3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Le lien entre mémoire corporelle et régulation émotionnelle.
Tu t’es déjà levé un matin avec une boule dans le ventre, sans savoir pourquoi ? Ou ressenti une oppression thoracique en repensant à une conversation vieille de plusieurs années ? Peut-être que, sans raison apparente, tes épaules se crispent quand tu entends un certain ton de voix. Ce n’est pas de l’imagination. C’est ton corps qui parle. Il garde la mémoire de ce que ton esprit a préféré oublier.
Je vois ça tous les jours dans mon cabinet à Saintes. Un homme d’une quarantaine d’années, cadre dynamique, vient me voir pour des douleurs lombaires chroniques. Les médecins lui ont dit « rien d’organique », les ostéopathes l’ont manipulé, les kinés l’ont étiré. Rien n’y fait. Quand on commence à explorer, on découvre que ses douleurs ont commencé six mois après un licenciement brutal qu’il n’a jamais vraiment digéré. Il m’a dit : « Je suis passé à autre chose, j’ai retrouvé du travail ». Mais son dos, lui, n’était pas passé à autre chose.
Ce phénomène, je l’observe aussi chez les sportifs que j’accompagne. Un coureur de fond qui bloque systématiquement au même kilomètre, ou un footballeur qui perd ses moyens sur penalty. Ce n’est pas technique, c’est émotionnel. La mémoire du corps les rattrape.
Alors pourquoi certaines émotions restent bloquées dans le corps ? Comment ça se fait qu’on puisse « penser » avoir tourné la page, alors que notre corps, lui, continue de souffrir ? Et surtout, qu’est-ce qu’on peut y faire ?
C’est ce qu’on va voir ensemble.
Pour comprendre pourquoi une émotion reste bloquée, il faut d’abord comprendre ce qu’est une émotion d’un point de vue physiologique. Une émotion, ce n’est pas juste un sentiment flottant dans ta tête. C’est une cascade biochimique et nerveuse qui traverse tout ton organisme.
Quand tu vis une situation intense, ton système nerveux active une réponse. Ça peut être la peur, la colère, la tristesse, la joie même. Ton cœur accélère, ta respiration change, tes muscles se tendent ou se relâchent, tes hormones se libèrent. Tout ça, c’est ton corps qui se prépare à agir. Normalement, une fois la situation terminée, cette activation redescend. Le calme revient.
Mais parfois, ça ne redescend pas. Pourquoi ? Parce que l’émotion n’a pas été complètement vécue et exprimée. Imagine que tu es sur le point de pleurer, mais que tu te retiens parce que tu es au bureau, ou parce qu’on t’a appris que « pleurer c’est faible ». Ou que tu es furieux contre quelqu’un, mais que tu avales ta rage pour éviter un conflit. À ce moment-là, ton corps a lancé le processus de l’émotion, mais tu l’as interrompu avant la fin.
Le corps reste alors en état d’alerte partiel. Les muscles qui s’étaient contractés pour te préparer à fuir ou à te battre ne se relâchent pas complètement. La respiration reste superficielle. Le système nerveux reste en hypervigilance. Et ça peut durer des années.
C’est ce que j’appelle la mémoire corporelle. Le corps n’a pas d’horloge. Pour lui, une émotion non terminée est une émotion encore active. Il continue de la vivre, même si toi, dans ta tête, tu as rangé ça au rayon « souvenirs classés ».
Le corps n’oublie pas. Il attend juste que tu sois prêt à écouter ce qu’il n’a pas pu dire sur le moment.
Je pense à une femme que j’ai reçue, qui souffrait de migraines ophtalmiques depuis son adolescence. En remontant le fil, on est tombé sur un événement : à 14 ans, elle avait été humiliée devant toute sa classe par un professeur. Elle avait serré les dents, n’avait rien dit, était rentrée chez elle et n’en avait jamais reparlé. Les migraines avaient commencé trois semaines plus tard. Trente ans après, son corps tenait encore cette tension dans la mâchoire, les tempes, les yeux. L’émotion n’était pas partie. Elle s’était juste installée.
Quand on n’a pas appris à réguler nos émotions consciemment, on développe des stratégies de survie. C’est normal, on fait tous ça. Le problème, c’est que ces stratégies sont souvent inefficaces à long terme. Elles soulagent sur le moment, mais elles ne libèrent pas l’émotion bloquée.
Le premier piège, c’est l’évitement. Tu te plonges dans le travail, les écrans, la nourriture, le sport excessif, l’alcool. Tu fais tout pour ne pas ressentir. Ça marche un temps. Mais l’émotion, elle, ne disparaît pas. Elle s’enfonce. Elle trouve d’autres voies pour s’exprimer : une fatigue chronique, des tensions musculaires, des troubles digestifs, des insomnies. Le corps devient le déversoir de ce que l’esprit refuse d’accueillir.
Le deuxième piège, c’est la mentalisation excessive. Tu passes des heures à analyser, comprendre, rationaliser ce que tu as ressenti. « Pourquoi j’ai réagi comme ça ? », « C’est à cause de mon enfance », « Je sais que c’est irrationnel ». Tu fais de la psychologie dans ta tête, mais tu ne descends jamais dans ton corps. Tu restes dans le mental. L’émotion, elle, est logée dans le ventre, la poitrine, la gorge. Tant que tu n’y vas pas, elle reste.
Le troisième piège, c’est la catharsis sauvage. Certaines personnes croient que « exprimer » une émotion, c’est la revivre en boucle. Elles racontent leur histoire encore et encore, pleurent à chaque fois, mais ne changent rien. C’est une décharge, pas une libération. La différence ? La décharge répète le même schéma sans le transformer. La libération, elle, passe par une régulation du système nerveux, pas par une relecture mentale.
Je vois souvent des sportifs qui tombent dans ce piège. Ils ruminent leur contre-performance pendant des jours. « J’aurais dû », « si seulement », « c’est de ma faute ». Ils vivent l’émotion en boucle, mais ils ne la traversent pas. Ils restent bloqués dans le ressenti sans trouver l’apaisement. Résultat : la prochaine compétition, le même schéma se reproduit. Le corps a enregistré la défaite comme une identité, pas comme un événement ponctuel.
Toutes les émotions ne laissent pas la même trace. Certaines passent comme un nuage, d’autres s’incrustent pour des décennies. Qu’est-ce qui fait la différence ?
D’abord, l’intensité. Plus l’émotion est forte, plus la marque est profonde. Un traumatisme, une perte brutale, une humiliation publique, une agression. Ça, ça laisse des traces. Le système nerveux n’a pas eu le temps de traiter l’information. Il a été submergé. L’émotion est restée en l’état, brute, non digérée.
Ensuite, la répétition. Une micro-agression quotidienne, une tension familiale permanente, un environnement professionnel anxiogène. Ce n’est pas un seul événement, c’est une accumulation. Chaque jour, une petite dose d’émotion non régulée. Au bout d’un moment, le corps s’adapte. Il se crispe en permanence. Il vit en état d’alerte. C’est ce qu’on appelle la sensibilisation. Le seuil de tolérance baisse, et la moindre contrariété déclenche une réaction disproportionnée.
Enfin, le contexte social et familial. Si tu as grandi dans un environnement où certaines émotions étaient interdites (la colère chez les filles, la tristesse chez les garçons, la peur dans une famille qui valorise le courage), tu as appris à les réprimer. Très tôt, ton corps a intégré que ressentir ça n’était pas acceptable. Alors tu as verrouillé. Mais le verrouillage n’est pas une disparition. C’est un stockage.
Je reçois régulièrement des hommes qui disent ne « jamais pleurer » ou ne « jamais se mettre en colère ». En séance, on découvre que leur corps est une forteresse. Des épaules en armure, une mâchoire serrée, une cage thoracique bloquée. Ils ont telment verrouillé leurs émotions qu’ils ne sentent presque plus rien. Mais ils souffrent. De tensions, de migraines, de problèmes digestifs. Le corps paie pour ce que l’esprit a interdit.
Alors, concrètement, comment on fait pour libérer ces émotions bloquées ? C’est là que des approches comme l’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems) deviennent précieuses.
L’hypnose ericksonienne, c’est un outil pour entrer en contact avec les parties de toi qui sont moins accessibles en état de conscience ordinaire. Sous hypnose, ton esprit critique se met en retrait, et tu peux accéder à des souvenirs, des sensations, des émotions que tu avais mises de côté. L’idée n’est pas de revivre le traumatisme en pleine conscience, mais de permettre au corps de compléter le cycle émotionnel interrompu.
Je guide souvent les personnes vers la sensation corporelle : « Où est-ce que tu sens cette émotion dans ton corps ? Est-ce que c’est une pression, une chaleur, un poids ? Si elle avait une forme, une couleur, de quoi s’agirait-il ? » On ne cherche pas à comprendre, on cherche à ressentir et à accompagner. Le corps sait comment se libérer si on lui en donne l’occasion. Mon rôle, c’est de créer un espace sécurisé pour que ça puisse se faire.
L’IFS, de son côté, propose une autre clé. Cette approche considère que notre psyché est composée de plusieurs « parties » ou sous-personnalités. Tu as peut-être une partie qui veut toujours tout contrôler, une partie qui a peur, une partie qui se protège en te faisant fuir. L’émotion bloquée est souvent portée par une partie qui a été blessée et qui n’a pas pu être entendue.
En IFS, on va rencontrer cette partie. Pas pour la combattre ou la faire taire, mais pour comprendre ce qu’elle a vécu et lui offrir ce dont elle a eu besoin à l’époque. C’est un travail de reconnaissance et de réparation. Une fois que la partie blessée se sent entendue et comprise, elle peut lâcher sa charge émotionnelle. Et le corps suit.
J’ai accompagné un footballeur qui bloquait systématiquement sur les penalties. En séance, on a découvert une partie de lui qui avait peur de décevoir son père, qui était un ancien joueur. Cette partie s’était formée à 12 ans, après un match où il avait raté un tir décisif. L’émotion de honte et de peur était restée bloquée dans son ventre. Chaque penalty, c’était ce même nœud qui se reformait. En rencontrant cette partie avec l’IFS, en lui donnant une voix, en la rassurant, le corps a progressivement relâché la tension. Aujourd’hui, il tire ses penalties sans y penser.
Libérer une émotion, ce n’est pas la supprimer. C’est lui donner l’espace qu’elle n’a jamais eu pour exister et se transformer.
Tu te demandes peut-être si toi aussi tu as des émotions bloquées. La réponse est probablement oui. C’est humain. Mais certains signes peuvent t’indiquer que la charge est plus lourde que nécessaire.
Le premier signe, ce sont des tensions chroniques sans cause physique claire. Mâchoire serrée, épaules hautes, poings crispés, mâchoire qui grince la nuit, dos noué, ventre dur. Si ton corps est en état de contraction permanent, c’est qu’il y a une alerte qui n’a jamais été désactivée.
Le deuxième signe, ce sont des réactions émotionnelles disproportionnées. Tu fonds en larmes pour une remarque anodine. Tu exploses de rage pour un détail. Tu paniques pour une situation banale. Quand l’intensité de ta réaction ne correspond pas à l’événement, c’est que l’émotion du passé s’est greffée sur le présent. Ton corps réagit à l’ancienne menace comme si elle était là maintenant.
Le troisième signe, c’est l’évitement. Tu évites certains lieux, certaines personnes, certaines conversations. Tu changes de sujet quand on aborde un thème précis. Tu préfères ne pas y penser. L’évitement est un indicateur fiable : là où tu évites, il y a une émotion bloquée.
Le quatrième signe, c’est la fatigue inexplicable. Tenir des émotions demande de l’énergie. Si ton système nerveux est en alerte permanente, tu dépenses énormément sans t’en rendre compte. La fatigue chronique peut être le signal que ton corps porte une charge émotionnelle qui n’a pas été libérée.
Enfin, le cinquième signe, ce sont des schémas qui se répètent. Tu attires toujours le même genre de partenaires. Tu vis les mêmes conflits au travail. Tu rates les mêmes occasions. La répétition est la signature d’une émotion non résolue qui cherche à se compléter.
Je ne vais pas te promettre que tout va se régler en un soir. La libération émotionnelle est un processus. Mais il y a des choses simples que tu peux commencer à mettre en place dès aujourd’hui.
La première chose, c’est de poser ton attention sur ton corps plusieurs fois par jour. Pas pour le juger, juste pour le sentir. Quand tu attends ton café, quand tu es aux toilettes, quand tu marches. Demande-toi : « Qu’est-ce que je sens dans mon corps là, maintenant ? » Pas besoin de changer quoi que ce soit. Juste remarquer. Le simple fait de porter ton attention sur une zone de tension peut amorcer un début de relâchement.
La deuxième chose, c’est de respirer lentement et profondément, en allongeant l’expiration. Quand tu expires plus longtemps que tu inspires, tu actives le système parasympathique, celui du calme. C’est le meilleur moyen de signaler à ton corps qu’il peut baisser la garde. Essaye : inspire sur 4 secondes, expire sur 6. Fais ça trois minutes, plusieurs fois par jour.
La troisième chose, c’est de donner une voix à ce que tu ressens. Pas besoin d’en parler à quelqu’un si tu n’es pas prêt. Tu peux écrire. Pose-toi la question : « Quelle émotion est-ce que je porte là, dans cette tension ? » Et écris ce qui vient, sans filtre. Tu n’as pas besoin de le montrer à personne. L’écriture permet de mettre des mots sur ce que le corps garde en mémoire.
La quatrième chose, c’est d’arrêter de te juger d’avoir ces émotions. Beaucoup de personnes que je reçois se disent : « Je devrais être passé à autre chose », « C’est ridicule d’avoir encore peur », « Pourquoi je n’arrive pas à lâcher prise ? » Ce jugement ajoute une couche d’émotion sur l’émotion initiale. Ça verrouille encore plus. Au lieu de ça, essaye de te dire : « C’est normal que mon corps garde ça. Il a fait ce qu’il a pu pour me protéger. »
La cinquième chose, c’est de bouger. Pas forcément du sport intense. Une marche, des étirements doux, une danse libre dans ton salon. Le mouvement aide à décharger les tensions accumulées. Quand tu bouges, tu permets à l’énergie émotionnelle de circuler. Le corps peut libérer ce qu’il a retenu.
Et si tu sens que c’est trop lourd, trop ancien, trop profond, sache que tu n’es pas obligé de faire ça seul. Des accompagnements existent. L’hypnose, l’IFS, l’Intelligence Relationnelle sont des chemins pour aller là où tu n’as pas pu aller tout seul.
Je ne te propose pas une solution miracle. Je te propose une écoute. Celle que ton corps attend peut-être depuis longtemps.
Si ce que j’ai décrit résonne avec ce que tu vis, si tu reconnais ces tensions,
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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