3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Maux de tête, tensions… Comment votre corps exprime ce que vous taisez.
C’est une scène que je vois presque chaque semaine à Saintes. Un homme ou une femme s’assoit dans le fauteuil en face de moi, et commence par une phrase que j’ai entendue des centaines de fois : « Je ne sais pas pourquoi je suis là. Je n’ai rien de spécial, mais mon corps… il ne va pas bien. » Puis il ou elle énumère : des tensions dans les épaules qui ne passent pas, des migraines qui reviennent tous les mercredis soir, une boule dans la gorge qui s’invite sans raison apparente, des douleurs lombaires que les ostéos soulagent trois jours avant qu’elles ne reviennent.
Le médecin traitant a fait tous les examens. Bilan sanguin, IRM, radio, parfois même un scanner. Résultat : « Tout va bien, vous êtes en bonne santé. » Alors la personne repart avec des anxiolytiques légers ou un conseil pour « apprendre à gérer le stress ». Mais le corps continue de parler. Et nous, on continue de ne pas comprendre ce qu’il dit.
Ce décalage, cette impossibilité à mettre des mots sur ce qui se passe à l’intérieur, a un nom technique : l’alexithymie. Ce n’est pas une maladie, ni un trouble mental lourd. C’est une difficulté à identifier, distinguer et exprimer ses émotions. Et quand les mots manquent, le corps prend le relais.
Je vais vous raconter comment ça se manifeste concrètement, pourquoi ça arrive, et surtout ce qu’on peut faire – pas dans dix séances, mais dès maintenant – pour commencer à rétablir le lien entre ce que vous ressentez et ce que votre corps porte.
Commençons par une image. Imaginez que vous ayez un tableau de bord émotionnel, comme celui d’une voiture. Chez la plupart des gens, quand le moteur chauffe, un voyant s’allume et ils savent lire ce voyant : « Je suis en colère », « Je suis triste », « J’ai peur ». Chez une personne alexithymique, le voyant s’allume aussi, mais il n’y a pas d’étiquette. Juste une sensation vague, confuse, inconfortable. Parfois même rien de précis, juste une pression diffuse.
Le terme vient du grec : a (absence), lexis (mot), thymos (émotion). Littéralement : absence de mots pour les émotions. Ce n’est pas que la personne ne ressent rien. Elle ressent énormément, mais elle ne peut pas trier, nommer, ni exprimer ce qu’elle vit intérieurement. C’est comme essayer de décrire une symphonie quand on n’a jamais appris le nom des instruments.
« Ce n’est pas que je ne ressens rien, docteur. C’est que tout est pareil. La colère, la tristesse, l’angoisse… ça fait juste du bruit dans ma tête et dans mon corps. » — Patient, 42 ans, venu pour des douleurs chroniques au dos.
Les recherches en neurosciences affectives montrent que l’alexithymie touche environ 10 à 15 % de la population générale, mais ce chiffre monte à 30-40 % chez les personnes souffrant de troubles fonctionnels (fibromyalgie, syndrome du côlon irritable, migraines chroniques). Pourquoi ? Parce que quand le cerveau ne peut pas traiter l’émotion par la voie verbale et cognitive, il l’évacue par la voie somatique. Le corps devient le seul exutoire.
Concrètement, une émotion non reconnue, non nommée, non régulée, ne disparaît pas. Elle se transforme en tension musculaire, en modification du rythme cardiaque, en hypersécrétion acide dans l’estomac, en inflammation chronique de bas grade. Le système nerveux autonome – cette partie de votre corps qui gère votre respiration, votre digestion, votre fréquence cardiaque sans que vous y pensiez – reste en alerte. Et l’alerte prolongée use les tissus.
L’alexithymie n’est pas un choix. Ce n’est pas être « froid » ou « peu sensible ». C’est souvent le résultat d’une histoire : une éducation où les émotions n’étaient pas accueillies (« arrête de pleurer, c’est rien »), un environnement où exprimer ses sentiments était dangereux, ou un mécanisme de protection installé très tôt face à des événements trop lourds à porter. Le cerveau a appris à couper le son des émotions pour survivre. Mais le corps, lui, continue d’encaisser.
Je vais vous donner des exemples concrets, directement issus de mon cabinet. Si vous vous reconnaissez dans plusieurs de ces situations, ce n’est pas un diagnostic, mais un signal d’alarme doux : votre corps essaie peut-être de vous dire quelque chose que vos mots n’arrivent pas à formuler.
Le mal de tête du dimanche soir. Un patient – cadre commercial, 37 ans – me raconte que depuis six mois, chaque dimanche vers 18h, il a une migraine qui le cloue au lit. Le lundi matin, il va mieux. On a cherché une allergie, un problème de vue, même une intolerance alimentaire. Rien. En creusant doucement, on découvre que le dimanche soir, c’est le moment où il pense à la semaine qui vient, à son manager exigeant, à la pression commerciale. La migraine n’est pas un hasard : c’est l’angoisse qui n’a pas de mots et qui se loge dans les vaisseaux sanguins du crâne.
La mâchoire serrée en réunion. Une autre patiente, infirmière libérale, se réveille chaque matin avec les mâchoires douloureuses. Son dentiste lui a parlé de bruxisme, lui a fait une gouttière. Ça protège les dents, mais pas les muscles. En séance, elle dit : « Je ne suis jamais énervée, je gère tout. » Puis elle raconte une situation où une collègue lui a manqué de respect. Elle dit « ça m’a un peu agacée » avec un sourire. Son corps, lui, serrait déjà les dents depuis vingt minutes. La mâchoire est un des premiers muscles à se contracter quand on retient une parole. « Je t’emmerde » devient une tension dans le masséter.
L’estomac noué avant un événement social. Beaucoup de patients que je reçois ont des troubles digestifs fonctionnels : ballonnements, douleurs épigastriques, syndrome du côlon irritable. Le lien avec les émotions est bien documenté, mais quand je pose la question « Qu’est-ce que vous ressentez avant que ça arrive ? », la réponse est souvent : « Rien, ça vient comme ça. » Pourtant, en regardant de plus près, le déclencheur est presque toujours une situation relationnelle : un dîner de famille, une réunion avec un supérieur, un rendez-vous amoureux. Le ventre parle quand la bouche se tait.
Les tensions dans les trapèzes et la nuque. C’est probablement le signal le plus fréquent. Une patiente me dit : « Je porte tout sur mes épaules. » C’est une métaphore, mais c’est aussi une réalité physiologique. Les muscles trapèzes et les élévateurs de la scapula sont directement innervés par le système nerveux sympathique. Quand vous êtes en état d’alerte – même léger – ces muscles se contractent pour protéger la nuque et la tête. Si l’alerte dure des heures ou des jours, la contracture devient chronique. Et la douleur devient le seul message.
Le corps ne ment jamais. Il ne rationalise pas, il ne minimise pas, il n’attend pas le bon moment. Il exprime, en temps réel, ce que l’esprit n’a pas les mots pour dire.
La question qui revient souvent est : « Mais pourquoi moi ? Pourquoi mon corps prend-il toute la charge ? » Il n’y a pas une cause unique, mais plutôt un faisceau de facteurs qui se combinent. Comprendre d’où ça vient, ce n’est pas pour trouver un coupable, mais pour cesser de se sentir anormal ou « bizarre ».
L’héritage familial. L’alexithymie s’apprend souvent en silence. Si vous avez grandi dans une famille où les émotions étaient soit ignorées (« ça va passer, ne pleure pas »), soit dangereuses (un parent colérique, imprévisible), votre cerveau a développé une stratégie de survie : ne pas ressentir pour ne pas souffrir. Le problème, c’est que vous ne pouvez pas désactiver sélectivement la tristesse sans désactiver aussi la joie, l’enthousiasme, l’apaisement. Vous vous retrouvez avec une vie émotionnelle en noir et blanc, et un corps qui crie.
Les injonctions sociales genrées. Je le vois particulièrement chez les hommes que je reçois, mais aussi chez certaines femmes. « Un homme ne pleure pas », « Sois fort », « Ne montre pas tes faiblesses ». Ces phrases, répétées pendant l’enfance et l’adolescence, construisent une armure. À 30, 40 ou 50 ans, l’armure est soudée. L’homme ne sait plus ce qu’il ressent, il sait juste qu’il a mal quelque part. Les statistiques sont parlantes : les hommes consultent moins pour des problèmes émotionnels, mais ils ont plus de maladies cardiovasculaires, plus d’ulcères, plus de douleurs chroniques.
Les traumas non résolus. C’est le cas le plus complexe. Un événement traumatique – un accident, une agression, un deuil brutal, une enfance marquée par la violence ou la négligence – peut amener le cerveau à verrouiller l’accès aux émotions pour protéger la personne. C’est un mécanisme de survie puissant. Mais ce qui était utile pendant la tempête devient un handicap une fois le calme revenu. Les émotions sont toujours là, mais elles sont devenues des étrangères, et le corps en est le seul interprète.
Le fonctionnement par défaut de certains profils. Il existe aussi une forme d’alexithymie plus « constitutionnelle », liée à un fonctionnement cérébral particulier. Certaines personnes ont naturellement moins d’accès à leur vie intérieure. Ce n’est pas un défaut, c’est une différence. Mais quand cette différence rencontre les exigences de la vie moderne – stress, pression sociale, relations complexes – le corps peut devenir le messager.
Quand on souffre physiquement sans cause organique claire, on cherche des solutions. Et c’est normal. Mais certaines approches, bien que tentantes, peuvent aggraver le problème ou le déplacer. Je veux vous mettre en garde contre trois pièges que je vois fréquemment.
Piège n°1 : Vouloir faire taire le symptôme à tout prix. Prendre un antalgique pour une migraine qui revient tous les dimanches soirs, c’est comme couper le voyant d’alerte de votre voiture sans regarder ce qui chauffe sous le capot. Le médicament peut soulager temporairement, mais il ne résout pas la cause. Pire, il vous prive d’un signal important. Votre corps vous envoie un message : quelque chose doit changer dans votre vie, dans votre façon de fonctionner, dans vos relations. Tant que vous ne lisez pas ce message, il va devoir crier plus fort – douleur plus intense, plus fréquente, ou nouveau symptôme ailleurs.
Piège n°2 : Chercher uniquement du côté du corps. Les ostéopathes, kinésithérapeutes, acupuncteurs sont des alliés précieux. Mais si la cause est émotionnelle, aucun étirement, aucune manipulation vertébrale ne résoudra le problème à long terme. Vous allez passer d’un spécialiste à l’autre, dépenser de l’argent et de l’énergie, et vous retrouver au même point trois mois plus tard. Le corps a besoin d’être soulagé, mais aussi d’être écouté.
Piège n°3 : Se dire que « c’est dans ma tête » et en avoir honte. C’est le plus douloureux. Beaucoup de patients me disent : « Je me sens ridicule, j’ai mal mais on me dit que c’est psychologique, comme si je l’inventais. » Alors clarifions une chose : une douleur psychosomatique est une vraie douleur. Elle active les mêmes zones cérébrales, elle libère les mêmes substances inflammatoires, elle est aussi réelle qu’une douleur d’origine traumatique. La différence n’est pas dans la réalité de la souffrance, mais dans la cause. Et une cause émotionnelle n’est pas moins valable qu’une cause mécanique. C’est juste plus difficile à voir.
Je vais être honnête avec vous : changer ce fonctionnement n’est pas instantané. L’alexithymie est un mode de survie qui s’est construit pendant des années. Mais il est possible de rétablir le dialogue entre le corps et l’esprit. Voici les étapes que je propose à mes patients, et que vous pouvez commencer à explorer par vous-même.
Étape 1 : Apprendre à localiser la sensation avant de la nommer. Beaucoup de personnes alexithymiques sautent directement à l’interprétation : « Je suis stressé », « Je suis fatigué ». Mais ce sont des mots trop larges. L’exercice est de descendre d’un cran. Quand vous sentez un inconfort, posez-vous cette question : Où exactement dans mon corps ? Poitrine ? Ventre ? Gorge ? Nuque ? Mâchoires ? Front ? Soyez précis. Une fois la localisation trouvée, décrivez la sensation physique sans utiliser de mots émotionnels : c’est lourd, c’est chaud, ça serre, ça pulse, ça gratte, c’est froid, ça tire. Ce simple exercice reconnecte le cerveau au corps.
Étape 2 : Associer un contexte à la sensation. La douleur ou la tension n’arrive jamais par hasard. Tenez un petit carnet (ou une note sur votre téléphone) et notez : à quel moment de la journée ? Que s’est-il passé juste avant ? Un appel téléphonique ? Un message ? Une pensée ? Une personne ? Vous cherchez des corrélations, pas des causalités parfaites. Au bout d’une semaine, vous verrez peut-être un motif apparaître : « Chaque fois que mon collègue X me parle sur ce ton, j’ai la gorge serrée. » Ce motif est une piste.
« J’ai tenu un journal des douleurs pendant quinze jours. Je me suis rendu compte que mes maux de ventre arrivaient systématiquement le soir, après avoir parlé à ma mère au téléphone. Je ne l’avais jamais remarqué. » — Patient, 34 ans.
Étape 3 : Donner une voix à la partie du corps qui souffre. Cela peut paraître étrange, mais c’est une technique utilisée en hypnose ericksonienne et en IFS (Internal Family Systems). Asseyez-vous tranquillement, fermez les yeux, portez votre attention sur la zone douloureuse. Respirez vers elle. Puis demandez-lui intérieurement : « Qu’est-ce que tu essaies de me dire ? » ou « De quoi as-tu besoin ? » Ne forcez pas une réponse. Laissez venir une image, un mot, une sensation. Parfois la réponse est surprenante : « Je suis fatigué de tout retenir », « J’ai besoin qu’on m’écoute », « J’ai peur de décevoir ». Ce n’est pas une science exacte, mais c’est un début de dialogue.
Étape 4 : Exprimer l’émotion par le mouvement. Si les mots ne viennent pas, le corps peut parler au corps. La marche rapide, la course, le fait de serrer un coussin, de taper dans un sac, d’étirer profondément les épaules, peuvent libérer une tension émotionnelle sans avoir besoin de la nommer. Je le vois chez les sportifs que j’accompagne : un footballeur qui court après une défaite, un coureur qui accélère dans une montée quand il est frustré. Le mouvement est une forme d’expression brute. Elle peut précéder les mots.
Vous vous demandez peut-être en quoi mon approche peut vous aider concrètement. Je veux être clair : je ne promets pas une guérison miraculeuse en trois séances. Ce que je propose, c’est un cadre pour apprendre une langue que vous n’avez jamais apprise : celle de vos émotions.
L’hypnose ericksonienne est particulièrement efficace pour contourner les résistances conscientes. Quand votre mental dit « je ne
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
Prendre contactDes techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Des routines anodines qui renforcent l'anxiété sans que vous le réalisiez.
Des micro-actions pour briser la léthargie dès le réveil.
Parlons-en — premier échange, sans engagement.