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Le témoignage de Claire : comment j'ai calmé mes crises d'angoisse

Histoire vécue de régulation vagale au quotidien

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Je m’appelle Claire, j’ai 34 ans, et pendant des années, j’ai cru que mes crises d’angoisse étaient une fatalité. La première fois, c’était dans une salle d’attente chez le dentiste. Rien d’exceptionnel : une radio à faire, une petite carie. Mais soudain, mon cœur s’est emballé, ma poitrine s’est serrée, j’avais l’impression que l’air ne passait plus. J’ai cru faire un infarctus. Le dentiste a appelé les urgences. Bilan : rien. Juste une crise d’angoisse.

Ce jour-là, on m’a dit : « Ce n’est rien, respirez, ça va passer. » Sauf que ça ne passait pas. Les crises se sont multipliées : dans le métro, au supermarché, en réunion, parfois même en regardant un film tranquille chez moi. Je vivais dans la peur de la prochaine attaque. J’ai consulté des généralistes, des cardiologues, un psychiatre. On m’a prescrit des anxiolytiques, des séances de relaxation, de la cohérence cardiaque. Rien n’enrayait vraiment ce mécanisme. Je me sentais prisonnière d’un corps qui ne m’écoutait plus.

Puis un jour, dans le cabinet d’un praticien à Saintes, j’ai entendu un mot qui a tout changé : nerf vague. Ce nom étrange, qui ressemble à un personnage de conte, est devenu mon allié le plus précieux. Aujourd’hui, je sais calmer mes crises d’angoisse. Pas les supprimer – elles existent encore, parfois – mais les réduire à des vagues que je peux surfer, plutôt qu’à des tsunamis qui m’engloutissent.

Je ne suis ni médecin ni chercheuse. Je suis juste une femme qui a trouvé une clé. Et si vous lisez ces lignes, peut-être que vous cherchez la vôtre. Alors je vais vous raconter comment j’ai appris à réguler mon système nerveux, sans baguette magique, mais avec des gestes concrets que vous pouvez essayer dès ce soir.

Qu’est-ce qui se passe vraiment dans votre corps quand l’angoisse vous submerge ?

Avant de comprendre comment j’ai calmé mes crises, il faut que je vous explique ce qui se passait dans mon corps à ce moment-là. Parce que pendant longtemps, j’ai cru que c’était « dans ma tête ». Une faiblesse de caractère, un manque de contrôle. Et ça, c’est la pire des choses qu’on puisse se dire.

En réalité, quand une crise d’angoisse survient, votre système nerveux autonome – cette partie de vous qui gère la respiration, le rythme cardiaque, la digestion, sans que vous ayez à y penser – bascule en mode alerte maximale. C’est ce qu’on appelle la réponse « combat-fuite ». Votre cerveau, via l’amygdale (une petite structure en forme d’amande), détecte un danger. Même si ce danger est imaginaire – une réunion, une foule, une conversation – votre corps réagit comme si un tigre à dents de sabre fonçait sur vous.

Le problème, c’est que dans notre monde moderne, le tigre ne vient jamais. Mais le corps, lui, ne le sait pas. Alors il libère du cortisol et de l’adrénaline. Le cœur s’accélère pour pomper le sang vers les muscles. La respiration devient rapide et superficielle pour oxygéner un corps qui va devoir fuir. Les pupilles se dilatent. La digestion s’arrête. Vous êtes prêt à courir, à vous battre, ou à faire le mort.

Et vous, vous êtes juste là, assis dans votre canapé ou dans votre voiture, à essayer de comprendre pourquoi vous tremblez, pourquoi vous avez chaud, pourquoi vous avez l’impression d’étouffer. Ce décalage entre la réalité extérieure (rien de dangereux) et la réalité intérieure (un ouragan) est ce qui rend la crise si terrifiante. Vous perdez pied parce que votre corps vous raconte une histoire que votre esprit sait fausse.

C’est là que le nerf vague entre en scène. C’est le dixième nerf crânien, le plus long et le plus complexe de notre organisme. Il part du tronc cérébral, descend le long de la colonne vertébrale, innerve le cœur, les poumons, l’estomac, les intestins. Il est comme un câble de fibre optique qui relie votre cerveau à vos organes. Mais surtout, il a deux branches : une branche ventrale (la plus évoluée, liée à la sécurité et à la connexion sociale) et une branche dorsale (plus primitive, liée à l’immobilisation et à la dissociation).

Quand votre nerf vague ventral est actif, vous vous sentez calme, connecté, capable de parler et de réfléchir. Quand il se désactive et que la branche dorsale prend le relais, vous pouvez vous effondrer, vous sentir vide, ou au contraire être en hyperalerte. Les crises d’angoisse sont souvent une oscillation brutale entre ces états. Comprendre cela m’a libérée : ce n’était pas un défaut en moi, c’était un mécanisme biologique que je pouvais apprendre à influencer.

Pourquoi la cohérence cardiaque ne suffit pas toujours (et ce qui m’a vraiment aidée)

On m’a beaucoup parlé de la cohérence cardiaque. Inspirez 5 secondes, expirez 5 secondes, pendant 5 minutes, 3 fois par jour. Je l’ai fait. Sérieusement, pendant des semaines. Et ça m’aidait un peu, sur le moment. Mais dès que l’émotion était trop forte, dès que l’angoisse montait comme une marée, cette respiration devenait impossible. J’essayais de compter, et j’avais l’impression d’étouffer encore plus. Comme si on demandait à quelqu’un qui se noie de nager parfaitement.

Le problème, c’est que la cohérence cardiaque est un outil de prévention, pas de régulation en temps réel. Elle est géniale pour stabiliser le système nerveux sur le long terme, pour créer un fond de sécurité. Mais quand la crise est là, quand l’amygdale a déjà crié « au feu ! », votre cerveau rationnel est court-circuité. Vous ne pouvez pas « respirer calmement » parce que la partie de votre cerveau qui contrôle la respiration volontaire est submergée par la panique.

Ce qui m’a vraiment aidée, c’est une approche plus directe, plus corporelle, que j’ai découverte en travaillant avec Thierry. Je me souviens de ma première séance. J’étais assise, les mains moites, le cœur qui cognait déjà. Il ne m’a pas dit : « Respirez. » Il m’a dit : « Posez vos mains sur vos joues. » J’ai trouvé ça étrange, mais j’ai obéi. Mes mains étaient fraîches, mes joues chaudes. J’ai senti un frisson. Puis il m’a demandé de presser très doucement, comme si je tenais un petit oiseau. Et là, quelque chose s’est passé. Ma respiration a ralenti d’elle-même. Sans que j’essaie de la contrôler.

Ce geste, c’est ce qu’on appelle une manœuvre vagale. En stimulant certaines zones du visage, du cou, ou du thorax, on envoie un signal au nerf vague : « Tout va bien, tu peux ralentir. » C’est un peu comme appuyer sur le frein d’un véhicule qui s’emballe. Et ça marche parce que le nerf vague est directement impliqué dans la régulation du rythme cardiaque et de la respiration.

« Le nerf vague est le chef d’orchestre de votre système nerveux. Quand il joue la bonne partition, votre corps sait retrouver son calme. »

Je ne dis pas que la cohérence cardiaque est inutile. Elle a sa place. Mais pour moi, elle était comme un manuel d’instructions dans une langue que je ne parlais plus quand j’étais en crise. Les manœuvres vagales, elles, parlent directement au corps, sans passer par le mental. Et ça, ça change tout.

Les 3 gestes qui ont changé ma vie (et que vous pouvez essayer ce soir)

Je vais être honnête : je ne suis pas devenue une maîtresse zen en un jour. J’ai tâtonné, j’ai testé, j’ai parfois eu l’impression que ça ne marchait pas. Mais progressivement, j’ai constitué une boîte à outils. Aujourd’hui, quand je sens les premiers signes – cette chaleur dans la poitrine, cette sensation d’irréalité – je sais quoi faire. Voici les trois gestes qui ont vraiment fait la différence.

1. La pression froide sur le visage (le réflexe de plongée)

C’est mon geste de base. Quand je sens l’angoisse monter, je vais aux toilettes ou dans un endroit calme, je passe mes poignets sous l’eau froide, puis je mouille un peu mon front et mes joues. Parfois, je prends un glaçon et je le passe sur mes tempes. Ce n’est pas juste rafraîchissant : le froid sur le visage déclenche ce qu’on appelle le réflexe de plongée des mammifères. C’est un mécanisme ancestral qui ralentit immédiatement le rythme cardiaque et redirige le sang vers les organes vitaux. Les phoques et les dauphins l’utilisent pour rester sous l’eau longtemps. Nous, on peut l’utiliser pour calmer une crise.

Je ne vous dis pas de vous jeter une bassine d’eau glacée sur la tête. Juste un peu d’eau fraîche sur le visage, ou une pression avec un linge froid sur les yeux et les joues, pendant 20 à 30 secondes. Essayez ce soir, même sans angoisse, juste pour sentir la différence. Vous verrez, votre respiration va spontanément s’approfondir.

2. Le toucher doux sur les côtés du cou

C’est un geste que j’ai appris en séance et qui m’a d’abord semblé bizarre. Posez vos doigts de chaque côté de votre cou, juste en dessous des oreilles, là où vous sentez le pouls. Ne pressez pas fort. Juste une pression légère, comme une caresse. Puis fermez les yeux et restez là, 30 secondes, une minute.

Cette zone est riche en terminaisons du nerf vague. En la stimulant doucement, vous envoyez un signal de sécurité à votre système nerveux. Attention : ne faites pas ça en conduisant, et si vous avez des problèmes de tension ou cardiaques, demandez d’abord à un professionnel. Mais pour moi, c’est devenu un réflexe. Dans une file d’attente, avant une réunion importante, je pose mes doigts sur mon cou, et je sens le nœud se desserrer.

3. La rotation des yeux et la posture

Celui-ci est presque invisible. Quand je suis en pleine crise, mes yeux ont tendance à se fixer, à s’écarquiller. Je regarde droit devant, hypervigilante. Ce que j’ai appris, c’est que la position des yeux influence directement l’état du nerf vague. En regardant vers le bas et sur le côté (par exemple, en baissant les yeux vers votre main gauche posée sur votre cuisse), vous activez une partie du système nerveux qui favorise le calme.

Je combine ça avec un changement de posture : je m’assois bien droite, je pose les pieds à plat sur le sol, je mets les mains sur les cuisses, paumes vers le haut. Cette position d’« ouverture » envoie un signal au cerveau : « Je ne suis pas en danger, je peux relâcher. » C’est tout bête, mais ça marche. Essayez maintenant, lisez ces lignes en baissant les yeux vers votre main gauche, puis en relevant lentement la tête. Sentez la différence dans votre poitrine ?

Ce que l’IFS m’a appris sur mes crises (et pourquoi les combattre les renforçait)

Les gestes vagaux m’ont aidée à calmer le corps, mais il restait une question : pourquoi mes crises revenaient-elles ? Pourquoi, même en faisant tous ces gestes, l’angoisse finissait-elle par resurgir, parfois plus forte qu’avant ? C’est là que j’ai découvert l’IFS (Internal Family Systems), ou Système Familial Intérieur. Et ça a été un deuxième tournant.

L’IFS part d’une idée simple : notre esprit n’est pas un bloc monolithique. Il est composé de plusieurs « parties », comme des personnages à l’intérieur de nous. Il y a la partie qui veut tout contrôler, la partie qui critique, la partie qui se sent vulnérable. Et dans mon cas, il y avait une partie qui déclenchait les crises d’angoisse. Je l’appelais « la sentinelle ».

Pendant longtemps, j’ai détesté cette partie. Je la voyais comme une ennemie, une saboteuse qui gâchait ma vie. Chaque fois qu’une crise arrivait, je me disais : « Encore elle, qu’elle arrête, qu’elle disparaisse. » Et plus je la combattais, plus elle devenait forte. C’est logique : si quelqu’un vous crie dessus en vous disant « Tais-toi ! », vous avez tendance à crier encore plus fort, non ?

En séance, Thierry m’a invitée à dialoguer avec cette partie. À lui demander : « Qu’est-ce que tu essaies de faire pour moi ? » Et là, j’ai eu une réponse qui m’a bouleversée. Cette partie ne cherchait pas à me détruire. Elle cherchait à me protéger. Elle avait pris le relais à un moment de ma vie où j’avais été submergée par une émotion trop forte – un deuil, une séparation – et elle avait décidé que la seule façon de me garder en sécurité, c’était d’être en alerte permanente. Ses crises d’angoisse étaient des sirènes d’alarme qu’elle déclenchait pour m’empêcher de revivre cette douleur.

Comprendre cela a changé mon rapport à l’angoisse. Au lieu de la combattre, j’ai appris à l’accueillir. Quand je sens la crise monter, je peux maintenant lui dire : « Je te vois, je sais que tu fais ça pour moi, merci. Mais je suis en sécurité maintenant. Tu peux baisser la garde. » Parfois, ça suffit à désamorcer la montée. Pas toujours, mais de plus en plus souvent.

« L’angoisse n’est pas votre ennemie. Elle est une partie de vous qui essaie de vous protéger, avec des moyens qui datent d’une autre époque. »

Comment j’ai intégré tout ça dans mon quotidien (et pourquoi ça tient sur le long terme)

Aujourd’hui, je ne vis plus dans la terreur de la prochaine crise. Je ne vais pas vous dire qu’elles ont complètement disparu – ce serait mentir. Mais elles sont devenues rares, plus courtes, et surtout, je ne les vis plus comme une catastrophe. Elles sont comme des invitées surprises qui frappent à la porte : je les reconnais, je les accueille, et je les laisse repartir.

Voici comment j’ai intégré tout ça dans mon quotidien, sans que ça devienne une obsession.

Le matin, avant de sortir du lit, je prends 30 secondes pour poser mes mains sur mon ventre et sentir ma respiration. Ce n’est pas un rituel compliqué, juste un contact. Je vérifie où j’en suis. Est-ce que mon corps est tendu ? Est-ce que mon cœur est calme ? Ce petit scan matinal m’évite de partir en mode pilotage automatique.

Dans la journée, j’utilise les micro-gestes. Un passage aux toilettes pour me passer de l’eau fraîche sur le visage. Une pause de 20 secondes où je pose mes doigts sur mon cou. Un regard baissé vers ma main quand je sens une tension dans une conversation. Ce sont des gestes tellement discrets que personne ne les remarque. Mais pour moi, ce sont des ancres qui me ramènent au calme.

Le soir, je fais une chose qui m’a beaucoup aidée : je tiens un petit carnet où je note, en une phrase, ce que ma « sentinelle » a fait dans la journée. Parfois c’est : « Elle a essayé de me faire peur dans le métro. » Parfois : « Elle s’est tue, elle m’a laissée tranquille. » Ce simple fait de nommer la partie, de la reconnaître sans la juger, renforce le dialogue avec elle. Elle se sent écout

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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