3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Un chemin structuré pour dialoguer avec vos parts protectrices.
Vous avez peut-être déjà vécu cette sensation étrange : une partie de vous veut avancer, changer, saisir une opportunité. Une autre, tout aussi puissante, vous freine, vous sabote, vous ramène en terrain connu. Parfois, ce n’est pas juste une hésitation. C’est un véritable conflit intérieur, comme si plusieurs personnes habitaient votre tête, tirant chacune dans une direction différente.
Je reçois régulièrement des personnes qui décrivent cette fragmentation. L’une d’elles, un jour, m’a dit : « Thierry, j’ai l’impression d’être un appartement avec plusieurs locataires, et aucun ne paie de loyer. » Cette image m’a marqué. Elle décrit parfaitement ce que le modèle IFS (Internal Family Systems) appelle la dissociation intérieure.
Non, vous n’êtes pas « fou » ou « instable ». Vous êtes simplement humain, et votre psyché s’est organisée en parties pour vous protéger. Le problème, c’est que ces parties, qui ont été créées avec les meilleures intentions du monde, finissent souvent par prendre le contrôle et créer de la souffrance.
L’IFS, développé par Richard Schwartz, propose un chemin clair pour apaiser cette dissociation. Il ne s’agit pas d’éliminer vos parties, mais de les comprendre, de les remercier pour leur travail, et de libérer l’énergie du Self — votre centre calme, confiant et compatissant.
Voici les 5 étapes du protocole IFS pour entamer ce dialogue intérieur. Un chemin structuré, pas à pas, pour passer de la guerre civile à la paix intérieure.
La première étape semble simple, mais elle est fondamentale. Avant de vouloir changer quoi que ce soit, il faut identifier quelle partie est aux commandes. Quand vous ressentez une émotion forte, une pensée répétitive, une impulsion soudaine, il y a forcément une partie de vous qui est activée.
Imaginez un instant. Vous êtes face à une échéance professionnelle importante. Vous avez besoin de vous concentrer. Mais une boule d’angoisse se forme dans votre ventre, votre esprit s’emballe, vous commencez à scroller sur votre téléphone sans but. Qui est là ? Ce n’est pas « vous » dans votre globalité. C’est une partie. Peut-être une partie anxieuse. Peut-être une partie qui cherche à vous distraire pour vous protéger de l’échec possible.
Le geste clé ici : Au lieu de vous identifier à cette émotion, vous l’observez. Vous lui donnez une forme, une couleur, une voix. « Ah, te voilà, mon amie l’Anxiété. Tu es là pour me rappeler que je dois faire attention. Merci. »
Cette étape est cruciale car elle brise l’identification. Quand vous dites « Je suis anxieux », vous êtes noyé dans la partie. Quand vous dites « Une partie de moi est anxieuse », vous créez un espace. Vous êtes l’observateur. C’est le début de la dissociation saine : vous n’êtes pas vos parties, vous êtes celui qui les accueille.
Prenons un autre exemple, celui de Claire. Elle venait me voir pour une tendance à s’isoler socialement. Elle se décrivait comme « asociale ». En explorant, elle a identifié une partie très active : une partie « Juge » qui la critiquait sans cesse en société. « Tu as dit une bêtise. Regarde comme ils te regardent. Tu es ridicule. » Claire ne pouvait pas s’en empêcher. En reconnaissant cette partie comme une entité distincte, elle a pu lui dire : « Je te vois. Tu es cette voix critique. Tu es là pour m’éviter la honte. »
Point clé : La reconnaissance n’est pas l’approbation. Vous n’êtes pas obligé d’aimer la partie. Vous êtes simplement invité à la voir, sans jugement, comme un invité qui sonne à votre porte intérieure.
Ce que vous pouvez faire maintenant : Prenez une situation récente où vous vous êtes senti coincé, en colère ou triste. Posez-vous la question : « Quelle partie de moi est activée en ce moment ? » Donnez-lui un nom simple : « la partie perfectionniste », « la partie qui veut tout contrôler », « la partie qui se sent abandonnée ». Notez-la. C’est tout pour l’instant.
Reconnaître une partie est une chose. Mais comment être sûr que c’est bien vous qui l’observez, et non une autre partie qui juge la première ? C’est là que le concept du Self entre en jeu. L’IFS postule que chacun de nous possède un noyau sain, un Self, caractérisé par 8 C : Calme, Curiosité, Compassion, Confiance, Créativité, Courage, Clarté et Connexion.
Quand vous êtes dans le Self, vous n’êtes plus en fusion avec aucune partie. Vous êtes simplement présent, accueillant. C’est la position idéale pour dialoguer.
Prenons l’exemple de Marc. Il avait une partie « Colérique » qui explosait dès qu’il se sentait frustré. En séance, il a reconnu cette partie. Mais ensuite, il a senti monter une autre voix : « Cette partie est stupide, elle me fait honte. Je devrais pouvoir la contrôler. » Cette voix, c’était une autre partie : la partie « Critique » ou « Contrôleur ».
Le piège : Marc était passé d’une partie (la Colère) à une autre (le Critique). Il n’était pas dans le Self. La dissociation intérieure ne se guérit pas en remplaçant un protecteur par un autre.
Comment faire ? Pour se désidentifier, on utilise une technique simple. On dit à la partie : « Je suis différent de toi. J’ai une relation avec toi, mais je ne suis pas toi. » On peut visualiser la partie comme une entité séparée devant soi. On respire. On sent le calme revenir dans le ventre, la poitrine. On vérifie la présence des qualités du Self.
Par exemple, je demande à Marc : « Maintenant que tu vois la partie Colérique devant toi, ressens-tu de la curiosité pour elle ? » Si oui, c’est bon signe. S’il ressent du dégoût ou de l’impatience, c’est qu’une autre partie est aux commandes. On accueille alors cette nouvelle partie.
L’objectif de l’étape 2 : Installer une relation de confiance entre le Self et la partie. Vous devenez le leader bienveillant de votre système interne. Vous ne supprimez pas la colère, vous accueillez le protecteur colérique.
Ce que vous pouvez faire maintenant : Dans la même situation que tout à l’heure, prenez une respiration et dites intérieurement à la partie que vous avez nommée : « Je te vois. Je suis ici avec toi. Je ne suis pas toi. Je suis celui qui peut t’écouter. » Sentez la différence. Si une autre voix (jugement, peur) apparaît, notez-la et répétez l’opération. L’objectif est d’atteindre un moment de calme relatif.
C’est le cœur du protocole IFS. Une fois que vous êtes dans le Self (ou en chemin), vous pouvez dialoguer avec la partie protectrice. Les parties protectrices (qu’on appelle les Managers et les Pompiers dans l’IFS) ne sont pas là pour vous embêter. Elles sont là pour vous protéger d’une douleur plus profonde.
Le principe : Une partie protectrice a un emploi. Elle a été créée pour vous éviter de ressentir une émotion insupportable : la honte, l’abandon, la peur de mourir, la sensation de ne pas être aimable.
Reprenons l’exemple de Claire et sa partie Juge. Quand elle a pu se mettre dans le Self, elle a demandé à cette partie : « Quel est ton travail ? Qu’essayes-tu de faire pour moi en me critiquant ? » La réponse est venue spontanément : « Je te prépare. Si tu anticipes toutes les façons dont tu pourrais être ridicule, tu ne seras jamais prise au dépourvu. Tu ne seras jamais humiliée. Mon job, c’est de te garder en sécurité. »
Boum. La partie Juge n’était pas une ennemie. C’était une sentinelle hyper-vigilante, épuisée par des années de service.
Comment explorer ? Posez des questions ouvertes, avec curiosité :
Souvent, la partie vous donnera accès à un souvenir, une croyance. Par exemple, la partie Juge de Claire a révélé : « J’ai commencé à 7 ans, quand tes parents se sont séparés. Tu as pensé que c’était de ta faute, que tu n’étais pas assez bien. Si tu es parfaite, personne ne partira. »
La partie protectrice n’est souvent qu’un enfant qui a pris un rôle trop lourd. Elle est figée dans le passé.
Point clé : Ne cherchez pas à forcer la partie à révéler son secret. Respectez son rythme. Si elle ne veut pas parler, remerciez-la pour son travail et dites-lui que vous reviendrez. La confiance se construit.
Ce que vous pouvez faire maintenant : En restant dans votre posture d’observateur bienveillant, demandez à votre partie : « Quel est ton travail exactement ? Qu’essayes-tu de m’éviter ? » Écoutez la première réponse qui vient. Ne la censurez pas. Notez-la. Même si elle semble absurde (« Je te fais procrastiner pour que tu ne finisses jamais et que tu ne découvres pas que tu es nul »). C’est une information précieuse.
Les parties protectrices ne sont pas le problème principal. Elles sont les gardiens. Derrière elles, il y a ce que l’IFS appelle les parties exilées. Ce sont des parties plus jeunes, souvent des enfants intérieurs, qui portent des émotions brutes, non digérées : la honte, la terreur, la solitude, l’impuissance. Elles ont été exilées parce que leur douleur était trop grande pour que le système puisse la gérer.
Quand une partie protectrice sent que l’exilé risque d’être exposé (par exemple, la honte d’être « nul »), elle s’active. Le travail de l’IFS est d’aller voir l’exilé, non pas pour le « réparer », mais pour le libérer.
Comment faire ? Quand la partie protectrice se sent suffisamment en sécurité (grâce aux étapes 1 à 3), vous pouvez lui demander : « Maintenant que je te connais, peux-tu me faire confiance pour aller voir celui/celle que tu protèges ? » Si elle est d’accord, vous laissez la partie protectrice se mettre en retrait (souvent elle se détend, ou se déplace sur le côté).
Vous vous retrouvez alors face à une partie plus jeune, vulnérable. Par exemple, Claire a rencontré une petite fille de 7 ans, recroquevillée, qui se sentait « sale » et « responsable du divorce ». C’était l’exilée.
Le processus de décharge :
Le résultat : L’exilé n’est plus seul. Il est vu, entendu, consolé par votre Self adulte. La charge émotionnelle qu’il portait depuis des décennies commence à se dissoudre. Ce n’est pas un processus instantané, mais à chaque fois que vous faites ce travail, la charge diminue.
Ce que vous pouvez faire maintenant (avec prudence) : Si vous vous sentez prêt, demandez à votre partie protectrice : « Puis-je aller voir celui que tu protèges ? » Si elle dit oui, ou si elle ne dit pas non, imaginez la partie jeune qui est derrière. Quel âge a-t-elle ? Où est-elle ? Que ressent-elle ? Restez juste en présence. Ne forcez rien. Dites-lui simplement : « Je te vois. Je suis là. » C’est déjà un acte révolutionnaire.
La dernière étape est celle de la libération et de la transformation. Une fois que l’exilé a été déchargé et consolé, la partie protectrice n’a plus besoin de faire son travail. Elle peut prendre sa retraite ou choisir un nouveau rôle, plus léger.
Le protecteur a souvent passé des années, voire des décennies, à faire un boulot épuisant. Il mérite d’être remercié. Vous pouvez lui dire : « Merci d’avoir si bien protégé cette petite fille. Tu as fait un travail incroyable. Maintenant, ce n’est plus nécessaire. Elle est en sécurité avec moi. Que veux-tu faire maintenant ? »
Souvent, la partie protectrice se transforme. Par exemple, la partie Juge de Claire, une fois libérée de sa mission, a choisi de devenir une partie « Discernement » ou « Planification ». Elle pouvait l’aider à organiser son travail sans la critiquer. La partie Colérique de Marc s’est transformée en une énergie de « Protection saine » et d’« Assertivité ».
Le processus de réintégration :
L’objectif final n’est pas d’avoir un système interne parfait, sans conflit. L’objectif est d’avoir un système coopératif, où le Self est le leader, et où chaque partie est écoutée et respectée. La dissociation intérieure, cette sensation d’être en morceaux, se transforme en une famille intérieure unie.
Point clé : Ce n’est pas parce que vous avez fait ce processus une fois que la partie ne reviendra jamais. Elle peut se réactiver en situation de stress. Mais la prochaine fois, vous saurez quoi faire. Vous n’aurez plus peur d’elle. Vous lui direz : « Ah, te revoilà. Je sais que tu es là pour me protéger. Merci. Tu peux te détendre, je gère. »
Ce que vous pouvez faire maintenant : En conclusion de votre exploration, remerciez les parties que vous avez rencontrées. Dites-leur qu’elles ont bien fait leur travail. Si vous avez pu accéder à l’exilé, imaginez que vous prenez cette partie jeune dans vos bras et que vous l’emmenez dans un endroit sûr, dans votre cœur. Sentez la paix qui s’installe.
Ces 5 étapes — Reconnaître, Se désidentifier, Explorer, Décharger, Réintégrer — forment un protocole puissant. Mais il ne s’applique pas mécaniquement. C’est un art. C’est un dialogue vivant avec vous-même. Parfois, vous resterez bloqué à l’étape 2 pendant des semaines. Parfois, une séance suffira à libérer une charge ancienne.
L’important, c’est la direction. Vous passez d’une relation de combat avec vous-même (« Je dois me débarrasser de cette angoisse ») à une relation de curiosité et de compassion
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
Prendre contactDes techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Des routines anodines qui renforcent l'anxiété sans que vous le réalisiez.
Des micro-actions pour briser la léthargie dès le réveil.
Parlons-en — premier échange, sans engagement.