3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Exploration des causes profondes de cette anesthésie protectrice mais limitante.
Tu as peut-être déjà ressenti ça. Ce matin-là, tu te lèves, tu prends ton café, tu regardes par la fenêtre. Il pleut. Tu t’en fiches. Un collègue te raconte ses problèmes, tu hoches la tête, mais au fond, rien ne bouge. Pas d’émotion, pas de colère, pas de tristesse, pas même d’agacement. Juste un vide. Un calme plat. Comme si tu regardais ta vie depuis l’extérieur, derrière une vitre épaisse.
Au début, ça peut presque sembler confortable. Plus de montagnes russes émotionnelles, plus de nuits à ruminer, plus de disputes qui te retournent le ventre. C’est la paix, non ? Sauf que cette paix a un goût étrange. Celui d’une absence. Tu ne ressens plus les hauts, mais tu ne ressens plus les bas non plus. Les moments qui devraient te faire vibrer – un compliment, un succès, un câlin de ton enfant – passent comme des nuages. Tu sais que ça devrait compter, mais ça ne résonne pas.
Ce mécanisme, je le vois souvent dans mon cabinet à Saintes. Des hommes et des femmes, souvent très fonctionnels en apparence, qui viennent parce qu’ils sentent que quelque chose ne va pas, sans pouvoir mettre le doigt dessus. « Je ne suis pas triste, je ne suis pas en colère, je suis juste… rien. » Ils ne sont pas déprimés au sens clinique du terme, pas d’effondrement, pas de larmes. Juste une lente déconnexion. Un refuge silencieux.
Je m’appelle Thierry Sudan, je suis praticien en hypnose, IFS et intelligence relationnelle, et je travaille avec des adultes qui, comme toi peut-être, se sont construits une forteresse intérieure pour ne plus souffrir. Aujourd’hui, j’aimerais t’emmener explorer ce piège de l’apathie. Pas pour te forcer à ressentir ce que tu ne veux pas ressentir, mais pour comprendre d’où il vient, ce qu’il protège, et comment, doucement, tu pourrais rouvrir une porte vers une vie plus vibrante.
Commençons par une distinction essentielle : l’apathie dont je parle ici n’est pas une paresse ou un manque d’intérêt passager. Ce n’est pas non plus la dépression caractérisée, même si elle peut y ressembler. Ce que je décris, c’est une anesthésie émotionnelle qui s’installe progressivement, souvent après des périodes de stress intense, de pertes répétées, ou de traumatismes non digérés.
Prenons un exemple concret. Récemment, j’ai reçu un coureur amateur, appelons-le Marc. La quarantaine, cadre dynamique, père de famille. Il venait me voir pour une préparation mentale, mais très vite, le vrai sujet a émergé. Il me disait : « Je ne ressens plus rien quand je franchis la ligne d’arrivée. Avant, j’avais des frissons, une explosion de joie. Maintenant, c’est juste une case de cochée. » Marc n’avait pas perdu sa motivation – il s’entraînait dur. Mais l’émotion associée à l’effort et à la réussite avait disparu. En creusant, on a découvert que six mois plus tôt, il avait vécu une séparation douloureuse. Sans s’en rendre compte, il avait « éteint » toutes ses émotions pour survivre à la tristesse. Le problème, c’est qu’on ne peut pas éteindre seulement les mauvaises. Le disjoncteur saute pour tout le circuit.
L’apathie est donc un bouclier. Un mécanisme de protection neurobiologique. Ton cerveau, face à une menace émotionnelle trop grande, décide de couper le courant. C’est une stratégie de survie. Le problème, c’est qu’une fois que le danger est passé, le courant ne se rétablit pas tout seul. Le disjoncteur reste en position « off ». Tu habites alors dans une maison sans électricité : fonctionnelle, mais sombre.
Ce qui est paradoxal, c’est que ce bouclier est souvent valorisé dans notre société. On parle de « garder son calme », de « ne pas s’énerver », d’être « professionnel ». Mais il y a une différence entre réguler ses émotions et les supprimer. La régulation, c’est accueillir la vague et la laisser passer. La suppression, c’est construire un mur pour que la vague n’arrive jamais. L’apathie, c’est ce mur.
« L’apathie n’est pas l’absence d’émotions, c’est l’absence de permission de les ressentir. Le corps continue d’enregistrer, mais l’esprit a appris à faire le mort. »
Si l’apathie s’installe, ce n’est jamais par hasard. C’est une réponse logique à un environnement ou à une histoire personnelle. Dans mon accompagnement, je vois trois grandes causes qui reviennent sans cesse. Les reconnaître, c’est déjà commencer à comprendre pourquoi ce refuge est devenu nécessaire.
1. La saturation émotionnelle : trop de vagues, le bateau coule
La première cause, c’est l’épuisement. Tu as vécu une période où les émotions étaient trop fortes, trop fréquentes, trop conflictuelles. Un deuil, une rupture, un burn-out, une trahison. Ou simplement une accumulation de micro-stress : le travail qui déborde, les enfants qui hurlent, les nuits trop courtes. À un moment, ton système nerveux dit « stop ». Il n’a plus les ressources pour digérer toutes ces vagues émotionnelles. Alors il gèle tout.
Je pense à Claire, une enseignante venue me voir pour des insomnies. Elle décrivait sa vie comme « un long tunnel gris ». Elle n’était pas triste, disait-elle, juste fatiguée. En réalité, elle avait encaissé des années de tensions avec sa hiérarchie, des conflits avec des parents d’élèves, et une charge mentale énorme. Son cerveau avait saturé. La seule façon de tenir, c’était de ne plus rien ressentir. L’apathie était devenue son mode de survie par défaut.
2. La peur de la vulnérabilité : si je ressens, je vais m’effondrer
La deuxième cause est plus ancienne, souvent enracinée dans l’enfance. Tu as appris très tôt que ressentir était dangereux. Peut-être que pleurer était puni. Peut-être que montrer ta colère déclenchait des cris ou des violences. Peut-être que tes parents eux-mêmes étaient émotionnellement absents. Alors tu as construit une carapace. « Je ne ressens rien » est devenu une fierté, une preuve de force.
Cette carapace fonctionne, jusqu’au jour où elle t’étouffe. J’accompagne un footballeur, Antoine, qui était connu pour son sang-froid sur le terrain. « Rien ne l’atteint », disaient ses coéquipiers. En réalité, il avait peur de sa propre colère. Il craignait qu’en laissant sortir une émotion, tout s’effondre. Alors il ne ressentait plus rien, ni colère, ni joie, ni tristesse. Son jeu était devenu mécanique. Il avait perdu la flamme.
3. La dissociation : se quitter pour ne pas souffrir
Enfin, il y a une cause plus profonde, que je rencontre chez des personnes ayant vécu des traumatismes significatifs. La dissociation est un mécanisme où l’esprit se sépare du corps et des émotions pour survivre à une expérience insoutenable. C’est comme si une partie de toi disait : « Ce qui arrive à mon corps ne m’arrive pas vraiment. » Ce mécanisme, salvateur sur le moment, peut devenir un mode de fonctionnement permanent.
Je reçois parfois des personnes qui décrivent leur vie comme un film dont elles sont spectatrices. Elles se voient parler, travailler, interagir, mais elles ne sont pas vraiment là. L’émotion est coupée. Le corps est présent, mais la conscience est ailleurs. C’est une forme d’apathie extrême, très protectrice, mais aussi très isolante.
Ces trois causes – saturation, peur de la vulnérabilité, dissociation – se combinent souvent. L’important, ici, n’est pas de tout comprendre du premier coup. C’est de reconnaître que ton apathie n’est pas un défaut. C’est une solution que ton système a trouvée pour te protéger. Et si cette solution a fait son temps, il est possible, doucement, d’en trouver une autre.
L’apathie est un piège silencieux. Parce qu’elle n’alarme pas. Tu ne te réveilles pas en criant, tu ne pleures pas dans ton lit. Tu es juste… plat. Et c’est justement cette platitude qui peut te faire passer à côté du problème. Voici quelques signes qui devraient t’alerter.
Tu ne te souviens pas de la dernière fois où tu as pleuré… ou ri aux larmes. Les émotions intenses, qu’elles soient positives ou négatives, sont devenues rares. Tu vis dans une zone tempérée permanente, sans tempête, mais sans soleil non plus.
Tu te sens indifférent à des choses qui comptaient avant. Un hobby que tu adorais ? Tu t’en fiches. Un anniversaire important ? Tu n’y penses pas. Les projets d’avenir ? Tu n’y crois plus, mais tu n’en souffres pas non plus. C’est juste une absence.
Tu es très fonctionnel, mais vide. Tu fais ce qu’il faut : tu travailles, tu ranges, tu fais les courses. Mais tout est mécanique. Tu as l’impression d’être un robot bien programmé, sans vie intérieure. Les gens te disent « tu gères », mais toi, tu te sens en pilotage automatique.
Tu évites les situations intenses. Inconsciemment, tu fuis les films tristes, les disputes, les réunions chargées en émotion. Tu choisis la routine, le prévisible, le neutre. Parce que tu sais, au fond, que si une émotion forte arrive, tu ne sais pas comment la gérer.
Ton corps parle à ta place. Parfois, alors que tu te sens « bien », ton corps envoie des signaux : des tensions dans les épaules, des maux de tête, des douleurs digestives, une fatigue chronique. C’est le langage du système nerveux. L’émotion que tu ne ressens pas en conscience, ton corps la porte.
Si plusieurs de ces signes résonnent en toi, prends une respiration. Ne panique pas. Ce n’est pas un diagnostic, c’est une information. C’est la première étape pour sortir du piège : reconnaître que tu es dedans.
« L’apathie est un refuge confortable, mais c’est une prison dorée. Les murs sont doux, mais ils sont là. »
Alors, concrètement, comment on fait pour sortir de là ? Ce qui est crucial, c’est de ne pas brusquer le système. Si tu forces la porte, tu risques de te prendre une déferlante émotionnelle que tu n’es pas prêt à accueillir. Le travail que je propose, c’est un dégel progressif, respectueux, avec des outils qui permettent de réguler le flux.
L’hypnose ericksonienne : parler au pilote automatique
L’hypnose, ce n’est pas du sommeil, c’est un état de conscience modifié où tu es plus réceptif aux suggestions de ton inconscient. Dans le cas de l’apathie, l’hypnose permet d’entrer en contact avec la partie de toi qui a construit ce bouclier. Sans jugement. On va lui demander : « Qu’est-ce que tu protèges ? Depuis quand es-tu là ? De quoi as-tu peur ? »
Souvent, la réponse est surprenante. La partie apathique n’est pas une ennemie. C’est un gardien fatigué, qui a veillé trop longtemps. En hypnose, on peut le remercier, lui donner un nouveau rôle, lui montrer que le danger est passé. On crée un espace sécurisé où une émotion peut émerger, goutte à goutte, sans que le barrage ne cède.
L’IFS (Internal Family Systems) : accueillir les parties exilées
L’IFS, c’est une approche qui considère que notre psyché est constituée de multiples « parties », comme une famille intérieure. Il y a des parties protectrices (l’apathie en est une) et des parties exilées (les émotions qu’on a mises de côté, comme la tristesse, la colère, la honte).
Le travail en IFS consiste à entrer en dialogue avec la partie protectrice. Pas pour la combattre, mais pour comprendre sa mission. On lui dit : « Je vois que tu fais un boulot très dur. Merci. Et si on trouvait un moyen de protéger cette partie vulnérable sans te sacrifier ? » C’est un processus de négociation intérieure, d’une douceur incroyable. Quand la protectrice se sent entendue et respectée, elle accepte souvent de baisser la garde. Alors, la partie exilée peut être accueillie, écoutée, et enfin libérée.
L’intelligence relationnelle : reconnecter par le corps et la relation
Enfin, l’apathie nous coupe aussi des autres. On ne ressent plus l’impact d’une parole, d’un regard, d’une présence. L’intelligence relationnelle, c’est un ensemble de postures et d’exercices pour retrouver une connexion authentique. Par exemple, en séance, je peux te proposer de ressentir la chaleur de ta main sur ton cœur, ou de prêter attention à la sensation de tes pieds sur le sol. Des ancrages dans le présent qui ramènent l’émotion par la porte du corps.
Avec Marc, le coureur, on a utilisé l’hypnose pour rencontrer la partie de lui qui avait éteint les émotions après sa séparation. C’était une partie très jeune, terrifiée à l’idée de souffrir à nouveau. On l’a remerciée, on lui a montré que Marc était maintenant un adulte capable de ressentir sans se briser. Petit à petit, la joie est revenue. Pas en une séance, mais progressivement. Un jour, il m’a dit : « J’ai pleuré en regardant un film. C’était bizarre, mais ça m’a fait du bien. » C’était le signe que le dégel avait commencé.
Je veux être clair avec toi. L’hypnose, l’IFS, l’intelligence relationnelle, ce ne sont pas des baguettes magiques. Je ne peux pas te promettre que tu vas retrouver une vie émotionnelle intense en trois séances. Ce serait mentir. Voici ce que ces approches ne feront pas.
Elles ne vont pas supprimer ta protection d’un coup. Si tu as construit ce bouclier pendant des années, il ne va pas tomber en une nuit. Et c’est une bonne chose. Ton système a besoin de sentir qu’il peut lâcher prise en toute sécurité. Parfois, les premières séances consistent juste à créer cette sécurité. À faire connaissance avec le gardien. À lui dire : « Je ne vais pas te virer. Je veux juste qu’on devienne partenaires. »
Elles ne vont pas te rendre « hyper-émotionnel ». Certains ont peur qu’en rouvrant la porte, ils deviennent incapables de se contrôler, qu’ils pleurent au bureau ou s’énervent pour un rien. La réalité est inverse. En apprenant à ressentir et à réguler, tu gagnes en flexibilité. Tu peux choisir d’accueillir une émotion et de la laisser passer, plutôt que de la subir ou de la réprimer. C’est l’inverse de la perte de contrôle.
Elles ne vont pas effacer les causes du passé. Je ne vais pas te promettre que tu ne ressentiras plus jamais de tristesse liée à un deuil ou à une blessure ancienne. Ces émotions font partie de toi. Le but n’est pas de les effacer, mais de les accueillir avec une présence nouvelle. Qu’elles puissent traverser ton corps sans que tu t’identifies à elles. « Je ressens de la tristesse » devient différent de « Je suis triste ».
**Ell
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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