3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Les raisons sociales et biologiques derrière cette statistique surprenante.
Tu les vois arriver dans ton cabinet, souvent poussés par une conjointe ou un médecin. Ils s’assoient en face de toi, les bras croisés ou les mains sur les genoux. Quand tu leur demandes ce qui les amène, ils haussent les épaules : « Je ne sais pas trop, on m’a dit que ça pourrait m’aider. » Tu creuses un peu, tu parles d’émotions, de ressenti. Ils te regardent, perplexes. « Les émotions ? Je ne vois pas le rapport. »
Ces hommes ne sont pas des cas isolés. Ils font partie de cette statistique qui dit que l’alexithymie – cette difficulté à identifier, nommer et exprimer ses émotions – toucherait environ deux fois plus d’hommes que de femmes. Les chiffres varient selon les études, mais une chose est claire : le fossé est réel. Et il n’est pas seulement une question de « culture » ou de « biologie ». Il raconte une histoire, celle d’une société qui apprend aux garçons à taire leur monde intérieur.
Je ne vais pas te sortir des grands discours culpabilisants. Je suis Thierry, praticien à Saintes, et depuis dix ans, je vois passer des hommes de tous âges, de tous milieux. Des cadres, des artisans, des sportifs. Des pères, des fils, des maris. Et derrière leurs silences, leurs colères soudaines ou leur hyper-rationalité, il y a souvent une même chose : un apprentissage précoce à ne pas ressentir.
Alors, pourquoi l’alexithymie touche-t-elle plus les hommes ? La réponse n’est pas unique. Elle est sociale, biologique, mais aussi relationnelle. Et une fois qu’on la comprend, on peut commencer à en sortir.
Avant d’aller plus loin, posons les bases. L’alexithymie, ce n’est pas une maladie mentale. Ce n’est pas un trouble de la personnalité. C’est un trait, un mode de fonctionnement émotionnel qui se caractérise par trois grandes difficultés :
Ce n’est pas un manque d’émotions. Les émotions sont là, bien présentes dans le corps et le cerveau. Mais elles restent comme des signaux brouillés, impossibles à déchiffrer. Résultat : la personne peut réagir de façon disproportionnée (colère explosive, repli) ou au contraire paraître froide et distante.
Et là, tu vois le piège. Si tu ne sais pas ce que tu ressens, comment réguler ce que tu ne nommes pas ? Tu passes à côté de la régulation émotionnelle fine. Tu gères tes états comme tu peux : en t’activant, en buvant, en regardant un écran, en dormant. Mais sans accès à la carte de ton monde intérieur, tu navigues à vue.
« L’alexithymie, c’est comme avoir un tableau de bord sans voyants lumineux. Les problèmes arrivent, mais tu ne sais jamais ce qui cloche avant que tout ne s’embrase. »
Si tu veux comprendre pourquoi l’alexithymie touche plus les hommes, il faut regarder du côté de ce qu’on leur apprend, dès le plus jeune âge. Pas dans les livres, mais dans les gestes, les silences, les réactions des adultes autour d’eux.
Un petit garçon pleure. Que lui dit-on ? « Arrête de pleurer, c’est pas grave. » « Sois fort. » « Les garçons ne pleurent pas. » Peut-être que ça te parle. Peut-être que tu l’as entendu toi-même, enfant, ou que tu l’as dit à ton fils, sans penser à mal. Ces phrases ne sont pas anodines. Elles envoient un message puissant : tes émotions – surtout la tristesse, la peur, la vulnérabilité – ne sont pas les bienvenues. Elles sont faibles, gênantes, inappropriées.
Alors que fait le petit garçon ? Il apprend à les enfouir. Il coupe le son intérieur. Il se concentre sur l’action, sur le faire, plutôt que sur l’être. Il développe un rapport utilitaire à lui-même : ses sensations physiques sont utiles pour courir, jouer, se battre, mais pas pour se connaître.
Ce conditionnement se renforce à l’adolescence. Les garçons parlent peu de leurs sentiments entre eux. Les codes de la masculinité traditionnelle valorisent la compétition, l’autonomie, le contrôle. Exprimer une émotion, c’est risquer d’être perçu comme faible, dépendant, « trop sensible ». Alors on apprend à verrouiller.
Les filles, elles, reçoivent souvent un message différent. On leur permet plus facilement d’exprimer leur tristesse, leur peur, leur joie. On les invite à nommer ce qu’elles ressentent. On leur parle de relations, d’intimité. Pas de manière universelle, bien sûr – il y a des exceptions, des familles où les garçons sont autorisés à être vulnérables. Mais statistiquement, le biais est massif.
Cette socialisation différenciée crée un apprentissage émotionnel déséquilibré. Les hommes apprennent tôt à ignorer une partie d’eux-mêmes. Et à force, cette ignorance devient une habitude, un trait de caractère. L’alexithymie s’installe.
On ne peut pas faire l’impasse sur la biologie. Certaines études suggèrent que les cerveaux masculins et féminins présentent des différences dans les régions liées au traitement émotionnel, notamment dans le système limbique et le cortex préfrontal. Par exemple, l’amygdale – cette petite structure qui détecte les menaces et génère des réactions émotionnelles – semble réagir différemment selon le sexe chez certains individus.
Mais attention. Ces différences sont des tendances statistiques, pas des destins. Elles n’expliquent pas à elles seules pourquoi 10 à 15 % des hommes sont alexithymiques, contre 5 à 10 % des femmes. Et surtout, elles n’expliquent pas pourquoi l’alexithymie peut se réduire avec un travail thérapeutique adapté.
Ce qui est plus intéressant, c’est de voir comment la biologie interagit avec l’environnement. Un garçon qui naît avec une sensibilité émotionnelle élevée, mais qui grandit dans un milieu où on lui répète de « se taire », va développer des stratégies de contournement. Il va peut-être devenir hyper-rationnel, ou se tourner vers des activités physiques intenses pour évacuer la pression. Son cerveau s’adapte. Il apprend à ne pas ressentir.
À l’inverse, une fille qui naît avec une faible capacité à identifier ses émotions, mais qui est encouragée à parler de ce qu’elle vit, peut développer des compétences émotionnelles plus tard. L’environnement compense.
Donc, oui, il y a peut-être une prédisposition biologique légère chez certains hommes. Mais le vrai moteur, c’est la socialisation. Et tant qu’on ne regardera pas ça en face, on continuera à croire que « les hommes sont comme ça, c’est tout. »
L’alexithymie n’est pas un simple trait de caractère. Elle a des conséquences concrètes, souvent douloureuses, que les hommes vivent en silence.
Dans les relations. Combien de couples se déchirent parce que lui ne parvient pas à dire ce qu’il ressent ? Elle lui demande : « Qu’est-ce qui ne va pas ? » Il répond : « Rien. » Elle insiste. Il se ferme. Elle se sent rejetée, incomprise. Lui se sent attaqué, pressé. Le fossé se creuse. L’alexithymie masculine est une cause fréquente de détresse conjugale, pas parce que l’homme ne tient pas à l’autre, mais parce qu’il n’a pas les mots pour le dire.
Dans la santé mentale. Les hommes alexithymiques sont plus à risque de dépression, d’anxiété, de troubles du sommeil. Mais comme ils n’identifient pas leurs émotions, ils ne consultent pas pour ça. Ils consultent pour des douleurs physiques inexpliquées, pour une fatigue chronique, pour des problèmes de sommeil. Le corps parle à leur place. Et parfois, le corps crie : tensions musculaires, migraines, troubles digestifs.
Dans les addictions. Quand tu ne sais pas réguler une émotion, tu cherches des solutions externes. Alcool, cannabis, écrans, jeux vidéo, travail, sport à outrance. Ce sont des béquilles. Elles fonctionnent un temps, mais elles éloignent un peu plus de la source du problème.
Dans la colère. C’est souvent la seule émotion que les hommes alexithymiques reconnaissent. Pourquoi ? Parce que la colère est socialement acceptée chez les hommes. Elle est perçue comme une force, une réaction légitime. Mais derrière la colère, il y a souvent de la tristesse, de la peur, de la honte. L’alexithymie empêche d’accéder à ces couches plus profondes. Résultat : l’homme explose pour des broutilles, ou rumine en silence, sans comprendre pourquoi.
« Un homme alexithymique n’est pas insensible. Il est coupé de sa sensibilité. Et cette coupure lui coûte cher, même s’il ne le sait pas. »
Bonne nouvelle : l’alexithymie n’est pas une fatalité. On peut apprendre à identifier ses émotions, à les nommer, à les exprimer. C’est un apprentissage, comme un sport ou une langue. Mais il demande un cadre adapté.
Si tu es un homme qui se reconnaît dans cette description – ou si tu accompagnes un homme qui pourrait l’être – voici ce qui fonctionne vraiment.
1. Passer par le corps. Les émotions sont d’abord physiques. Si tu ne les nommes pas, tu peux les sentir. Un travail de pleine conscience, de scan corporel, ou même de sport conscient (course, yoga, arts martiaux) permet de reconnecter le cerveau au corps. On commence par repérer où se situe la tension, la chaleur, le poids. Puis on met un mot simple : « lourd », « serré », « chaud ». Pas besoin de vocabulaire émotionnel sophistiqué au début.
2. Utiliser des outils concrets. Une roue des émotions, par exemple. Tu regardes les catégories : colère, tristesse, peur, joie, dégoût, surprise. Tu choisis la plus proche. Puis tu descends un niveau : colère → frustration, irritation, rage. C’est mécanique, presque bête. Mais ça donne une structure à ceux qui sont perdus dans le vague.
3. Accepter la lenteur. L’alexithymie ne se guérit pas en trois séances. Il faut du temps pour désapprendre des années de répression émotionnelle. Les hommes que j’accompagne me disent souvent : « Au début, je ne sentais rien. Puis j’ai commencé à sentir des choses bizarres, floues. Maintenant, je commence à mettre des mots. » C’est un processus. Il faut le respecter.
4. Travailler en thérapie, mais avec une approche adaptée. L’hypnose ericksonienne, l’IFS (Internal Family Systems) et l’Intelligence Relationnelle sont particulièrement efficaces pour l’alexithymie. Pourquoi ? Parce qu’elles ne forcent pas la personne à « parler de ses émotions » de manière frontale. Elles passent par des métaphores, des visualisations, des dialogues avec les parties de soi. Elles respectent le rythme de chacun.
5. Créer un espace sécurisé. Un homme alexithymique a souvent peur d’être jugé, ridiculisé, ou de paraître faible. Il a besoin d’un cadre où il peut dire « je ne sais pas » sans honte, où il peut pleurer sans qu’on lui dise que c’est trop. En tant que thérapeute, je ne suis pas là pour le forcer à « libérer ses émotions ». Je suis là pour l’aider à construire une relation différente avec lui-même.
Je termine toujours mes articles par une invitation concrète. Parce que lire, c’est bien. Mais agir, c’est mieux.
Si tu es un homme – ou si tu connais un homme – qui vit avec cette difficulté à sentir, à nommer, à exprimer, voici un premier pas tout simple.
Prends un carnet. Chaque soir, note une chose que tu as ressentie dans ton corps aujourd’hui. Pas une émotion complexe. Juste une sensation. « Mes épaules étaient tendues à 17h. » « J’avais chaud après le déjeuner. » « Je me suis senti vide en regardant les infos. » Ne cherche pas à interpréter. Observe.
Fais ça pendant une semaine. La deuxième semaine, ajoute une question : « Est-ce que cette sensation était agréable, désagréable, neutre ? » La troisième semaine, essaie un mot émotion simple : « Est-ce que c’était plutôt de la colère, de la tristesse, de la peur, de la joie ? »
Tu n’auras pas résolu l’alexithymie en trois semaines. Mais tu auras posé un premier caillou sur le chemin. Tu auras commencé à te reconnecter à ce que tu ressens. Et ça, c’est déjà un acte de courage.
Et si tu sens que ce chemin seul est trop difficile, ou que tu tournes en rond, sache que tu peux venir me voir. Je reçois à Saintes, en présentiel ou en visio. On y va à ton rythme, sans pression, sans jugement. Parfois, il suffit d’un regard extérieur pour sortir du brouillard.
Tu n’es pas seul là-dedans. Et ce n’est pas une faiblesse de vouloir comprendre ce qui se passe en toi. C’est même la plus grande force que tu puisses développer.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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