du bien, mais je n’arrive pas à enfiler mes baskets. » En analysant son quotidien, on a vu qu’il passait ses soirées à scroller les réseaux sociaux et à regarder des séries. Son cerveau recevait des micro-récompenses constantes, sans effort. Résultat : le seuil de dopamine nécessaire pour déclencher une action « coûteuse » comme courir était devenu trop haut.
Pour rééquilibrer la dopamine, il faut sortir du cycle de la récompense immédiate et reintroduire des délais.
1. La règle des 5 minutes. Quand une tâche te semble insurmontable, engage-toi à faire seulement 5 minutes. Pas plus. Le cerveau a besoin d’un signal de départ, pas d’un engagement massif. Une fois que tu as commencé, la dopamine liée à l’action elle-même prend le relais.
2. Les récompenses différées. Programme-toi des plaisirs qui arrivent après un effort. Par exemple : « Je peux regarder mon épisode de série seulement après avoir fait 20 minutes de sport. » Cela recrée le circuit naturel de l’effort-récompense que notre société a court-circuité.
3. La déconnexion programmée. Une heure sans écran avant le coucher, un jour sans réseau social par semaine. Ça semble rustique, mais ça permet à tes récepteurs de dopamine de se resensibiliser. Au début, c’est inconfortable. Après quelques jours, les plaisirs simples (une promenade, une conversation, un bon repas) redeviennent vraiment plaisants.
On parle souvent de ces neurotransmetteurs séparément, mais dans la vraie vie, ils interagissent en permanence. Un déséquilibre de l’un peut créer un déséquilibre de l’autre.
Exemple concret : un faible taux de sérotonine peut te rendre anxieux et irritable. Pour compenser cet inconfort, tu vas chercher des récompenses rapides (sucre, écrans, achats impulsifs), ce qui va stimuler la dopamine de façon artificielle. À court terme, ça soulage. À long terme, ça épuise ton système dopaminergique, et tu te retrouves avec une double peine : anxiété + perte de motivation.
À l’inverse, un excès de recherche de dopamine (hyperactivité, compétition permanente, addiction au travail) peut inhiber la sérotonine. Tu deviens performant mais instable, capable de tout donner sur un projet puis de t’effondrer émotionnellement.
L’équilibre, c’est un peu comme un vélo : il faut avancer (dopamine) tout en se sentant stable (sérotonine). Quand l’un des deux manque, le vélo penche.
Dans mon cabinet, je vois souvent des personnes qui sont « en surrégime dopaminergique » : elles courent après des résultats, des validations, des sensations fortes. Et en dessous, il y a une fragilité sérotoninergique : une difficulté à se sentir bien sans faire, sans prouver. Le travail, c’est de restaurer la capacité à l’être, pas seulement à faire.
« Tu n’es pas en panne. Tu es peut-être en train de fonctionner sur un seul cylindre, et ton corps te demande juste de rééquilibrer la charge. »
Tu te demandes peut-être : « D’accord, je comprends le mécanisme, mais comment je change concrètement ? » C’est là que les approches que j’utilise – hypnose ericksonienne, IFS (Internal Family Systems), Intelligence Relationnelle – entrent en jeu.
Parce que les neurotransmetteurs ne flottent pas dans le vide. Ils sont influencés par tes pensées, tes croyances, tes habitudes, et surtout par la façon dont tu traites tes émotions. Si tu as une partie de toi qui croit que tu n’as pas le droit de te reposer, cette croyance va maintenir un stress chronique qui épuise la sérotonine. Si tu as une partie qui cherche à tout prix la validation extérieure, elle va sur-stimuler la dopamine.
L’hypnose ericksonienne permet de communiquer avec ces parties, de les apaiser, de leur donner de nouveaux apprentissages. Par exemple, pour une personne qui rumine la nuit, on peut installer un signal inconscient qui redirige l’attention vers la respiration, ce qui favorise la production de sérotonine.
L’IFS, lui, va plus loin : il considère que chaque comportement problématique est en fait la tentative maladroite d’une partie de toi de te protéger. La recherche compulsive de dopamine ? C’est peut-être une partie qui a peur de l’ennui, parce que l’ennui lui rappelle une solitude ancienne. L’apathie sérotoninergique ? C’est peut-être une partie qui s’est éteinte pour ne pas souffrir.
En travaillant avec ces parties, tu ne forces pas un changement chimique de l’extérieur. Tu crées les conditions internes pour que ton cerveau retrouve son équilibre naturel. Et c’est durable.
Je ne te propose pas une solution miracle. Mais voici trois actions concrètes, basées sur la neurobiologie, que tu peux mettre en place immédiatement.
1. Le rituel du matin léger. Pendant les 30 premières minutes après ton réveil, pas d’écran. Pas de notifications. Juste une exposition à la lumière naturelle (ouvre la fenêtre, sors sur ton balcon) et un verre d’eau. Ce simple rituel envoie un signal à ton cerveau : la journée commence, tu es en sécurité, tu peux produire de la sérotonine. Pas besoin de méditer une heure. C’est la régularité qui compte.
2. La liste des micro-plaisirs. Prends un carnet et note 10 choses qui te procurent un petit plaisir sincère : l’odeur du café, une courte marche, écouter une chanson, caresser un animal, lire deux pages d’un roman. Chaque jour, choisis-en un et fais-le sans te presser. Ce n’est pas une perte de temps. C’est un entraînement pour ton système dopaminergique à reconnaître les récompenses saines et durables.
3. Le scan corporel de 90 secondes. Quand tu sens une émotion désagréable monter (irritation, tristesse, anxiété), arrête-toi. Pose une main sur ton cœur. Respire lentement. Pendant 90 secondes, observe où ça se passe dans ton corps (la gorge serrée, le ventre noué, la poitrine lourde). Sans juger, sans vouloir changer. Ce simple geste active le nerf vague, qui stimule la sérotonine et calme le système nerveux. C’est un outil que j’enseigne à presque tous mes patients, et il fait des merveilles.
Je termine toujours mes articles par une invitation, et la voici : tu n’as pas à tout comprendre ni à tout contrôler. Les neurotransmetteurs sont des alliés, pas des ennemis. Quand tu te sens bloqué, ce n’est pas une fatalité. C’est un message. Un message qui dit : « J’ai besoin de lumière, de repos, de plaisirs authentiques, ou de quelqu’un pour m’aider à dénouer ce qui s’est figé. »
Si ces lignes résonnent avec ce que tu vis, et que tu sens que tu as besoin d’un cadre pour avancer, je suis là. Pas pour te donner des solutions toutes faites, mais pour t’accompagner dans la découverte de tes propres leviers. Que ce soit par l’hypnose, l’IFS ou un travail sur ton rapport à toi-même, on peut ensemble remettre de l’équilibre là où il y a de la confusion.
Prends soin de toi. Et si tu veux, on se parle. Je suis à Saintes, et je reçois aussi en visio.
Thierry
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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