3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Explorez les origines psychologiques et neurologiques de ce blocage.
Tu es là, devant moi, peut-être en train de lire ces lignes parce que tu te reconnais dans cette phrase, ou parce qu’un proche t’a dit un jour : « Tu ne ressens rien, tu es un bloc de glace. » Peut-être aussi que tu as simplement l’impression que tes émotions sont comme une télévision en veille : l’image est là, mais le son est coupé, ou pire, il n’y a qu’un écran noir. Tu n’es pas seul. Cette difficulté à identifier, nommer et exprimer ce que tu ressens porte un nom : l’alexithymie. Ce n’est pas une maladie, ni un défaut de caractère, mais un fonctionnement particulier de ton cerveau et de ton histoire. Dans cet article, je vais t’emmener explorer les causes de ce blocage émotionnel, des racines neurologiques aux méandres de ton histoire personnelle. Mon objectif n’est pas de te coller une étiquette, mais de t’aider à comprendre ce qui se joue, pour que tu puisses, si tu le souhaites, commencer à rétablir la connexion avec toi-même.
L’alexithymie, c’est un mot savant qui signifie littéralement « absence de mots pour les émotions ». Mais ne te méprends pas : ce n’est pas une absence totale d’émotions. Tu ressens probablement des choses, mais elles arrivent comme des vagues sourdes, sans forme, sans nom. C’est comme si ton corps envoyait des signaux (cœur qui bat, ventre noué, tension dans les épaules), mais ton esprit ne parvient pas à les traduire en mots. Tu te sens peut-être vide, ou au contraire submergé par une tension diffuse, sans savoir ce que c’est. Les personnes alexithymiques ont souvent du mal à faire la différence entre une peur, une colère ou une tristesse. Tout se mélange en un brouillard interne.
Je reçois régulièrement à Saintes des adultes qui me disent : « Je ne sais pas ce que je ressens. Je sais juste que ça ne va pas. » Ou encore : « On me dit que je suis froid, mais je ne le fais pas exprès. » L’alexithymie n’est pas un choix. C’est un mode de survie qui s’est installé, parfois très tôt dans la vie. Elle touche environ 10 à 15 % de la population générale, et jusqu’à 40 à 50 % des personnes souffrant de troubles comme la dépression, l’anxiété chronique, ou les troubles du spectre autistique. Mais elle peut aussi coexister avec un fonctionnement tout à fait normal en apparence, dans le travail, les relations sociales, ou même le sport.
Le piège, c’est que cette absence de mots crée un sentiment d’isolement. Tu te sens déconnecté des autres, mais aussi de toi-même. Pourtant, les émotions sont là, cachées quelque part. Elles s’expriment parfois à travers le corps : maux de tête récurrents, douleurs dorsales, problèmes digestifs, fatigue inexpliquée. Ton corps parle, mais tu n’as pas appris à l’écouter. Alors, pourquoi ce blocage ? D’où vient-il ? Pour répondre, il faut plonger dans les deux grandes causes : ce que la neurologie nous apprend, et ce que ton histoire personnelle a construit.
« L’alexithymie n’est pas un mur infranchissable, c’est une porte mal fermée. La clé n’est pas dehors, elle est à l’intérieur de toi, mais tu as oublié comment l’utiliser. »
Commençons par ce que la science a découvert. Le cerveau des personnes alexithymiques présente des particularités dans les zones qui traitent les émotions. Imagine ton système émotionnel comme un orchestre : il a besoin d’un chef d’orchestre pour coordonner les instruments. Ce chef, c’est en partie le cortex préfrontal, la partie avant de ton cerveau, qui aide à analyser, nommer et réguler les émotions. Chez les personnes alexithymiques, la communication entre cette zone et les régions plus profondes, comme l’amygdale (le détecteur d’alerte) et l’insula (qui ressent les sensations corporelles), est moins efficace.
Plusieurs études en imagerie cérébrale (IRMf) ont montré que, face à des images émotionnelles fortes, l’amygdale des personnes alexithymiques réagit moins que la moyenne. Ce n’est pas qu’elles ne ressentent rien, mais le signal est atténué, comme un volume baissé. D’autres recherches indiquent un défaut de connexion entre l’insula (qui capte les sensations physiques comme le cœur qui bat ou les muscles tendus) et le cortex préfrontal (qui les interprète). Résultat : ton corps envoie des signaux, mais ton esprit ne les décode pas. Tu te sens peut-être « bizarre », mais tu ne sais pas si c’est de la peur, de la colère ou de la joie.
Il existe aussi une piste génétique. Des études sur des jumeaux suggèrent que l’alexithymie a une composante héréditaire, surtout pour la difficulté à identifier les émotions. Cela ne signifie pas que tu es condamné à rester comme ça, mais que ton terrain neurologique te prédispose peut-être à ce mode de fonctionnement. C’est un peu comme un logiciel installé par défaut. Mais la bonne nouvelle, c’est que le cerveau est plastique : il peut apprendre à créer de nouvelles connexions, à condition de lui donner les bons exercices.
Cependant, la neurologie n’explique pas tout. Beaucoup de personnes alexithymiques n’ont pas de lésion cérébrale ni de trouble génétique évident. Leur cerveau a simplement appris, très tôt, à mettre les émotions sous silence. C’est là que ton histoire personnelle entre en jeu.
Revenons à ton enfance. Les premières années de ta vie sont cruciales pour apprendre à reconnaître et à exprimer tes émotions. Ce processus s’appelle la « mentalisation » : la capacité de ton parent ou de ton caregiver à refléter ce que tu ressens. Quand tu pleurais bébé, ta mère ou ton père te disait peut-être : « Oh, tu as faim, je comprends, je vais te donner le sein. » Ou : « Tu es fatigué, viens dans mes bras. » Ces réponses te permettaient d’associer une sensation corporelle à un mot et à une réponse. Tu apprenais que tes émotions avaient un sens et qu’elles pouvaient être nommées.
Mais si, pour différentes raisons, ton environnement n’a pas pu faire ce travail, les choses se compliquent. Voici quelques scénarios que je rencontre souvent dans mon cabinet :
Je pense à ce patient, appelons-le Marc, un homme de 45 ans, cadre commercial. Il venait me voir parce que son couple battait de l’aile. Sa femme lui disait : « Tu es un robot, tu ne ressens rien. » Marc était intelligent, brillant dans son travail, mais il admettait : « Je ne sais pas ce que je ressens. La colère, la tristesse, je ne fais pas la différence. Quand je suis stressé, j’ai juste mal au ventre. » En explorant son enfance, il a découvert que son père, militaire, était souvent absent et que sa mère, dépressive, passait ses journées au lit. Personne ne lui avait appris à mettre des mots sur ce qu’il vivait. Il avait survécu en se coupant de ses émotions, mais ce mécanisme l’empêchait aujourd’hui d’être pleinement présent dans ses relations.
Ton histoire n’est pas une fatalité. Comprendre d’où vient ce blocage, c’est déjà un premier pas pour le dénouer.
« Tu n’as pas appris à parler émotionnellement, mais tu peux apprendre. C’est comme une langue étrangère : au début, c’est difficile, mais avec de la pratique, les mots viennent. »
Au-delà de ton histoire personnelle, la société dans laquelle tu évolues joue un rôle. Nous vivons dans un monde qui valorise la performance, la raison, et le contrôle. Les émotions sont souvent perçues comme des faiblesses, surtout chez les hommes. « Un homme ne pleure pas », « Sois fort », « Ne te laisse pas déborder » : ces injonctions sont encore très présentes, même si les choses évoluent. Si tu es un homme, tu as peut-être intériorisé très tôt l’idée que ressentir, c’est dangereux. Résultat : tu t’es coupé de ton monde intérieur pour correspondre à ce que l’on attendait de toi.
La culture numérique accentue ce phénomène. Nous passons des heures devant des écrans, à consommer des informations, à répondre à des messages, à scroller. Ce flux constant nous coupe de notre corps et de nos sensations. Quand es-tu vraiment seul, sans stimulation, juste à écouter ce qui se passe en toi ? Peut-être jamais. Cette hyperconnexion extérieure favorise une déconnexion intérieure. Tu es tellement occupé à gérer l’extérieur que tu n’as plus le temps ni l’espace pour ressentir.
Dans le sport, que j’accompagne aussi en préparation mentale, je vois des athlètes qui excellent à ignorer leurs émotions pour performer. Ils disent : « Je ne pense à rien, je me concentre sur mon geste. » Mais à force de faire taire les signaux, ils perdent la capacité de les utiliser. Une émotion comme la peur peut être un signal utile pour ajuster son effort, mais si tu ne la reconnais pas, tu risques de la transformer en anxiété paralysante. L’alexithymie sportive est un vrai frein à la performance durable.
La société, c’est aussi les injonctions au bonheur permanent. « Sois positif », « Pense à des choses joyeuses », « Chasse les pensées négatives ». Ces messages, bien intentionnés, peuvent t’amener à nier tes émotions désagréables. Tu apprends à les refouler, à les ignorer, à les remplacer par un sourire de façade. Mais les émotions refoulées ne disparaissent pas. Elles s’accumulent et finissent par exploser, ou par s’exprimer à travers des symptômes physiques ou des comportements compulsifs (alcool, nourriture, écrans).
Tu te demandes peut-être : « D’accord, je comprends mieux d’où ça vient, mais concrètement, comment je fais pour en sortir ? » C’est la bonne question. Les approches que j’utilise à Saintes, l’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems), sont particulièrement adaptées à ce travail.
L’IFS, ou le modèle des parties : Cette approche part du principe que ton esprit est composé de différentes « parties » qui ont chacune une fonction et une histoire. Tu as peut-être une partie « soldat » qui t’a appris à ne rien ressentir pour te protéger. Une autre partie « contrôleur » qui veille à ce que tu restes dans la raison. Et une partie « exilée » qui porte la souffrance que tu as enfouie. L’IFS t’aide à entrer en contact avec ces parties, non pas pour les combattre, mais pour les comprendre et les apaiser. Tu apprends à être le « Self », cette partie centrale calme, curieuse et compatissante qui peut dialoguer avec tes parties. Pour l’alexithymie, c’est puissant : tu commences par identifier une sensation corporelle (une tension dans la poitrine, un poids sur les épaules), puis tu demandes à la partie qui la porte ce qu’elle ressent, ce qu’elle veut, ce qu’elle craint. Petit à petit, les mots émergent.
L’hypnose ericksonienne : Elle permet de contourner les défenses de ton mental rationnel. En état de relaxation profonde, ton inconscient est plus réceptif. Je peux te guider pour explorer ton monde intérieur en douceur, sans forcer. Par exemple, je peux te proposer une métaphore : « Imagine que tes émotions sont comme des poissons dans un lac. Tu ne les vois pas toujours, mais ils sont là. Aujourd’hui, on va juste regarder la surface de l’eau, sans plonger. » L’hypnose t’aide à reconnecter ton corps et ton esprit, à ressentir les sensations sans les juger, et à leur donner un nom. Elle est particulièrement efficace pour les personnes alexithymiques car elle n’exige pas de verbalisation immédiate.
Je ne te promets pas une transformation magique en une séance. C’est un chemin, parfois long, mais chaque pas compte. L’objectif n’est pas de devenir hyper-émotif, mais de retrouver une palette émotionnelle que tu puisses utiliser consciemment.
Tu n’as pas besoin d’attendre une séance pour faire un premier pas. Voici quelques pistes concrètes que tu peux expérimenter seul, chez toi, sans pression.
Le scan corporel de 30 secondes : Plusieurs fois par jour, arrête-toi et ferme les yeux. Pose ton attention sur une partie de ton corps (le poignet, l’oreille, le dos). Ne cherche pas à ressentir quelque chose de précis. Juste observe. Est-ce que c’est chaud, froid, tendu, détendu, fourmillant ? Tu n’as pas besoin de nommer une émotion. Tu pratiques juste l’écoute de ton corps.
Le journal des sensations : Prends un carnet. Chaque soir, note une sensation physique que tu as ressentie dans la journée. Par exemple : « À 14h, j’ai senti une boule dans la gorge pendant la réunion. » Ne cherche pas à l’interpréter. Note juste le fait. Avec le temps, tu commenceras à voir des liens entre les sensations et les événements.
La question magique : Quand tu te sens confus, demande-toi : « Si cette sensation était une couleur, quelle serait-elle ? Si elle était une forme, quelle forme ? » Ce détour par l’imaginaire aide ton cerveau à contourner le blocage verbal.
L’exposition douce : Regarde une scène émouvante dans un film, ou écoute une musique qui te touche. Laisse-toi traverser par la sensation, sans la juger. Si tu sens une larme monter, ne la retiens pas. Si tu sens une tension, respire dedans. Tu ne forces rien, tu accueilles.
Ces exercices ne sont pas des tests de performance. Si tu ne ressens rien au début, ce n’est pas grave. Tu es en train de réapprendre une langue oubliée. Sois patient avec toi-même.
Avant de conclure, je veux lever un malentendu. L’alexithymie n’est pas un trouble de la personnalité, ni une incapacité à aimer. Tu peux être profondément attaché à tes
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
Prendre contactDes techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Des routines anodines qui renforcent l'anxiété sans que vous le réalisiez.
Des micro-actions pour briser la léthargie dès le réveil.
Parlons-en — premier échange, sans engagement.