3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Distinguer la résilience saine de l'anesthésie émotionnelle chronique.
Tu passes pour quelqu’un de solide. Au travail, on te dit que tu gères. En famille, tu es celui ou celle sur qui tout le monde compte. Tu encaisses les coups, tu relativises, tu passes à autre chose. Et pourtant, il t’arrive de te demander, dans le silence du soir : « Pourquoi je ne pleure jamais ? Pourquoi je ne me fâche pas, même quand ce serait légitime ? »
Ne pas ressentir la tristesse ou la colère, ce n’est pas un défaut en soi. C’est parfois même une stratégie de survie admirable. Mais quand cette absence devient une habitude, une seconde nature, elle cache souvent autre chose. Une forme d’anesthésie émotionnelle qui, à force, éteint aussi la joie, l’enthousiasme, l’élan vital.
Je vois régulièrement des adultes qui viennent me consulter pour des symptômes qu’ils n’arrivent pas à nommer : fatigue chronique, sentiment de vide, difficulté à s’engager, ou ce fameux « tout va bien, mais je ne me sens pas vivant ». Et quand on gratte un peu, on découvre que la tristesse et la colère, ces émotions dites « négatives », ont été mises sous scellés depuis longtemps.
Alors, est-ce normal ? Faut-il s’inquiéter ? Et surtout, comment savoir si tu es simplement résilient ou si tu t’es coupé de toi-même ?
La résilience, c’est cette capacité à traverser une épreuve, à encaisser un choc, et à continuer d’avancer sans perdre pied. C’est une qualité précieuse. Les personnes résilientes ne sont pas des robots : elles ressentent, pleurent, tempêtent parfois, mais elles ont développé des ressources internes pour ne pas rester bloquées dans la souffrance.
Prenons un exemple. J’ai reçu il y a quelques mois un homme d’une quarantaine d’années, que j’appellerai Mathieu. Il avait perdu son père brutalement six mois plus tôt. Il était venu me voir non pas pour le deuil, mais pour une sensation de « fatigue morale » qui ne le quittait pas. En parlant, il m’a raconté qu’il n’avait pleuré qu’une seule fois, le jour de l’enterrement, et qu’il trouvait ça normal. « Je suis quelqu’un de solide, je gère les choses », disait-il.
Mathieu était-il résilient ? En apparence, oui. Il continuait à travailler, à s’occuper de ses enfants, à sourire en société. Mais dans le cabinet, il a fini par me confier qu’il se sentait comme « derrière une vitre ». La vie se déroulait devant lui, mais il n’y participait plus vraiment.
La résilience saine, contrairement à ce qu’on croit, ne consiste pas à ne pas ressentir. Elle consiste à ressentir et à pouvoir se relever. C’est un mouvement, pas un blocage. Quand tu es résilient, tu traverses la tristesse, tu l’accueilles, tu lui donnes une place, et ensuite tu continues ton chemin. Tu n’es pas obligé de t’effondrer pendant des semaines, mais tu ne t’interdis pas non plus de pleurer une chanson, un souvenir, ou une injustice.
La résilience n’est pas l’absence d’émotion, c’est la capacité à danser avec elle sans se laisser submerger.
À l’inverse, l’anesthésie émotionnelle chronique, c’est quand tu as tellement bien appris à ne pas ressentir que tu ne peux plus le faire, même quand tu le voudrais. C’est un peu comme un muscle que tu aurais immobilisé pendant des années : au début, il s’engourdit, puis il s’atrophie, et finalement tu perds la capacité de le contracter. Tu n’as plus mal, c’est vrai. Mais tu as perdu le mouvement.
Ne pas ressentir la tristesse ou la colère, ce n’est pas un hasard. C’est souvent le résultat d’un apprentissage précoce, d’une adaptation à un environnement qui ne permettait pas l’expression de ces émotions.
Je pense à Claire, une femme d’une cinquantaine d’années, cadre dans une collectivité territoriale. Elle était venue pour une « perte de sens » au travail. Très vite, elle m’a parlé de son enfance : fille aînée d’une mère dépressive et d’un père absent, elle avait très tôt appris à ne pas pleurer, à ne pas se fâcher, à « tenir la maison ». Pleurer, c’était « faire du mal à maman ». Se fâcher, c’était « risquer de faire exploser le peu de paix qu’il y avait ».
Son cerveau, pour la protéger, avait mis en place un système très efficace : couper le son des émotions qui dérangent. À l’époque, c’était vital. Ça lui a permis de survivre dans un environnement instable. Le problème, c’est que ce système ne s’est jamais arrêté. À 50 ans, Claire ne savait plus ce qu’elle ressentait. Elle disait « je vais bien » d’un ton monocorde, et elle le croyait sincèrement. Mais son corps, lui, parlait : migraines chroniques, tensions dans la nuque, sommeil agité.
Le mécanisme est simple. Quand une émotion est jugée trop dangereuse ou inacceptable par ton système nerveux, il met en place une stratégie d’évitement. Ça peut être :
Ces stratégies fonctionnent. Pendant un temps. Mais elles ont un coût. Et ce coût, c’est la perte de contact avec toi-même.
Alors, comment faire la différence entre une résilience saine et une anesthésie émotionnelle ? Il n’y a pas de test sanguin pour ça, mais il y a des indicateurs fiables.
Le premier, c’est la question de la sélectivité. Une personne résiliente peut ne pas pleurer à un enterrement, mais pleurer devant un film, un livre, ou en voyant un acte de générosité dans la rue. L’anesthésie, elle, est globale. Si tu ne ressens ni tristesse, ni colère, mais aussi plus de joie intense, plus d’excitation, plus de tendresse profonde, c’est un signal d’alarme.
Le deuxième indicateur, c’est le décalage entre ce que tu dis et ce que ton corps exprime. Je reçois souvent des personnes qui me disent « tout va bien, je n’ai pas de problème », mais qui ont les mâchoires serrées, les épaules remontées, ou qui respirent superficiellement. Le corps, lui, n’a pas oublié.
Un troisième signe, c’est la difficulté à nommer ce que tu ressens. Si on te demande comment tu te sens et que tu réponds systématiquement « bien » ou « fatigué », sans nuances, sans mots pour décrire des émotions spécifiques, c’est que la connexion est coupée. On appelle ça l’alexithymie, et c’est un compagnon fréquent de l’anesthésie émotionnelle.
Enfin, il y a ce sentiment étrange de vivre en pilotage automatique. Tu fais les gestes, tu remplis les cases, mais tu n’es pas vraiment là. Tu peux passer une semaine entière sans te souvenir de ce que tu as mangé mardi, ou sans avoir ri aux éclats une seule fois.
Si tu te reconnais dans plusieurs de ces signes, ce n’est pas une fatalité. C’est juste une indication que ton système de protection a fonctionné un peu trop bien, et qu’il est peut-être temps de le remercier et de lui dire que ça va aller, que tu peux maintenant rouvrir la porte.
L’anesthésie émotionnelle, c’est comme vivre dans une maison dont tu aurais condamné toutes les fenêtres pour te protéger du froid. Tu n’as plus froid, c’est vrai. Mais tu ne vois plus le soleil non plus.
Ne pas ressentir, ce n’est pas un état neutre. C’est un terrain qui, avec le temps, peut favoriser l’émergence de troubles plus profonds.
Le premier risque, c’est l’épuisement. Tenir le barrage émotionnel demande une énergie considérable, même si tu n’en as pas conscience. C’est comme marcher en serrant constamment les poings : au début, ça va, mais au bout de quelques heures, tes muscles sont tétanisés. Les personnes anesthésiées se plaignent souvent d’une fatigue qui ne passe pas, d’un manque de vitalité, d’un sentiment d’avoir « les batteries à plat ».
Le deuxième risque, c’est la dépression masquée. La dépression ne se manifeste pas toujours par une tristesse manifeste. Elle peut prendre la forme d’un vide, d’une perte d’intérêt, d’une irritabilité sourde, ou d’un ralentissement général. Et si tu as déjà coupé la tristesse, tu risques de ne pas reconnaître les signaux.
Le troisième risque, c’est l’impact sur les relations. Comment être intime avec quelqu’un si tu n’as pas accès à tes émotions ? L’intimité se nourrit de partage, de vulnérabilité, de moments où tu montres qui tu es vraiment. Si tu es toujours « lisse », « solide », « qui gère », tu finis par créer une distance. Les autres sentent que tu n’es pas pleinement présent, et ils s’éloignent, ou ils se lassent.
Enfin, il y a le risque de somatisation grave. Le corps finit toujours par parler. J’ai vu des personnes développer des pathologies auto-immunes, des syndromes de fatigue chronique, des fibromyalgies, après des années d’anesthésie émotionnelle. Ce n’est pas une coïncidence. Quand l’esprit ne peut pas exprimer ce qu’il vit, le corps prend le relais.
Je ne dis pas ça pour t’inquiéter, mais pour que tu comprennes que ce n’est pas « juste comme ça ». Ce n’est pas un trait de caractère immuable. C’est une adaptation, et comme toute adaptation, elle peut être revisitée.
La bonne nouvelle, c’est qu’il n’est jamais trop tard. Le système nerveux est plastique, il peut évoluer. Réapprendre à ressentir ne signifie pas plonger dans un océan de souffrance. C’est un processus progressif, qui se fait à ton rythme.
Voici quelques pistes que j’explore souvent avec les personnes que j’accompagne.
1. Commencer par le corps, pas par les mots. Si tu as perdu le contact avec tes émotions, inutile de te forcer à « parler de tes sentiments ». Commence par des sensations physiques. Pose-toi trois fois par jour la question : « Qu’est-ce que je ressens dans mon corps, là, maintenant ? » Est-ce que mes épaules sont tendues ? Est-ce que ma respiration est superficielle ? Est-ce que j’ai une boule dans le ventre ? Tu ne cherches pas à interpréter, juste à constater. C’est un premier pas.
2. Tenir un journal sensoriel. Note chaque jour une ou deux sensations que tu as eues. Pas besoin de longs textes. « Ce matin, en buvant mon café, j’ai senti la chaleur de la tasse dans mes mains. » « En marchant, j’ai remarqué que le sol était dur sous mes pieds. » « Après la réunion, j’avais la mâchoire serrée. » Ce journal t’aide à réactiver la connexion corps-esprit.
3. La technique de la fenêtre de tolérance. Imagine que ton système nerveux a une fenêtre de tolérance : une zone dans laquelle tu peux ressentir des émotions sans être submergé. Si tu as vécu une anesthésie, ta fenêtre est probablement très étroite. L’idée n’est pas de l’élargir d’un coup, mais de l’agrandir millimètre par millimètre. Tu peux le faire en t’exposant volontairement à des émotions légères : écouter une musique qui te touche un peu, regarder une scène émouvante dans un film, lire un poème. Si tu sens que ça devient trop fort, tu t’arrêtes. Tu respires. Tu reviens à une sensation neutre (le contact de tes pieds sur le sol, par exemple). Puis tu réessaies un peu plus tard.
4. Autoriser la colère en petit comité. La colère est souvent l’émotion la plus réprimée, surtout chez les femmes, mais aussi chez les hommes à qui on a appris qu’elle était « dangereuse ». Trouve un espace sécurisé pour l’explorer. Tu peux écrire une lettre que tu n’enverras jamais, en laissant libre cours à tout ce qui te vient. Tu peux taper dans un coussin, ou même crier dans ta voiture, fenêtres fermées. Le but n’est pas de devenir agressif, mais de permettre à l’énergie de la colère de circuler, au lieu de la bloquer.
5. L’accompagnement professionnel. Si tu sens que tu es bloqué, que malgré tes efforts tu restes dans le coton, un accompagnement peut faire la différence. L’hypnose ericksonienne, par exemple, permet de contourner les défenses conscientes et d’aller chercher les ressources nécessaires pour rouvrir la porte émotionnelle en douceur. L’IFS (Internal Family Systems) est aussi très puissant : il permet de dialoguer avec la « partie protectrice » qui a mis en place l’anesthésie, de la remercier pour son travail, et de lui demander de laisser un peu d’espace pour les émotions plus vulnérables.
Avant de conclure, je veux ajouter une nuance importante. Tout le monde ne ressent pas les émotions avec la même intensité. Certaines personnes ont un tempérament plus calme, plus réfléchi. Elles ne sont pas anesthésiées, elles fonctionnent simplement sur une fréquence différente.
La question n’est pas de savoir si tu ressens « assez ». La question est : est-ce que tu te sens vivant ? Est-ce que tu as accès à une gamme d’émotions, même subtiles ? Est-ce que tu peux, quand tu le souhaites, pleurer une perte ou ressentir de l’indignation face à une injustice ?
Si tu es en paix avec ta manière de fonctionner, si tu ne souffres pas de cette absence, et si ton entourage ne te fait pas remarquer un décalage, alors peut-être que tu n’as pas besoin de changer. La diversité des fonctionnements humains est immense.
Mais si tu ressens ce vide, cette fatigue, cette impression de traverser ta vie sans la toucher vraiment, alors il est peut-être temps d’envisager que l’anesthésie a fait son temps.
Je ne vais pas te laisser avec des concepts. Voici une action concrète, à faire dans les prochaines 24 heures.
Exercice : Le scan des 3 émotions manquées
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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