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Pourquoi les émotions refoulées s'accumulent dans votre corps

Les conséquences physiques des émotions non exprimées sur votre santé.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Vous les sentez dans votre nuque, cette raideur qui s’installe après une journée où vous avez serré les dents. Dans votre estomac, ce nœud tenace qui refuse de se défaire avant une réunion importante. Dans vos épaules, cette sensation de porter un poids invisible, même quand vous êtes allongé le soir.

Je vois ça tous les jours dans mon cabinet à Saintes. Des gens intelligents, actifs, qui viennent me voir pour une douleur chronique, une fatigue inexplicable ou une anxiété diffuse. On cherche une cause médicale, on fait des examens, tout est normal. Pourtant, le corps souffre. Et souvent, la source n’est pas dans un organe défaillant, mais dans tout ce qui n’a pas été dit, pleuré, crié ou même simplement reconnu.

Je m’appelle Thierry Sudan, praticien en hypnose ericksonienne, IFS et Intelligence Relationnelle. Depuis 2014, j’accompagne des adultes qui, comme vous peut-être, ont appris à avaler leurs émotions pour tenir le coup. Et je vous le dis honnêtement : les émotions refoulées ne disparaissent pas. Elles s’accumulent. Et votre corps finit par les porter à votre place.

Qu’est-ce qui se passe vraiment quand vous refoulez une émotion ?

Imaginez que vous êtes dans une file d’attente interminable. Vous êtes déjà en retard, votre enfant tire sur votre manche, et la personne devant vous bloque tout parce qu’elle n’a pas sa carte de paiement. Vous sentez la colère monter. Vos mâchoires se serrent, votre cœur s’accélère, votre respiration devient courte.

Dans ce genre de situation, vous avez le choix. Exprimer cette colère – en soupirant fort, en disant quelque chose, en laissant votre corps manifester sa tension. Ou la refouler. Avale. Faire comme si de rien n’était, parce que « ce n’est pas grave », parce que « ça ne sert à rien de s’énerver », parce que « les autres ne vont pas comprendre ».

Refouler une émotion, ce n’est pas simplement « ne pas la montrer ». C’est un processus actif. Votre système nerveux s’est mis en alerte : la colère a déclenché une réaction de stress. Le cortisol et l’adrénaline ont été libérés. Vos muscles se sont tendus pour être prêts à agir. Mais au lieu d’agir – ou même d’exprimer –, vous avez donné l’ordre à votre corps de tout arrêter. De faire taire ce signal.

Le problème, c’est que votre corps ne fait pas la différence entre une menace réelle (un tigre) et une menace sociale (une file d’attente frustrante). Pour lui, l’alerte est réelle. Et quand vous bloquez l’expression de cette alerte, l’énergie de cette émotion reste là. Elle ne s’évapore pas. Elle se stocke.

« Une émotion refoulée, c’est comme une cocotte-minute dont on bouche la soupape. La pression ne disparaît pas, elle cherche juste une autre sortie. »

Cette pression peut se transformer en tension musculaire chronique, en migraines, en troubles digestifs, en insomnie. Vous ne sentez plus la colère, mais vous sentez votre nuque qui craque. Vous ne sentez plus la tristesse, mais vous sentez cette boule dans la gorge qui ne part pas. Le corps devient le dépositaire silencieux de ce que votre esprit n’a pas voulu traiter.

Pourquoi votre corps est-il la cible privilégiée des émotions refoulées ?

On a longtemps cru que les émotions étaient « dans la tête ». Qu’il suffisait de raisonner, de comprendre, de faire preuve de volonté pour les dissoudre. C’est une erreur qu’on paie cher.

Les émotions sont avant tout des phénomènes physiologiques. Avant même que vous ne les nommiez consciemment, votre corps a déjà réagi. Les travaux d’Antonio Damasio, neurologue de renom, montrent que le corps est le théâtre des émotions. Sans sensation corporelle, il n’y a pas d’émotion vécue. C’est ce qu’il appelle les « marqueurs somatiques ».

Quand vous refoulez une émotion, vous coupez la communication entre votre cerveau et votre corps. Vous dites à votre cerveau : « Ignore ce signal ». Mais le corps, lui, continue d’envoyer l’information. Il continue de se tendre, de se contracter, de produire des hormones de stress. Vous finissez par ne plus ressentir l’émotion, mais le corps, lui, continue de la vivre.

Prenons un exemple concret. Je reçois souvent des personnes qui ont grandi dans des environnements où exprimer la tristesse était mal vu. « Arrête de pleurer, ça ne sert à rien. » « Sois fort. » « Ne fais pas d’histoire. » Ces personnes ont appris à bloquer la tristesse. Sauf que la tristesse a une fonction : elle ralentit, elle invite au repos, elle permet le deuil. Bloquée, elle se transforme en fatigue chronique, en apathie, en douleurs diffuses. Le corps porte le poids de larmes jamais versées.

Un autre exemple : la peur. La peur non exprimée, non accueillie, devient de l’anxiété généralisée. Vous ne savez plus de quoi vous avez peur, mais votre corps reste en état d’alerte permanent. Vous dormez mal, vous sursoutez au moindre bruit, vous avez des palpitations. La peur est devenue chronique, logée dans votre système nerveux.

Le corps est la cible privilégiée parce que c’est le seul endroit où vous ne pouvez pas mentir. Vous pouvez dire « ça va », mais votre diaphragme reste bloqué. Vous pouvez dire « je ne suis pas stressé », mais vos épaules remontent vers les oreilles. Le corps est le gardien de la vérité émotionnelle.

Quels sont les signes physiques que votre corps accumule vos émotions ?

Je ne suis pas médecin, et je ne remplace pas un diagnostic médical. Mais après des années d’accompagnement, j’ai vu des motifs revenir sans cesse. Voici quelques signes qui peuvent indiquer que votre corps porte des émotions refoulées.

Les tensions musculaires chroniques. Le cou, les épaules, la mâchoire, le bas du dos. Ce sont des zones de stockage classiques. La colère non exprimée se loge souvent dans la mâchoire (bruxisme) ou dans les trapèzes. La peur se loge dans le diaphragme (respiration courte) et dans le dos. La tristesse se loge dans la poitrine et les épaules affaissées.

Les troubles digestifs. Estomac noué, brûlures, syndrome du côlon irritable, nausées. Votre intestin est votre deuxième cerveau, riche en neurones. Il capte vos émotions en direct. L’anxiété, la colère rentrée, le sentiment d’injustice – tout cela peut perturber votre digestion. J’ai vu des personnes dont les douleurs d’estomac disparaissaient simplement après avoir exprimé une colère longtemps tue.

Les maux de tête et migraines. Les céphalées de tension sont souvent liées à une contraction musculaire prolongée du cou, du cuir chevelu et de la mâchoire. Quand vous refoulez, vous serrez. Quand vous serrez, votre tête finit par vous le rappeler.

La fatigue chronique. Vous dormez suffisamment, mais vous vous réveillez fatigué. C’est parce que votre corps travaille en permanence pour maintenir l’étouffement émotionnel. Tenir les émotions à distance demande une énergie considérable. C’est comme si vous marchiez tout le temps avec un poids invisible.

Les douleurs inexpliquées. Douleurs dans la poitrine (sans problème cardiaque), douleurs dans les membres, sensations de brûlure ou de fourmillement. Le corps peut créer des symptômes pour attirer votre attention sur ce qui est ignoré.

Les troubles du sommeil. Difficulté à s’endormir, réveils nocturnes, cauchemars. Le sommeil est un moment où le contrôle conscient se relâche. Les émotions refoulées en profitent pour remonter, perturbant votre repos.

Si vous vous reconnaissez dans plusieurs de ces signes, il est possible que votre corps soit en train de vous parler de quelque chose que votre esprit préfère ignorer. Ce n’est pas une faiblesse. C’est une sagesse corporelle que nous avons perdue.

Comment l’hypnose et l’IFS permettent de libérer ces émotions stockées ?

Je ne propose pas de recette magique. Je propose des outils précis qui permettent au corps de relâcher ce qu’il retient. L’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems) sont deux approches que j’utilise en complémentarité.

L’hypnose ericksonienne ne consiste pas à perdre le contrôle. Elle consiste à entrer dans un état de conscience modifié, un peu comme la rêverie, où votre esprit critique se met en retrait. Dans cet état, vous avez accès à des ressources et des souvenirs qui sont habituellement hors de portée. Concrètement, je vais vous guider pour que votre corps puisse exprimer ce qu’il retient. Parfois, c’est une simple sensation qui se déplace. Parfois, c’est une larme qui coule sans raison apparente. Parfois, c’est un bâillement qui libère une tension dans le diaphragme.

Je travaille beaucoup avec l’idée que le corps a sa propre mémoire. En hypnose, on peut demander au corps : « Qu’est-ce que tu retiens ? Qu’est-ce que tu veux exprimer ? » Et le corps répond. Pas avec des mots, mais avec des sensations, des images, des mouvements.

L’IFS (Internal Family Systems) part du principe que notre psychisme est composé de différentes « parties » qui ont chacune leur rôle et leur histoire. L’émotion refoulée n’est pas un ennemi à détruire. C’est une partie de vous qui a pris une responsabilité trop lourde. Par exemple, une partie de vous a décidé, enfant, qu’il était trop dangereux d’exprimer la colère. Cette partie continue aujourd’hui à bloquer la colère, même quand ce n’est plus nécessaire.

Avec l’IFS, on ne force pas la libération. On dialogue avec cette partie. On comprend pourquoi elle fait ce qu’elle fait. On la remercie. Et on lui propose de se reposer, parce que vous êtes adulte maintenant, et que vous pouvez gérer autrement.

Je combine souvent les deux. L’hypnose pour accéder à l’état de conscience propice, l’IFS pour travailler avec les parties en profondeur. Le résultat, c’est que l’émotion refoulée peut enfin circuler. Elle sort par la parole, par le mouvement, par le souffle, par les larmes. Le corps se détend. Les symptômes s’atténuent.

Mais attention : je ne promets pas que tout disparaît en une séance. Certaines émotions sont stockées depuis des années, des décennies. Le corps a besoin de temps pour apprendre à lâcher prise. Ce qui est important, c’est de commencer.

« Libérer une émotion refoulée, ce n’est pas la revivre comme au premier jour. C’est permettre à votre corps de finir un mouvement qu’il a interrompu il y a longtemps. »

Qu’est-ce que l’Intelligence Relationnelle change dans la gestion des émotions ?

L’Intelligence Relationnelle, c’est la capacité à comprendre et à gérer les dynamiques émotionnelles dans vos relations. Et c’est souvent dans les relations que les émotions refoulées prennent racine.

Pensez à votre dernière dispute avec votre conjoint, votre collègue ou votre parent. Avez-vous dit tout ce que vous ressentiez ? Ou avez-vous avalé, parce que vous ne vouliez pas « créer de problème » ? La plupart d’entre nous font ça. On préfère la paix extérieure à la paix intérieure. Mais cette paix extérieure est factice. L’émotion refoulée reste là, et elle va ressortir ailleurs – sur quelqu’un d’autre, ou sur vous-même.

L’Intelligence Relationnelle vous apprend à exprimer ce que vous ressentez sans agresser et sans vous effacer. Ce n’est pas de la « communication non violente » plaquée. C’est une compétence qui se travaille. Elle repose sur trois piliers :

  1. La conscience de vos émotions : avant d’exprimer, vous devez savoir ce que vous ressentez. Pas juste « ça va pas », mais « je ressens de la tristesse parce que… » ou « je ressens de la colère parce que… ».

  2. L’expression ajustée : vous apprenez à dire ce qui est vrai pour vous, sans accuser l’autre. « Je me sens mis de côté quand tu ne me réponds pas » au lieu de « Tu m’ignores ».

  3. La réception des émotions de l’autre : vous apprenez à écouter sans vous défendre, sans interpréter. À rester présent à l’émotion de l’autre sans la prendre pour vous.

Quand vous pratiquez l’Intelligence Relationnelle, vous arrêtez de refouler. Vous exprimez en temps réel. Et votre corps n’a plus besoin de stocker. Les tensions s’apaisent, les symptômes diminuent.

Je vois des personnes qui viennent pour une douleur au dos et qui repartent avec des outils pour dire « non » à leur patron. La douleur n’est pas un hasard. Elle est souvent liée à un « oui » qu’on a donné alors qu’on pensait « non ». L’Intelligence Relationnelle, c’est apprendre à dire ce « non » avant qu’il ne devienne une hernie discale.

Pourquoi les sportifs sont-ils particulièrement concernés ?

Je travaille aussi comme préparateur mental sportif. Avec des coureurs, des footballeurs, des athlètes de haut niveau. Et je vois un paradoxe : ce sont des gens qui maîtrisent leur corps à la perfection, mais qui ignorent souvent leurs émotions.

Un coureur qui s’entraîne dur mais qui stagne. Un footballeur qui a des crampes inexplicables en match. Un sportif qui se blesse à répétition. Derrière ces symptômes, il y a souvent une émotion refoulée. La pression de la performance, la peur de décevoir, la colère contre un entraîneur, la tristesse d’un deuil non fait.

Le corps sportif est un corps qui a appris à encaisser. Il encaisse les chocs, les efforts, mais aussi les émotions. Et à force, il sature. La blessure devient le seul moyen d’arrêter, de dire stop.

Je ne dis pas que toutes les blessures sont émotionnelles. Loin de là. Mais je constate que beaucoup de sportifs gagneraient à écouter leurs émotions autant que leur fréquence cardiaque. Une émotion refoulée, c’est comme un caillou dans la chaussure. Vous pouvez courir avec, mais à un moment, ça va créer une ampoule. Ou pire.

Ce que vous pouvez faire maintenant, concrètement

Je ne veux pas vous laisser avec des concepts. Voici trois choses simples que vous pouvez essayer dès aujourd’hui.

1. Faites un scan corporel rapide : asseyez-vous, fermez les yeux, et parcourez votre corps mentalement. Où sentez-vous des tensions ? Une lourdeur ? Une chaleur ? Une froideur ? Ne cherchez pas à changer quoi que ce soit. Observez simplement. Notez ce que vous ressentez. C’est la première étape pour reconnecter votre esprit à votre corps.

2. Donnez une voix à votre tension : choisissez une zone de tension (nuque, épaules, ventre). Posez votre main dessus. Demandez-lui : « Qu’est-ce que tu retiens ? » Écoutez la réponse qui vient, sans jugement. Elle peut être une image, un mot, une sensation. Parfois, c’est juste un soupir qui sort. Laissez-le sortir.

3. Écrivez sans filtre : prenez un carnet et écrivez pendant cinq minutes tout ce qui vous passe par la tête, sans vous censurer. Ne cherchez pas à être cohérent ou élégant. Écrivez ce qui est vrai. « Je suis fatigué de faire semblant. » « Je suis en colère contre mon père. » « J’ai peur de ne pas y arriver. » Cet exercice permet à des émotions refoulées de trouver une sortie par les mots. Ne le relisez pas. Jetez ou gardez, mais surtout, ne le montrez à personne.

Ces trois gestes sont des premiers pas. Ils ne remplacent pas un accompagnement, mais ils ouvrent une porte.

Conclusion : votre corps n’est pas votre ennemi

Votre corps n’est pas un traître qui vous fait souffrir sans raison. Il est un allié qui porte depuis trop longtemps ce que vous n’avez pas voulu porter vous

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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